Archives pour la catégorie concerts Jazz

Groove Night.

Cory Henry & The Revival

Un début fracassant pour ce premier concert de la saison d’hiver des Nice Jazz Festival Sessions, malgré un temps pluvieux, la salle du forum Nice-Nord est pleine à craquer pour accueillir le trio de Cory Henry, The Revival.
En première partie, un jeune groupe de quatre musiciens, issus du conservatoire de Nice, nous propose de découvrir leurs compositions. The Vibes Lobbyists. Leur premier vrai set de 45 minutes devant un public enthousiaste. Un jazz très fortement teinté de RnB, mené par la belle voix chaude de Tiffania Rakoton et les claviers de Mickael Berthélemy qui joue aussi la basse du bout des doigts. Le guitariste Kim Nguyen n’est pas en reste et nous offre, en fin de set, deux très beau chorus sur sa Stratocaster. Derrière, Félix Joveniaux assure une rythmique dans un esprit très soul qui convient parfaitement au groupe.
Le temps de déhousser le gros orgue Hammond, de déplacer le drumkit, la scène est prête pour les Revival, le public lui n’attend que ça depuis un moment.
Cory Henry s’installe derrière ses claviers, Isaiah Sharkey, sa Les Paul en bandoulière s’assoit sur une chaise et repousse le micro sur le côté. Taron Lockett règle son tabouret, inspecte ses baguettes. Le show peut commencer. On ne le sait pas encore, mais c’est parti pour deux bonnes heures de blues, de gospel gorgée de groove comme seul les jazzmen étasuniens en ont le secret. Le trio semble très à son aise, les trois compères échangent sourires et clins d’œil. Cory Henry nous démontre toutes les possibilités de son Hammond, la puissance, les timbres magnifiques, les inflexions renvoyées par la cabine Leslie. Mais aussi la basse avec le pédalier. Un pied en chaussette sur le pédalier de basses, l’autre en basket sur la grosse pédale de volume. Quand l’organiste se fait un peu trop démonstratif, un peu trop long, il est discrètement rappelé à l’ordre par un coup de cymbale, de grosse caisse ou par un glissando du guitariste. Comme il le aussi fait avec les Snarky Puppy, Cory Henry s’amuse comme un gamin (doué !!) avec son Moog posé sur le B3, les bons vieux oscillateurs analogiques se mettent alors à pleurer, à geindre. Isaiah Sharkey nous régale de longs solos fortement bluesy, et de jolis duos/duels avec son leader, sur tout le clavier (les claviers), sur toute la longueur du manche avec l’appui d’une wahwah. Pas d’esbroufe chez Taron Lockett mais une présence constante, le maître du tempo, c’est lui qui accommode le groove de ses baguettes, au gré des humeurs de ses acolytes.
Il n’y aura pas de rappel mais un très long final, inspiré du « It’s Magic » de Stevie Wonder que Cory Henry adapte à sa manière pour en faire un hymne à la fraternité. Un court passage sur le Rhodes, encore quelques accords d’orgue et c’est fini. Mais quelle soirée, que de belles vibrations même l’orage s’est éloigné pour ne pas gâcher la fête.

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Andreas Schaerer Novel Of Anomaly Live Report

Pour ce premier rendez-vous des « Jeudis du Jazz » de 2019, le théâtre Alexandre III à Cannes, recevait dans son bel écrin bleuté, le groupe du chanteur suisse Andreas Schaerer. Pour l’accompagner, le guitariste finlandais Kalle Kalima, l’accordéoniste italien Luciano Biondini et son vieux complice, suisse lui aussi, le batteur et percussionniste Lucas Niggli. Andreas ,assis sur son tabouret de bar, commence par chanter d’une voix légère à peine murmurée (cela ne durera pas! ) avant que ses compères n’entrent dans le jeu. Ils vont jouer une grande partie de l’album « A Novel Of Anomaly » qui est aussi le nom du groupe. Les compositions sont de tous les membres du quartet mais ce sont celles de l’accordéoniste qui ouvrent le bal. Bien que sa langue maternelle soit l’allemand, Schaerer chantera aussi en italien, en anglais, dans le dialecte du Valais et même en finlandais (tout en s’excusant de son horrible accent dans cette langue. Mais heureusement pour lui pas de finlandais dans la salle!). L’un des plus beaux moments du concert fut « Planet Zumo« , un thème inspiré au guitariste par sa rencontre avec le batteur nigérien Tony Allen. Le concert est un spectacle complet, Andreas Schaerer ne reste pas en place, il s’octroie de superbes duos avec chacun de ses acolytes. Plus canzone avec Biondini, rock, presque métal avec Kalima (ici en guitar hero)et quelques instants magiques en batterie-voix avec Niggli. Schaerer est un véritable performeur de la voix, il semble capable de tout pouvoir faire avec et toujours de façon superbement mélodique. Il chante, fait du beat-box mais sans beat-box, il fait tour à tour, tout en chantant, des percussions, du scat, de la trompette, du trombone, et parfois le changement est tellement rapide, subtil, que l’on croit entendre plusieurs instruments « vocaux » à la fois et, bien sûr, sans le moindre looper ou autre pédale d’effet. Un jazz enthousiaste, pas facile d’accès mais pourtant la salle était quasiment complète. Le public de ces jeudis du Jazz est curieux, le petit tarif permet aussi d’oser découvrir des noms, des genres, des musiciens. Et en retour, nous avons le droit à de grands moments.

Deux soirées aux Bernardines

En sortant d’un concert, on a parfois l’impression d’avoir vécu un instant privilégié. Un moment de pur bonheur musical. Ce fut le cas ce jeudi 27, à Marseille. Andy Emler créait avec son quintette « The Emovin’ Ensemble« , une commande de Claude Tchamitchian, le directeur du festival « Les Emouvantes ».  Accompagné donc par le violoniste Dominique Pifarély, le saxophoniste Matthieu Metzger, le bassiste Sylvain Daniel et le batteur Éric Echampard. Une suite en sept mouvements pour un groupe inédit.  Un jazz de chambre moderne, une musique très écrite qui laisse pourtant une grande liberté aux musiciens. Dominique Pifarély au violon ne se gêne pas pour distiller quelques lignes mélodiques (parfois légèrement tziganes) sur les accords du piano d’Andy Emler souriant et concentré.  Basse et batterie assurent la cadence, les cadences, mais Sylvain Daniel,médiator dans la bouche, s’échappe de temps à autre pour un chorus vibrant sous l’œil (un peu goguenard) de Matthieu Metzger qui n’est pas en reste. Alto ou soprano s’accorde avec le violon, le piano, avant de s’envoler dans un impro brève mais cinglante.Les sept mouvements s’enchaînent finalement trop vite, un peu plus d’une heure et Andy Emler nous présente son quintet. Puis nous laisse seul, à méditer ce set d’une musicalité rare.
On y était pourra-t-on dire un jour, en espérant qu’un label veuille bien accorder quelques crédits, quelques heures de studio, pour que ce The Emovin’ Ensemble existe aussi en disque.

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Samedi 29 septembre, c’est déjà le dernier des quatre jours de ce festival. Claude Tchamitchian, en grande forme, nous présente la soirée, en n’oubliant pas de remercier avec humour et constance tous les partenaires (institutionnels, techniques, logistiques, musicaux) et les bénévoles (tous impeccables et souriants) qui permettent cette sixième édition de ce festival à part. Musique innovante, ambiance conviviale, cadre magnifique. Un festival à taille humaine qui permet aussi une proximité avec les musiciens, c’est rare. Autre exception, le public, entre un bon tiers et une moitié ont moins de la quarantaine. Revenons à la musique…
Sur le programme, le premier set ressemblait à un challenge et une grosse interrogation. Lé Quan Ninh, « Autour de John Cage » percussions solo. Sur la scène, une grosse caisse posée sur son support à l’horizontale, des cymbales, un archet et une quantité de baguettes mais aussi des objets étranges dans un tel lieu, pommes de pin, galets, une lame de scie circulaire, …. Un triangle avec deux micros qui pointent vers son centre puis une caisse claire et ses instruments contondants.

Un set en quatre parties, improvisations sur la grosse caisse pour débuter et finir. Une pièce de John Cage intitulée,
« Composed Improvisation for snare drum alone« . Et, la plus passionnante, une composition pour triangle d’Alvin Lucier, « Silver Streetcar for the Orchestra » inspirée du triangle des tramways de New Orleans. On reste perplexe pendant quelques instants avant de rejoindre par une écoute attentive le musicien sur la scène. Les fréquences varient, les harmoniques montent du triangle et envahissent tout l’espace du théâtre. Le spectateur assis, prend sa part au passage. Il voit, il entend, il s’immerge dans les sons, fasciné. Quand Ninh revient à sa grosse caisse pour une dernière impro, on reprend un peu ses esprits pour suivre le rythme des baguettes, des cymbales frottées à même la peau du tambour, jusqu’au coup de final qui nous libère. On sort lentement, un peu sonné mais  envouté par cet instant musical intense.

Il fallait quelque chose de fort pour le deuxième concert de la soirée. Ce fut le cas avec le Big Band de Régis Huby. big band.jpgQuinze musiciens sont placés sur la scène heureusement assez profonde, car le vibraphone et le marimba de Illya Amar, occupe de l’espace avec, en plus, deux contrebasses (souvent l’un à l’archet, l’autre aux doigts). Un big band avec un seul cuivre! Le trombone de Matthias Mahler mais avec violon, celui de Régis Huby, (compositeur et chef d’orchestre),  l’alto de Guillaume Roy et le violoncelle de Atsushi Sakaï. Tous les trois étayés par des pédaliers d’effets bien garni. Les deux contrebassistes donnent la pulsation, tandis que Ilya Amar, quatre baguettes en mains, impressionne, passant de l’un à l’autre de ses instruments avec vitalité, dextérité et une incroyable musicalité, fort bien soutenu par le reste de l’orchestre. Deux guitaristes aussi, l’acoustique de Pierrick Hardy, lumineuse, claire et l’électrique de Marc Ducret, look guitar-héro, monstrueuse technique et soli incandescents.  Le batteur, Michele Rabbia, est tour à tour discret ou vigoureux avec ses baguettes ou mailloches.
Le projet, groupe comme répertoire, s’appelle « The Ellipse« . La musique de Régis Huby est au delà des barrières stylistiquse,  jazz, musique classique ou contemporaine. Il y a même des passages que Frank Zappa ne renierait pas. L’écriture est complexe et offre à chaque musicien le loisir de s’exprimer. On entend le plaisir  de jouer ensemble. Comme le disait en ouverture de la soirée Claude Tchamitchian (qui tient l’une des contrebasses de ce big band), « dans The Ellipse, le soliste c’est l’orchestre. » La boucle est donc bouclée avec la première partie de Lè Quan Ninh.
Il faut aussi saluer l’ingénieur du son de Régis Huby avec l’équipe technique du théâtre ) qui ont réussi un superbe architecture sonore où l’on entend  chacun et tous les instruments.
Les émouvantes prennent fin avec ce grandiose final. Heureusement, on peut partager un moment avec les musiciens venus rejoindre la petite buvette pour échanger autour d’un dernier verre, quelques impressions et sensations de cette soirée. Le percussionniste ira même jusqu’à sortir les partitions de Cage et Lucier pour mieux nous faire comprendre son travail, sa gestuelle, sa musique.
Rendez-vous est déjà pris pour 2019.

Pierre Marcus 4et live @ La Colle sur Loup

Première visite de l’été au festival So Jazz pour voir le quartet de Pierre Marcus que l’on avait beaucoup apprécié en juillet dernier sur la scène du Nice Jazz Festival.
Le contrebassiste niçois a réuni un groupe de haute volée pour son nouvel album « Pyrodance » qu’il nous présente dans son intégralité ce mercredi. Au saxophone alto, Baptiste Herbin et son phrasé lyrique, ses soudaines envolées be-bop. Le pianiste Fred Perreard, dont les harmonies subtiles ornementent les mélodies du leader. Thomas Delor fait corps avec sa batterie, il vit intensément plus qu’il ne joue chacune des parties rythmiques. Derrière sa contrebasse, Pierre Marcus, auteur de toutes les compositions (à l’exception d’une très belle reprise de Lennie Tristano), semble vivre un moment de grâce.  Il nous rappelle avec humour et résolution que son CD est à vendre à la fin du concert. (il n’en restera plus un !) Un beau moment de jazz avec un groupe d’une grande cohésion et d’une musicalité exceptionnelle.

Chacun des membres du quartet de Pierre Marcus a sorti cette année un album avec sa propre formation. On y reviendra certainement par ici.

Jacques Lerognon

Ballaké et Vincent à la Fondation Maeght

C’est un très beau chat roux, nonchalamment  allongé sur un mur, tel un sphinx débonnaire, qui accueille le public, dans le labyrinthe Miró de la fondation Maeght  Le violoncelliste Vincent Segal et son vieux complice, Ballaké Sissoko avec sa kora prennent place sur la petit scène à l’ombre d’une œuvre monumentale de l’artiste catalan.Un concert à l’initiative du Festival de St Paul de Vence et de la Biennale Internationale de St Paul de Vence.

Il fait à peine jour mais les deux musiciens préfèrent jouer sans les éclairages prévus par l’organisation. Jusqu’à la pénombre, nous raconte Vincent Ségal, comme ils le font devant la maison de Ballaké Sissoko à Bamako. Leur répertoire est inspiré de la musique traditionnelle malienne qu’ils revisitent à leur manière. Le violoncelle joue le thème à l’archet mais sert aussi de percussions ou de rythmique, façon contrebasse jazz. Les voix de la Kora sont aussi multiples. La vingtaine de cordes pincées, frottées par Ballaké Sissoko, sonnent, résonnent, étonnent, entre harpe et luth.

Le dialogue des deux amis, des deux instruments, est intense, subtil. L’harmonie des harmonies. Un concert magique dans un cadre somptueux avec des musiciens singuliers.

Bryan envoute l’Opéra Garnier

Le 31/05/18 à l’Opéra Garnier –Monte-Carlo (98)

Les trois jeunes londoniennes de Paradisia ouvraient la soirée par une chanson à capella avant que l’une d’entre elles rejoigne une harpe et une autre un clavier rouge. Elles chantent quelques titres de leur album  » Sound of Freedom » dont une superbe reprise de Bruce Springsteen « Dancing in The Dark« , étonnement lumineuse. Après un entracte qui a permis aux retardataires de rejoindre leur place. Plus un seul strapontin n’est libre quand les huit musiciens prennent place sur la scène de l’opéra Garnier, précédant de peu Bryan Ferry. Costume noir, chemise blanche élégamment déboutonnée, il agrippe le micro pour entonner « The Main Thing« . Suivront pendant un heure et demi une collection de chansons empruntées tantôt au répertoire de Roxy Music, tantôt à celui de ses albums solos avec les incontournables « Slave To Love », « Avalon », « Love Is The Drug » et une version presque country de « Virginia Plain » où Chris Spedding s’en donne à cœur joie à la guitare (comme tout au long du set d’ailleurs). Le groupe est vraiment excellent, et fait bien plus que l’accompagner. Les deux choristes n’ont rien à envier (à tout point de vue!) à la Lisa Fischer des Stones. Le batteur Luke Bullen assure une pulsion rock à toute épreuve (Il y a du Ginger Baker chez ce jeune homme). Une violoniste, altiste, Marina Moore, pousse son instrument dans ses derniers retranchements, relayé par une saxophoniste, Jorja Chalmers, coupe à la Louise Brooks, aussi à l’aise au ténor qu’au soprano. En rappel, « Let’s Stick Together« , presque boogie, Ferry à l’harmonica, Spedding chorusse sur sa Gibson. Merveilleux final enchaîné sur la reprise d’une mythique chanson de John Lennon « Jealous Guy« . Beaucoup d’émotion avant de quitter ce bel opéra.

Bryan Ferry est encore un fringuant jeune homme de 73 ans que l’on espère bien revoir en live très bientôt.

Tie-Break et James Andrews

Un samedi soir de mars, la Nouvelle Orléans est venue à Nice, en la personne du trompettiste et chanteur James Andrews. Pendant plus de deux heures avec un groupe de musiciens azuréens, il a fait, ils ont fait la fête à la musique, au jazz traditionel. En commençant comme prévu au programme par du Fats Domino. Mais James Andrews, surnommé le Stachmo du Ghetto, il habite Treme, ne met pas longtemps avant d’entamer un thème de Louis Armstrong, qu’il imite par moment à merveille. Les classiques se suivent pour le plus grand plaisir du public qui est dans sa zone de confort, il connait tous les titres ou presque. Grâce au piano virtuose de Fred d’Oelsnitz, on a le droit à un St James Infirmary attaqué façon bossa, avant que le naturel reprenne le dessus. Le chanteur est aussi un vrai meneur de revue, il apostrophe le public cherchant son approbation, Il nous parle de son grand-père, de la série TV Treme dans laquelle il a joué. Lunettes de soleil sur le nez, il parodie avec tendresse Ray Charles. Il distribue les solos à chacun de ses acolytes en les remerciant et en les faisant applaudir. Excellent Fabrice Vaure, aux saxophones et clarinette dont les contrepoints résonnent de swing et d’un brin de malice. Gilliard Lopes, contrebasse et Max Miguel, batterie assurent la rythmique, le groove, sans lequel toutes ses belles harmonies pourraient tomber à plat. Il nous amène en marchant, I’ Walkin’, sur la Blueberry Hill avant de conclure par un rappel, deux rappels. La setlist est épuisée, les musiciens aussi mais James relance le groupe pour encore un petit dernier ou deux puisqu’on y est.


Avant, ce très long set, nous avons pu profiter pendant près d’une heure de la musique sophistiquée, élégante, métissée du trio Tiebreak dirigé du piano par Cyril Benhamou, avec Gérard Gatto, arborant un superbe T-shirt, à la batterie et Patrick Ferné à la contrebasse. Avec Enter The Temple, ils ont essayé de nous faire pénétrer dans l’esprit du groupe, rythmes impairs, harmonies originales et savantes, mélopées répétitives et entêtantes. Nous avons tenté de participer vocalement à leur Transe avant qu’ils finissent par un blues loin d’être conventionnel.