Audio

Eric Legnini Six Strings Under

ERIC LEGNINI : Six Strings Under

(Anteprima Productions / Bendo Music)

Après avoir rendu hommage à la voix dans ses précédents albums, le pianiste belge Éric Legnini choisi pour ce nouveau projet de croiser le fer avec la guitare (les 6 strings du titre) soutenu par son ami de longue date, le contrebassiste Thomas Bramerie. La confrontation se fait à cordes mouchetées sur des thèmes écrit par Legnini où les deux guitaristes viennent, tour à tour, entremêler leurs cordes, à celles du piano. Hugo Lippi qui touche à tous les jazz (il sort un excellent album en 4et) et Rocky Gresset, plus typé manouche. Leader magnanime, Éric Legnini laisse beaucoup de place à ses acolytes, Dans Do Wee Do, le solo de Lippi est de toute beauté, tout comme la ligne mélodique du pianiste. Petite perle, Stompin’ At The Savoy, un standard revisité avec verve, il nous permet d’apprécier la différence de jeu des deux guitaristes qui enchainent leur solo sous les accords du clavier.  Ils ne sont d’ailleurs pas là sur l’autre reprise, un peu avant sur l’album, un tube de David Bowie, interprété au piano avec une simple ligne de contrebasse. Space Oddity, 50 ans après l’alunissage d’Apollo 11, joué sur un tempo très lent, avec cette intro lancinante. Magnifique hommage tout en feeling, au chanteur britannique. Pour finir en effervescence, The Jive, où la très belle ligne de basse de Thomas Bramerie permet à Rocky Gresset de nous montrer tout son talent.
Finalement piano et guitare s’accordent à merveille…

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Les émouvantes c’est bientôt

Festival Les émouvantes

Du 18 au 21/09/19 au Théâtre des Bernardines – Marseille (03)

L’été se fini en jazz à Marseille avec le festival « Les émouvantes ». Quatre soirées, huit concerts de hautes volées dans le cadre splendide du théâtre des Bernardines, une chapelle de couvent du 18e siècle transformée en salle de spectacle. Les émouvantes, c’est toujours voir et entendre la musique mais cette année, la programmation est inspirée par deux mots « La transformation et le hasard ». Huit formations du solo à onze musiciens vont venir se confronter au thème. Détourner le visuel du son avec le « Miroir, miroir » de Mélissa Von Vépy et Stéphan Oliva. Mêler la vidéo aux percussions de Michele Rabbia et au piano de Bruno Angelini. La trajectoire sonore avec vièle à roue de Ben Grossman dans le  quintet de Guillaume Orti (une création spéciale pour le festival). L’étrange duo de Michel Godard qui joue du mystérieux serpent avec la guitare électrique de Philippe Deschepper. On retrouvera aussi quelques fidèles des émouvantes, Régis Huby, ici en septet, Marc Ducret et ses onze musiciens revisiteront Lady Macbeth ( à ne maquer sous aucun prétexte! ) ou encore le maitre de cérémonie Claude Tchamitchian, seul avec ses contrebasses.
En prime, deux ateliers master class, l’un à Aix l’autre à Marseille

Plus d’infos: https://tchamitchian.fr/emouvantes/

 

Tribute to Michel Petrucciani

Laurent Coulondre: Michel On My Mind

(New World Production / l’Autre Distribution)

Le pianiste et organiste Laurent Coulondre voue à Michel Petrucciani une immense admiration. Pour lui rendre hommage, un album en trio avec son vieux complice, Jeremy Bruyère à la basse et contrebasse et le grand André Ceccarelli avec ses baguettes et balais. Douze titres qui explore le répertoire du génial Michel et deux compositions pour mieux distiller sa déférence. Laurent Coulondre évite dans chacun des titres de faire à la façon de. Les thèmes sont de Petrucciani mais le disque est bel et bien un album de Coulondre. Il garde le lyrisme si particulier de Michel mais rajoute sa propre structure rythmique et harmonique. Quand il reprend le fameux Les Grelots, qui ouvre le CD Conférence de Presse, duo de Petrucciani avec Eddy Louiss en 1994, il fait à la fois (tour à tour plutôt) la partie piano de Michel et les envolées de Eddy sur le Hammond. Ses deux acolytes l’épaulent à merveille, écoutez « Rachid« , cordes de piano et de contrebasse s’entremêlent, se répondent, s’asticotent avec délice. Dans Colors, le drumming tout en finesse de Ceccarelli permet au pianiste de se laisser emporter par cette superbe ballade et de nous livrer une impro toute en épure et émotion. Et, sur la piste au tempo plus rapide qu’est Little Peace In C, c’est l’entité trio qui entre en swing et nous met en joie. Un beau challenge au départ et une vraie réussite qu’approuve aussi Alexandre, le fils de Petrucciani.
La superbe photo de Marc Ribes rajoute ce petit plus visuel qui rend l’objet beau à voir comme à écouter.

le folk provençal de Cortesia

Cortesia: Laberinte

(http://cortesia.fr/ )

Le groupe Cortesia s’est formé à Noves, en Provence, vers 2012. Laberinte est leur troisième album  Il reste fidèle à leur folk médiéval duquel le rock n’est pas totalement absent. Du « neo folk step provençal » selon leurs propres dires. Un quatuor avec guitare et basse certes, mais aussi psaltérion, galoubet, tambourin et même derbouka. Ils chantent en roman occitan des poésies agrestes que ne renierait pas notre troubadour Frédéric Mistral. Pour ceux dont le provençal serait un peu rouillé, le livret nous offre une traduction de chaque texte en français.
«  En faci de la bello                  En face de la belle
La tarasco s’abucé                   La tarasque se calme
Douamci dim se uei                 Car dans ses yeux
Lucié l’esper dou moundo      Étincelait l’espoir du monde »

Les voix se mêlent en de très belles harmonies vocales relevées par les percussions. Étonnamment pour de la musique d’inspiration provençale, occitane, la guitare électrique sonne, par moment, à la façon californienne de Dick Dale, son clair, légère réverb, écoutez Vaqui l’estieu, vous verrez!
Une jolie découverte que l’on aimerait bien déguster aussi en live.

Roberto Negro & Dadada

Roberto Negro Trio à Domergue

Pour la soirée de clôture du festival Jazz à Domergue, un trio étonnant, inventif, drôle, à l’univers musical poétique et souvent déjanté : Dadada. Le pianiste Roberto Negro associé au saxophoniste Emile Parisien et au percussionniste Michele Rabbia.
Ils commencent par Gloria a la Poetessa qui nous permet de renter immédiatement dans l’imaginaire du groupe. Quelques sons électroniques puis la mélodie au sax soprano sur les accords de piano. Une douce folie s’installe sur scène. Roberto Negro penche la tête vers le clavier du Steinway, presque à le toucher. Emile Parisien entame sa gestuelle si particulière.Michele Rabbia, mailloche rouge entre les dents, sort quelques-uns de ses petits accessoires à percuter. On est bien loin d’un hard bop standardisé ! Le public est, très vite, conquis malgré les notes dissonantes, les rythmes enchevêtrés et les trouvailles sonores. Les trois artistes vont littéralement nous charmer pendant près d’une heure jusqu’à l’entracte buvette. Le deuxième set commence lui aussi en « fanfare » avec Préambule enchaîné avec Brinborion. Les musiciens semblent prendre beaucoup de plaisir à jouer, ils échangent des regards complices ou parfois interrogateurs : et comment on finit se morceau ?
Michele Rabbia amorce un nouveau thème à la voix, en scandant da, da, da, dans un micro, variant le ton, le rythme, le phrasé puis reprend ses baguettes alors que la boucle samplée dadadatise toute seule sous le regard amusé de ses deux comparses qui à leur tour entre dans le jeu. Petits arpèges de piano, les cordes frappées avec une baguette, le son fantomatique du soprano presque ad libitum. Le set se finit ensuite sur un genre de blues qui serait aussi la musique d’un film imaginaire qu’aurait produit les trois compères. En rappel, Sangu, une chanson (d’amour?) sicilienne passée à la moulinette du trio.
Probablement le concert le plus créatif et le plus envoûtant de cet été.
Et si vous n’avez pas pu les voir, écoutez les dans: Roberto Negro & Dadada: Saison 3 paru chez Label Bleu.

le 06/08/19 à La Villa Domergue – Cannes(06)

 

Bright Shadows à la Villa Domergue

Jazz à Domergue:
Anne Paceo Bright Shadows

On a beau y être déjà venu plusieurs fois, l’arrivée sur le site de la Villa Domergue, la descente vers la terrasse du concert est toujours un instant spécial. D’un côté la vue sur l’Esterel et la baie de Cannes, de l’autre, le jardin et son impressionnant dénivelé, orné pour l’occasion de sculptures de Niki de Saint Phalle.
Pour cette troisième soirée du Jazz à Domergue, Anne Paceo vient présenter son nouveau projet Bright Shadows avec les musiciens qui ont participé au CD. Pour les voix, Ann Shirley et Florent Mateo auxquels se joignent celles du guitariste Pierre Perchaud et de la batteuse Miss Paceo, elle-même. Seuls Christophe Panzani aux saxophones et Tony Paeleman aux claviers (Rhodes et synthés) n’ont pas de micro voix, ce qui ne les empêchent pas, par moments, de se joindre vocalement et discrètement à leurs camarades. Le groupe joue au cours des deux sets, quasiment l’intégralité du disque, dans un ordre différent mais surtout, chaque morceau prend, en live, une ampleur qu’il n’a pas sur le vinyle ou le CD. La liberté et la beauté du jazz, c’est ça:  s’autoriser des improvisations, prendre le temps d’installer le thème par les voix ou par un solide solo de batterie. La première partie prend fin avec Nehanda, d’inspiration très africaine, rythme et mélodies tribales et solo de sax soprano époustouflant. Derrière ses fûts et cymbales Anne Paceo dirige son groupe sourire aux lèvres mais le regard incisif. Tony Paeleman est aux aguets. C’est lui qui enrobe tous les sons du groupe avec ses claviers. Pierre Perchaud est discret, souvent il joue, tout en bas du manche de sa Fender, quelques arpèges avec les doigts ou une courte boucle de 5,6 notes au médiator, puis brusquement il part dans un chorus, jamais très long mais toujours incisif. A sa droite, côté jardin, Florent Mateo enchante littéralement. Sa voix d’opéra, baryton peut passer du chant falsetto à des déclamations telles qu’on peut les entendre chez Magma. Il s’accompagne de temps à autre avec des baguettes sur son pad électronique. Côté cour, presque dans l’ombre, Ann Shirley n’est pas en reste, façon choriste soul ou en écho aux mélopées de Mateo et Paceo. Christophe Panzani, debout au-dessus de son pedalboard digne d’un guitariste de heavy metal, fait sonner ses saxophones de façon très sensorielles, comme s’il rajoutait une voix supplémentaire. Peu avant la fin du set, Anne Paceo, en introduction de Strangers, nous parle avec emphase du devoir d’accueil des étrangers fussent’ils migrants de nos anciennes colonies.
Deux inédits dans la seconde partie, dont un en rappel, inspiré d’une rencontre avec des derviches. Une fort belle façon de nous quitter.
On ne remercie pas les quelques grenouilles qui ont tenté de faire les chœurs. Hélas, elles n’étaient ni dans la tonalité ni dans le rythme.

 

Le 5 août 2019 à la Villa Domergue – Cannes (06)

Youn Sun Nah à St Paul

La soirée commence déjà par l’arrivée dans ce lieu superbe qu’est la place de la Courtine à St Paul de Vence. Les remparts du village, les gradins qui offrent une vue magnifique sur les collines au soleil couchant. On est accompagné par les cigales qui cymbalisent en chœur en attendant le spectacle. Le trio prend place sur la petite scène. Youn Sun Nah est entourée par Tomek Miernowski, aux guitares et claviers et Rémi Vignolo pour la rythmique, basse, contrebasse et batterie. La setlist du concert est inspiré du dernier enregistrement de la chanteuse coréenne « Immersion ». Un répertoire intimiste qui cadre bien avec le lieu et le calme de cette place. Le troisième titre « Asturias » d’Albeniz est l’occasion d’un magnifique duo entre Youn Sun Nah et et Tomek. Solo guitare, parties vocales scattées, chantées se mêlent, s’entremêlent, se répondent, s’apostrophent. C’est la contrebasse qui par un long chorus prend le relais pour un thème du voyage. Ils ne sont que trois mais il y a au moins six formations différents si l’on compte les instruments que chacun des deux sidemen utilisent. Guitare acoustique, contrebasse, voix. Piano, batterie, voix. Guitare électrique, voix. Basse électrique, claviers, voix. Et tous, avec des arrangements d’une précision inouïe, même s’ils s’autorisent quelques parties improvisées. Du grand art. Et que dire de la performance vocale de Youn Sun Nah ? Elle peut susurrer de façon quasi imperceptible, imiter le cri des mouettes puis monter de 15db pour crier et, dans l’instant qui suit, reprendre sa voix plaintive. La partie finale du concert est somptueuse. « Hallelujah » de Leonard Cohen en duo avec Miernowsky, à la telecaster, enchaîné avec une très poignante version de « Sans toi » de Michel Legrand/Agnés Varda pour finir par un dynamique « God’s Gonna Cut You Down » de Johnny Cash. Les deux rappels sont tout aussi vibrants. Le mélancolique « It’s a Pity » de George Harrison et un de ses vieux titres très enjoué qu’elle chante souvent, « Pancake » (ice-cream, French fries, hamburger, Milk shake,,…) qui nous permet de redescendre dans la vallée, sourire aux lèvres !

Cette année encore, le jazz est très à l’aise dans ce festival de musique de chambre.

Un grand merci à Frédéric Pasquini pour ses si belles photos.

Le 24/07/19 place de la Courtine –St Paul de Vence (06)