Son

Milteau: back to the roots

Jean-Jacques Milteau: Lost Highway

(Sunset Records/ L’Autre Distribution)

J.J. Milteau: harmonicas; Carlton Moody: voix, guitare;
Jérémie Tepper: guitare; Jean-Yves Lozac’h: steel guitar
Gilles Michel: basse, Christophe Deschamps: batterie

Après avoir fait voyager ses harmonicas dans toute la musique américaine de ces dernières cents années (blues, soul, jazz…) Jean-Jacques Milteau revient aux racines, la country. Pour accompagner ses ruine-babines diatoniques, il s’entoure d’une bien belle bande de musicien qui nous emmènent sur les highways étasuniens. Deux guitaristes et pas des moindres et surtout « The » spécialiste de la Pedal Steel guitar, en France et même en Europe, Jean-Yves Lozac’h qui donne toute sa couleur à cet album.
Au programme, les immanquables historiettes des songwriters Hank Williams, Jerry Jeff Walker et Johnny Cash, les voix de l’Americana magnifiquement servies par Carlton Moody qui reprend aussi son State of Tennessee.
Au milieu du CD, on fera un petit tour par l’Écosse avec le hululement du Flying Scotsman, un instrumental où les rois gratteux rivalisent de virtuosité (vas-y Manu) pour damer le pion à leur leader!

Jean-Jacques Milteau nous montre qu’il a encore la niaque, qu’il sait se faire plaisir et nous faire plaisir avec sa musique alors….
On peut enfiler ses bottes et coiffer son Stetson mais il suffit de déposer la rondelle de polycarbonate dans le lecteur pour que commence l’escapade!

Tom pousse

Tom Ibarra: Luma

(Goatzic/ Kuroneko Média)

Tom Ibarra: Guitares; Jeff Mercadié: Saxophone; Lilian Mille:
Trompette; Auxane Cartigny: Claviers; Noé Berne: Basse; Tao Ehrlich:
Batterie

Tom Ibarra, le jeune guitariste prodige sort son 3e opus ce printemps. Premier album à 15 ans, il a partagé la scène avec Marcus Miller, Didier Lockwood et Richard Bona et joué dans les plus grands festivals, Marciac, Nice, … On imagine qu’il aurait été facile pour lui de refaire un nouveau disque à l’image des deux précédents, de rester dans sa zone de confort du jazz-rock, jazz fusion. Mais le guitariste a choisi d’intégrer à sa musique des éléments, pop, électro, voire noise, quitte à décontenancer ces fans de la première heure. Et, de fait, les deux premiers morceaux de ce Luma sont déroutants, synthés en avant, batterie électronique, on s’accroche aux parties de guitares. Puis vient le troisième thème, introduit par un bel arpège puis un dialogue avec les claviers, mélodie élégante. On retrouve nos aises. Elles ne nous quitteront plus. Le magnifique chorus de Fickle Heart, vient le confirmer. Pour finir, il rentre à la maison (Home) à la guitare acoustique, avant d’être rejoint par le reste du groupe et d’empoigner l’électrique comme il le fait si bien.

NB: On murmure qu’il va croiser de nouveau le manche avec le grand Marcus Miller cet été à Vienne!

All Right Now

_Unk: Now_

(Circum-Disc)

JB Rubin : Alto & Barytone Saxophone; Christophe Maerten : Guitar;
Charles Duytschaever : Drums; Mathieu Millet : Double Bass & Compositions

_Unk est le nom d’un quartet de musiciens lillois à l’esprit affuté. Nul ne sait quelle est la lettre remplacée par ce « _ » mais peu importe. De là à dire que cela donne des pistes sur ce que va être leur musique…

Le guitariste a dû écouter autant Jimmy Page que Pat Metheny ou Allan Holdsworth. Le saxophoniste puise ses sons dans le Bloomdido Bad de Grass (Didier Malherbe) des débuts de Gong tout comme chez les grands maitres de l’alto étasunien. Leur répertoire, de la plume du contrebassiste Mathieu Millet, oscille entre jazz progressif et musique improvisée (savamment maitrisée).

C’est particulièrement typique dans les titres Starkeste ou Zur, où l’on entend du Zappa dans la précision de l’écriture et dans le chorus de guitare, du Gong dans le souffle rauque du sax. Une aura psychédélique s’échappe de tous les thèmes. La contrebasse sait se faire rondelette sans toutefois aller jusqu’au swing d’une walkin’ bass bebop. Dans Patate Douce, JB Rubin donne l’impression de chevaucher son baryton dans la poussière de la paire rythmique.

Le titre final Vicolo, rejoint, par un étroit chemin, un jazz-rock, presque seventies tout à fait réjouissant.

Voilà un bien bel album pour agrémenter nos longues journées confinées.

Omar en Afrique

Omar Sosa: An East African Journey

(MDC/Pias)

Le pianiste cubain Omar Sosa aime bien les voyages, les rencontres, les découvertes sonores ou musicales. Sa biographie et sa longue discographie en attestent! Ce nouvel opus, An East African Journey vient le confirmer. Omar Sosa nous propose treize échanges, duos, avec des musiciens et chanteurs de Madagascar, du Kenya, du Soudan, d’Ethiopie, du Burundi, de Zambie ou encore de l’Île Maurice. Chacune des compositions est enregistrée sur place par ingénieur du son Patrick Destrandeau. Il faut saluer la qualité de son travail car des instruments traditionnels tels que (allez, je les cite tous) le valiha, le lokanga, le marovany, ou le kalumbu, le krar (qui sonne comme un  banjo), le umuduri, ainsi que le nyatiti et le ravanne ne sont pas les plus faciles à restituer. Les pistes qu’ont rajouté le pianiste et ses deux acolytes le batteur Steve Argüelles et le contrebassiste-claviériste Christophe Minck, dans un studio parisien dix ans plus tard, donnent du liant à cet ensemble, malgré la diversité des langues, des instruments, des lieux. L’album devient un véritable album d’Omar Sosa, à la fois très personnel et ouvert sur le monde, entre jazz et mélopées ancestrales.  Comme pour l’affirmer l’ultime plage se nomme Ravann Dan Jazz!

Manuel Rocheman en quartet

Manuel Rocheman: Magic Lights

(Bonsaï Music/Idol)



Manuel Rocheman – piano; Rick Margitza – saxophone;
Mathias Allamane – contrebasse; Matthieu Chazarenc – batterie


Voilà plus de quinze ans que le pianiste Manuel Rocheman joue avec ses deux complices de trio, Mathias Allamane et Matthieu Chazarenc. Pour ce nouvel album, il convie pour la première fois, un « soufflant » dans son groupe et pas n’importe lequel. Le saxophoniste américain, établi en France, Rick Margitza. Il a joué avec Chick Corea, mais aussi dans le dernier groupe de Miles Davis et joue régulièrement avec les frères Moutin (bel éclectisme!). Pas de changement radical dans le style mais une inflexion dans l’exploration des harmonies. Manuel Rocheman signe les dix compostions qui privilégient les tempi lents, les ballades, où les dialogues, les entrelacs, sax-piano prennent toute leur consistance, Pupi’s Lullaby en est un bel exemple. Les thèmes plus rapides sont de purs moments de bonheur, en mode swing, citons Time ou Secret Chant. La paire rythmique n’est pas réduit à de la simple figuration, bien au contraire, ils assurent un soutien sans faille et poussent même les deux solistes vers de nouvelles voies (voix?) par leurs interventions, leurs précisions, leurs pulsations. Pourra-t-il revenir au trio après cette expérience? Peut-être en passant par l’album solo?
Mais profitons déjà de ces Magic Lights qui éclairent le beau jazz de Manuel Rocheman.

Jonathan Orland

Jonathan Orland: Something Joyfull.

(SteepleChase)

Jonathan Orland: alto saxophone; Olivier Hutman: piano;
Yoni Zelnik: bass; Ariel Tessier; drums

Le saxophoniste Jonathan Orland réunit pour son récent album, un nouveau quartet pour un jazz festif et chaleureux, du jazz qui swingue. Autour de lui, trois musiciens d’horizons très différents. Un grand ancien, le pianiste Olivier Hutman. Deux jeunes musiciens pour la paire rythmique. Yoni Zelnik (que l’on a entendu avec Géraldine Laurent, Yonathan Avishai ou Florian Pellissier) et, à la batterie, le jeune Ariel Tessier qui fait merveille dans le House of Echo d’Enzo Carniel). Dans les dix titres du disque dont il signe la majorité des thèmes, le jeu d’Orland évoque celui de Julian Cannonball Adderley, (il le cite souvent comme l’une de ses références musicales) cet alto flamboyant, des phrases courtes qui percutent dans les tempi rapides et une douceur, un phrasé velouté dans les ballades. Olivier Hutman, sideman discret, soigne l’accompagnement mais se laisse aussi aller à quelques chorus enjoués, dans How About You de Burton Lane ou dans A Night In Zhuhai de sa composition.
Voilà un album dont le titre annonce parfaitement la couleur. Something Joyfull. Quelque chose de joyeux.

Airelle Besson

Airelle Besson – Try!

(Papillon Jaune/L’Autre distribution)


Airelle Besson : trompette; Benjamin Moussay : piano, Fender Rhodes;
Isabel Sörling : voix; Fabrice Moreau : batterie.


Pour ce nouvel essai (Try!), la trompettiste, « révélation » des Victoires du Jazz en 2015, retrouve le quartet qui l’avait mené au trophée. Un album conçu et enregistré entre deux confinements, en l’été 2020. Pas de contrebasse, les rythmiques sont laissées toutes entières au batteur Fabrice Moreau, si l’on excepte quelques parties de la main gauche aux claviers. Neuf thèmes dont le premier The Sound of Your Voice est décliné en trois parties, comme pour mieux nous permettre d’aborder en douceur l’esprit de l’album. La trompette qui décline la mélodie, le piano ou le Rhodes qui vient la souligner puis la voix qui s’entremêle. Le disque est un hymne à la beauté. Chacune des compositions est comme une partie d’un grand tableau qui serait joué au lieu d’être peint.  

Pour s’en persuader, il suffit d’écouter par exemple, Après la neige. Variation sur la mélodie de Neige parue dans l’album Prélude, (Naïve 2014) qu’Airelle Besson a publié avec le guitariste Nelson Veras. Le thème est ici sublimé par la voix d’Isabel Sörling et les claviers intenses de Benjamin Moussay, on imagine assez bien que, s’il était toujours vivant, Yasunari Kawabata eu voulu cette musique comme bande son de son roman « Pays de neige ».

Après le magnifique album Aïres en trio avec Edourd Ferlet et Stéphane Kerecki, ce Try!, place Airelle Besson définitivement dans la cour des grands.

Laissez-vous envouter.  

Florin Niculescu

Florin Niculescu: Le Temps Des Violons

(Label Ouest / L’Autre Distribution)

Florin Niculescu – violon; Hugo Lippi – guitare

Philippe Aerts – contrebasse; Bruno Ziarelli – batterie

Pour son nouvel album, Florin Niculescu, violoniste roumain, installé en France depuis des lustres, a choisi de rendre hommage à ses pairs, à ses maitres du violon jazz français. Les anciens tout d’abord, Stéphane Grappelli et Michel Warlop mais aussi le regretté Didier Lockwood et, le toujours bien portant, Jean-Luc Ponty. Il leur consacre une suite en cinq parties de près d’un quart d’heure qui est la pièce maitresse de l’album. Mais les dix autres titres sont tout autant des révérences musicales, qu’ils soient signés Niculescu ou des reprises, des standards. Sur trois thèmes, le quartet est rejoint par le guitariste Stochelo Rosenberg. Le répertoire reste ancré dans le jazz manouche, dans le swing éternel façon quintette du Hot Club de France avec quelques inflexions plus modernes, dans la suite principalement. Niculescu ne s’aventure pas vers le jazz fusion de Lockwood ou le jazz rock de Ponty. S’il confirme les grandes qualités de violoniste, de compositeur, d’improvisateur de Niculesco, ce Temps des violons atteste de l’exceptionnel talent du guitariste Hugo Lippi. Totalement dans sa zone de confort aussi bien dans les chorus enlevés, joyeux, (quel sens de la mélodie, de l’harmonie) que dans les parties rythmiques au service de son leader.

Grégory Ott en solo

Grégory Ott: Parabole

(Jazzdor Séries)

On guette toujours avec expectative le passage en solo d’un artiste que l’on connait et aime en trio. Inquiétude  (s’il y en avait) très vite dissipée. Dès les premières mesures de cette Parabole, seul derrière le grand Steinway du studio de Pompignan (Gard), Grégory Ott a la maturité, l’expérience et plus simplement l’envie de cet album solo et cela s’entend, note à note, touche à touche.
Un projet inspiré par  Les ailes du désir, long métrage de Win Wenders (Der Himmel über Berlin  – 1987), une balade musicale dans le film, dans la ville sur les pas de Bruno Ganz, dans la poésie de Peter Handke, le coscénariste. Mais l’album n’est pas une relecture de la musique originale de Jürgen Knieper. Il n’est d’ailleurs nul besoin d’avoir vu le film pour s’immerger dans les mélodies du pianiste alsacien. Ses compositions ont leur propre vie. A vous, à nous, d’en faire notre film imaginaire.
16 titres, une seule reprise. Angel Eyes, parce qu’il fallait bien un ange pour évoquer celui de Wenders et qu’il est toujours bon de se frotter aux grands anciens. (Cela en dit beaucoup aussi sur l’interprète).
On pourrait analyser chacune des plages du CD, les quatre continuums qui rythment l’ensemble, le blues qui nous plonge dans l’histoire, puis les thèmes que le pianiste égrène. On pourrait aussi évoquer les frappes du bout des doigts, du plat de la main, d’une mailloche sur le cadre du piano ou sur les cordes, comme pour marquer la temporalité.  Mais cet album est conçu comme un tout dont on ne peut pas vraiment dissocier les parts. La musique de Gregory Ott n’est pas de celles que l’on picore au gré d’une playlist. C’est une musique que l’on écoute, dans laquelle il convient de s’immerger d’un bout à l’autre de la rondelle de polycarbonate et, à la fin, rester un peu dans ce silence qui prolonge les émotions…

Un album qui va s’installer aux côtés de ceux de Dino Rubino « Roming Heart« , Bruce Brubaker « Glass Piano« , Roberto Negro « Kings And Bastards« , Edouard Ferlet « Think Bach 2« , la zone des pianos solos favoris.

Et si votre disquaire est fermé, on peut trouver l’album

 

Shai Maestro en quartet

Shai Maestro: Human

(ECM)

Shai Maestro: Piano; Jorge Roeder: Double Bass;
Ofri Nehemya: Drums; Philip Dizack: Trumpet.

Il y aun peu plus d’un an, le 7 février 2020, nous devions assister au concert de Shai Maestro au théâtre de Nice, en trio et, ils arrivèrent… à quatre sur scène. Le trompettiste étasunien Philip Dizack les avait rejoints pour la fin de la tournée. Ils devaient enregistrer, quelques jours plus tard, cet album Human dans les studios provençaux de La Buissonne.  Le voici donc!

Et, comme en live, le quartet fonctionne parfaitement en disque.
La musique de Shai Maestro n’a pas fondamentalement changé mais la présence du trompettiste, son jeu, ajoute une dramaturgie néo-classique et un certain lyrisme aux compositions du pianiste. Elle le pousse dans de nouvelles contrées inexplorées tout en gardant ses influences orientales qui faisait le charme des précédents albums. La fougue du jeune batteur Ofri Nehemya (repéré dans le Quantar d’Omer Avital et le quartet d’Elie Degibri) fait merveille, tout particulièrement dans « Prayer ». Le groove impassible du bassiste péruvien Jorge Roeder, ses phrases rapides tout en bas du manche complète admirablement cet ensemble.

Après quelques thèmes à quatre et un duo piano-trompette somptueux, G.G., le trio se retrouve sur un titre au milieu de l’album. Le tout juste magnifique, « Hank and Charlie », hommage à Hank Jones et Charlie Haden. Puis Shai Maestro, reste seul devant son piano pour Compassion, une ballade émouvante, véritable poème musical. Avant un retour au trio en forme d’oraison, Prayer. Suivi, peu après, de la seule composition, non signée de Maestro, la relecture sautillante du In A Sentimental Mood de Duke Ellington, où le batteur et le trompettiste rivalise de swing dompté par la contrebasse rondelette de Jorge Roeder.
Comme dans une composition chimique à laquelle on rajoute un élément, l’amalgame prend parfaitement et ce nouveau groupe du pianiste israélien tient toutes ses promesses et laisse espérer quelques belles soirées quand le public pourra de nouveau assister à des spectacles vivants!