Archives pour la catégorie concerts Jazz

Rhoda Scott & Robin McKelle au TNN

Quel bel écrin pour accueillir l’une des plus grandes dames du jazz. Madame Rhoda Scott que ce théâtre de Nice, hélas, trois fois hélas, promis à la démolition.

Un duo avec le batteur Thomas Derouineau. Il est aussi son gendre et le papa de son nouveau petit-fils, né il y a peu comme elle nous l’apprendra pendant le concert.

Elle lui dédira le très beau « A Child Is Born » de Thad Jones. Leur répertoire s’inspirere du récent album « Movin’ Blues ». Du blues donc mais aussi du gospel, « Let My People Go », très swing. (Rhoda a débuté sa carrière sur l’orgue de l’église où officiait son père). Et quelques thèmes de jazz. Une reprise de Michel Legrand puis deux de Duke Ellington « Come Sunday » avec un festival de cymbales frappées tour à tour par les mailloches puis par les balais. Mais c’est un « Caravan » d’anthologie qui a embrasé le public. Là encore, le batteur a prouvé qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Il imprime tout d’abord un rythme chaloupé, façon dromadaire dans le sable puis accélère le tempo, la frappe se fait plus énergique. Peu probable que le tranquille animal du désert puisse continuer longtemps sa marche dans les dunes à un tel entrain. Rhoda Scott, de son côté, caresse, bouscule son Hammond vintage, tout en restant d’une élégance rare. Les deux claviers et le pédalier n’ont guère de moments de repos. Après, un, deux rappels, elle finira par quitter la salle, un bouquet en main, pour rejoindre l’atrium du théâtre où l’attendent ses fans.

On change de style. Une seconde partie plus glamour si on en juge par la robe lamée argent plutôt courte qu’arbore la chanteuse américaine. Mais on reste dans le blues avec Robin McKelle et son quartet qui présente le programme de son album « Alterations ».

Un pianiste Matthias Bublath, A la basse électrique et contrebasse l’immense Reggie Washington (il a joué avec Archie Shepp, Branford Marsalis, …). A la batterie, très content de jouer « at home », le niçois Nicolas Vicarro.

Ils attaquent fort avec une reprise tout en délicatesse du « Back To Black » de la regrettée Amy Winehouse. Suivie de « High Head » signée McKelle avant le premier moment fort, « The River » de Joni Mitchell que la chanteuse s’approprie de fort belle façon. Sa setlist est consacrée aux chanteuses qui l’ont inspiré, ému. Le « No Ordinary Love » de Sade est presque meilleur que l’original, un duo basse voix et un superbe solo de piano. Elle ne pourra rien hélas pour « Rolling in The Deep » d’Adele qu’elle a mis à son répertoire. Après un petit blues où elle pianotera quelques notes sur le B3 avant de scatter en duo avec un Reggie Washington imperturbable à la contrebasse.

Le second moment fort est double. D’abord Robin s’installe au piano (« pas facile avec ma robe la plus courte et mes chaussures les plus hautes », sourit-elle!) pour nous interpréter le tube de Carole King « You’ve Got A Friend » suivi du très dynamique « Jolene » créé en 1974 par la country girl Dolly Parton. En rappel, en voiture, « Mercedes Benz » de la géniale Janis Joplin avec Matthias Blubath derrière le B3

Quelle soirée où Robin McKelle a su mettre sa voix dans les chansons d’artistes qui lui ont ouvert la voie.

Puis les portes du théâtre, quel gâchis, se fermeront définitivement sur la musique.

Avishai Cohen à Monte-Carlo

20h30 tapantes, Avishai Cohen pénètre sur la scène, accompagné dElchin Shirinov le pianiste azéri qui l’accompagne depuis 2019 et de sa toute nouvelle batteuse, la jeune Roni Kaspi, à peine 21 ans. Ils s’installent proches les uns des autres comme pour mieux percevoir les vibrations de leur musique. Le répertoire de ce soir, nous dit le bassiste après deux morceaux, est tout nouveau.

Celui d’un prochain album qu’il ont peaufiné pendant cette tournée. C’est la dernière date, notre meilleur concert, rajoutera t’il malicieusement, un peu plus tard. Et de fait, le concert est magnifique. Le piano de Shirinov qui swingue sans pourtant se départir de son côté romantique. Les solos de contrebasse sont toujours inspirés.

Avishai s’en offre un pratiquement à chaque titre. Les mélodies sont belles, moins empreinte d’orientalisme que dans le passé. Et puis, il y a Roni Kaspi qui assure une présence rythmique de tous les instants et dévoile toutes ses qualités dans deux formidables longs solos. Le dernier, en rappel, particulièrement vigoureux, incisif et puissant.

On imagine le sourire, quelque part, de Keith Moon ou Buddy Rich. Les arrangements sont aussi particulièrement bien travaillés. Dans un morceau lent dont on ne saura pas le titre, la contrebasse double en bas du manche le riff de la main droite du pianiste pour l’instant d’après, reprendre celui de la main gauche dans le haut du manche sur un drumming léger des balais sur les cymbales.

Ils ne feront même pas semblant de sortir pour le premier rappel, Avishai pose sa contrebasse, ils viennent saluer puis reprennent leur instrument.

Le contrebassiste installe un pied de micro devant lui pour chanter, tout d’abord une chanson en espagnol,   « El sueño va sobre el tiempo« , inspiré d’un texte de Garcia Lorca. Ils enchaînent sur le standard « I Remember You » popularisé par Chet Baker. Le piano est toujours romantique alors que la contrebasse se fait câline.

Second rappel, avec fausse sortie cette fois-ci. Deux morceaux plus anciens et ce fameux solo de Roni Kaspi, déjà évoqué.

Quelle maestria.
Une fort belle façon de débuter ce 15e MCJF.
Sur les écrans dans l’atrium de l’opéra, une image rend un dernier hommage à Jean-René Palacio. On lui doit la programmation de cette édition comme celles des précédentes.

Le 23/11/21 à l’Opéra Garnier – Monte-Carlo (MC)

Isotopia & PounkIPA Trio Live

Le temps gris et la pluie continue n’ont pas empêché le Club So What d’être complet pour cette soirée d’ouverture du 24e Jazz sous la Bigaradiers.
C’est le groupe Isotopia qui lance les festivités. Un quartet: clarinette basse, guitare électrique, contrebasse, batterie. Un jazz atypique et chamarré.
La plupart des compositions du set sont signées par Doumé Trottier qui alterne entre ses deux clarinettes (auxquelles elle fait pousser, de temps à autres, d’étranges petits cris). Elle s’accompagne parfois au chant.

Jean-Louis Baldy l’assiste à la guitare. Un confortable pédalier lui permet d’obtenir de nombreuses sonorités qui percutent allègrement celles des clarinettes.

Contrebasse et batterie assurent une rythmique enjouée mais pas dépourvue d’énergie. En fin de set, on se déroute vers l’Afrique, Doume pose des mots sur un air joué au kalimba.

Petit entracte, le bar est bizarrement, le point de ralliement!
Changement total  d’ambiance (quoique) avec le second groupe PounkIPA Trio.
Piano, contrebasse et chant. Andréas, Gilles et Nastasia. Le club So What devient cabaret swing.

Un répertoire que le trio puise essentiellement dans les standards revisités à leur manière. Duke Ellington côtoie Nina Simone, Doris Day, Ella Fitzgerald ou Fats Weller (oh, quelle est triste cette chanson « I Wrote Myself A Letter!)
Mais leur force et leur originalité est aussi de faire swinguer des morceaux venus de la pop ou du rock. Des titres de Cure ou Muse avec une basse qui rigole (tout comme Gilles tout sourire),

un piano qui balance et une chanteuse qui les ornemente. Ils nous régaleront dans le même esprit avec leur version de tubes de Jamiroquai, Lennon ou Leonard Cohen. Mais si, Leonard Cohen, en jazz et qui fait claquer des doigts. Ah, ces petits sons de mandoline qu’Andreas arrive à tirer du piano droit.

Quelle belle soirée. Pour conclure, reprenons les mots d’Alex Benvenuto, l’un des organisateurs, « du jazz contemporain et agréable à écouter, festif et vivant  »


Le 30/10/21 au Club So What – La Gaude 

Mes émouvantes 2021.

Trois soirées au Festival Les Émouvantes.

Cette année, uniquement des photos pour raconter ces émouvantes.

cliquer sur les images pour voir le carrousel.


Vous retrouverez mes compte rendus plus détaillés sur le site du Jazzophone
https://www.lejazzophone.com/livereport-les-emouvantes-23-septembre-jean-marie-machado-4et-laurent-dehors-6et/https://www.lejazzophone.com/livereport-les-emouvantes-24-septembre-corneloup-molard-4et-david-chevallier-7et/https://www.lejazzophone.com/livereport-les-emouvantes-25-septembre-hymnes-a-lamour-caravaggio/

ou sur celui de Nouvelle vague:
https://nouvelle-vague.com/live-report/festival-les-emouvantes-jeudi/https://nouvelle-vague.com/live-report/festival-les-emouvantes-vendredi/https://nouvelle-vague.com/live-report/festival-les-emouvantes-samedi.

23 septembre

Jean-Marie Machado Quartet -Majakka

Laurent Dehors Sexet

24 septembre

François Corneloup – Jacky Molard quartet

David Chevallier Septet – Emotional Landscapes

25 septembre

Didier Ithursarry – Christophe Monniot duo

Caravaggio

ambiance de fin de festival sous la pluie.

9e Festival Les Émouvantes…

Du 22 au 25/09/21 au Conservatoire Pierre Barbizet –Marseille (13)

L’été se fini tranquillement, les jours raccourcissent en silence, les feuilles deci delà commencent à tomber des arbres, la morosité nous gagne. Heureusement, la prochaine édition du Festival Les émouvantes est là pour nous revigorer, nous mettre dans la joie.

Cette année, le festival investi un nouveau lieu:
le Conservatoire National Pierre Barbizet, place Carli à Marseille.
Le thème en est « Carrefour des imaginaires, volume 2« .
Si l’imaginaire est toujours au pouvoir dans cette manifestation culturelle, le volume 2 précise la volonté de vivre en « grand » en 2021, une programmation en formations réduites en 2020 pour les raisons sanitaires.

Toujours cinq soirées en deux parties (19h & 21h) pour accueillir du 22 au 25 septembre, parmi les meilleures formations de la musique improvisée au croisement de la musique afro-américaine.
Aux instruments traditionnels du jazz viendront s’ajouter quelques éléments plus rares dans notre musique tels le théorbe et le saqueboute du septuor de David Chevallier, la musette de Laurent Dehors ou encore le glockenspiel de Jean- Marc Quillet et les violoncelle de Vincent Courtois et Vincent Ségal. Du baroque, de l’opéra, du métal psyché, du jazz folk, des musiques plurielles, inventives, contemporaines, émouvantes par des musiciens accros à l’énergie, à l’émotion et à l’imagination.

© Annabelle Tiaffay

Venez régaler vos yeux et vos oreilles.     

Informations & réservations:

Émouvance – Compagnie Claude Tchamitchian

20, Cours Julien – 13006 Marseille. Téléphone : 06 11 21 40 94,

festival-emouvantes@tchamitchian.fr

festival-emouvantes.fr

Deux soirées au Jazz à Junas

21 juillet 2021 – Gaël Horellou

Carrières du Bon Temps – 21h – Rouge

Carrières du Bon Temps – 23h – Twins

22 juillet 2021

Place de l’avenir – 18h – Céline Bonacina

Carrières du Bon Temps – 21h – Perrine Mansuy

Carrières du Bon Temps – 23h – Sylvain Rifflet

Peillon Jazz Festival, le lundi

Le 05/07/21 place Arnulf – Peillon (06)

Pour cette dernière soirée de la première édition du Peillon Jazz festival, la chanteuse Nina Papa nous emmène dans un voyage de près de deux heures, au Brésil et en première classe! Il faut dire qu’elle a un bel équipage! Au piano, Béatrice Alunni qui compose aussi une grande partie des thèmes du répertoire. A la batterie (et aux percussions) Cédric Ledonne, il jouera même une fort belle intro à la guitare. A la contrebasse, le jeune (19 ans) Clément Douziech, il a une formidable technique et ce sens du rythme latino qui fait merveille dans ce groupe. Le quartet a un invité spécial, le saxophoniste Baptiste Herbin. L’un des tous meilleurs altistes du jazz français. Il nous fera la surprise de jouer aussi, et fort brillamment, de la flûte. On entendra les chansons d’un futur album avec quelques temps forts, « Trois pas de côté », une chanson en hommage au regretté Marc Peillon puis « Lilou » une mélodie composée par Marc. Beaucoup d’émotions mais la gaieté revient vite dans la musique brésilienne et le chant énergique, coloré de Nina Papa et les chorus redoutables de Baptiste Herbin font s’envoler les quelques brumes de tristesse qui nous entouraient.

Un long entracte, changement de plateau, accordage du piano et de la contrebasse, quelques balances techniques. Une visite à l’exposition des photos de Ripo (Jean- François Ferrandez) et un petit peu de l’excellente socca en direct du four communal.

C’est un maire heureux qui présente le trio qui prend place sur la scène.
Celui du pianiste Laurent Coulondre. A ses côtés, le bassiste Jérémy Bruyère et le parrain du festival, André Ceccarelli. Ils vont jouer la majorité des titres de leur récent album, « Michel On My Mind« . Des compositions de Michel Petrucciani pour la plupart et deux thèmes écrit par le Coulondre en hommage et dans l’esprit du grand Michel. Quelques mélodies sont familières aux amateurs de jazz, « Memories of Paris », « Colors », d’autres moins « Little Peace in C ». Le pianiste est volubile, entre les morceaux où il nous régale d’anecdotes ou les mains sur son clavier. Il rivalise de virtuosité avec Jérémy Bruyère qui tient plus le rôle de soliste que de rythmicien que cela soit à la contrebasse ou à la basse électrique 6 cordes. Le temps passe vite, c’est l’heure du dernier morceau de la soirée, « Brazilian Like », introduit par un long solo de batterie d’André Ceccarelli.
Mais nous avons droit à un rappel, avec en prime, le retour sur scène de Baptiste Herbin. Un standard, peut-être Take The A-Train, pris à grande vitesse ou chacun des musiciens s’en donne à cœur-joie. Chorus fulgurants, les cymbales cinglées, basse qui vrombit et un pianiste qui semble ne pas vouloir s’arrêter.

Alors que les lumières se rallument, le maire et le directeur artistique annonce la tenue de la deuxième édition du Festival en 2022.

Peillon avait son village médiéval et son Huile d’olive AOP, il a désormais Son Festival de Jazz

Peillon Jazz Festival, le samedi

Le 03/07/21 Place Arnulf à Peillon (06)

On rejoint le village de Peillon tout en haut d’un piton rocheux, par une petite route en lacet de 2400m. Une noria de minibus monte les spectateurs jusqu’à la place où est installé la scène. Là, des bénévoles nous guident vers nos places, au pied du village dans un décor paisible d’arbres et de vieilles pierres.

Sans presque de retard, le quintet de Pierre Bertrand prend place. Il va nous décliner ses Colors, du jaune (ensoleillé) au rouge (sang) en passant par le bleu et le vert. Entre chaque morceau, Pierre Bertrand nous explique sa vision jazzy de la teinte qu’ils vont évoquer, nous donnant même la métrique du thème, (2,3 ou 5 temps). Ils jouent un jazz très écrit, à la fois sophistiqué et facile d’accès. Le piano lumineux de Pierre-Alain Goualch, la trompette ‘hubbardienne  de Anders Bergcrantz. La rythmique discrète et terriblement efficace de Christophe Walemme (contrebasse) et de Matthieu Chazarenc (batterie). Le leader décline la mélodie à la flute, au sax soprano ou ténor avant de se lancer dans quelques belles impros relayées par l’un de ses musiciens. Les duos à l’unisson trompette-ténor frise le sublime. En tout fin, Paloma Pradal, invitée surprise, vient ajouter sa voix, chaleureuse et flamenca pour une chanson toute en sensiblité.

L’entracte nous permet de nous restaurer mais aussi de découvrir ce village, ses ruelles, ses pierres et même son four à pain communal et centenaire, remis en chauffe pour cuire une excellente Socca maison tout au long du festival.

Puis l’on retrouve le chanteur Hugh Coltman, un habitué des scènes azuréennes, venu dans ce village médiéval avec un nouveau quartet. Deux fidèles musiciens l’accompagnent, Raphael Chassin, le batteur de tous ses projets et le guitariste Thomas Naïm. Fabien Marcoz complète le groupe à la contrebasse. Hugh Coltman puise ses chansons dans le répertoire de ses deux derniers albums. Il chantera donc quelques titres écrits par Nat King Cole dont une magnifique interprétation de « Mona Lisa » en duo avec Fabien Marcoz. Mais aussi quelques-unes de ses propres compositions dédiées à son père, son fils ou le très enjoué « Civvy Street » qui évoque La Nouvelle Orléans. Pour ne rien gâcher, il fera une version très sobre de « River » de Joni Mitchell et surtout, avec Thomas Naïm qui les a arrangées, deux covers d’Hendrix, « Castles Made of Sand » et le sublime « If 6 was 9 ».  La formule à quatre, donne beaucoup d’intensité, de profondeur et de sobriété à des thèmes que l’on avait connus plus explosifs. 

On passe de l’intime à l’émotion en cette belle nuit d’été.

Jazz à Juan – Kenny Barron & Avishai Cohen

Il a fallu patienter un an, mais il a bien lieu ce 60e Jazz à Juan.
Un petit peu de tristesse pour commencer, le public rend hommage par des applaudissements à Jean-René Palacio, le directeur artistique, récemment décédé. Certains d’entre nous y associent par la pensée Daniel Chauvet qui ne sera pas non plus à ce « Juan ». Mais la musique reprend vite sa place avec l’arrivée sur scène du All Stars quartet de Kenny Barron. Steve Nelson au vibraphone, tout devant, duotte avec son leader. Un peu en arrière, Peter Washington à la contrebasse et Jonathan Blake à la batterie font plus qu’assurer la rythmique. Quelle puissance, quel swing ! Barron nous rappelle que la dernière fois qu’il est monté sur cette scène c’était avec Stan Getz en…1990!
Le groupe enchaînera les standards période bop, en commençant par « How Deep Is The Ocean » pour passer à du Monk ou du Dizzie Gillespie et finir par un « Softly As A Morning » façon Sonny Rolllins. Avec quelques malices dans la voix Kenny Barron nous dit « quand on est pianiste classique on doit savoir jouer « Moonlight Sonata » et quand on joue du jazz, c’est « Body & Soul » que l’on doit connaitre« . Et sur ce, il nous en donne sa vision personnelle.

Changement de total de style pour la seconde partie. Le nouveau trio d’Avishai Cohen. Le contrebassiste est accompagné par le pianiste azéri Elchin Shirinov et la batteuse israélienne Roni Kaspi, encore étudiante de la prestigieuse Berklee College of Music. Dès les premières mesures le ravissement est total. Quelle musicalité, quelles émotions. Là, pas de standards, que des nouvelles compositions pour la plupart inédites en disque. Avishai Cohen est très peu disert, sobre, pas de chant ou de basse électrique. Il se concentre sur sa contrebasse, son jeu à la fois technique et habité. Les thèmes sont toujours à l’orée du jazz et de la musique orientale avec quelques impressions de « classique » surtout dues au jeu très expressif, parfois même romantique du pianiste. (Un futur grand, à n’en point douter. Mais la vraie découverte la soirée, c’est Roni Kaspi. Très à l’aise, malgré son jeu âge, sur cette scène mythique. Une grande sensibilité, pas d’esbroufe mais une remarquable présence que son leader semble apprécier autant que nous.

Pas de doute: Le jazz a bel et bien fait son retour dans la Pinède Gould!

Kyle Eastwood à Grasse

Kyle Eastwood  Quintet

17h, ce dimanche, au Théâtre de Grasse. Les seuls sièges rouges encore non occupés sont floqués d’un sens interdit. Respectons la distanciation.
Monsieur Florés, le directeur, présente la soirée en souhaitant la bienvenue au public et en dédiant le concert à la mémoire de Samuel Paty, le professeur lâchement assassiné.
Silence…
Puis les cinq musiciens prennent possession de la scène et attaquent directement le premier titre de la soirée, « Skyfall », la chanson écrite par  Angèle pour le film du même nom, mais dans un arrangement largement métamorphosé . Ils joueront ensuite la presque totalité de leur récent album « Cinematic », comme Kyle Eastwood nous le raconte entre chaque morceau dans un délicieux mélange de français et d’anglais (le français pour le public, l’anglais pour son groupe ?). Ils prennent à leur compte chaque thème qu’il soit de Mancini, de Morricone, de Bernard Hermann,… pour le faire leur et nous entrainer dans un kaléidoscope d’images sonores pendant près d’une heure et demi. Les dialogues ou les contre-chants à la tierce, à l’unisson de la trompette (Quentin Collins) et du saxophone (Brandon Allen) sont admirables.  Le pouvoir évocateurs du groupe est vraiment puissant, à tel point que dans leur interprétation du thème de Lalo Schifrin dans « Bullitt », on ressent presque les chaos des rues de San Francisco sous les roues de la Mustang Fastback ou de la Dodge Charger, rythmés par la contrebasse tellurique de Kyle. Il se soufflera sur les doigts à la fin du morceau avant d’attaquer le suivant.
Chacun des spectateurs aura son moment préféré dans le concert mais indubitablement l’un des summums fut « Gran Torino », une composition du fils pour le film du père. La contrebasse et le piano (Andrew McCormack tout en subtilité)  en duo avec quelques légers coups de balais sur les cymbales de Chris Higginbottom, puis, le solo de saxophone tout en finesse. Ils finissent leur set avec le joyeux et virevoltant « Pink Panther », que tout le monde a reconnu avant la deuxième mesure.
En rappel, « Moanin », un blues de Charles Mingus, introduit à la contrebasse par Kyle, seul sur scène avant d’être rejoint par tout son quintet.

On va au théâtre, voir et écouter un concert, et on sort heureux, en ayant envie d’aller au cinéma.

Le 18/10/20 au théâtre de Grasse (06)