Archives pour la catégorie concerts Jazz

Degibri et Hancock à Monte-Carlo

20h30, les derniers spectateurs prennent place et Jean-René Palacio introduit le premier groupe de cette 3e soirée du Monte-Carlo Jazz Festival, le quartet du saxophoniste israélien Eli Degibri.
Même formation que sur la scène de la pinède Gould cet été, Tom Oren au piano, Tamir Shmerling à la contrebasse et Eviatar Slivnik pour accompagner les saxophones de leur leader. Plutôt que de jouer le répertoire de leur dernier album dédié à Hank Mobley, ils plongent dans la discographie du groupe, quelques vieux titres et des plus récents. Dès le deuxième morceau, un thème inédit dédié à leur manager. Le troisième est introduit par un super riff à la contrebasse alors que dans le suivant « The unknown neighbor« , une balade, Degibri nous offre un magnifique chorus au soprano, pliant les genoux jusqu’à toucher terre sous l’œil réjoui mais goguenard du pianiste. Lequel nous fera une superbe démonstration de son jeu de piano dans « Like Someone In Love« , inspiré de J.S. Bach. En final, un époustouflant solo de batterie. A l’entracte, on croise au bar, Marcus Miller, venu en voisin. De retour sur la scène, Monsieur Palacio le salue en arborant son chapeau et en le félicitant pour sa distinction de chevalier de l’Ordre du Mérite culturel. Puis, de nouveau, place à la musique. C’est presque en sautillant qu’Herbie Hancock entre sur scène, (il aura 80 ans aux fraises!) suivi de ses trois musiciens Lionel Loueke à la guitare, James Genus à la basse et le jeune Justin Tyson à la batterie. Herbie s’assoit derrière son synthé pour une ouverture hésitant entre planant et free, parfaitement soutenu par Loueke et sa guitare. Demi-tour, Mr Hancock passe au piano (pas longtemps) et entame un petit tour chez ses bons vieux Headhunters, (Actual Proof, Butterfly, ..). Sur la droite, basse-batterie assurent impeccablement une rythmique de haute volée qui n’oublie pas le swing dans le funk. Une petite ballade chantée par Lionel Loueke pour suivre. Dark Lightning, sonorités africaines, rythme syncopé puis tout le groupe le rejoint. Un petit passage avec son vocoder, Herbie ne peut plus s’en passer, avant d’épauler son fameux Keytar, mi clavier-mi guitare, très soul funky. Un peu de calme, il reprend le piano pour esquisser quelques passages de Maiden Voyage. En final, le tube des tubes hancockiens, Cantaloube Island, qui pourrait nous amener loin dans la nuit. « D’habitude on joue deux heures et demi« , nous dit il un sourire aux lèvres. Fausse sortie, le rappel sur base de Chamelon (autre grand succès des années 70) mais on reconnaîtra la ligne mélodique de Rock It entre autres. Le batteur, totalement débridé dans les derniers moments, fait presque oublier Vinnie Colaiuta, le précédent drummer d’Hancock!
Quelle belle soirée dans cet auguste lieu.

Jazz pour les papilles

Pour ces 23e rencontres, Jazz sous les bigaradiers inaugure une nouvelle formule.
Une journée jazz non-stop de 10h à minuit.
9h45, le ciel est presque uniformément bleu, le soleil brille, il reste encore quelques places sur le parking de la Coupole et déjà quelques personnes rejoignent le premier étage du bâtiment pour déguster un petit café (avec viennoiseries, s’il vous plait) avant d’écouter le premier groupe du jour au cabaret Jazz, le bien nommé Café de l’Est. Un trio de jazz swing-manouche pour nous mettre en train. Des thèmes classiques à la Grappelli, revisités pour la circonstance. La contrebasse de Philippe Brassoud ronronne comme un chat près d’un feu. Jean-Marc Fauchier à la guitare et Patrick Singery à l’harmonica se défient amicalement à coup de solos virtuoses et endiablés. De la musique qui met en joie.
11h, c’est l’heure d’une expérience inédite. Sur la scène de la Coupole, côté cour, deux cuisiniers Pierre Belleudy & Robert Larini préparent un plat, spécialement conçu pour le festival. Côté jardin, le groupe Chic to Chick improvise sur la musique de Chick Cora et sur les gestes des deux cuistots que l’on peut observer sur le grand écran derrière eux.
Le potiron veloute tranquillement alors que les pérugines grésillent dans les poêles. Le peu de fumée ne déclenche pas les alarmes de la salle, les quatre musiciens peuvent donc en toute quiétude distiller leur jazz sophistiqué mais extrêmement prenant. Le batteur/leader Arnoise ira même jusqu’à faire quelques percussions sur les casseroles et autre faitouts comme une réponse au mixeur qui un peu avant a fait un duo avec la basse de Jean-Marc Jaffet sous l’œil impassible de Fred D’Oelsnitz et celui plus circonspect du saxophoniste Dominique Bonarrigo. La musique s’arrête, le plat est prêt, velouté de courges aux pérugines et cerfeuil. Quelques discours et nous pourrons le déguster!
Tout comme la musique, le repas est offert par la mairie de La Gaude. Outre ce délicieux velouté et quelques chips de socca, on a pu se régaler d’une assiette de daube-raviolis (sans tomate of course !). Une belle affluence puisqu’il a été servi près de 200 parts, me dira-t-on un peu plus tard. Et pendant nos agapes, la musique continue, celle du duo Belem, Louis Bariohay et Pierre Audran. Deux guitares au soleil. Maîtres du swing en toute simplicité. Les doigts courent le long du manche et l’on voit de ci, de là quelques personnes remuer, qui les pieds, qui les fesses ou bien tout le corps, verre et assiette en main. Arnoise va chercher sa caisse claire pour accompagner, le temps d’un morceau, les deux six-cordes. Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, après ce bon repas, un café est prévu et le jazz continue. Retour au cabaret Jazz.
Marjorie Martinez va faire un tour dans son répertoire, accompagnée par son mari le saxophone Jay Metcalf. Elle chante du blues, du folk sur les rythmes de sa guitare. Des chansons d’amour, toujours, dont une en français, c’est rare, J’ai deux amours…De temps à autre, Michel Seyrat, poète, fidèle ami de la compagnie So What, lit un texte, poème ou pas, Hugo, Rostand mais aussi des rimes provençales qui chantent presque toutes seules.
L’après-midi est bien avancée, le public se disperse doucement, certains, les chanceux qui ont réservé, reviendront pour le concert du soir. Pour l’heure c’est le moment des balances, soundcheck en nissart.
Pause. (A suivre)

le 16/11/19 à La Gaude.

 

Serata italiana sous les bigaradiers

La pluie tombe fort et dru mais cela n’arrête pas les amateurs de jazz (un peu moins nombreux que d’habitude certes) qui s’installe autour des tables du club So What. C’est le duo Marco Vezzoso & Alessandro Collina, qui entre deux voyages en chine et au Japon, ouvre la soirée gaudoise avec leur jazz auquel se mêle la musique classique et la chanson italienne. On entendra donc des compositions personnelles telle Broken mais aussi des thèmes comme Caruso ou un blues de Pino Daniele A me me piace o’ blues et, en rappel, un vibrant Guarda Que Luna. Le swing du piano allié au chant du bugle ou de la trompette. On en oublierait presque l’orage. D’ailleurs à l’entracte la salle se remplit, les nouveaux venus vont pouvoir écouter le Looking Up Project du pianiste cagnois Jean-Baptiste Bolazzi. Le quartet italien avec Stefano Bertoli (Batterie), Sandro Massazza (Contrebasse), Guido Bombardieri (Sax et clarinette) va rendre hommage au regretté Michel Petrucciani. Chaque thème est interprété avec ferveur, enthousiasme et humilité. Pianiste et saxophoniste se lance tour à tour dans des belles impros notamment sur Brazilian ou Little Piece in C. Nous aurons droit à une version très enlevée de Manhattan avec un duo sax-contrebasse fort goûteux. Le plus tranquille Lullaby, magnifique ballade à la clarinette nous permettra de reprendre nos esprits. Plus tard, en rappel, encore un petit bout de Petrucciani, Bite, la pluie tombe toujours mais elle n’aura pas réussi à gâcher notre serata jazz italiana.


Le 14/11/19 au club So What –La Gaude (06)

 

 

Jammin Juan, le jeudi

Jeudi 24/10.

Les showcases.
14h. On découvre enfin, en « live », le projet Nature de Cécile Andrée dont on avait beaucoup aimé l’album. Et on n’est pas déçu même si le lineup n’est pas tout à fait celui du disque. Le regard fixé sur la chanteuse, Ben Rando au piano assure, comme il sait si bien le faire, une trame mélodique pour la voix de Cécile et ses haïku musicaux. On perçoit la complicité sous la lumière ses spots jaunes. Les 35 minutes du showcase paraissent bien courtes. Le temps d’échanger quelques mots, c’est l’heure pour le jeune quartet niçois Dirty Talks, mené par le guitariste Kevin Saura, de nous montrer leur talent. Vainqueur du tremplin des médiathèques, ils défendent avec brio leur projet jazz, jazz-rock. Les claviers de Mickaël Barthelemy, la basse de Romann Dauneau boostentles solis du leader qui sonnent parfois très Santana!
Ensuite, l’harmoniciste Laurent Maur présente son groupe avec Samuel F’hima à la contrebasse (on l’entend régulièrement dans le trio de Fred Perreard), Pierre-Alain Tocanier à la batterie et le pianiste Mario Canonge. Si l’harmonica chromatique sonne parfois un peu (trop) musette, on apprécie la venue de la flutiste Emilie Calmé qui nous rappelle le Youpi quartet qui nous avait enchanté dans ce même Jammin Juan en 2018!
Le trio qui suit à l’étage en dessous, Dock In Absolute, est plus rock que jazz mais il sonne vraiment bien. David Kintziger joue, souvent au médiator, de la basse électrique, filtrée par quelques pédales d’effets. Au piano Jean-Philippe Koch, très percussif, délaisse de temps à autre le rock ou le jazz pour des harmonies plus « classiques ».
Le trio de Tizaan Alphonso, malgré quelques beaux passages au piano, est trop R’n’B pour totalement m’entraîner dans son groove.
Ce qui n’est pas du tout le cas du sextet Out/Line de François Lapeyssonnie, on est embarqué dès les premières mesures! Il faut dire qu’il use d’une wha-wha sur sa superbe Jazz bass et qu’il a, pour l’accompagner, quelques belles pointures du jazz actuels, Federico Casagrande à la guitare, Fred Borey au sax et Leonardo Montana aux claviers ainsi que Stéphane Adsuar aux baguettes. Un court passage dans le répertoire du récent album du groupe qui confirme, en live, tout le bien que l’on pensait du CD. Un jazz de notre époque aux influences multiples qui fait la part belle aux solistes, ils s’en donnent à cœur joie!
Intrigué dès les premiers instants par sa couleur très orientale, le groupe Saràb est la belle surprise des sets de l’après-midi. Du rock orientaliste mixé à du jazz contemporain, chanté en arabe. La chanteuse Climène Zaran est syrienne! De très belles harmonies vocales avec Robinson Khoury (quand il ne joue pas de son trombone!). Le Rhodes de Thibault Gomez sonne comme une seconde guitare après celle de Baptiste Ferrandis, ils s’accordent tous les deux du beau jeu de basse ronde et profonde de tTimothée Robert Climène, nous traduit après chaque morceau, ce qu’elle a chanté, de belles poésies romantiques et mélancoliques.
On finit donc en beauté cet après-midi de showcases. Allons au concert.

Le concert.
21h. House of Echo. Le groupe est proposé par Jazz Migration.
Un quartet, quasiment un quatuor en fait, de musiques improvisées à base de jazz, de rock et surtout de beaucoup d’invention et de générosité. Sans l’ombre d’un doute, la claque de ces deux journées. Leur musique prend le temps de s’installer, ils développent leur thème dans ses harmonies spatiales du piano d’Enzo Carniel, rehaussées de la guitare (une magnifique Fender Jaguar) de Marc Antoine Perrio, peu importe qu’il joue, ou pas, avec un archet. Simon Tailleu en use peu, lui, sur sa contrebasse mais il envoie chaque note comme en écho (eh oui) à celles de ses acolytes, à un moment même, avec une mailloche de batteur. Ariel Tessier derrière ces fûts ne s’en laisse pas compter, il développe une énergie qui contraste avec l’apparente quiétude des autres membres du groupe. Un must!
Foehn Trio qui vient ensuite est, il faut le reconnaître, plus abordable et presque aussi enthousiasmant. Piano (Christophe Waldner), basse (Cyrill Billot), batterie(Kevin Borqué), un peu d’électronique dont il use finalement avec parcimonie. Un bel ensemble aux idées intéressantes, au jeu très expressif. Une belle cohésion, chacun semble vraiment jouer pour les deux autres. L’émulsion entre acoustique et électronique prend bien. Il nous entraîne dans un beau voyage musical dont on a du mal à sortir le dernier coup de baguette frappé. Deux très bon groupe que l’on espère revoir et entendre de nouveau bientôt dans nos contrées.
Le Jammin se fini, hélas, pour votre serviteur ce jeudi mais, vu le succès de cette édition et la qualité des groupes que nous avons pu écouter rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine.

Jammin Juan, le mercredi

Le 23/10/19 au Palais des Congrès – Juan-les-Pins (06)

C’est sur quatre jours cette année, que s’est déroulé ce 3e Jammin Juan mais je n’ai pu assister qu’au deux premières journées.
Sept showcases de 35′ et un concert double affiche soit neuf groupes à (re)découvrir le mercredi et le jeudi.

Mercredi 23/10.
L’après-midi commence par le Crossover Band de Daniel Gassin, venu presque tout droit d’Australie son pays d’origine. Un quintet mené du piano, un jazz de facture assez classique où les parties vocales se mêlent aux claviers et à la guitare de l’excellent Josiah Woodson. A noter, la rythmique énergique du batteur Damien Françon et du contrebassiste Fabricio Nicolas-Garcia.
Changement d’ambiance pour le voyage musical que nous propose KS2, Cédric Hanriot aux claviers et Franck Agulhon à la batterie. Jazz électro très technique au groove sinusoïdal, on les perd de temps en temps pour mieux les retrouver quelques minutes plus tard au sommet.
On remonte à l’étage pour le premier piano trio de ce Jammin. EYM trio. Beaucoup d’émotions, un sens du partage. Elie Dufour, le pianiste, se dit musicien du monde plus que de jazz.

Yann Phayphet

De fait les influences de leurs voyages s’entendent, l’Inde tout particulièrement.

Un duo piano-trompette suit Neve-Nobel, le belge et le néerlandais distille un jazz sympathique essentiellement fait de ballades Du cool jazz de début de soirée. Un deuxième piano trio, Cascino Trio, vainqueur du trophée Jazz de la Cote d’Azur à la Gaude en 2015, il confirme ici leur talent. Les sons de la méditerranée s’instille dans leur musique pour un jazz expressif. Le batteur Luca Scalambrino, en verve, donne sa couleur sonore au groupe.

Avec Quintessentiel on retrouve en leader, Josiah Woodson, à la guitare et à la trompette (il a accompagné, un temps, Beyoncé) et Daniel Gassin en sideman aux claviers. Un son qui satisfait des plus jeunes aux plus anciens. Ils font par moment penser à ce que faisait Branford et Wynton Marsalis.
Le swing vocal, très années 40, de Bloom peine à convaincre malgré une reprise d’Abbey Lincoln plutôt réussie.


Le temps de se restaurer, l’heure du concert sonne…
La pianiste belge Eve Beuvens a abandonné son septet Heptatonic pour s’allier avec le saxophoniste suédois Mikael Godée en quartet. Nouveau son, nouvelle musique au lyrisme poétique. Des tempos lents qui privilégient le dialogue entre les deux solistes qui semblent y prendre beaucoup de plaisir. Du cool jazz fort agréable. Eve joue My T.T.T. , sa vision du célèbre morceau de Bill Evans. Belle façon entamer la soirée.
Serket & The Cicadas la clôturera de belle façon. Un quartet mené par la pianiste Cathy Escoffier. Un jazz psychédélique où batterie et contrebasse rythment les mélodies du piano, les chorus de guitare d’Andrew Sudhibhasilp. Du jazz actuel qui se fait fi des diktats des anciens pour nous emmener dans de nouvelles contrées où l’improvisation règne aussi. Soleil Noir, très belle composition de la pianiste où Andrew joue une superbe ligne mélodique sur des accords en arpèges sur le Yamaha noir. Enchanteur.
La longue journée prévue pour le lendemain et la pluie qui n’en finit pas de tomber nous font esquiver l’after pourtant tentant.

Un jour à La Grande Masterclass

C’est avec  un appareil photo, un carnet et un stylo que j’ai pu assisté à une journée, inside, La Grande Masterclass…

Samedi matin, 10h tapantes, la quarantaine d’élèves de cette Grande Masterclass, majoritairement masculins, venue de toute la France et même de six pays européens, est prête, guitare, basse ou baguettes en main. Chacun rejoint le salon où pendant deux jours il va suivre les enseignements, les conseils des quatre maîtres qu’ils ont vu la veille en concert. L’ambiance est chaleureuse, le tutoiement de rigueur. On se branche sur la table de mixage du côté de chez Mike Stern, sur les amplis chez Dominique Di Piazza, on reste acoustique dans la salle de Sylvain LucAndré Ceccarelli s’installe derrière sa batterie Yamaha, une autre reste disponible pour les « apprentis » batteurs. La journée peut commencer. Une première matinée de prise de contact entre les musiciens-profs et les musiciens-élèves. On commence tout de même à parler technique, assis, sa Pacifica sur les genoux, Mike Stern est intarissable, mais il s’applique à montrer, à jouer et à montrer encore, telle séquence ou telle gamme qu’ils vont travailler plus tard. Leni Stern, elle aussi guitare en main, traduit pour les guitaristes dont l’anglais n’est pas au niveau, surtout que Mike s’emballe vite quand il parle guitare. L’enthousiasme est dans tous ses mots et dans tous ses gestes. Du coté des bassistes, ils ne sont que trois face à Dominique di Piazza. C’est presque du cours particulier. L’ambiance est très décontractée. Dominique montre, explique, ce qu’est un « bon son ». On descend les marches, longe le couloir jusqu’à l’auditorium. La salle des batteurs. André Ceccarelli est assis, baguettes en main derrière sa Yamaha montrant quelques cadences brésiliennes à ses élèves au milieu d’anecdotes de ses rencontres avec d’autres batteurs, d’autres percussionnistes qui, ici ou là-bas, lui ont appris, fait entendre telle séquence ou telle rythme, telle frappe. On remonte chez les acoustiques dans la classe de Sylvain Luc très studieuse. Là aussi, beaucoup de discussion, d’anecdotes, de petits exemples illustrés du bout des doigts. On est loin d’un cours magistral. L’humain est toujours présent car derrière le musicien, derrière l’apprenti, il y a un homme, une femme, avec ses émotions et c’est ça qui doit passer d’abord. Les quatre maîtres sont tous d’accord sur ça. Comme pour faire de la musique, il faut des instruments, un luthier, Nicolas Dayet, est venu montrer quelques-unes de ses réalisations. De magnifiques guitares et basses acoustiques, certaines de forme classique et d’autres plus originales dont une basse avec une pique façon violoncelle et une ouïe excentré vers le haut droit. Magnifique objet et quelle sonorité. Découvrez son travail sur son site: https://www.lutherie-guitare.fr/
L’heure du repas arrive, une pause bien venue, on va encore parler musique mais autrement…
La pluie a cessé, le soleil pointe timidement derrière les nuages gris, la mer s’irise de blanc, de jaune, la pause cigarette peut durer plus longtemps mais l’heure de la classe a sonnée.
Les choses sérieuses commencent. Chez Mike Stern une gamme mixolydienne sur le paperboard et quelques exercices pratiques. « Pas la peine de jouer vite, il faut d’abord jouer juste« . Chez André Ceccarelli, on s’attarde sur un rythme particulier auquel s’essaye, avec plus ou moins de bonheur, chaque élève en duo avec Dédé qui encourage et remontre inlassablement la petite phrase rythmique.
Plus tard, la leçon de balais, smartphone en position vidéo, chacun tente de capter le petit truc qui fait que ça marche. Avec les balais, il n’y a pas de rebonds, il faut le faire avec le doigt, explique Ceccarelli. Plus haut, Dominique di Piazza montre quelques riffs, quelques techniques dont une surprenante, le jeu de basse électrique avec des onglets (façon picking folk ou country). Et le résultat est surprenant, une attaque plus sèche, plus courte qui claque.
Sylvain Luc parle, lui, d’improvisation, pas forcément les règles mais le désir de ressenti qui doit poindre à chaque note, fut-elle fausse ou moins juste.
Une pause-café-thé-jus d’orange et ça repart pour un moment mais bientôt vient l’heure de la détente, la jam session du samedi.
La récompense, la récréation après une dure journée de labeur.
Les quatre master profs débutent le concert, accompagnés par Lady Stern comme aime à la présenter Mike, son mari. Des standards revisités, on est dans la pure convivialité. One, two, one, two, three, four et c’est parti. Et tu prends un chorus par ci et il prend un solo par là. Trois guitares, basse, batterie, un pur régal. Deux, trois morceaux puis c’est le tour des éléves de se relayer, qui à la batterie, qui à la guitare. Dominique di Piazza teint encore la forme et assure les parties de basse. Un blues en Sib, une ballade ou un truc plus latin, ça joue, ça swingue tout le monde s’éclate ceux qui jouent et ceux qui écoutent. Et puis on voit revenir Mike Stern, guitare dans le dos, à la main la valisette de son pedalboard. Il se rebranche, et c’est reparti pour un tour jusqu’à ce que sonne l’heure du repas. Il part en remerciant de l’avoir laisser jouer encore un peu!
C’est le jetlag, me dira-t-il un peu plus tard, qui me donne cette envie, ce besoin de jouer. Mais nous n’avions pas besoin de prétexte pour l’entendre et le regarder parcourir son manche quelques minutes de plus.
C’était l’heure de quitter ce bel endroit alors que le musique continuait de plus belle.
En guise de conclusion, en attendant la prochaine édition de cette grande Masterclass, quelques petites phrases entendues dans la journée.
André: On n’est pas tous égaux devant le tempo.
Sylvain: Quand je joue, quand je compose, je cherche d’abord à m’étonner
Dominique: Ce n’est pas la peine de jouer 50 notes si elles ne sonnent pas. Il vaut mieux en faire moins mais que cela groove
Mike: The most important is the rythm.

Un grand merci à Gilbert Guetta qui m’a permis de vivre ces moments intenses.

Le concert de La Grande Masterclass

20h, la pluie torrentielle n’a pas découragé les amateurs de jazz de la région, nombreux étaient ceux qui ont rejoint les gradins bleus du théâtre Lino Ventura.
En ouverture, le Spirale Trio augmenté devient pour un soir le Guetta/Taschini Quintet, en ouverture du concert de La Grande Masterclass.
Franck Taschini est devant avec son sax ténor puis son soprano, il tisse de belles mélodies, accompagné par Laurent Rossi au clavier sur sa gauche et Gilbert Guetta à la guitare sur sa droite. Derrière, Jéröme Achat à la batterie et Philippe Brassoud à la contrebasse assure la pulsation. Standards revisités pour l’occasion et un « vrai-faux » blues pour finir en beauté, chacun y allant de son chorus. Une belle mise en bouche. Gilbert Guetta pose sa Godin et reprend son rôle de maitre de cérémonie pour introduire les quatre musiciens qui vont bientôt venir sur la scène. Les maîtres de la Grande Masterclass du weekend.
Le batteur qu’on ne présente plus, André Ceccarelli, le bassiste Dominique Di Piazza et les deux guitaristes Sylvain Luc et Mike Stern. En fait, ils sont cinq, car Leni Stern arrive sur la scène avec un N’Goni en bandoulière, un cordophone africain. C’est par une de ses compositions, « Like a Thief« , un morceau qui lui est dédié, plaisante son mari Mike. Il ne manquera pas de placer quelques soli entre les couplets. Après ce détour par le Mali, le jazz reprend ses droits. Les deux guitaristes rivalisent de virtuosité, triturent leurs cordes, échangent des regards complices. Dominique di Piazza sur sa basse à cinq cordes ne s’en laisse pas conter quand vient son tour de chorusser. Après quelques morceaux aux rythmes soutenus, Sylvain Luc reste seul en scène pour accueillir Marylise Florid et sa guitare classique. Ils vont interpréter un titre de leur album « D’une rive à l’autre« , Choro da Saudade. Sylvain improvisant sur la musique d’Augustin Barrios jouée par Marylise. Agréable et surprenante pause romantique avant le retour du groupe et du groove d’un jazz-rock de bon aloi. André Ceccarelli reprend ses baguettes, ses balais et son assise rythmique impeccable qui permet à ses acolytes toutes les fantaisies. Au détour d’un solo Mike Stern cite A Love Supreme puis alors qu’ils avaient salué le public et presque pris le chemin des loges, Mike Stern repart de plus belle dans une dernière reprise, une longue version du Jean-Pierre de Miles Davis.
Musiciens et élèves se retrouvent ensuite autour d’un verre backstage. Mais pas trop longtemps car dès le lendemain un intense journée de masterclass les attend.