Archives pour la catégorie concerts Jazz

Double Screening Live in Cannes

La pluie tombe drue mais  le théâtre Alexandre III affiche (et  est) complet pour cette soirée des Jeudis du Jazz. Les quatre musiciens prennent place sur la scène. Emile Parisien nous dit quelques mots sur le thème de ce « Double Screening », (Act Music.ACT 9879-2)le dernier CD du 4, (Act Music.ACT 9879-2) et notre univers envahit par les écrans.

Et c’est avec Double Screening qu’ils ouvrent le concert, une composition du jeune batteur Julien Loutelier. Suivront quelques morceaux aux titres explicites. Spam 1, court, vif. Puis Hashtag 1 à 4, une suite en quatre parties du saxophoniste leader. Un duo sax soprano-contrebasse, des percussions étranges voire bizarres. Pour Spam 2, le batteur joue avec une aiguille à tricoter et un cintre métal en guise de triangle. Ils enchaînent avec Algo signé du contrebassiste Ivan Gélugne, des boucles sur le piano (Julien Touéry) qui évoque le vieux « Tubular Bells » de Mike Olfield sur lesquelles se posent de magnifiques envolées sur soprano avant de finir en freejazz. C’est l’heure du dernier au nom évocateur Malware Invasion et pourtant une mélodie très joyeuse avec des ruptures de rythmes comme pour conjurer le sort. Ils ont déjà joué longtemps mais le groupe nous offre tout de même un long rappel, la composition qui clôt aussi l’album, la seule qui n’évoque pas les mystères informatiques Dady Long Legs. Un très beau concert où chaque musicien crée des textures sonores qui s’empilent, s’ébattent, se conjuguent pour donner ce son unique du quartet. Revenez quand vous voulez, messieurs.

Omer & Yonathan au Moulin à Jazz

On remonte une  superbe allée de platanes, à peine éclairée par la lune, pour arriver à la salle du Moulin à Jazz. Le concert affiche complet depuis plusieurs jours nous rappelle Aurélien, le boss du lieu, avant de céder la place aux deux musiciens.
Plus une chaise de libre autour des tables bistrots, quelques verres tintent encore quelques instants mais vite la musique prend toute sa place.
Omer Avital rejoint sa très belle contrebasse et Yonathan Avishai s’installe au clavier d’un piano droit. Dès le premier morceau, un blues, le ton est donné, ça swingue à la contrebasse, ça virevolte au piano. Le public ne s’y trompe pas et fait une ovation aux deux musiciens dès la fin du premier morceau. Un premier set qui montre tout le talent d’Omer Avital aux compositions, comme le souligne Yonathan Avishaï, finissant sur une très belle mélodie qui entrelace habilement mélopées traditionnelles du Yémen et boucles savantes jazzy. Dans la seconde partie, des morceaux plus intimistes, plus personnels, les musiciens semblent en confiance dans ce lieu et livrent donc toute une palette d’image sonores des déserts du sud aux trottoirs de Manhattan (le très tonique Come Rain or Come Shine). La contrebasse vibre sous les doigts virtuoses d’Omer Avital, qui semble vraiment jouer non pas de, mais avec, son instrument. Quant à Yonathan Avishaï, il excelle avec ce piano droit, dont le son un peu “ bastringue” colle parfaitement avec l’énergie et la vitalité du musicien israélien.

 

Shai Maestro au théâtre de Nice

Seules quelques places dans la salle Michel Simon du Théâtre National de Nice sont encore libres quand Alexandre Lamia rentre sur scène son Ovation à la main. Un court se d’une demi-heure pendant lequel il nous joue des extraits de ses deux albums en hommage à Al di Meola. Le jeune musicien niçois impressionne par sa technique irréprochable. Malheureusement, il est tout seul sur scène et, est donc accompagné d’une bande son qui hélas gâche un peu sa prestation. En guitare solo ou avec un comparse pour les parties rythmiques mais pourquoi ces synthés somme toute assez mièvres ?

Un court entracte pendant lequel les derniers sièges trouvent preneurs puis Frederica Randrianome introduit le trio que l’on attend tous, celui de Shai Maestro. Surprise, ils sont quatre! Le trompettiste anglais Philip Dizark s’est joint à la tournée du trio. Prélude à l’enregistrement d’un futur album en quartet chez ECM!
On n’a pas de setlist nous prévient le pianiste. Les titres s’enchainent donc au gré de leur humeur. Un blues un peu dévoyé suivit d’un valse (la composition date de trois jours ) et un thème plus oriental. Shai Maestro prend plaisir à jouer mais aussi à écouter ses compères. Il lève même les mains de son clavier pour regarder attentivement son jeune batteur Ofri Nehemya dans un solo tout en finesse.  Le contrebassiste Jorge Roeder, complice depuis de longues années, est tout sourire derrière son instrument. L’improvisation est de règle pour ce concert que cela soit dans le thème dédié à son quartier de Brooklyn pour lequel il nous offre une époustouflante envolée au piano ou juste après dans une relecture fort peu Ellingtonienne de In A Sentmental Mood, ponctué par un jeu de batterie très…percutant pour une ballade!
Ils finiront par un arrangement d’un traditionnel hébreu repris en chœur, parfois approximatif, par un public enthousiaste.
En quittant le théâtre après la rituelle séance de dédicaces, la nuit parait plus douce…

 

Human Songs à Cannes

Pour cette session de février des Jeudis du Jazz à Cannes, l’équipe du Théâtre Alexandre III recevait le quartet toulousain Human Songs. Un groupe de jazz qui distille une soul music très agréable, portée par la voix haut perché du chanteur Cyprien Zéni. Celui-ci, très disert, nous narre de nombreuses anecdotes entre deux morceaux. D’origine réunionnaise, il puise les textes des chansons dans l’histoire familiale et celle de l’île. Ils chante en créole, en anglais ou en français, la maison de sa grand-mère, Grandma’s home, l’affranchissement de son aïeule, La petite fille qui n’a pas demandé à être esclave ou encore  un très beau duo basse-voix. Excellent bassiste, Pascal Celma semble diriger le groupe depuis le manche de ses basses. La belle cohésion du quartet, la qualité des parties de claviers, des solos de basse, du groove du batteur démontrent une déjà belle expérience de la scène pour ce groupe encore jeune. En final, comme un hymne,Find Your Freedom in The Music. Un très bon moment de feelgood music qui mets du baume au cœur de cette soirée hivernale.

Degibri et Hancock à Monte-Carlo

20h30, les derniers spectateurs prennent place et Jean-René Palacio introduit le premier groupe de cette 3e soirée du Monte-Carlo Jazz Festival, le quartet du saxophoniste israélien Eli Degibri.
Même formation que sur la scène de la pinède Gould cet été, Tom Oren au piano, Tamir Shmerling à la contrebasse et Eviatar Slivnik pour accompagner les saxophones de leur leader. Plutôt que de jouer le répertoire de leur dernier album dédié à Hank Mobley, ils plongent dans la discographie du groupe, quelques vieux titres et des plus récents. Dès le deuxième morceau, un thème inédit dédié à leur manager. Le troisième est introduit par un super riff à la contrebasse alors que dans le suivant « The unknown neighbor« , une balade, Degibri nous offre un magnifique chorus au soprano, pliant les genoux jusqu’à toucher terre sous l’œil réjoui mais goguenard du pianiste. Lequel nous fera une superbe démonstration de son jeu de piano dans « Like Someone In Love« , inspiré de J.S. Bach. En final, un époustouflant solo de batterie. A l’entracte, on croise au bar, Marcus Miller, venu en voisin. De retour sur la scène, Monsieur Palacio le salue en arborant son chapeau et en le félicitant pour sa distinction de chevalier de l’Ordre du Mérite culturel. Puis, de nouveau, place à la musique. C’est presque en sautillant qu’Herbie Hancock entre sur scène, (il aura 80 ans aux fraises!) suivi de ses trois musiciens Lionel Loueke à la guitare, James Genus à la basse et le jeune Justin Tyson à la batterie. Herbie s’assoit derrière son synthé pour une ouverture hésitant entre planant et free, parfaitement soutenu par Loueke et sa guitare. Demi-tour, Mr Hancock passe au piano (pas longtemps) et entame un petit tour chez ses bons vieux Headhunters, (Actual Proof, Butterfly, ..). Sur la droite, basse-batterie assurent impeccablement une rythmique de haute volée qui n’oublie pas le swing dans le funk. Une petite ballade chantée par Lionel Loueke pour suivre. Dark Lightning, sonorités africaines, rythme syncopé puis tout le groupe le rejoint. Un petit passage avec son vocoder, Herbie ne peut plus s’en passer, avant d’épauler son fameux Keytar, mi clavier-mi guitare, très soul funky. Un peu de calme, il reprend le piano pour esquisser quelques passages de Maiden Voyage. En final, le tube des tubes hancockiens, Cantaloube Island, qui pourrait nous amener loin dans la nuit. « D’habitude on joue deux heures et demi« , nous dit il un sourire aux lèvres. Fausse sortie, le rappel sur base de Chamelon (autre grand succès des années 70) mais on reconnaîtra la ligne mélodique de Rock It entre autres. Le batteur, totalement débridé dans les derniers moments, fait presque oublier Vinnie Colaiuta, le précédent drummer d’Hancock!
Quelle belle soirée dans cet auguste lieu.

Jazz pour les papilles

Pour ces 23e rencontres, Jazz sous les bigaradiers inaugure une nouvelle formule.
Une journée jazz non-stop de 10h à minuit.
9h45, le ciel est presque uniformément bleu, le soleil brille, il reste encore quelques places sur le parking de la Coupole et déjà quelques personnes rejoignent le premier étage du bâtiment pour déguster un petit café (avec viennoiseries, s’il vous plait) avant d’écouter le premier groupe du jour au cabaret Jazz, le bien nommé Café de l’Est. Un trio de jazz swing-manouche pour nous mettre en train. Des thèmes classiques à la Grappelli, revisités pour la circonstance. La contrebasse de Philippe Brassoud ronronne comme un chat près d’un feu. Jean-Marc Fauchier à la guitare et Patrick Singery à l’harmonica se défient amicalement à coup de solos virtuoses et endiablés. De la musique qui met en joie.
11h, c’est l’heure d’une expérience inédite. Sur la scène de la Coupole, côté cour, deux cuisiniers Pierre Belleudy & Robert Larini préparent un plat, spécialement conçu pour le festival. Côté jardin, le groupe Chic to Chick improvise sur la musique de Chick Cora et sur les gestes des deux cuistots que l’on peut observer sur le grand écran derrière eux.
Le potiron veloute tranquillement alors que les pérugines grésillent dans les poêles. Le peu de fumée ne déclenche pas les alarmes de la salle, les quatre musiciens peuvent donc en toute quiétude distiller leur jazz sophistiqué mais extrêmement prenant. Le batteur/leader Arnoise ira même jusqu’à faire quelques percussions sur les casseroles et autre faitouts comme une réponse au mixeur qui un peu avant a fait un duo avec la basse de Jean-Marc Jaffet sous l’œil impassible de Fred D’Oelsnitz et celui plus circonspect du saxophoniste Dominique Bonarrigo. La musique s’arrête, le plat est prêt, velouté de courges aux pérugines et cerfeuil. Quelques discours et nous pourrons le déguster!
Tout comme la musique, le repas est offert par la mairie de La Gaude. Outre ce délicieux velouté et quelques chips de socca, on a pu se régaler d’une assiette de daube-raviolis (sans tomate of course !). Une belle affluence puisqu’il a été servi près de 200 parts, me dira-t-on un peu plus tard. Et pendant nos agapes, la musique continue, celle du duo Belem, Louis Bariohay et Pierre Audran. Deux guitares au soleil. Maîtres du swing en toute simplicité. Les doigts courent le long du manche et l’on voit de ci, de là quelques personnes remuer, qui les pieds, qui les fesses ou bien tout le corps, verre et assiette en main. Arnoise va chercher sa caisse claire pour accompagner, le temps d’un morceau, les deux six-cordes. Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, après ce bon repas, un café est prévu et le jazz continue. Retour au cabaret Jazz.
Marjorie Martinez va faire un tour dans son répertoire, accompagnée par son mari le saxophone Jay Metcalf. Elle chante du blues, du folk sur les rythmes de sa guitare. Des chansons d’amour, toujours, dont une en français, c’est rare, J’ai deux amours…De temps à autre, Michel Seyrat, poète, fidèle ami de la compagnie So What, lit un texte, poème ou pas, Hugo, Rostand mais aussi des rimes provençales qui chantent presque toutes seules.
L’après-midi est bien avancée, le public se disperse doucement, certains, les chanceux qui ont réservé, reviendront pour le concert du soir. Pour l’heure c’est le moment des balances, soundcheck en nissart.
Pause. (A suivre)

le 16/11/19 à La Gaude.

 

Serata italiana sous les bigaradiers

La pluie tombe fort et dru mais cela n’arrête pas les amateurs de jazz (un peu moins nombreux que d’habitude certes) qui s’installe autour des tables du club So What. C’est le duo Marco Vezzoso & Alessandro Collina, qui entre deux voyages en chine et au Japon, ouvre la soirée gaudoise avec leur jazz auquel se mêle la musique classique et la chanson italienne. On entendra donc des compositions personnelles telle Broken mais aussi des thèmes comme Caruso ou un blues de Pino Daniele A me me piace o’ blues et, en rappel, un vibrant Guarda Que Luna. Le swing du piano allié au chant du bugle ou de la trompette. On en oublierait presque l’orage. D’ailleurs à l’entracte la salle se remplit, les nouveaux venus vont pouvoir écouter le Looking Up Project du pianiste cagnois Jean-Baptiste Bolazzi. Le quartet italien avec Stefano Bertoli (Batterie), Sandro Massazza (Contrebasse), Guido Bombardieri (Sax et clarinette) va rendre hommage au regretté Michel Petrucciani. Chaque thème est interprété avec ferveur, enthousiasme et humilité. Pianiste et saxophoniste se lance tour à tour dans des belles impros notamment sur Brazilian ou Little Piece in C. Nous aurons droit à une version très enlevée de Manhattan avec un duo sax-contrebasse fort goûteux. Le plus tranquille Lullaby, magnifique ballade à la clarinette nous permettra de reprendre nos esprits. Plus tard, en rappel, encore un petit bout de Petrucciani, Bite, la pluie tombe toujours mais elle n’aura pas réussi à gâcher notre serata jazz italiana.


Le 14/11/19 au club So What –La Gaude (06)