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XXe Victoires du Jazz dans la pinède

21h tapantes ou presque, en ce 30 juin, Alex Duthil prend la parole et lance cette XXe édition des Victoires du Jazz, tout à fait à leur place dans cette pinède qui fleure bon la Note Bleue depuis plus de 60 ans.


En préambule, le trio de Laurent de Wilde joue leur adaptation de ‘Round Midnght de Monk

et comme la soirée est bien organisée, celle-ci se terminera autour de minuit!

La présidente d’honneur Rhoda Scott interprète deux morceaux à l’orgue B3, accompagnée du batteur Thomas Derouineau.

C’est ensuite, le saxophoniste Léon Phal  et son groupe, le premier des trois nominés au prix Révélation- Frank Ténot, qui occupe la scène pour deux titres.

De très beaux passages en duo avec le trompettiste Zacharie Ksyk sous le regard du Gauthier Toux, particulièrement explosif sur ses claviers.

Récompensée de la victoire « Artiste vocale », Marion Rampal se présente sur la scène avec ses quatre musiciens, notamment le guitariste Mathis Pascaud et le tromboniste Sébastien Llado.

Deux chansons pour elle aussi, c’est la règle du jour.
La saxophoniste-flûtiste Sophie Alour, vainqueur catégorie-artiste instrumentale, défend son album Enjoy, à ses côtés, le chanteur et joueur de saz Abdallah Abozekry.

Le jazz s’engouffre avec délice dans la world music. Vient l’heure du deuxième impétrant, le batteur Arnaud Dolmen et ses rythmes guadeloupéjazz. La complicité avec le pianiste Léonardo Montana est manifeste, d’un bout à l’autre de la scène, en passant par le bassiste Samuel F’Hima (exceptionnel) et le sax ténor italien Francesco Geminiani.

Un retour vers l’orient, le Magheb, orchestré par le songwriter Piers Faccini et les deux frères Malik et Karim Ziad, respectivement au guembri et à la batterie.

La magnifique chanson Dunya qui leur a valu au chanteur anglais la Victoire « Album de musiques du monde ».

Il restait à accueillir le dernier candidat, le trompettiste Julien Alour (petit frère de Sophie pour l’anecdote) avec, de nouveau, un Samuel F’hima impérial.

Le temps de remettre une Victoire d’honneur au guitariste Christian Escoudé, il nous gratifiera d’une très émouvante interprétation de « La vie en rose », il est l’heure pour Laurent de Wilde de révéler le vainqueur en ouvrant l’enveloppe: Arnaud Dolmen.

Après l’émotion et les remerciements d’usage, il bisse l’un des titres qu’il a joués auparavant.

Et comme on est désormais autour de minuit, après quelques dédicaces de disques, il est temps de ranger la pinède. Il convient de saluer Alex Duthil qui a animé avec beaucoup d’humour cet événement, filmé par France télévision et surtout de féliciter toute l’équipe technique qui n’a pas ménagé ses efforts pour tous les changements de plateaux avec une efficacité remarquable.

PEILLON JAZZ FESTIVAL, la 2e édition

Du 1er au 4 juillet sur la place du village de Peillon (06) aura lieu la deuxième édition du Peillon Jaz Festival (PJF pour les amis)

Peillon garde ses Marc!

Quatre soirées, quatre cartes blanches, deux sets à 21h et 22h15.

Le vendredi est la soirée d’Alban et Thomas, les deux programmateurs (on n’est jamais mieux servi que par soi-même 😉 ). Benjamin Faugloire Project ouvrira le bal, un jeune trio à découvrir absolument avant qu’il fréquente les grandes scènes internationales.  Puis Frédéric Viale rendra avec ses rêves bohémiens et son accordéon, hommage à Jo Privat, accompagné d’une formation de haute volée.

Samedi, la soirée du pianiste belge Éric Legnini.

Les McCann Tribute en quintet puis Sing Twice en quartet avec le chanteur anglais, Hugh Coltman, déjà incontournable du PJF.

Dimanche spécial Pierre Bertrand à la tête de son Caja Negra. En septet puis en Big Band avec l’immense trompettiste américain Randy Brecker. L’équipe technique se régale déjà du challenge:
installer plus de quinze personnes sur cette scène, danseuse comprise!

Le lundi, c’est le jour du padrino, le batteur niçois à la réputation mondiale, André Ceccarelli.

Il revisite Porggy & Bess en trio et la musique de Morricone avec le quartet de Stefano Di Battista.

Cette année, dès 17h30, une conférence ou un concert pour se mettre en appétit de jazz.   

Venez goûter au plus perché des festivals de jazz…

Lost in Time sur son 31

C’est dans le magnifique auditorium du conservatoire d’Antibes, aux murs aussi boisés qu’un vieux Margaux, qu’à lieu ce concert de sortie d’album. « Lost in Time », le quatrième du Philippe Villa Trio. Les thèmes ont été conçues, élaborés pendant les confinements nous dit le pianiste, et pourtant des notes plutôt légères -sans être primesautière- s’échappent du Steinway du pianiste.

Une petite mélodie égrenée à la main droite, renforcée de quelques notes de basse jouées à la main gauche, reprises par la contrebasse de Tony Sgro. D’une baguette discrète sur la cymbale Gérard Juan vient ponctuer cette intro, le morceau peut démarrer.

C’est Eveil, le titre qui ouvre l’album et le concert donc. Les huit autres suivront, avec deux incursions dans des albums précédents.  Philipe Villa prend le temps entre chaque morceau de nous dire deux mots sur son histoire. Notamment Obsidienne, cette pierre noire qui a donné son nom à la 3e plage du disque, et qui apporte une protection à ceux qui la porte. Autre moment fort, le reprise: un vieux tube de Roger Hodgson, Take The Long Way Home, pour lequel Tony Sgro troque sa contrebasse pour une basse électrique cinq cordes.

On passe pour un moment d’un jazz à l’influence classique (début du 20e siècle) à un jazz mêlé de pop avant de reprendre des harmonies plus traductionnelles. Et comme dans tous les contes et même les lockdown, il faut une fin, cela sera Récréation


Lentement l’auditorium se vide, nombreux sont ceux qui viennent échanger quelques mots avec le pianiste derrière la table et repartent avec le nouveau CD.

Le cinéma de Kyle Eastwood

La salle Juliette Gréco à Carros (06) affiche complet, quelques minutes supplémentaires sont nécessaires pour permettre à tout le monde de s’installer.
C’est tout sourire que Kyle Eastwood prend place avec ses quatre compagnons de route. Il dézippe la house de sa petite contrebasse de voyage, à peine plus grande qu’un violoncelle mais qui sonne comme une grande, nous ne tarderons pas à nous en apercevoir.


Si c’est son projet Cinematic, qu’il défend ce soir, il commence par une composition qui n’est pas une musique de film mais un hommage au fameux Ronnie Scott’s Jazz Club de  Londres où ils ont joué plusieurs fois. Puis viens le thème de La Sanction (The Eiger Sanction) « un film de mon père et musique du grand John Williams » nous dit-il. Le sax ténor de Brandon Allen et la trompette de Quentin Collins à l’unisson puis chacun son solo.

On ne déroulera pas tout le set, Bernard Hermann, Henri Mancini, Ennio Morricone et même Kyle et Clint Eastwood sont convoqués musicalement sur la scène. Et aussi Lalo Schifrin avec la célèbre poursuite de Bullitt, un duo, Kyle Eastwood jouant sur ses quatre cordes, la Ford Mustang Fatsback de Steve Mc Queen et Chris Higginbottom est à la batterie et au volant de la Dodge Charger de Bill Hickman.

De Carros à San Francisco en un instant par la magie du jazz. Autre grand moment, le « Love theme » extrait de Cinéma Paradiso.

Ecrit par el maestro Morricone, Kyle Eastwood s’empare de sa basse électrique pour distiller tout en douceur, la ligne mélodique envoûtante suivit par un magnifique chorus de Brandon Allen au soprano.

Dans un français quasi parfait où se mêlent des mots en anglais, le bassiste nous décrit chacun des morceaux que le groupe joue. Le set prend hélas trop vite fin, le public réclame un « encore » debout. Ils reviennent, « je ne vous dit pas le titre, vous le connaissez tous » nous dit malicieusement Mr Eastwood.

Et de fait, il suffit des trois frappes sur les cymbales et des deux premières notes sur la contrebasse pour que tout le monde s’exclame « la panthère rose », Andrew McCormack derrière le magnifique piano Fazioli rajoute la petite touche de swing qui nous mène guilleret vers la fin du concert

On quitte la salle, les oreilles enchantées et on peut même retrouver les musiciens qui dédicacent leurs CD et vinyles et se prête sans prétention à la cérémonie des selfies.

Revenez quand vous voulez messieurs.

Le 04/05/22 à la salle Juliette Gréco –Carros (06)

Marjorie et Natalia chantent le blues

« Du blues, du blues, du blues », chantait en son temps Michel Jonasz, c’est ce que nous ont offert les deux chanteuses et guitaristes.

Tout d’abord, la niçoise Marjorie Martinez en mode power quartet, guitares-basse-batterie, sans clavier, ni cuivre. La chanteuse, magnifique guitare acoustique Gibson en bandoulière, déroule une partie du répertoire de son récent album « Marjorie’s Blues Machine ».

Alain Asplanato (batteur incontournable de la scène jazz azuréenne) et David Giacobetti (bassiste à la fois discret et très présent) assure une rythmique impeccable qui laisse tout loisir au guitariste Leo Giannola pour triturer de fort belle manière sa Telecaster.

Si le premier titre sonne un peu country, les suivants seront pur blues. On retiendra tout particulièrement « Give It Up » pour son groove et pour l’anecdote de sa création (il vous faudra aller à un prochain concert du groupe pour la connaitre!).

Notons que Marjorie Martinez ne se contente pas de composer et chanter, elle nous a offert, elle aussi, quelques belles parties de guitare.

Un set un peu court mais ils doivent laisser la place au groupe de Natalia M. King qui vient pendant ce court entracte peaufiner l’installation de leur matériel.

La chanteuse-guitariste américaine, est entourée de Damien Argentieri aux claviers, François Bernat aux basses, Vince Laurenty à la batterie et Ludovic Bruni aux guitares.

Pas de temps mort, Natalia entame son concert d’un bel accord sur sa Strat’, puis vient sa voix chaude et puissante. (Idéale pour chanter le blues!).  

Pendant près d’une heure et demi, elle va égrener les titres de son album de 2021, « Woman Mind Of My Own ». Dans un français quasi parfait (elle vit désormais à Arles) elle nous raconte ses chansons, de quoi elles sont faites, ce qu’elles nous disent. Assez vite Ludovic Bruni prend dans la poche un bottleneck qu’il fera glisser alternativement sur les cordes de ses trois guitares.

Natalia King explore toutes les sortes de blues, du blues traditionnel du sud au blues rock bien juteux de Chicago en passant par un Morrison blues, un blues psyché à la façon de Doors, « Play On » (le plus grand moment du set). Soul et funk complètent le tableau. Derrière elle, Damien Argentieri passe allégrement de l’orgue Hammond au piano ou au Rhodes.

Natalia tente à un moment, avec plus ou moins de réussite, de faire chanter le public pourtant enthousiaste. Le temps passe très vite à l’écoute de ce groupe, leur musique est intense.

L’heure des rappels est là, après la fausse sortie. Deux longs morceaux enlevés pour clore cette soirée qui a mis en avant deux musiciennes de grand talent.

Un petit regret cependant, nous aurions bien aimé voir, entendre, les deux filles faire quelques choses ensemble, un petit standard de John Lee Hooker ou de Robert Johnson, à deux voix et quatre guitares….

Le 30/04/22 au Théâtre Lino Ventura – Nice (06)

Jaimie Branch from Chicago

Dernier concert de la saison pour les jeudis du jazz cannois, au programme, venue presque directement de Chicago, la trompettiste et chanteuse Jaimie Branch et son projet « Fly Or Die II : Bird Dogs Of Paradise« , du titre de son deuxième album. Une fois tous installés, le batteur Chad Taylor s’empare d’un kalimba et entonne une mélodie répétitive de quelques notes, reprise en contrepoint par Lester St Louis en pizzicati sur son violoncelle alors que le contrebassiste Jason Ajemian, devenu pour un instant percussionniste, frappe ses cordes à l’aide d’une petite baguette.

Puis enfin, Jaimie Branch embouche sa trompette bouchée et souffle la mélodie de « Bird Dog of Paradise ». A la fin du morceau, elle remercie le public d’être présent dans la salle (quasiment pleine) après je cite These two fuckin’ years.

Suivra une longue chanson, « Prayer for Amerikkka pt. 1 & 2 », un manifeste où elle alterne le chant parfois slammé et la trompette réverbérée (micro du bas). Le concert continue débordant d’énergie, de magnifiques passages musicaux et d’autres plus punk, plus acides. Le violoncelliste, virtuose et spécialiste de musique contemporaine, nous offre quelques superbes parties de cello. Pas forcément très orthodoxe mais terriblement grisante.

A un moment, il maintient l’archet fixe, l’instrument devient mobile, les sons semblent alors provenir de cet archet. C’est vraiment bow! Bien plus tard, alors que le set se termine, le bassiste prend deux petits œufs-percussions et descend dans la salle. Il en donne un à un jeune spectateur d’une dizaine d’années au premier rang (il n’a pas arrêté de danser devant et sur son siège) et ils entament un tour de la salle suivit par les autres musiciens alors que Jaimie fait tonner sa trompette. Ils reprennent place sur scène au bout de quelques minutes pour terminer le set vigoureusement. Mais ils reviendront pour un rappel assez surprenant… Un rythme très country à la contrebasse puis tous les quatre chantent « Comin’ Down » du groupe de cow punk Meat Puppets. Violoncelle en taping, grosse caisse en mode pum-pum

et gros éclats de la trompette. On finit cette soirée presque aussi fatigué que les musiciens tant leur entrain était communicatif.

Le 07/04/22 au Théâtre Alexandre III – Cannes

NJO & Art Pepper

Le théâtre Francis Gag au cœur du Vieux-Nice, affiche complet. On doit même rajouter quelques chaises –rouges- pour accueillir tous les spectateurs. Il faut dire que Stéphane Belmondo (trompette-bugle), Stéphane Chausse (alto –clarinette), Denis Leloup (trombone) & Frédéric Couderc (baryton) sont venus rejoindre le NJO (Nice Jazz Orchestra) sur scène pour cet hommage à l’immense Art Pepper. Mais aussi à l’arrangeur Marty Paich qui a orchestré l’album Pepper + 11, objet du programme de ce soir.
Le concert est présenté, comme désormais traditionnellement, par Robert Roux et Frederica Randrianome.


Une fois tous les musiciens en place, ils sont douze à caser sur cette belle scène, le set débute avec « Bernie’s tune » popularisé par Gerry Mulligan. Pierre Bertrand, chef d’orchestre prend la parole,depuis le rang des saxophones, pour nous donner quelques indications sur le répertoire du jour. C’est à Stéphane Chausse que revient le rôle d’Art Pepper pour la soirée, nous indique-t’il. Et nous aurons droit à un très beau chorus dès le prochain thème  « Walkin’ Shoes ».

Pour le titre suivant, le trompettiste Stéphane Belmondo fera son entrée pour « Opus de Funk » composé par Horace Silver.

Le big band continue d’égrener les chansons de ce fameux « + Eleven », Pierre Bertrand reprend la parole entre chaque morceau pour nous narrer une anecdote sur ce que l’on va entendre, sous le regard du contrebassiste (et directeur artistique) Christian Pachiaudi qui a l’air de se dire « Bon, on joue maintenant« .

Et Pierre de chantonner deux ou trois mesures du thème avant de, par quelques claquements de doigts, donner le tempo. Fred D’Oelsnitz, en verve, nous offre une magnifique intro, suivit par un duo avec Belmondo avant l’entrée de tout l’orchestre.

Marjorie Martinez rejoint le groupe pour nous interpréter trois succès d’Ella Fitzgerald, eux aussi arrangés par Paich. Beaucoup d’intensité dans son chant, bien propulsé par tous les cuivres (et bois).

C’est l’heure de Parker, « Donna Lee » puis « Anthropology ».

Les solistes se succèdent sur le devant de la scène, baryton, trombone, sax ténor et clarinette.

Là encore, Stéphane Chausse envoûte le public.


Mais la fin du concert se rapproche. Pas de fausse sortie, trop de chaises à déplacer! Mais un rappel tout de même et même un vrais bis « Bernie’s Tune » qui avait entamé cette soirée.


Personne n’a vraiment envie de quitter la salle comme ça. Heureusement les musiciens très disponibles restent un moment en bord d’estrade pour échanger avec les spectateurs.

Théâtre Francis Gag – Nice le 26/03/22

Ennio, Stefano, Fred, André et Daniele

Seuls, de-ci de-là, quelques strapontins s’inquiètent de ne point être dépliés quand les quatre musiciens de Morricone Stories, sous la houlette du saxophoniste Stefano di Battista, prennent place derrière leurs instruments .

Un quartet franco-italien avec le pianiste Fred Nardin, le batteur niçois André Ceccarelli pour faire la liaison avec le contrebassiste napolitain Daniele Sorrentino et le leader romain.

Un seul compositeur pour toute la soirée, le maestro Ennio Morricone dont le duo Nardin-Di Battista a arrangé, adapté, une bonne douzaine de thèmes, pas forcement parmi les plus célèbres. Ils commencent par un extrait du film italo-germanique « What Have You Done to Solange » pour suivre par un air plus connu, celui de « Peur sur la ville » pour lequel le saxophoniste nous prouvera qu’il sait aussi siffler, et fort bien, mais il reprendra vite son soprano.

On ne détaillera pas toute la setlist, on notera la magnifique version de « Deborah’s theme » du non moins magnifique « Once Upon in America » qu’André Ceccarelli avoue avoir vu dix fois au moins.

Autre grand moment, « Apertura della caccia » ( 1900 de Bertolucci ) avec une intro au piano majestueuse.

Stefano di Battista présente presque tous les morceaux dans un mélange savoureux d’italien et de français (qu’il manie fort bien) mais le must est la narration, tout en humour, de sa rencontre avec Morricone et du morceau que celui-ci lui a écrit au coin d’une table, puis offert et dédié à sa fille Flora, Ils nous le jouent bien sûr.

Il nous représente ensuite les musiciens avant d’attaquer le fameux riff de « Il buono, il brutto, il cattivo » auquel il rajoute il coyote, attribué au batteur qui s’en réjouit. Après un court rappel, on les retrouve dans le lobby du théâtre pour échanger avec le public et dédicacer quelques disques.


Un jazz joyeux, vivifiant, des musiciens heureux de jouer et des spectateurs tout aussi heureux de les voir, écouter, les applaudir.


Le jazz au TDG, c’est ça aussi!

Le 11/03/22 au Théâtre de Grasse (06)

Rhoda Scott & Robin McKelle au TNN

Quel bel écrin pour accueillir l’une des plus grandes dames du jazz. Madame Rhoda Scott que ce théâtre de Nice, hélas, trois fois hélas, promis à la démolition.

Un duo avec le batteur Thomas Derouineau. Il est aussi son gendre et le papa de son nouveau petit-fils, né il y a peu comme elle nous l’apprendra pendant le concert.

Elle lui dédira le très beau « A Child Is Born » de Thad Jones. Leur répertoire s’inspirere du récent album « Movin’ Blues ». Du blues donc mais aussi du gospel, « Let My People Go », très swing. (Rhoda a débuté sa carrière sur l’orgue de l’église où officiait son père). Et quelques thèmes de jazz. Une reprise de Michel Legrand puis deux de Duke Ellington « Come Sunday » avec un festival de cymbales frappées tour à tour par les mailloches puis par les balais. Mais c’est un « Caravan » d’anthologie qui a embrasé le public. Là encore, le batteur a prouvé qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Il imprime tout d’abord un rythme chaloupé, façon dromadaire dans le sable puis accélère le tempo, la frappe se fait plus énergique. Peu probable que le tranquille animal du désert puisse continuer longtemps sa marche dans les dunes à un tel entrain. Rhoda Scott, de son côté, caresse, bouscule son Hammond vintage, tout en restant d’une élégance rare. Les deux claviers et le pédalier n’ont guère de moments de repos. Après, un, deux rappels, elle finira par quitter la salle, un bouquet en main, pour rejoindre l’atrium du théâtre où l’attendent ses fans.

On change de style. Une seconde partie plus glamour si on en juge par la robe lamée argent plutôt courte qu’arbore la chanteuse américaine. Mais on reste dans le blues avec Robin McKelle et son quartet qui présente le programme de son album « Alterations ».

Un pianiste Matthias Bublath, A la basse électrique et contrebasse l’immense Reggie Washington (il a joué avec Archie Shepp, Branford Marsalis, …). A la batterie, très content de jouer « at home », le niçois Nicolas Vicarro.

Ils attaquent fort avec une reprise tout en délicatesse du « Back To Black » de la regrettée Amy Winehouse. Suivie de « High Head » signée McKelle avant le premier moment fort, « The River » de Joni Mitchell que la chanteuse s’approprie de fort belle façon. Sa setlist est consacrée aux chanteuses qui l’ont inspiré, ému. Le « No Ordinary Love » de Sade est presque meilleur que l’original, un duo basse voix et un superbe solo de piano. Elle ne pourra rien hélas pour « Rolling in The Deep » d’Adele qu’elle a mis à son répertoire. Après un petit blues où elle pianotera quelques notes sur le B3 avant de scatter en duo avec un Reggie Washington imperturbable à la contrebasse.

Le second moment fort est double. D’abord Robin s’installe au piano (« pas facile avec ma robe la plus courte et mes chaussures les plus hautes », sourit-elle!) pour nous interpréter le tube de Carole King « You’ve Got A Friend » suivi du très dynamique « Jolene » créé en 1974 par la country girl Dolly Parton. En rappel, en voiture, « Mercedes Benz » de la géniale Janis Joplin avec Matthias Blubath derrière le B3

Quelle soirée où Robin McKelle a su mettre sa voix dans les chansons d’artistes qui lui ont ouvert la voie.

Puis les portes du théâtre, quel gâchis, se fermeront définitivement sur la musique.

Avishai Cohen à Monte-Carlo

20h30 tapantes, Avishai Cohen pénètre sur la scène, accompagné dElchin Shirinov le pianiste azéri qui l’accompagne depuis 2019 et de sa toute nouvelle batteuse, la jeune Roni Kaspi, à peine 21 ans. Ils s’installent proches les uns des autres comme pour mieux percevoir les vibrations de leur musique. Le répertoire de ce soir, nous dit le bassiste après deux morceaux, est tout nouveau.

Celui d’un prochain album qu’il ont peaufiné pendant cette tournée. C’est la dernière date, notre meilleur concert, rajoutera t’il malicieusement, un peu plus tard. Et de fait, le concert est magnifique. Le piano de Shirinov qui swingue sans pourtant se départir de son côté romantique. Les solos de contrebasse sont toujours inspirés.

Avishai s’en offre un pratiquement à chaque titre. Les mélodies sont belles, moins empreinte d’orientalisme que dans le passé. Et puis, il y a Roni Kaspi qui assure une présence rythmique de tous les instants et dévoile toutes ses qualités dans deux formidables longs solos. Le dernier, en rappel, particulièrement vigoureux, incisif et puissant.

On imagine le sourire, quelque part, de Keith Moon ou Buddy Rich. Les arrangements sont aussi particulièrement bien travaillés. Dans un morceau lent dont on ne saura pas le titre, la contrebasse double en bas du manche le riff de la main droite du pianiste pour l’instant d’après, reprendre celui de la main gauche dans le haut du manche sur un drumming léger des balais sur les cymbales.

Ils ne feront même pas semblant de sortir pour le premier rappel, Avishai pose sa contrebasse, ils viennent saluer puis reprennent leur instrument.

Le contrebassiste installe un pied de micro devant lui pour chanter, tout d’abord une chanson en espagnol,   « El sueño va sobre el tiempo« , inspiré d’un texte de Garcia Lorca. Ils enchaînent sur le standard « I Remember You » popularisé par Chet Baker. Le piano est toujours romantique alors que la contrebasse se fait câline.

Second rappel, avec fausse sortie cette fois-ci. Deux morceaux plus anciens et ce fameux solo de Roni Kaspi, déjà évoqué.

Quelle maestria.
Une fort belle façon de débuter ce 15e MCJF.
Sur les écrans dans l’atrium de l’opéra, une image rend un dernier hommage à Jean-René Palacio. On lui doit la programmation de cette édition comme celles des précédentes.

Le 23/11/21 à l’Opéra Garnier – Monte-Carlo (MC)