Archives pour la catégorie Rock

chroniques Rock CD et concerts

One Shot, One More

One Shot: A James

(Label Triton / L’Autre distribution)

Les quatre musiciens One Shot se sont réunis dans leur salle fétiche du Triton (ils y ont enregistré plusieurs albums) pour rendre hommage à leur guitariste, à leur frère, James Mac Gaw qui a quitté ce bas-monde en 2021. Ne serait-ce que pour la mémoire de leur ami, le groupe devait continuer. Donc sur scène ce soir-là, (09/10/21) les deux claviéristes qui se sont succédés dans l’équipe, Emmanuel Borghi, Bruno Ruder qui furent tous deux membres de Magma tout comme le bassiste Philippe Bussonnet qui le resta jusqu’en 2019. A leur côté, le batteur historique Daniel Jeand’heur. Au programme, quelques anciennes compositions qu’ils revisitent. L’univers de One Shot, entre rock électrique et jazz-rock électrisant, est quelque peu modifié, la structure des morceaux reste très proche, sans guitare mais avec deux claviers… Mais ils gardent ce gros son (très gros son même parfois), on retrouve cette capacité qu’à le bassiste de jouer le thème et le chorus dans la foulée. On se délecte de ces longs solos sur les divers claviers, appuyés par une batterie tellurique. Petit plus, pour le dernier titre du set, Jim Grandcamp, lui aussi de la Zeuhl family*, branche sa guitare pour 12 minutes anthologique d’un Ewaz Vader, avec son riff imparable, qui fut le titre phare du CD éponyme en 2006.

A l’écoute ce cette magnifique galette, il reste à espérer que One Shot continue sa route et que Grandcamp fasse désormais partie entièrement de la bande, il vient de prouver qu’il y avait sa place.
Que de régals futurs


*Zheul: langage inventé par Christian Vander pour Magma. Le mot désigne aussi l’univers qui entoure le groupe…

Thiéfaine débranché à Cannes

Seuls quelques strapontins et places éparses étaient encore vide quand, avec les traditionnelles dix minutes de retard, le quartet d’Hubert-Felix Thiéfaine (HFT pour les amis) prenait possession de la scène précédant de peu le chanteur, silhouette longiligne, vêtu de sombre, discrètes lunettes.
Unplugged donc: guitare acoustique, piano droit, violoncelle et saxophone basse pour attaquer le premier titre de ce concert, « La ruelle des morts », belle mise en condition. HFT n’est pas très disert, juste quelques mots entre les chansons, Vous n’êtes pas venu pour entendre des discours..., nous dit-il. Le roadie lui tend une superbe Martin D28.  » 542 lunes et sept jours environ » suit. Et toujours les magnifiques prestations de Frédéric Gastard qui joue, danse avec les six kilos de son saxophone basse autour du cou. Il se permet même quelques petites percussions d’une main, en soufflant de l’autre! Suivront pendant plus d’une heure et demie un florilège de chansons anciennes, très anciennes ou d’autres plus récentes tirées du dernier album « Géographie du vide » (nommé au victoires de la musique nous rappelle-t’il). Multi-instrumentistes, le bassiste passe à la batterie, le pianiste à la guitare et le celliste à la basse électrique pour de nouveaux arrangements de tubes que le public chante par cœur. On aura donc « Je t’en remets au vent », toujours aussi émouvant, « Pulque, Mescal y téquila » bien brindezingue et « Les dingues et les paumés » avec une superbe intro mais hélas un peu trop de synthés. Son groupe le quitte pour un « Vendôme Gardenal Snack » seul avec sa guitare. Mais ils reviennent juste après, Lucas Thiéfaine, le fiston mais aussi le directeur artistique, délaisse sa batterie pour épauler, enfin, une Gibson électrique pour un ou deux titres. C’est l’heure du rappel après la classique fausse sortie. De toute façon, ils ne peuvent pas partir, on n’a pas eu « La fille du coupeur de joints ». Et, après une très prenante version de « La Queue », la voilà donc celle qui descend de la montagne. . Quatre guitares, le saxophone reste sur son stand mais 1000 voix s’élèvent pour prendre ensemble une tranche de tagada-tsoin-tsoin. Final avec basse, batterie et sax, puis HFT et sa troupe rejoignent les coulisses.

Soirée et concert féerique mais Thiéfaine, c’est du rock alors vivement la tournée Re-plugged de 2023.

Le 22/01/22 au Palais des Festivals – Cannes (06)

Legraux Tobrogoï

Legraux Tobrogoï: Pantagruel résolu

(Alfred Production / InOuïe Distribution)

Fabien Duscombs: batterie, Nathanaël Renoux: trompette, Colin Jore: contrebasse, Florian Nastorg: saxophone baryton, Yvan Picault: saxophone ténor, Nicolas Poirier: guitare

Legraux Tobrogoï est un sextet de jazz toulousain qui a les idées larges. Ils intègrent dans leur musique toutes sortes d’influences, rock, free, afro beat, rythm and blues et autres mélodies d’ailleurs. Ils les malaxent à leur sauce pimentée pour nous proposer quelque chose de vraiment à part qu’ils appellent « Jazz populaire acharné ». Trois soufflants (baryton ténor, trompette) et guitare, basse, batterie.
Dès le début de l’album dans « Pitre Provisoire » (quel titre!) on se croirait dans une version déjantée du Peter Gunn Theme, façon Blues Brothers, avant que la trompette et les deux saxs ne partent dans une folle vrille que la guitare ne tardera pas à rejoindre! Par la suite, ils explorent d’autres univers sonores, d’autres fragrances musicales où chaque instrument a son fumet propre qu’il combine avec ses partenaires de scène, de studio. Le groupe a commencé il y a 20 ans comme une fanfare, la première fanfare à mobylette du monde, et on sent que ce passé continue de pulser dans les gènes de leur musique.  Quant à Pantagruel nul doute qu’il soit résolu!    

Ellinoa et Ophelia

Ellinoa: The Ballad of Ophelia

 (Music Box/Socadisc)

Ellinoa (vc), Olive Perrusson (vc, vla), Arthur Henn (vc, cb), Paul Jarret (g)

Ellinoa est le chantre du Wanderlust Orchestra, l’ensemble vocal et instrumental qu’elle dirige. Elle chante aussi dans le récent album Rituels, de l’ONJ. Mais sur ce projet qu’elle signe de son nom, la vocaliste a choisi une formation réduite. Un quartet pour raconter l’histoire tragique d’Ophélia, l’héroïne de Shakespeare. Ellinoa est donc accompagnée par un trio à cordes original, guitare, alto et contrebasse. Ni rock, ni pop, ni jazz. Ses aigus nous évoque ceux de Joni Mitchell. L’ambiance musicale nous rappelle parfois celle des albums d’Emilíana Torrini et les arrangements sophistiqués de Roland Orzabal ou celui plus récent avec The Colorist Orchestra. Mais au-delà de ces références anciennes, c’est la qualité des orchestrations, la beauté de toutes ces cordes (vocales comprises) qui s’entrelacent, que l’on retiendra.

Ellinoa crée un véritable univers pour sa musique, on imagine la belle et triste Ophélia errer sur ces mélodies lentes.

Thomas et Jimi

Thomas Naïm: Sounds Of Jimi

 (Rootless Blues / L’autre Distribution / Idol)

Thomas Naïm:guitares;  Marcello Giuliani: contrebasse; Raphaël Chassin: batterie.

Il est tentant quand on est guitariste et qu’on aime le rock de s’attaquer au répertoire de Jimi Hendrix. Mais il faut avoir quelque chose à dire avec ses dix doigts et ses six cordes pour que le jeu en vaille vraiment la chandelle et, à ce jeu-là, Thomas Naïm fait vraiment très fort. Il suffit d’écouter la version jazzy de Fire qui ouvre l’album pour se rendre compte qu’il ne veut pas faire un hommage, en jouant note à note, les morceaux du génial guitariste de Seattle, comme ces nombreux tribute bands insipides. La présence de Hugh Coltman et sa voix, savamment nonchalante, sur deux titres confirme la bonne impression du début. L’un des grands moments du disque est la reprise de Villanova Junction qui fit le bonheur des 30 000 personnes encore là, au petit matin du 18 aout 69, à Woodstock. le trio de Thomas Naïm en donne ici une version toute en retenue et en élégance. Evitant les fioritures ou les effets de manche (de Stratocaster). On s’amusera du jeu à la Dick Dale dans une adaptation étrange de Purple Haze. Parmi les autres invités de l’album, Erik Truffaz ornemente façon jazz Manic Depression avec sa trompette, on se prend à rêver qu’Hendrix puisse entendre ça! Quant aux deux titres en acoustiques, Little Wing et Voodoo Child, elles nous mènent au cœur du blues. Superbes arrangements pour un jeu tout en feeling.
Thomas et Jimi, paire d’as.

a blast from the past

Yves Rousseau Septet: Fragments

(Yolk Music/ L’Autre distribution)

Géraldine Laurent: saxophone alto
Étienne Manchon: claviers
Csaba Palotaï: guitare
Jean-Louis Pommier: trombone
Thomas Savy: clarinette basse
Vincent Tortiller: batterie
Yves Rousseau: contrebasse, compositions

Pour son nouvel album, le contrebassiste Yves Rousseau a voulu se plonger dans son passé, ses années « lycée », comme il le dit. Une époque où, avant de devenir musicien de jazz et improvisateur, il savourait le rock progressif. Les grands groupes de l’époque des 70′, King Crimson, Soft Machine…Des fragments du passé donc mais du jazz d’aujourd’hui avec un septet de haute volée.  Quatorze compositions en huit parties, toutes signées de la main du leader, exceptions faites d’une notule empruntée à David Crosby et de 2 minutes du Crimson King de Robert Fripp. Les trois soufflants (sax, clarinette, trombone) tirent la musique de Rousseau vers un jazz chambriste plutôt agité, alors que guitare, basse, batterie font des résurgences nettement plus prog. Les claviers d’Etienne Manchon oscillent entre les deux selon les morceaux. Si les arrangements sont cousus main, les sept membres du groupe se (nous) délectent de larges parties improvisées. Cet album, certes trempé dans les effluves du passé, est imprégné d’émotion, d’énergie et d’une certaine exaltation bien loin d’une vaine nostalgie.
Une bien jolie galette à glisser dans son lecteur, en espérant les apprécier aussi en live, un soir…

Lea Deman

Léa Deman : Black Rain

(Urban Noisy Records)

 

Lea Deman : Chant; Claude Barthélemy : Guitares; Stéphane Guéry : Guitare ;
Jean-Luc Ponthieu : Contrebasse, Basse;
Éric Groleau : Batterie

Après un album très jazz où elle chantait du Chet Baker, Léa Deman infléchit son répertoire avec des influences plus rock, plus blues qui vont fort bien avec sa voix qui se fait plus rauque moins charmeuse qu’avec Chet. Le lineup, deux guitares, basse, batterie ne laisse d’ailleurs aucun doute. Ça rock dès le deuxième titre « Why No Ending« . Si la chanteuse signe et écrit toutes les compositions, la direction artistique est confiée à l’ex chanteuse Guesch Patti, mais le disque doit aussi beaucoup aux arrangements -et au jeu- du guitariste Claude Barthelemy. Quelques réminiscences jazz reviennent dans « Berceuse Bleue » qu’elle chante en anglais malgré le titre, un phrasé à la Dee Dee Bridgewater. Mais, le sommet de l’album est l’excellent blues en deux parties à deux guitares rageuses, « I’m A fool« , Barthelemy et Guery se partagent les chorus, faisant hurler leur guitare avec un plaisir manifeste. Vers la fin, Lea Deman se laisse aller à swinguer avec « My Friends« , ces amis qui l’aident parfois à remonter la pente.
Une voix chaude à découvrir avant que l’été ne décline.

 

 

 

le nouveau Trip de Guillaume Perret

Guillaume Perret « A certain Trip »

(French Paradox / Kakoum Records)

Guillaume Perret: saxophone ténor électrique, saxophone soprano électrique, effets, loopers, Sylphyo; Yessaï Karapetian: Claviers; Julien Herné: basse électrique; Martin Wangermée:batterie, pads

Après un remarquable album solo (Free) et la BO du film 16 levers de soleils, exercice de commande, peut-être un peu bridé, Guillaume Perret reprend le chemin des studios. Un nouvel opus en quartet, pour son ténor éclectique, électrique, aux multiples appendices. Huit titres qui font de ce Certain Trip, un voyage mouvementé qui carbure à l’énergie (solaire), au groove (métal). Un voyage qui nous amène aussi bien au cœur de la pulsation des villes que dans un désert d’orient fantasmé ou dans une jungle électro. Un voyage qui poursuit l’aventure du saxophoniste à la frontière d’un (free) jazz où l’audace se mêle à l’inventivité. Après le bon coup d’Air Blast qui ouvre l’album, vous serait prêt à l’accompagner tout au long de ce Certain Trip, dans l’Infini qui se termine, comme il se doit, paisiblement, Peace. Et si vous entendez des Sirènes, c’est que la symbiose avec le groupe est effective!
Guillaume Perret nous propose là, un des ces « Trips » dont on ne craint pas la descente…

 

 

Merakhaazan: Veines

Merakhaazan: Veines

(Imago Records/Socadisc)

Quand Jean-Christophe Bournine s’installe seul, derrière sa contrebasse à cinq cordes, ses loopers et autres pédales d’effets, il devient…

Merakhaazan.

Non pas un quelconque mythe égyptien, mais le projet solo électro-acoustique d’un musicien niçois, féru de recherches et d’expérimentations sonores, dans un mélange de genres musicaux qui font de chacune de ses prestations, des expériences uniques.
Ce nouvel album en est la preuve éclatante.
Grace à la technique de l’auto-échantillonnage qu’il maîtrise parfaitement, le solo devient duo, trio ou quartet. Il nous fait voyager dans son univers baroque, électronique, éclectique. Merakhaazan triture ses cordes avec les doigts, un archet ou encore avec un médiator qui les fait claquer sèchement. Les harmonies orientales alternent avec des passages très énervés (potard de distorsion à fond) ou des mélodies plus douces. Percussions, lignes de basse, bourdon, enluminures, mélodies, chorus.  Les influences jazz percutent celles du rock au gré de passages que ne renieraient pas les compositeurs Steve Reich et Michael Nymam ou encore le guitariste Marc Ducret.
N’hésitez donc pas à ouvrir ces Veines pour votre plus grand plaisir.

Charlélie à Cannes

Charlelie Couture, casque nu, s’installe aux claviers bientôt suivi par ses musiciens, le fidèle Karim Attoumane à la guitare, le batteur Martin Mayer et le multi-instrumentiste Pierre Sangra, il jouera, tour à tour, du violon, du banjo et de la mandoline et. Souvenir du précédant album (Lafayette) le groupe sonne par moments très bayou, debout dans la boue, country-cajun.
Charlélie Couture promène toujours son regard doux-amer et poétique sur le monde et ses congénères. Tout juste teinté d’une certaine nostalgie, d’une tonalité désabusée. Sa voix est là pour nous restituer ses mots, toujours aussi singulière, et il en joue comme d’un vibrato sobre et posé. Une première partie où les chansons s’enchaînent, sans un mot, sans communication avec le public. Mais l’émotion est là, au détour d’une phrase, au son d’un banjo électrifié qui s’accorde si bien avec le timbre du chanteur.
Et puis, Comme un avion sans aile prend son envol : « Vous voilà rassurés » dit-il au public, et l’on sent que d’avoir passé la chanson, que chacun attendait, le libère. « J’ai fait pleins de choses depuis », et encore aujourd’hui « je ne veux pas m’endormir ». Pour lui, être artiste c’est résister, et c’est ce qu’il chante. Parce que depuis l’été 75, pas très loin d’Avignon, il y a de moins en moins d’oiseaux. Alors le chanteur veille et nous livre ses pensées. Charlélie prend la guitare pour un passage dans un fauteuil en cuir tout défoncé, soutenu par de superbes phrases de  Karim Attoumane. Les musiciens sont vraiment bons, les duo-duels guitare-mandoline sont du plus bel effet. Ils finissent le set par une reprise d’un chanteur, d’un troubadour, échappé vers un ailleurs et qui nous manque beaucoup.
« Pars » de Jacques Higelin tout en sobriété et émotion.
Au rappel, on marchera, un moment, aux côté de Jacobi et on finira sur le toit dune maison, avec des souv’nirs idiots mais qui donnent un peu de lumière, les jours de pluie.