Archives pour la catégorie concerts Jazz

L’Éclectique Antonio (live report)

Antonio Farao  au Forum Jorge François

Pour entamer cette saison « Jazz Legend » présentée par ABC Music Projects et Imago Productions, le forum Jorge François recevait le fameux pianiste italien Antonio Farao. Il nous proposait, ce lundi, son projet Eklekitk, du nom de son dernier album, accompagné d’un trio composé d’Enrico Sollazzo, claviers, Dario Rosciglione, basse, Lele Menotti, batterie. Du jazz fortement teinté de funk, de fusion mais aussi de superbes mélodies groovy, distillées du piano par un leader en verve. En fin de set, dans une suggestive robe orange, la chanteuse Simona Bencini, rejoint le groupe pour interpréter quelques titres, plus accessibles, plus dansants, plus italiens bien que chantés en anglais. En rappel, Antonio Farao nous rappelle (justement) d’Herbie Hancock est l’une de ses influences majeures, comme s’il avait été plongé à la naissance dans un bain de Maiden Voyage. Une belle initiative de qui n’a pas, hélas, rencontrée un public à la mesure de l’évènement. Mais ceux qui étaient là, français, italiens, niçois, suédois (..) ont passé un grand moment.

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Lou & Anne

Lou Tavano & Anne Paceo  (live report)

 

La nouvelle saison des Nice Jazz Festival Sessions commençait ce jeudi au forum Nice Nord par un double plateau jazz vocal. C’est Lou Tavano qui ouvrait la soirée, en trio, une formule réduite par rapport au sextet de son dernier album. Plus intime, presque classique, le piano d’Alexey Asantcheeff et le violoncelle de Guillaume Latil servent d’écrin à la voix chaude de Miss Tavano. Des chansons pop-jazz, toutes en anglais pour ce set, arrangées avec délicatesse et subtilité. Même si on peut parfois voir -et entendre- Guillaume Latil jouer de façon fort peu conventionnelle de son instrument. Avec un médiator, un capodastre, en strumming, en pizzicati avec archet ou même comme d’une contrebasse. L’éclairage diffus convient fort bien à l’émotion qui s’échappe de leurs mélodies raffinées. Lou Tavano reviendra seule, au piano, pour un rappel mélancolique qui ne fût pas s’en évoquer l’américaine Ricky Lee Jones.

La seconde partie de ce concert sera plus énergique avec le groupe de la batteur(e) Anne Paceo et son projet Circles. Un cercle fait de quatre quadrants, Tony Paeleman caché derrière son Rhodes et ses synthés, Christophe Panzani, le saxophoniste au pedalboard consistant, la chanteuse Leila Martial avec ses petites boites électro et bien sûr, toujours souriante derrière ses futs et cymbales, la leader Anne Paceo. Le répertoire est constitué essentiellement des titres du dernier album Circles, un voyage intérieur, une évocation musicale et poétique. Anne Paceo a un drumming vigoureux même avec les balais, idéal pour accompagner le chant, les éclats, les vocalises de Leila Martial qui de titres en titres multiplie les performances vocales, en anglais ou dans une langue inventée à la façon de Stella Vander dans Magma. Eclectique et électrique, Christophe Panzani parait très habité par la musique.Usant de toutes les possibilités de son sax soprano et des effets offerts par l’électronique à ses pieds. Passant d’une sonorité pure à une emphase distordue fort étonnante. Mais quelle musicalité, quelle inventivité harmonique. Une musique exigeante qui demande au spectateur assis dans son siège de s’investir un peu, d’avoir une écoute attentive, de toujours réajuster la focale. Un court rappel Anne reviendra chanter s’accompagnant d’un kalimba .?
Une soirée déclinée, pour le plus grand plaisir de toute la salle, au féminin pluriel. Bravo mesdames!

Les émouvantes: 3 soirées mouvantes

C’est plein d’entrain que j’ai pris le chemin de la cité phocéenne pour découvrir et vous faire découvrir, ce beau festival qu’est « Les émouvantes« . Quatre soirées de chacune deux concerts organisées par Emouvance, la compagnie du contrebassiste Claude Tchamitchian. « Le rythme de la parole » était le thème de cette 5e édition. La voix comme instrument, comme vecteur d’émotions peut aller au-delà, ou ailleurs, que le « simple » chant. Le théâtre des Bernardines était donc le lieu idéal pour accueillir ses concerts, ces spectacles.

Mercredi. Duo voix et sax ténor. Béñat Achiary et Daunik Lazro. Une heure de totale improvisation parfois supportée par un texte. Mais les deux musiciens travaillent plus sur les rythmes, le phrasé, la puissance, l’intonation que sur le sens littéral ou mélodique de leur jeu. On entendra du Garcia Lorca ou une courte esquisse du Néfertiti de Miles. En deuxième partie, on passe du duo au tentet, l’Acoustic Lousadzak de Claude Tchamitchian. Là aussi, un chant à part, celui de Géraldine Keller. Tantôt lyrique puis éthéré, il évoque à d’autres moments celui de Stella Vander. Le groupe est à géométrie variable, au grès ses trois suites de Need Eden. Réduit à un trio à cordes ou un quartet (guitare, violon alto, contrebasse, batterie) avant de retrouver tous les musiciens pour des passages aux harmonies plus complexes. Les arrangements magnifient les compositions du contrebassiste qui, avec ou sans archet, joue et dirige ce petit monde onirique.

Jeudi. Marc Ducret en solo. Guitare et voix. Un répertoire à large spectre, allant d’un texte de Kafka (Nous sommes cinq amis) illustré à la guitare jusqu’au rappel une étonnante (pour un public jazz) reprise de Todd Rundgren, en passant par deux articles du Monde, dits, joués à sa façon. Il use avec malice des harmoniques en tous genres et peut passer d’un très beau son clair à du bien crade qui fuse. Sa guitare s’envole dans des contrées inattendues. Son botlleneck sert tantôt en glissandos sur le manche tantôt de la main droite, en percussions sur les cordes prés de chevalet. Du grand art.Second set. Peut ‘on mettre en jazz, en harmonies, un discours électoral? Le tromboniste Yves Robert nous prouve que oui. On peut même y mettre de l’humour, du swing. Bien aidé en cela par un batteur énergique et un claviériste inventif.

Vendredi. La pluie s’invite aux émouvantes mais pas suffisamment pour gêner le spectacle. Pierrick Hardy Quartet joue son Ogre intact. Une guitare, une contrebasse, un violon et une clarinette ou parfois un cor de basset au son profond. Une musique très écrite, de beaux dialogues relevés par la contrebasse tonique du sieur Tchamitchian qui revenait en sideman pour ce concert.

Cette soirée s’achève avec le projet le plus original et le retour de Marc Ducret. A ses côtés, une vidéaste (Sarah Lee Lefevre) et ses images animées, un violoncelliste, Bruno Ducret et un acteur, lecteur, récitant, Laurent Poitrenaux. Ducret a deux guitares, l’une préparée, posée à plat sur une table, dont il joue avec toutes sortes d’ustensiles, un mug, un médiator, archet électronique. L’autre, celle de la veille, qu’il joue de façon standard. Si tant est que Mr Ducret joue de façon standard! Trois passages. Morse, sans voix où un point lumineux parcours l’écran. Vers les ruines, étrange histoire d’un touriste qui tente d’atteindre une impossible tour détruite et enfin Histoire, kafkaïenne vision. Peu de lumière,  en dehors de l’écran mais des sons tout autour comme un écrin. Un spectacle prenant, surprenant, envoûtant.
Il restait un soirée à ce festival mais je n’aurais point le loisir d’y assister et donc de vous la relater.
See you next year.

 

Les émouvantes (bientôt)

Festival Les émouvantes à Marseille

L’été jazz n’est pas encore fini, il reste un dernier festival estival pour permettre à vos oreilles de rentrer en automne sereinement.
A Marseille, à deux pas de la Canebière est un petit théâtre, celui des Bernardines, il va accueillir quatre jours durant quelques beaux instants de musiques improvisées orchestrés par la compagnie Claude Tchamitchian.

Le thème de cette année est « Le rythme de la Parole« . Ou, comment les mots font aussi partie du langage et de l’écriture musicale, fut-elle improvisée. Chacune des quatre soirées est organisée autour de deux concerts, l’un à 19h, l’autre à 21h. Laissons nous appâter par quelques brèves du programme:
Le guitariste aussi virtuose qu’inventif Marc Ducret se produira deux fois, en solo le jeudi et avec son fils Bruno au violoncelle dans un projet (son-image –texte), le vendredi. Claude Tchamitchian sera présent avec son tentet et dans le quartet du guitariste Pierrick Hardy. En final, totalement dans le cadre du thème, Joëlle Leandre se produira seule avec sa contrebasse et sa voix, instants magiques en perspective. Intrigant mais alléchant, le programme électoral musical en quintet, du tromboniste Yves Robert, « L’argent nous est cher ». La note des notes! Jazz, humour et poésie sont au programme.

Toutes les infos, le programme complet:

http://tchamitchian.fr/emouvantes/programme/

Juillet en Jazz (part 1)

Juillet en Jazz (part 1)

Nice du 5 au 12 juillet

Après un beau concert New Orleans Style avec James Andrews venait le temps du tremplin du Nice Jazz Festival, toujours sur cette belle scène de la Coulée Verte. Les six groupes présélectionnés concouraient en deux soirées. Trois le 6 juillet et les trois autres le 7. Chacun d’eux avait 45 minutes pour présenter et défendre sa musique. Jussanam Trio du jazz version Brasil. Buckshot Gala des niçois en provenance direct du conservatoire de région et leur jazz élaboré mais encore peut-être en gestation. Et pour finir Noé Zagroun quartet, un répertoire riche, influencé par la musique classique et les harmonies orientales. Ils obtiendront le prix du jury et joueront l’année prochaine dans le off du NJF. Le lendemain, un duo original Manu Carré (sax) et Benjamin Prischi (piano) jouait un jazz moderne et intimiste, un jazz qui incite à une écoute attentive. Un jazz de dialogues et d’imaginaire.

Beaucoup plus festif, rythmé le bop du guitariste Jef Roques. Quatre musiciens voués au swing. Deux solistes virtuoses. C’est désormais officiel, c’est eux qui seront sur la scène du théâtre de Verdure en 2018.

La soirée finassait avec la chanteuse canadienne Carol Nakari. Son jazz volubile façon cabaret ne m’a guère convaincu malgré un excellent bassiste.

Pour plus de précision mon article dans Nouvelle Vague.

Un plus petit lieu, la cave Bianchi à Nice pour le concert de sortie du CD de Jean-Marc Jafet, « Le meilleur moment du monde« . Bassiste niçois bien connu qui, pour cet album, se met aussi à chanter. Linus Olsson à la guitare nous a gratifié de superbes solos. Marjorie Martinez, au chant elle aussi, a fait preuve d’un beau talent sur sa Gibson acoustique, allant même jusqu’à chorusser sur un blues dédié à son mari.

Un vrai bon moment dans un endroit convivial et agréablement frais (ce qui n’est pas négligeable en ce mois de juillet).http://www.nouvelle-vague.com/jean-marc-jafet-quintet/

Autre petite salle, bien moins fraiche, la galerie pop Art, cise à Nice non loin de l’opéra. Aure sortie d’album « Bird Feather » du Giraudo-Chassagnite 4tet. François Chassagnite nous a quitté hélas, tout comme le contrebassiste Luigi Trussardi. Mais grâce à Imago Production et au guitariste Olivier Giraudo, ce disque a enfin pu voir le jour. Des reprises, du Parker, du Horace Silver, du Pettiford et même un Jobim (hélas!). Du beau jazz, old school mais toujours agréable à écouter.

Prenons la route du bord de mer, encombrée, pour rejoindre la pinède Gould à Juan-les-Pins.

James from New Orleans (Live report)

James Andrews Nice Jazz Off (On stage)

Pour la première soirée des concerts On Stage du Nice Jazz Off, la scène de la coulée verte recevait le trompettiste James Andrews tout droit venue de sa Nouvelle Orléans. Il était accompagné, et de quelle manière, par un trio niçois (Yves Renard au piano, Alain Rattier au trombone et Daniel Chauvet à la contrebasse). Pendant plus d’une heure, ils nous ont régalé d’un jazz New Orleans de la plus belle eau. James Andrews est non seulement très bon trompettiste mais c’est aussi un chanteur doué et charismatique. Il sait parfaitement jouer avec le public au gré des tubes qu’il reprend d’Hello Dolly (où il va jusqu’ à imiter la voix et le phrasé de Louis Armstrong) ou « Oh When The Saints… » pour lequel tous les spectateurs furent mis à contribution, chant et danse! Malgré l’absence de batteur et grâce à l’énergie conjuguée du contrebassiste et du leader, nous avons eu une soirée très rythmée, franchement joyeuse avec même une petite parade des deux soufflants tout autour des spectateurs qui ont pu à l’occasion, se rendre compte que même sans micro, une trompette ça pulse drôlement fort. Et bien que de dos, David, (du moins sa statue) était tout émoustillé, il se serait cru dans Bourbon Street. Une très belle façon de rentrer dans l’ambiance future du Nice Jazz Festival dans lequel son grand frère Trombone Shorty jouera dès le premier soir.

 

un petit moment pour l’ambiance.

 

Éric Séva quartet à la villa Domergue (Live Report)

Éric Séva quartet à la villa Domergue

La villa Domergue a accueilli pendant près d’une semaine les musiciens du quartet d’Éric Séva pour une résidence d’artistes. Ce jeudi, il donnait, après le vernissage de l’exposition Man Ray, un concert de fin de résidence, presque un concert de départ. Dos à la mer mais face aux superbes jardins, soleil couchant, ils ont, pendant près d’une heure, joué les compositions travaillées dans le cadre idyllique de ce lieu des hauts de Cannes. Éric Séva alterne, selon les thèmes, entre le saxophone baryton et le soprano. Il est soutenu par le jeu très mélodique au trombone de Daniel Zimmerman. Des rythmes et des thèmes très variés. Certaines harmonies évoquent l’univers de Nino Rota, d’autres swinguent sans vergogne. Un des beaux moments fut quand baryton, trombone sont rejoint par le contrebassiste (Bruno Schorp) et jouent un rif à l’unisson qui monte en puissance avant de se lancer dans des chorus inventifs et élégants. Le batteur (Matthieu Chazarenc) dont ils joueront une compo en fin de set, semble apprécier de jouer, tout autant, avec les balais ou baguettes qu’avec ses mains à même les peaux de ses toms ou cymbales. Ils rendent hommage au lieu de leur résidence (et du concert) avec deux titres spécialement composés sur place, « En regard, l’eau Do », l’eau pour la méditerranée qui scintille au loin et Do pour Domergue, (pas la tonalité !). L’autre morceau est tellement récent qu’il se nomme: « Pas de titre pour le moment » et qu’il devrait probablement le garder. La nuit est tombée, seul l’éclairage du jardin et la lune font quelques lumières. En rappel, ils quittent leurs places pour se rapprocher du devant de la scène, il joue une vieille valse des années vingt, réarrangée à leur sauce, qui nous invite à rejoindre le buffet 🙂