Archives pour la catégorie Rock

chroniques Rock CD et concerts

Benoit, le pirate céleste

Benoit & La Lune:
La Vie est un acte de piraterie

(Enatey records)

On l’attendait depuis longtemps cet album Benoit et la Lune, on patientait depuis le dernier EP de 2011 et ses cinq titres enchanteurs .  Benoit Berrou est toujours accompagné de ses fidèles musiciens, Manolis aux guitares et Bruno Desbiolles à la batterie et percussions (en live on peut aussi l’entendre à la guitare). Ils reçoivent l’appui de quelques autres amis, de-ci de-là, des voix, une trompette, un violoncelle, un harmonica ou même la guitare si spéciale de Serge Pesce. Pour Benoit la vie est un acte de Piraterie mais il reste fidèle à ses ukulélés et à son folk-rock explosif.  Les notes entourent ses vers, les enrobent, qu’il chante en français, en anglais ou dans son volapük inventé, Ses textes ont la sensibilité à fleur de mots. « J’irais boire la mer pour recracher des étoiles et des chimères » Et, quand il fait sien le sombre hymne grunge de Kurt Cobain, une lueur semble poindre de derrière la douleur.  Surtout qu’il est précédé d’un « Drunk Blues » à la guitare flamboyante…
Le packaging est soigné, le livret « Journal de bord » du pirate lunaire est richement illustré de photos et de dessins (le poulpe et ses ukulélés)

Avec cet album, Benoit va vraiment décrocher sa poétique lune rock!

Publicités

Miossec live au Lino

En ouverture de la soirée Laure Briard et ses Briardinhos. Derrière, quatre jeunes hommes jouent une pop gentillette avec enthousiasme et sincérité. Une basse Hofner à la McCartney jouée presque tout le temps en fuzz, amusant. Devant Laure Briard chante sans grande conviction en français, en anglais et même en portugais en s’accompagnant de deux ou trois doigts sur un synthé.
Puis, le temps d’installer les 7 ou 8 « cymbales à lumière » au fond de la scène, Christophe Miossec rentre en scène son Aria Pro 2 vintage en bandoulière. Un percussionniste, un guitariste (niçois !) et un claviériste l’accompagnent. Pas de basse, c’est un clavier qui s’en charge. Au coin d’une boite à rythmes, la mascotte du groupe veille! C’est un show très rock qu’ils vont nous offrir. Certaines intros sonnent même comme du AC/DC, on ne s’attend pas vraiment à ça pour envelopper la mélancolie désespérée du chanteur breton. Mais pourtant cela fonctionne à plein régime, quand il casse sa corde mi aigu, Miossec continue à jouer sans vraiment s’en soucier, jusqu’à ce que le « guitar tech » vienne lui tendre une gratte de secours qui patientait peinarde à côté de l’ampli. Miossec chante vraiment bien ce soir mais il n’est pas très disert entre les morceaux, à peine un merci de sa voix travaillée à la Lucky Strike sans filtre!
Il égrène les titres de son dernier album « Les rescapés » auquel il mêle quelques vieux titres qui font la joie d’un public nombreux et très fan. Certains sont venus de loin pour l’entendre, d’autres en sont à leur 20e concert et ils ont qualifié celui-là d’exceptionnel.Le premier rappel débute avec « Les bières s’ouvrent manuellement » en duo guitares-voix, magnifique bien que cafardeux. Bien plus tard, il chante « Je m’en vais » mais ne le fait pas, il a encore une petite chanson  » Nous Sommes« avant de nous rendre à la nuit.

 

le 05/04/19 au Théâtre Lino Ventura de Nice

Punk in Pink

Lilix & Didi: Young Girls Punk rock

(M&O / Pedagosic / DOM )

Depuis leur premier album, il y a 3 ans, les deux petites Lilix & Didi ont grandi mais, à 15 ans, désormais plus jeunes femmes que gamines,  elles ont toujours une rage adolescente qui fait plaisir à entendre (et probablement à voir).
Dans ce nouvel enregistrement paru fin 2018, elles se partagent toujours la basse, la batterie et les parties vocales mais elles ont, en plus, recruté, Zoé, une jeune guitariste et claviériste pour renforcer le groupe. Le grand, Lio (Lionel Riss des MoOonshiners) fait toujours partie de l’équipe avec ses Stratocaster et ses chorus cinglants mais bientôt, elles risquent de n’avoir plus besoin de lui. ( on pourra avoir alors un album des Mooons, précédemment cité!). Les voix, qui pêchaient un peu dans leur premier opus, ont gagnés en assurance et en maturité.
Au programme de ce nouveau CD, beaucoup de reprises des grands anciens.  Les Ramones pour se mettre en appétit, The KKK take my baby away. Sham 69, If The Kids Are United qui leur va si bien, chanté en français.  Le Clash, avec un vibrant White Riot. Une petite pépite, un Renaud du temps où il n’embrassait pas les flics, « Camarade Bourgeois » qui sonne dans leurs bouches comme si la chanson avait été écrite hier. Les femmes ne sont pas oubliées avec une version rageuse d’un titre des anglaises de Made of Ace (leurs grandes sœurs). Comme le blues est l’essence de tout, elles s’y reviennent en tâtant après Steve Ray Vaughan,  du John Lee Hooker, Boom Boom! Wouah! Pour finir, le parrain, le tonton punky, Didier Wampas, avale une mouche avec elles, en toute fin d’album!

Punk certes, mais c’est surtout du bon gros Rock’n’roll que ce brave Lemmy eu autant apprécié qu’un godet de son Jack!

https://didix.bandcamp.com/album/young-girls-punk-rock
http://www.pedagosic.fr/dons/lp.html

allez pour le kif un p’tit morceau:

Les moutons de Laurent Dehors

Laurent Dehors Trio: Moutons

(Tous Dehors/L’autre Distribution)

Quand il n’est pas à la tête de son Big Band « Tous Dehors », ou dans une session comme sideman, le saxophoniste, clarinettiste Laurent Dehors compose et joue avec son trio. Ce nouvel opus, Moutons, avec le jeune et talentueux Gabriel Gosse aux guitares et Franck Vaillant batteur à la frappe robuste. Une nouvelle formation, issue de son (susnommé) big band, son « low-budget orchestra » comme le disait, Zappa en son temps. Mais c’est surtout un groupe resserré pour mieux se concentrer sur l’essentiel, les sons, les timbres, les rythmes. Et des timbres, il va y en avoir car Laurent Dehors joue de six instruments du plus petit, la guimbarde au plus encombrant et biscornu: la clarinette contrebasse, en passant par des plus classiques sax ténor & soprano ou la traditionnelle clarinette en Sib.  Gabriel Gosse joue d’une guitare à sept cordes, généralement l’apanage des métalleux, et donc un style et une sonorité très différente de celle methenyienne dans son groupe Lynx Trio. On l’entend même au banjo dans une reprise détonante du Solitude de Duke Ellington.  Quelques titres très courts, aux alentours de la minute, cosignés par les trois musiciens, guitare-sax à l’unisson ou petit dialogue sur fond de batterie comme des pistes pour s’échauffer ou un moment de fun entre deux prises. Les pistes plus longues, de la plume du leader, nous emmènent en voyage sous fond de jazz, aux confins du free et du rock, Gabriel Gosse n’hésite pas à pousser la distorsion et le volume, et Franck Vaillant à faire sonner des peaux et cymbales (fussent-elles électroniques). Dans « Habop« , on entrevoit même un brin de swing, la clarinette qui chante sur un drumming qui, pour le coup, se fait plus léger. Mais ce qui ressort au final, après plusieurs écoutes, c’est la qualité du travail de recherche de sonorités, d’harmonies comme si les trois acolytes voulaient explorer toutes les possibilités offertes par leurs instruments. Sans oublier l’humour (on en revient à Zappa) car la malice semble s’être glissée entre les partitions (et les impros!) de chacun d’eux, nul doute que la morosité n’était pas de mise dans le studio.
Après avoir bien profité de cet album, n’hésiter pas à jeter une oreille, voire deux, dans Les Sons de la vie, un CD de Tous Dehors qui date de 2016, on y retrouve donc ces trois instrumentistes et plein d’autres dont l’excellent Marc Ducret.
Et si un organisateur avait la bonne idée de les ne programmer pas loin de chez vous, de chez nous, le plaisir serait à son comble.
Quant aux moutons? Peut-être celui stylisé de la pochette?

Tony, Stu & Gergo

La salle Jean Vigo de l’Espace Magnan est déjà quasiment pleine quand le groupe Yang prend place sur scène. Un groupe de rock instrumental monté par Frédéric L’Épée, guitariste bien connu de tous les azuréens, fan de la six-cordes. Il a enseigné la guitare a un bon nombre d’entre eux. Il y en avait dans la salle et même sur scène puisque Laurent James, l’homme à l’Ibanez vert fluo façon Steve Vai , a étudié avec Frédéric avant d’intégrer son groupe des années plus tard. Un set d’une petite heure qui explore leurs trois albums. Dans la majorité des thèmes les deux guitares jouent en contrepoints, Laurent à gauche, très distordu, Frédéric à droite, et son superbe son de Gibson Les Paul. L’influence Frippienne est indéniable mais certains anciens se rappellerons Philharmonie, le précédent groupe du leader. D’autres morceaux sont beaucoup plus énervé et font un bon pont avec le groupe qui arrive juste après le cours changement de plateau. Il ne reste de la place que sur scène car, dans la salle, le moindre siège est occupé.

Stuart Hamm, vêtu d’un pantacourt et d’un T-shirt flanqué d’une clé de Fa, arrive, basse en main. Gergo Borlai, tout sourire, se glisse derrière son imposant drumkit puis, élégant, malgré sa casquette à l’envers, Tony MacAlpine s’assoit sur un tabouret de bar placé près d’un clavier. Sa guitare a huit cordes ce soir. Il va en tirer le maximum pendant près de 90 minutes intenses, métalliques sous les coups de boutoir telluriques du batteur hongrois.  Stuart Hamm manie sa basse à 6 cordes avec une certaine décontraction, se promenant sur le manche de bas en haut puis de haut en bas, un coup d’œil à Tony, un autre à Gergo et laisse le gros son rouler. On aurait tendance à penser que quand tu as un bassiste comme lui, point n’est besoin de guitariste… Sauf si c’est MacAlpine! Des morceaux tirer de son dernier CD, des plus anciens mais aussi quelques thèmes de Stu où il s’amuse à la basse en slap, en taping, avec les doigts, toujours ponctués par les coups de boutoir de Borlai.  Il s’essaye même à un blues, très lent, basse, cymbales quelques notes de gratte, et puis un long slide sur la basse et le tonnerre se déclenche. MacAlpine s’amuse avec son clavier, franchement pas vraiment convaincant sauf quand il nous fait sa désormais classique étude de Chopin. Un final, un rappel puis ils nous retrouvent dans le lobby pour bavarder, selfier, et dédicacer quelques disques.

Quelle soirée! Il valait cependant mieux ne pas avoir oublier ses bouchons d’oreille. Ils en avaient pourquoi pas nous!

Après un tel concert, tu rentres à la maison, tu vois ta vieille gratte qui repose sur son stand et tu te demandes si c’est bien du même instrument qu’il s’agit. Peu importe qu’elles aient 6 ou 8 cordes.

Un grand merci à Uncool Events de nous permettre d’assister à de tels moments

(le 03/10/18 à la salle Jean Vigo -Nice)

Sun Dew deuxième

Sun Dew: This Secret Cay

(Heartcore records)

Héloïse Lefebvre : Violin; Paul Audoynaud : Guitars
Liron Yariv : Cello; Johannes Von Ballestrem : claviers; 
Paul Santner : Double bass, Electric bass;
Christian Tschuggnall : Drums, Percussion, Lap steel guitar

Après un excellent premier album, Sun Dew officialise leur changement de label et intègre Heartcore Records de Kurt Rosenwinkel, avec cet envoutant EP (6 titres mais 25 minutes tout de même). Toujours codirigé et écrit par la violoniste Héloïse Lefebvre et le guitariste Paul Audoynaud. Le lineup, peu habituel, est identique, violon, guitare, violoncelle, contrebasse, claviers, batterie. L’esprit de leur musique reste le même mais, ils ont imperceptiblement recentré leur univers autour de leur petit récif secret (Secret Cay). L’album, certes plus court, gagne en homogénéité. Chaque titre est comme l’illustration d’une saynète d’un film que chacun, derrière les enceintes, entre les écouteurs, , doit imaginer à sa façon.  S’il fallait le classer, ce disque irait plus dans un bac (fut-il virtuel) rock progressif que jazz, certains passages évoquent même les premiers LPs de Curved Air dans les années 70. Le batteur gagne en énergie, il est plus proche de nous, le pianiste délaisse le piano acoustique pour les synthés ou le Rhodes desquels il tire de très belles sonorités. Mais ce qui retint l’attention, ce sont les somptueux arrangements des cordes (guitares incluses), si Land in Sight est un peu frustrant par sa trop courte durée, Mighty Oricono est pure beauté, avec sa guitare à la Morricone du début, les boucles violon, violoncelle, et le batteur qui répète à l’envie sa courte séquence.
Un album dans lequel on fait un plongeon revigorant.
essayer là, juste en dessous…

 

Grizz-Li

Grizz-Li: Electric Bearland

(Tanière/Inouie)

Trompette : Aristide Gonçalves ; Trombone : Flora Bonnet
Saxophone Alto : Florence Kraus ; Saxophone Tenor : Bastien Ferrez
Sousaphone : Mathieu Choinet ; Batterie : Alexandre Bayle
Guitare Electrique : François Verguet
Guitare Electrique Et Chant : Jorge De Moura

Un brass band avec deux saxos, un trombone, une trompette et soubassophone (dans le rôle du bassiste) peut-il faire du rock?  Les huit musicien.ne.s de Grizz-Li affichent clairement leur réponse en treize titres. Oui! Certes leur rock tourne parfois au funk. Mais avec deux guitaristes qui savent envoyer du bois aussi bien que swinguer,   la barre est vite redressée. Un petit côté New Orleans est bien présent aussi, avec ce trombone qui pulse. On pense à Mac Rebennack, le bon Dr John, et pas seulement, parce que ce trombone est aussi joué par une femme. On entend aussi du style Beatles, façon Rocky Racoon. Bien qu’il chante –fort bien- dans la langue de McCartney, la filiation avec Raoul Petite semble évidente.  On s’amuse, on délire, on fait de la musique mais avec le plus grand sérieux! Que cela soit du rock, du jazz, du twist ou de la surf music.  Un album ambitieux et réjouissant.