Archives pour la catégorie concerts Jazz

Avishai Cohen trio Live in Nice

L’auditorium du conservatoire de Nice, balcon compris, est complet quand Frederica Randrianome, petit livre vert en main, nous présente la soirée et les futures sessions d’automne et d’hiver.
En première partie le saxophoniste JB Moundele vient nous faire découvrir son tout nouvel album en quartet. Afrotrane, une balade musicale en Afrique inspirée des séjours du leader et de sa passion pour la musique de Coltrane. Ils jouent, presque dans l’ordre, les premiers titres de l’album. De Mopty Road à Mbote Ma Mbeauté. Sur les routes du Benin ou du Ghana avec les Impressions du grand John et sa Lonnie’s Lament. Comme à son habitude le piano d’Olivier Hutman est lyrique et rigoureux alors que Marc Peillon se permet quelques belles digressions sur sa contrebasse.
Un court entracte, le temps d’installer la scène pour le trio. Avishai Cohen devant son gros Ampeg et derrière sa contrebasse, serré de près à gauche par le Steinway de Elchin Shirinov et à droite par la batterie de Noam David (le vieux copain de lycée). Ils enchaînent les morceaux, essentiellement du nouveau CD Arvoles. Avishai n’est pas très disert, il ne prend le micro qu’une fois dans le set, pour présenter ses musiciens et pour dire combien il est heureux de finir sa tournée dans cette salle, dans cette ville. Mais nous sommes tous là pour la musique et là, nous sommes gâtés. Le contrebassiste a l’art de trouver des pianistes exceptionnels de feeling pour l’accompagner après Shai Maestro et Nitai Hershkovits, Elchin Shirinov, venu d’Azerbaijan rajoute, en plus, un jeu au swing intense qui entoure celui de son leader d’une aura éclatante. Après quelques expériences avec orchestre symphonique ou dans un jazz mâtiné de pop, Avishai Cohen revient à l’essence de son art, le trio acoustique. Ses compositions mêlent toujours le « pur » jazz aux sonorités orientales, traditionnelles ou caribéennes pour un cocktail dont on s’enivre sans vergogne. Au rappel, Avishai Cohen se place derrière un micro avec sa contrebasse et son archet puis entonne une sobre et émouvante version de Motherless Child (Sometimes I Fell Like…). Il chante ensuite, nous demandant la permission, une chanson en hébreu sur un de ses amours déçus. Ses deux acolytes reviennent pour un dernier titre, une ballade de 2005 qu’il joue souvent, Remembering. Générosité et partage. Après de longs applaudissements, la salle se vide doucement mais quelques volutes musicales flottent encore …

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Les émouvantes 2019 part2

Les émouvantes, suite du reportage en mots, en couleur et en noir & blanc

vendredi 20/09.
19h. Duo Philipe Deschepper & Michel Godard
Troisième duo du festival et pas le moins étonnant. Michel Godard rentre sur scène avec son serpent. Non, nous ne sommes pas place Jemaa el-Fna mais bel et bien dans le théâtre des Bernardines au cœur de la cité phocéenne, et ce serpent est un instrument de musique ancestral, en bois et cuir, en forme de…serpent. Non loin de lui trône un tuba au reflet bleu, attendant sagement son tour. Côté jardin, Philippe Deschepper est simplement venu avec sa guitare électrique et quelques pédales. Une longue discussion improvisée entre les deux musiciens, entre les deux amis. Le grave du serpent ou du tuba répondant aux cordes cristallines de la guitare. Pas d’artifice dans ces improvisations, juste le plaisir de jouer ensemble et de partager avec le public ce moment d’échanges.
21h. Régis Huby Sextet
Le projet « Unbroken » du violoniste Régis Huby est construit autour d’un double trio. Le premier au centre, purement acoustique, violon (Huby), violoncelle (Atsushi Sakaï) et alto( Guillaume Roy), règle la cadence, forme la structure.Ils sont entourés d’un percussionniste, on retrouve Michele Rabbia, d’un guitariste électrique aux multiples effets, le norvégien Eivind Aarset et de Jan Bang qui derrière ses machines, ses samplers, capte, triture et réinjecte les sons. Rien n’est écrit au départ nous dira plus tard le violoniste. Le trio à cordes, trio IXI, joue ensemble depuis plus de quinze ans, ils se connaissent bien, ils savent s’écouter et rebondir sur une idée, une petite phrase musicale, le passage soudain de l’archet aux pizzicati ou même au tapping (façon heavy metal) sur le violon ou l’alto, voire du violon-percu!Dès les premiers instants, la musique prend forme, puis elle se distend pour mieux se ramasser sur un coup de baguette qui gifle une cymbale. Une fois de plus, dans ce festival, l’envoûtement est total. La poésie de «Unbroken » dont on ne sait où elle va mais qui nous entraîne vers des endroits magnifiques où seule la musique peut nous emmener.

Samedi 21/09.
19h. Claude Tchamitchian « In Spirit »
Pas de duo pour ce dernier soir mais le projet contrebasse solo de Claude Tchamitchian. Le directeur artistique laisse place au musicien, au compositeur à l’interprète. La contrebasse dont il va jouer, fût celle de Jean-François Jenny-Clark, il en est l’heureux dépositaire, nous explique-t-il.Une suite en quatre mouvements intenses, puissants d’où l’émotion sourd à chaque instant. Il joue de tout son corps, la tête penchée vers les cordes, la main gauche étirée au possible en des accords vertigineux. Quand un seul archet ne suffit pas, pour « Memory » , il en prend deux, l’un frottant les cordes par-dessus et l’autre par-dessous. Heureusement la troisième partie « In Childhood » est plus virevoltante, elle permet aux spectateurs de reprendre souffle pour mieux aborder « In life » dernière suite qui clôturera ce set. Claude Tchamitchian, lui, ne reprendra souffle que bien longtemps après avoir posé son instrument car la performance artistique se double d’une véritable performance physique digne d’un sportif de l’extrême. Après des applaudissements fournis, un sourire éclaire le visage du contrebassiste. Quant à sa musique, elle flottera encore de longs instants entre la scène et les gradins

21h. Marc Ducret Ensemble
A peine remis de ces émotions spirituelles, prennent place sur scène les neuf musiciens du groupe de Marc Ducret, tous vêtu d’une robe noire au bas évasé version gothique-punk d’une soutane de clergyman. Ils vont nous faire vivre Lady M, la version conçue, écrite et composée par Marc Ducret de Macbeth, la mythique (et maudite) pièce de Shakespeare. Plus particulièrement (révisons nos classiques!) la scène 5 de l’acte I et l’acte V. Quand il ne joue pas de l’une de ses trois guitares Marc Ducret dirige sa petite troupe de la main droite, la gauche restant posée sur le manche.Après une longue introduction instrumentale, le contre-ténor Rodrigo Ferreira entre en scène et interprète plusieurs thèmes, des arias (?) qui ne dépareraient pas dans un opéra baroque. Plus tard, c’est la soprano Lea Trommenschlager, plus walkirienne, qui viendra mêler sa voix aux cordes, bois et cuivres. Les deux chanteurs seront réunis pour la partie finale. Une œuvre à la construction impeccable, une écriture qui donne à jouer à chacun des musiciens. Marc Ducret nous gratifiera de quelques soli dont il a le secret, à six, douze cordes ou sur sa guitare préparée qu’il utilise avec des objets divers (mug, bottleneck, tige de métal, ebow,…). Parmi les moments forts, un duo telecaster-soprano ou un solo de Régis Huby sur un violon ténor avec pédales et loopers ou encore les sonorités profondes du cor de basset joué par Catherine Delaunay. Une œuvre qui se fait fi des genres, du jazz à de l’opéra baroque en passant par le rock et la musique contemporaine, en osant des dissonances, en malmenant les rythmes classiques pour mieux servir son propos.
On ne va pas raconter tout le concert mais ces musiciens méritent qu’on les cite tous, de gauche à droite:
Marc Ducret (guitares), Samuel Blaser (trombone), Sylvain Bardiau (trompette et bugle), Catherine Delaunay (clarinette et cor de basset), Liudas Mockunas (saxophones & clarinette contrebasse!), Régis Huby (violon et violon ténor), Bruno Ducret (violoncelle), Joachim Florent (contrebasse) et Sylvain Darrifourcq (percussions) et au centre, Léa Trommenschlager (soprano) et Rodrigo Ferreira (contre-ténor).
Mettre de la tragédie au cœur d’un festival de jazz, c’est le défi plus que réussi par Marc Ducret, ses musiciens et le grand ordonnateur Claude Tchamitchian.

Les Émouvantes, le festival qui ose, séduit et bien sûr émeut.

Un grand merci à toute l’équipe sans qui le festival serait tout autre: Geneviève, Françoise, Dominique et tous les bénévoles.
Marie Vincent pour ses superbes lumières, Bruno Levée pour le son…

Les émouvantes 2019 part1

7e édition du festival Les émouvantes organisé au Théâtre des Bernardines à Marseille par Emouvance – Compagnie Claude Tchamitchian. Le thème proposé cette année « Le hasard, la transformation ».  Quatre soirées pour la musique, les sons, les images, l’improvisation , la création. Du jazz quoi!

Mercredi 18/09
19h « Miroir, Miroir »
Sur la droite de la scène, un piano, un tabouret de bar. Au centre, un trapèze et une construction de 12 miroirs carrés, après quelques mots d’introduction de Claude Tchamitchian, directeur artistique, le festival accueille le duo Mélissa Von Vépy et Stéphan Oliva pour « Miroirs, Miroirs ». Premier tableau, une improvisation en piano solo sur un motif de Bartók en forme de fugue. Stéphan Oliva vit totalement sa musique, tout d’abord de forme faussement simple, lente et peu à peu le motif se construit, la main droite joue à gauche, l’effet miroir est déjà là. Le rythme s’intensifie puis sur un dernier accord, la danseuse Mélissa Von Vépy entre en scène. Deuxième tableau, des silences, du piano, des glissés légers puis, elle brise l’un des miroirs au centre et s’enroule pour une chorégraphie aérienne acrobatique, poétique et saisissante, souligné par les notes du piano en volutes autour de sa danse. Une ode à la musique, au mouvement et à la liberté. Un spectacle d’une bouleversante beauté.
21h Bruno Angelini & Michele Rabbia Quartet
Le piano préparé de Bruno Angelini, les percussions de Michele Rabbia tisse une trame sonore improvisée sur laquelle le saxophoniste norvégien Tore Brunborg pose trilles et arpèges. Derrière, le vidéaste Romain Al’l, les doigts sur le clavier de son ordinateur projette des séquences d’images, des ballets de lignes, des vidéos des musiciens très pixelisées, prises depuis des caméras thermiques. Tour à tour, la musique semble suivre les images puis la musique s’appuie sur la vidéo. Le pianiste mailloche en main tape sur les cordes du piano, le regard fixé sur l’écran, sa main gauche battant la mesure que déconstruit Michele Rabbia. Le sax construit des courtes mélodies pures puis c’est le tour du percussionniste de mener la cadence. Les pixels traversent l’écran sous les coups de baguettes, les vibrations des objets divers posés ou lancés sur les peaux. Les cymbales cinglées par les baguettes, les balais vibrent dans une succession d’harmoniques.
Un moment d’exception, la fusion quasi charnelle du son et de l’image.

Jeudi 19/09.

Claude Tchamitchian présente la soirée aux côtés de la contrebasse de Benjamin Duboc

19h Sylvain Kassap- Benjamin Duboc
Un duo d’apparence plus classique, clarinettes- contrebasse. Mais les deux musiciens, improvisateurs talentueux nous réservaient un bien beau set pour la sortie de leur premier album « Le funambule ». Deux longues impros, morceau 1 puis… morceau 2. Recherches de timbres, rythmes par vraiment apaisés! Ne vous attendez pas à une walking bass sur laquelle la clarinette sidneybechetterait. Les aigus de la clarinette répondent aux basses profondes frottées à l’archet. Tout le set se base sur une écoute attentive. Des sonorités baroques succèdent à des tonalités plus orientales, les mugissements granulés de la clarinette basse de Sylvain Kassap s’infiltrent dans les cordes triturées par Benjamin Duboc. La qualité de l’instant fondu dans la beauté du tout.

21h Guillaume Orti Quintet
Une commande du festival, que le saxophoniste Guillaume Orti a nommé « …Ence ». Entre présence et absence, il n’a pu choisir nous dit-il. Aux habituels piano, Benoit Delbecq, contrebasse Nathan Wouters, les saxophones du leader, le groupe intègre un percussionniste François Verly, littéralement entouré d’objets à frapper, à bouger, à étirer et encore plus rare, en jazz tout au moins, une vièle à roue, dans les mains de Ben Grossman, un instrument moyenâgeux mais branché sur un moderne pédalier d’effets. Là encore, pour notre plus grand plaisir, l’improvisation de tout et de chaque instant. Étrange univers créé par Guillaume Orti où la composition se fond dans un impromptu réglementé. Le côté médiéval de la vièle, celui plus oriental des percussions tablas, un piano préparé et les différents saxophones conjuguent un même moment de musique contemporaine. Une longue pièce totalement envoûtante de laquelle les spectateurs auront du mal à sortir avant d’aborder la seconde, plus courte, plus enjouée, plus jazz en fait!

Les émouvantes c’est bientôt

Festival Les émouvantes

Du 18 au 21/09/19 au Théâtre des Bernardines – Marseille (03)

L’été se fini en jazz à Marseille avec le festival « Les émouvantes ». Quatre soirées, huit concerts de hautes volées dans le cadre splendide du théâtre des Bernardines, une chapelle de couvent du 18e siècle transformée en salle de spectacle. Les émouvantes, c’est toujours voir et entendre la musique mais cette année, la programmation est inspirée par deux mots « La transformation et le hasard ». Huit formations du solo à onze musiciens vont venir se confronter au thème. Détourner le visuel du son avec le « Miroir, miroir » de Mélissa Von Vépy et Stéphan Oliva. Mêler la vidéo aux percussions de Michele Rabbia et au piano de Bruno Angelini. La trajectoire sonore avec vièle à roue de Ben Grossman dans le  quintet de Guillaume Orti (une création spéciale pour le festival). L’étrange duo de Michel Godard qui joue du mystérieux serpent avec la guitare électrique de Philippe Deschepper. On retrouvera aussi quelques fidèles des émouvantes, Régis Huby, ici en septet, Marc Ducret et ses onze musiciens revisiteront Lady Macbeth ( à ne maquer sous aucun prétexte! ) ou encore le maitre de cérémonie Claude Tchamitchian, seul avec ses contrebasses.
En prime, deux ateliers master class, l’un à Aix l’autre à Marseille

Plus d’infos: https://tchamitchian.fr/emouvantes/

 

Roberto Negro & Dadada

Roberto Negro Trio à Domergue

Pour la soirée de clôture du festival Jazz à Domergue, un trio étonnant, inventif, drôle, à l’univers musical poétique et souvent déjanté : Dadada. Le pianiste Roberto Negro associé au saxophoniste Emile Parisien et au percussionniste Michele Rabbia.
Ils commencent par Gloria a la Poetessa qui nous permet de renter immédiatement dans l’imaginaire du groupe. Quelques sons électroniques puis la mélodie au sax soprano sur les accords de piano. Une douce folie s’installe sur scène. Roberto Negro penche la tête vers le clavier du Steinway, presque à le toucher. Emile Parisien entame sa gestuelle si particulière.Michele Rabbia, mailloche rouge entre les dents, sort quelques-uns de ses petits accessoires à percuter. On est bien loin d’un hard bop standardisé ! Le public est, très vite, conquis malgré les notes dissonantes, les rythmes enchevêtrés et les trouvailles sonores. Les trois artistes vont littéralement nous charmer pendant près d’une heure jusqu’à l’entracte buvette. Le deuxième set commence lui aussi en « fanfare » avec Préambule enchaîné avec Brinborion. Les musiciens semblent prendre beaucoup de plaisir à jouer, ils échangent des regards complices ou parfois interrogateurs : et comment on finit se morceau ?
Michele Rabbia amorce un nouveau thème à la voix, en scandant da, da, da, dans un micro, variant le ton, le rythme, le phrasé puis reprend ses baguettes alors que la boucle samplée dadadatise toute seule sous le regard amusé de ses deux comparses qui à leur tour entre dans le jeu. Petits arpèges de piano, les cordes frappées avec une baguette, le son fantomatique du soprano presque ad libitum. Le set se finit ensuite sur un genre de blues qui serait aussi la musique d’un film imaginaire qu’aurait produit les trois compères. En rappel, Sangu, une chanson (d’amour?) sicilienne passée à la moulinette du trio.
Probablement le concert le plus créatif et le plus envoûtant de cet été.
Et si vous n’avez pas pu les voir, écoutez les dans: Roberto Negro & Dadada: Saison 3 paru chez Label Bleu.

le 06/08/19 à La Villa Domergue – Cannes(06)

 

Bright Shadows à la Villa Domergue

Jazz à Domergue:
Anne Paceo Bright Shadows

On a beau y être déjà venu plusieurs fois, l’arrivée sur le site de la Villa Domergue, la descente vers la terrasse du concert est toujours un instant spécial. D’un côté la vue sur l’Esterel et la baie de Cannes, de l’autre, le jardin et son impressionnant dénivelé, orné pour l’occasion de sculptures de Niki de Saint Phalle.
Pour cette troisième soirée du Jazz à Domergue, Anne Paceo vient présenter son nouveau projet Bright Shadows avec les musiciens qui ont participé au CD. Pour les voix, Ann Shirley et Florent Mateo auxquels se joignent celles du guitariste Pierre Perchaud et de la batteuse Miss Paceo, elle-même. Seuls Christophe Panzani aux saxophones et Tony Paeleman aux claviers (Rhodes et synthés) n’ont pas de micro voix, ce qui ne les empêchent pas, par moments, de se joindre vocalement et discrètement à leurs camarades. Le groupe joue au cours des deux sets, quasiment l’intégralité du disque, dans un ordre différent mais surtout, chaque morceau prend, en live, une ampleur qu’il n’a pas sur le vinyle ou le CD. La liberté et la beauté du jazz, c’est ça:  s’autoriser des improvisations, prendre le temps d’installer le thème par les voix ou par un solide solo de batterie. La première partie prend fin avec Nehanda, d’inspiration très africaine, rythme et mélodies tribales et solo de sax soprano époustouflant. Derrière ses fûts et cymbales Anne Paceo dirige son groupe sourire aux lèvres mais le regard incisif. Tony Paeleman est aux aguets. C’est lui qui enrobe tous les sons du groupe avec ses claviers. Pierre Perchaud est discret, souvent il joue, tout en bas du manche de sa Fender, quelques arpèges avec les doigts ou une courte boucle de 5,6 notes au médiator, puis brusquement il part dans un chorus, jamais très long mais toujours incisif. A sa droite, côté jardin, Florent Mateo enchante littéralement. Sa voix d’opéra, baryton peut passer du chant falsetto à des déclamations telles qu’on peut les entendre chez Magma. Il s’accompagne de temps à autre avec des baguettes sur son pad électronique. Côté cour, presque dans l’ombre, Ann Shirley n’est pas en reste, façon choriste soul ou en écho aux mélopées de Mateo et Paceo. Christophe Panzani, debout au-dessus de son pedalboard digne d’un guitariste de heavy metal, fait sonner ses saxophones de façon très sensorielles, comme s’il rajoutait une voix supplémentaire. Peu avant la fin du set, Anne Paceo, en introduction de Strangers, nous parle avec emphase du devoir d’accueil des étrangers fussent’ils migrants de nos anciennes colonies.
Deux inédits dans la seconde partie, dont un en rappel, inspiré d’une rencontre avec des derviches. Une fort belle façon de nous quitter.
On ne remercie pas les quelques grenouilles qui ont tenté de faire les chœurs. Hélas, elles n’étaient ni dans la tonalité ni dans le rythme.

 

Le 5 août 2019 à la Villa Domergue – Cannes (06)

Youn Sun Nah à St Paul

La soirée commence déjà par l’arrivée dans ce lieu superbe qu’est la place de la Courtine à St Paul de Vence. Les remparts du village, les gradins qui offrent une vue magnifique sur les collines au soleil couchant. On est accompagné par les cigales qui cymbalisent en chœur en attendant le spectacle. Le trio prend place sur la petite scène. Youn Sun Nah est entourée par Tomek Miernowski, aux guitares et claviers et Rémi Vignolo pour la rythmique, basse, contrebasse et batterie. La setlist du concert est inspiré du dernier enregistrement de la chanteuse coréenne « Immersion ». Un répertoire intimiste qui cadre bien avec le lieu et le calme de cette place. Le troisième titre « Asturias » d’Albeniz est l’occasion d’un magnifique duo entre Youn Sun Nah et et Tomek. Solo guitare, parties vocales scattées, chantées se mêlent, s’entremêlent, se répondent, s’apostrophent. C’est la contrebasse qui par un long chorus prend le relais pour un thème du voyage. Ils ne sont que trois mais il y a au moins six formations différents si l’on compte les instruments que chacun des deux sidemen utilisent. Guitare acoustique, contrebasse, voix. Piano, batterie, voix. Guitare électrique, voix. Basse électrique, claviers, voix. Et tous, avec des arrangements d’une précision inouïe, même s’ils s’autorisent quelques parties improvisées. Du grand art. Et que dire de la performance vocale de Youn Sun Nah ? Elle peut susurrer de façon quasi imperceptible, imiter le cri des mouettes puis monter de 15db pour crier et, dans l’instant qui suit, reprendre sa voix plaintive. La partie finale du concert est somptueuse. « Hallelujah » de Leonard Cohen en duo avec Miernowsky, à la telecaster, enchaîné avec une très poignante version de « Sans toi » de Michel Legrand/Agnés Varda pour finir par un dynamique « God’s Gonna Cut You Down » de Johnny Cash. Les deux rappels sont tout aussi vibrants. Le mélancolique « It’s a Pity » de George Harrison et un de ses vieux titres très enjoué qu’elle chante souvent, « Pancake » (ice-cream, French fries, hamburger, Milk shake,,…) qui nous permet de redescendre dans la vallée, sourire aux lèvres !

Cette année encore, le jazz est très à l’aise dans ce festival de musique de chambre.

Un grand merci à Frédéric Pasquini pour ses si belles photos.

Le 24/07/19 place de la Courtine –St Paul de Vence (06)