Archives pour la catégorie concerts Jazz

Tie-Break et James Andrews

Un samedi soir de mars, la Nouvelle Orléans est venue à Nice, en la personne du trompettiste et chanteur James Andrews. Pendant plus de deux heures avec un groupe de musiciens azuréens, il a fait, ils ont fait la fête à la musique, au jazz traditionel. En commençant comme prévu au programme par du Fats Domino. Mais James Andrews, surnommé le Stachmo du Ghetto, il habite Treme, ne met pas longtemps avant d’entamer un thème de Louis Armstrong, qu’il imite par moment à merveille. Les classiques se suivent pour le plus grand plaisir du public qui est dans sa zone de confort, il connait tous les titres ou presque. Grâce au piano virtuose de Fred d’Oelsnitz, on a le droit à un St James Infirmary attaqué façon bossa, avant que le naturel reprenne le dessus. Le chanteur est aussi un vrai meneur de revue, il apostrophe le public cherchant son approbation, Il nous parle de son grand-père, de la série TV Treme dans laquelle il a joué. Lunettes de soleil sur le nez, il parodie avec tendresse Ray Charles. Il distribue les solos à chacun de ses acolytes en les remerciant et en les faisant applaudir. Excellent Fabrice Vaure, aux saxophones et clarinette dont les contrepoints résonnent de swing et d’un brin de malice. Gilliard Lopes, contrebasse et Max Miguel, batterie assurent la rythmique, le groove, sans lequel toutes ses belles harmonies pourraient tomber à plat. Il nous amène en marchant, I’ Walkin’, sur la Blueberry Hill avant de conclure par un rappel, deux rappels. La setlist est épuisée, les musiciens aussi mais James relance le groupe pour encore un petit dernier ou deux puisqu’on y est.


Avant, ce très long set, nous avons pu profiter pendant près d’une heure de la musique sophistiquée, élégante, métissée du trio Tiebreak dirigé du piano par Cyril Benhamou, avec Gérard Gatto, arborant un superbe T-shirt, à la batterie et Patrick Ferné à la contrebasse. Avec Enter The Temple, ils ont essayé de nous faire pénétrer dans l’esprit du groupe, rythmes impairs, harmonies originales et savantes, mélopées répétitives et entêtantes. Nous avons tenté de participer vocalement à leur Transe avant qu’ils finissent par un blues loin d’être conventionnel.

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Tony Allen revient à Nice

Mise en bouche tonique  avec le Funktet de Fred Lusignant. Pas de doute, c’est bel et bien du funk que l’on va entendre pendant plus 45 minutes. Des les premières mesures d’un tube de Trombone Shorty jusqu’à celles  de Fred Wesley pour finir sans oublier deux petits Herbie Hancock. De l’énergie à revendre, du groove à foison. Alain Asplanato, le batteur la régularité métronomique rythme la fougue de ses compères. Le leader souffle dans son trombone sans relâche. Il chante aussi pour un medley, plus swing, de St James Infirmary et Mimnie The Moocher. On retiendra surtout la très belle performance du saxophoniste Benjamin Boutant, très inspiré ce soir-là.

Nous étions fin prêt pour accueillir Tony Allen et ses musiciens. Un Tony Allen en très grande forme qui, baguettes en mains, nous démontrera, pendant un très long set, qu’il est bel et bien toujours le roi de l’Afro Beat! Au programme, les nouvelles compos de son Album The Source, le premier chez Blue Note. Placé tout au fond de la scène, le batteur au drumming si particulier fait de souplesse et de précision, laisse ainsi beaucoup de place à ses musiciens. Le contrebassiste Mathias Allamane ne le quitte pas des yeux, guettant le moindre changement de tempo, la plus petite inflexion de rythme. Jean Philippe Dary presque minimaliste au piano devient volubile sur son synthé au son d’orgue. Le guitariste à la chevelure léonine, apparemment pas Indy Dibong, reste assez discret derrière sa Fender. Quant aux deux cuivres, côte jardin, ils assurent le spectacle, bougeant, dansant tout au long du concert, sans pourtant négliger de souffler avec un cocktail de fougue et d’émotion  dans la trompette pour Nicolas Giraud et le sax pour Yann Jankielewicz. Avec des concerts de cette qualité, il va falloir bientôt pousser les murs du Forum Nice-Nord qui affichait, une fois de plus, complet.

 

Macha Gharibian à Cannes

Nous avions déjà pu entendre Macha Gharibian, cet automne à Jammin’ Juan. Mais le show case fut un peu frustrant par sa courte durée (mais c’est aussi le principe des show cases, me direz-vous!) C’est donc en quartet que se présentait la pianiste et chanteuse  dans la très confortable salle de l’Espace Miramar à Cannes. Nous avons pu écouter en grande partie le répertoire de Trans Extended paru en octobre dernier mais aussi quelques surprises dont le très enlevé 50 Ways To Leave Your Lover, le tube de Paul Simon. Macha Gharibian chante en anglais, en arménien (Anoushes, une très émouvante chanson dédiée à sa grand-mère). Les tempi sont généralement assez lents mais le guitariste David Poteaux-Razel sait y mettre de l’énergie avec sa curieuse guitare sans tête de manche. Il vit chacun des morceaux avec une grande ferveur, rythmant ses soli avec la tête, le torse, les pieds, quelques amusantes grimaces accompagnent aussi son jeu tout au long du manche, bottleneck ou non.  Théo Girard, vieux complice musical de Macha, garde quant lui la plupart du temps les yeux fermés, concentré sur sa contrebasse, à l’écoute de sa leader. Dré Pallemaerts, le batteur belge du groupe assure une assise rythmique aussi efficace que discrète. On voyage beaucoup avec Macha et son groupe en Arménie certes mais aussi à New York où elle a étudié, M-Train, au Japon, Mount Kuruna ou pour finir en beauté avec Saskatchewan, le titre le plus représentatif de son répertoire. Métissage musical, culturel. Jazz, world, pop ou même folk. Un thème qu’elle dédie à tous les migrants du monde. Idéal pour reprendre la route vers la maison. Mais comme la soirée était organisée en collaboration avec l’Association de l’Union des Arméniens de Cannes, les spectateurs ont eu droit, pour leur plus grand plaisir, à un petit buffet de spécialité, accompagné d’un goûteux Raki. Des gens qui savent recevoir.

Guillaume Perret Solo Live

Une première partie surprenante, rare et pour tout dire spéciale. Pas de musique live, une bande enregistrée et cinq danseurs. Annoncé comme de la dance Hip-Hop, de fait cela y ressemble beaucoup mais la performance des cinq jeunes hommes de Des-Unis va bien au-delà. Déjà la musique qui rythme leurs déplacements n’est pas Hip-hop, de la musique répétitive à la Michael Nyman, de la musique tribale avec des tambours et même dans une des séquences, la plus impressionnante, le silence, seule des claquements de mains ponctuent les glissés, les sauts. Une chorégraphie dynamique, dynamite, audacieuse qui est, somme toute, une belle entrée en matière pour le set  qui va suivre.

On a le temps d’admirer le copieux pedalboard et le décor comme un bouquet saxophones déstructurés, le temps que les techniciens peaufinent l’installation. Puis le noir est fait et Guillaume Perret entre en scène, ténor en bouche, une lumière blanche fusant du pavillon du sax. D’emblée on est dans l’ambiance. Gros son, superbes lumières. Il appuie du pied sur un looper et c’est parti. Les instruments s’ajoutent les uns aux autres. Il est toujours tout seul mais guitares, percussions, basses, cuivres et même saxophones semblent sortir de son instrument. On savait à l’écoute de son dernier opus « Free » ce dont il était capable, mais de le voir, de le sentir en live, est très impressionnant. Il enchaine les titres, le très jazzy « She’s Got Rythm », suivi de « Naissance d’Aphrodite » plus expérimental, en passant par du néo métal avec « Heavy Dance ». Avant de reprendre une de ses compositions du quartet Electric Epic, « Kakoum » réarrangée à la mode solo live. Un spectacle complet avec même la petite intervention du technicien pour changer les piles de l’un de ses boitiers alors qu’il continue de jouer avec simplement le bec du sax et un micro trafiqué. Du grand art. Et pour finir en rappel, l’hymne national…ougandais, façon Perret.

Un voyage (musical) au bout de la nuit.

Compagnie So What/Paolo Fresu

La Compagnie So What & Paolo Fresu Devil Quartet

Le 25/11/17 à la Coupole –La Gaude (06)

La dernière soirée de ce 21e Jazz sous les Bigaradiers commence avec La Compagnie So What. Un répertoire varié mêlant des reprises, des adaptations de thèmes du vibraphoniste éthiopien Mulatu Astatke, aux compostions des membres du groupe. Trois soufflants, Thomas Guillemaud au sax soprano laisse volontiers plonger ses chorus dans le free, Alex Benvenuto oscille entre tradition et modernité à la clarinette basse, du grave caverneux aux aigus virevoltants; Laurent Lapchin, distille, quant à lui, un son chaleureux à la trompette ou au bugle, le calme dans la tempête! Ils sont soutenus, propulsés plutôt, par une rythmique guitare, contrebasse, batterie souveraine. José Serafino et son phrasé toujours bluesy à la guitare. Jean-Marc Laugier, maître du riff à la contrebasse est aussi imperturbable que pouvait l’être Bill Wyman avec les Stones. La frappe précise, vigoureuse de Cédric Fioretti sert d’ossature à cet ensemble délicieusement sophistiqué qu’est leur musique.Le jazz azuréen à son meilleur niveau!

A peine le temps de boire un verre ou de prendre le frais, (il ne faisait vraiment pas chaud dehors!) c’était l’heure du Devil Quartet de Paolo Fresu. Si on entend un répertoire extrait de leur dernier disque Desertico (Bonsaï Music), leur musique semble encore et toujours revisitée.

Fresu est comme en flux tendu. Il multiplie les duos, tant avec Bebo Ferra son guitariste volubile, ce soir-là qu’avec Paolino Dalla Porta, lyrique et souriant, tout en rondeur et retenue à la contrebasse. Ils sont réglés de main de maître par le batteur, Stefano Bagnoli. Adepte, presque inconditionnel des balais, il peut faire un long solo rien qu’avec eux et sans tomber dans le doucereux, bien au contraire.  Pas de concert de Fresu sans quelques anecdotes, ni sans Chet Baker, il nous narre donc sa rencontre virtuelle avec le trompettiste américain dans la belle ville de Luca avant d’enchainer sur un « Blame It on My Youth » riche en émotions. Ils finissent le set par un « I Can Get No (Satisfaction ») retentissant que Bebo Ferra semble ne pas vouloir finir. Le riff, le chorus, Fresu et sa boite à effets, Ferra qui revient en haut, puis en bas du manche, le batteur qui ponctue le tout et ça repart. Il est minuit et demi passé, un court rappel, écrit par Tio Stefano, nous ramène au calme.

Vas y swingue Frédo!

Au programme de cette soirée Jazz sous les Bigaradiers, du Frédéric Chopin par un trio jazz. Sacré challenge! Avant d’enfourcher mon fier destrier pour rejoindre la cave-club du So What à La Gaude (06) , j’ai donc mis sur la platine un vénérable vinyle de Chopin par Horowitz (Vladimir par Ted/Chubby). Et de fait, le compositeur polonais ne swingue pas vraiment. La tâche du Chopin Jazz Project allait être ardue. Et pourtant, il n’a fallu que quelques mesures pour que le charme opère. Le trio commence par un Air Martial revisité. La mélodie reste la même, le tempo est un peu accéléré.   Claudio Célada joue le thème au piano, puis la contrebasse de Jean Cortes rentre en jeu. Quelques frappes discrètes de Piero Iannetti sur les cymbales. Plus de doute, on est en jazz. Le pianiste ne résiste pas longtemps avant de marquer les temps faibles de la main gauche. La syncope induit un swing discret. Les morceaux s’enchaînent, ponctués d’anecdotes sur Chopin, narrées par le contrebassiste, responsable aussi de tous les arrangements. La Grande Valse Brillante fait très Paris des années folles. Le Nocturne N°1 très lent avec les balais du batteur qui effleurent à peine les peaux. Il ne s’agit pas de faire du Vinnie Colaiuta! On passera par plusieurs autres morceaux fameux de l’incorrigible romantique jusqu’au célèbre tube, intitulé Suffocation par son éditeur, (pas franchement drôle puisque Chopin souffrait d’une maladie des poumons!) plus connu dans les versions de Gainsbourg ou Radiohead, le Prélude en Mi m, op 28. Pour finir le set.

En rappel, une composition de Liszt, longtemps attribuée à Chopin, mais on raconte que ces deux-là aimaient bien faire le bœuf au piano, même si on ne le disait probablement pas comme ça à l’époque. De septique à dubitatif, au départ, le chroniqueur de ce blog est sorti du concert convaincu et même enthousiaste!

 

Heptatomic bigaradiers

EVE BEUVENS HEPTATOMIC

Le 16/11/17 au Théâtre Alexandre III  de Cannes (06)

La première soirée des 21e rencontres Jazz sous les Bigaradiers de La Gaude était délocalisée dans la petite ville côtière voisine, Cannes! Le très beau théâtre Alexandre III accueillait le septet de la pianiste belge Eve Beuvens. Outre la leader, la formation était composée de Manolo Cabras à la contrebasse, Lionel Beuvens à la batterie puis trois soufflants, aux saxophones alto et baryton, Grégoire Tirtiaux, au ténor, Sylvain Debaisieux, à la trompette, Laurent Blondiau et à la guitare, Benjamin Sauzereau.  Ils nous ont présenté un set d’un jazz élaboré aux arrangements très écrits. Une musique d’une grande subtilité, flirtant souvent avec le free jazz. Une musique d’une énergie allant croissant tout au long du concert. De superbes thèmes aux audaces harmoniques sophistiquées mais joyeuses. Des compositions aux métriques recherchées. Si Eve Beuvens donnait parfois le ton, une idée de la mélodie, sur son clavier, le trio piano, basse, batterie assurait plutôt une rythmique impeccable sur laquelle pouvait se poser les envolées des cuivres dont la richesse des timbres fut un plaisir de tous les instants. La guitare n’était pas en reste tant avec les doigts que le médiator ou même le bottleneck. On a tout particulièrement apprécié les chorus à l’unisson entre le sax baryton et la guitare. Il fallait oser cet assemblage de sonorités. Un grand moment de jazz qui laissait fort bien augurer de la suite de ce festival qui court jusqu’au 25 de ce mois.