Archives du mot-clé jazz

David Chevallier en quartet

David Chevallier: Curiosity

(Yolk Music/ L’autre distribution)

David Chevallier : guitares; Laurent Blondiau : trompette;
Sébastien Boisseau : contrebasse; Christophe Lavergne : batterie

David Chevallier n’est pas guitariste à faire et refaire toujours le même album, d’année en année. Pour ce onzième opus qu’il signe de son nom, il réunit une nouvelle formation autour de son trio avec Sébastien Boisseau (cb) et Christophe Lavergne (dr) pour laquelle il convie le trompettiste belge Laurent Blondiau (il joue entre autres dans le MegaOctet d’Andy Emler).  

Du jazz sans barrière, comme le fait souvent David Chevallier. Sa musique peut flirter avec le rock, Don’t look Back, comme revisiter Music For A While, un « tube », nommé ici A While More, du compositeur baroque Henry Purcell (1659-1695). Le guitariste a une écriture très précise, des arrangements subtils qui laissent beaucoup de place, de liberté, à ses acolytes. Principalement à la trompette qui en profite. Portée par une paire rythmique accomplie et solide, elle est tour à tour incandescente, lyrique ou feutrée. David Chevallier, à ses côtés, use de toutes sortes de guitares, électriques, acoustiques, six ou douze cordes, en arpèges, en picking, en soli courts ou longs et dans d’insolites duos.
Un album qui nous fait cheminer dans le jazz d’un musicien curieux.

10e Festival Les Emouvantes

Bruno Angelini

S’il fallait une raison pour aller à Marseille en septembre, et il y en a beaucoup, une des meilleures serait la dixième édition du festival Les Emouvantes.

Trois soirées, du 22 au 24 septembre, au conservatoire Pierre Barbizet, concoctées par Claude Tchamitchian et son équipe. Un programme de six concerts (deux par soirs donc) qui fera voir et entendre du jazz audacieux et des musiques improvisées inventives comme la rencontre du guitariste Marc Ducret avec le quatuor Bela Mais cette année, la programmation est aussi militante, le trio de Bruno Angelini évoquera entre autres la lutte pour les droits civiques de Rosa Parks, le quintet d’Hélène Labarrière s’inspire des écrits de cinq femmes dont Angela Davis et Louise Michel, le violoncelliste Vincent Courtois confronte sa musique à l’œuvre de Jack London alors que le septet de Stéphane Payen mettra de la musique et des voix sur les mots de James Baldwin. Quant au maitre de cérémonie, le contrebassiste Claude Tchamitchian, il nous fera voyager dans les mythologies arméniennes avec son nouveau trio.   

Laissons-nous leurs musiques nous émouvoir…

tout le programme : https://festival-emouvantes.fr/

Jaimie Branch from Chicago

Dernier concert de la saison pour les jeudis du jazz cannois, au programme, venue presque directement de Chicago, la trompettiste et chanteuse Jaimie Branch et son projet « Fly Or Die II : Bird Dogs Of Paradise« , du titre de son deuxième album. Une fois tous installés, le batteur Chad Taylor s’empare d’un kalimba et entonne une mélodie répétitive de quelques notes, reprise en contrepoint par Lester St Louis en pizzicati sur son violoncelle alors que le contrebassiste Jason Ajemian, devenu pour un instant percussionniste, frappe ses cordes à l’aide d’une petite baguette.

Puis enfin, Jaimie Branch embouche sa trompette bouchée et souffle la mélodie de « Bird Dog of Paradise ». A la fin du morceau, elle remercie le public d’être présent dans la salle (quasiment pleine) après je cite These two fuckin’ years.

Suivra une longue chanson, « Prayer for Amerikkka pt. 1 & 2 », un manifeste où elle alterne le chant parfois slammé et la trompette réverbérée (micro du bas). Le concert continue débordant d’énergie, de magnifiques passages musicaux et d’autres plus punk, plus acides. Le violoncelliste, virtuose et spécialiste de musique contemporaine, nous offre quelques superbes parties de cello. Pas forcément très orthodoxe mais terriblement grisante.

A un moment, il maintient l’archet fixe, l’instrument devient mobile, les sons semblent alors provenir de cet archet. C’est vraiment bow! Bien plus tard, alors que le set se termine, le bassiste prend deux petits œufs-percussions et descend dans la salle. Il en donne un à un jeune spectateur d’une dizaine d’années au premier rang (il n’a pas arrêté de danser devant et sur son siège) et ils entament un tour de la salle suivit par les autres musiciens alors que Jaimie fait tonner sa trompette. Ils reprennent place sur scène au bout de quelques minutes pour terminer le set vigoureusement. Mais ils reviendront pour un rappel assez surprenant… Un rythme très country à la contrebasse puis tous les quatre chantent « Comin’ Down » du groupe de cow punk Meat Puppets. Violoncelle en taping, grosse caisse en mode pum-pum

et gros éclats de la trompette. On finit cette soirée presque aussi fatigué que les musiciens tant leur entrain était communicatif.

Le 07/04/22 au Théâtre Alexandre III – Cannes

Ray, Laurent et deux pianos

Ray Lema + Laurent de Wilde: Riddles

(Gazebo/One drop)

 

Mettre côte à côte, le Bösendorfer de Ray Lema et le Yamaha de Laurent de Wilde, deux stars du piano, deux univers musicaux fort différends, pouvait être une gageure. Mais plutôt que de chercher à impressionner l’autre, à lui imposer son jeu, les deux musiciens ont d’abord joués de leur humanité avant de s’assoir devant leur clavier. Résultat, sept compositions communes, une de chacun d’eux et pour finir un hommage à Prince. De belles harmonies distillées avec brio. Un voyage musical passant par le Congo de Ray Lema, le blues du sud ou un très sautillant ragtime.

Parfois les 88 touches de leurs pianos ne suffisent pas, l’un joue directement sur la table d’harmonie, l’autre utilise le cadre en bois comme instrument de percussions. Mieux qu’une rencontre musicale, une communion artistique.

Les broderies d’Armel Dupas

Armel Dupas: Broderies

(Stereodisque / L’autre Distribution)

Avec ces Broderies, le pianiste Armel Dupas signe son troisième album, le premier en solo. Et, plutôt que d’interpréter ses propres compositions, il joue onze pièces, écrites pour lui,  par son amie, la saxophoniste Lisa Cat-Berro. Des courts morceaux qui s’inspire autant du jazz que de la musique classique moderne. Il y a du Bill Evans ou du Keith Jarrett comme du Erik Satie. Adieu les parties électro qui émaillent ses albums en trio, ici on est dans l’intime, dans la douceur, dans la finesse du touché. Un disque qui porte fort bien son nom, chaque thème est traité par Armel Dupas aux points de croix, aux points de chainette ou de plumetis, tout en subtilité et en grâce sur les touches de son piano. (son piano d’enfance dit-on!) Un voyage au cœur de la mélodie, de la beauté simple, nue, sans artifice comme celle des neiges de Yasunari Kawabata. Un album qui nous rend apaisé et serein!

https://www.youtube.com/watch?v=wLHGBFqurys

Les quatre du Trio de Philippe Brassoud

Philippe Brassoud Trio: with Harry Allen

(Autoproduit)

Philippe Brassoud, contrebasse; Ludovic de Preissac, piano;

Gilles Rea, guitare; Harry Allen, saxophone.

En 2014, Le trio du contrebassiste Philippe Brassoud tourne avec le saxophoniste américain Harry Allen et a l’opportunité d’enregistrer en studio quelques titres avec lui. C’est de cette séance qu’est né cet album. Un trio sans batteur (piano, guitare, contrebasse) mais avec un invité au saxophone ténor, du coup, ils sont quatre. Ils nous offrent en neuf titres, trois reprises, trois compos du pianiste, et trois du leader, un petit tour en jazz.  Ils excellent dans le swing avec « Nothin’ From You« . Une jolie balade « Clémence » permet à Harry Allen de montrer un talent très Coleman Hawkins et à Ph. Brassoud de nous livrer un délicat chorus. Un petit Jobim bien coloré pour la route. Un retour au source avec un Ellington, »Isfahan » et sa contrebasse ronde et joyeuse. « Steps For Harry« , du bop comme on l’entendait, a long time ago, dans les clubs new-yorkais. Mais nous aurons une petite préférence pour « Minor’Mood« , avec cette très jolie cavalcade contrebasse-guitare, escortée par un sax résolument allègre.

Un album plaisir.

En attendant un distributeur, les azuréens peuvent le trouver à la Cave Romagnan, la Galerie Depardieu et à la Trinquette, sinon vous pouvez contacter : philippe.brassoud@wanadoo.fr.

 

 

 

Yoann Kempst

YOANN KEMPST: Taming The Animal

(Dreamphone)

Si l’introit du Cd sonne très jazz, guitare solo, son clair pendant un peu plus d’une minute, l’ambiance change vite dès « Extra Céleste » qui annonce la couleur, gros son, distorsion, larsen, basse puissante et compressée, frappe lourde sur les toms, la grosse caisse, le power trio s’est mis en ordre de marche. Yoann Kempst ne veut pas être un guitar-hero mais l’ombre tutélaire de Satriani et Vai est pourtant là. On y entend aussi du jazz fusion, des soli façon Mike Stern, bref et lumineux ou une ballade apaisée, « Smoke rings » pour un final qu’Hendrix n’eut point renié. Mais cela serait réducteur de ne le réduire qu’à ces influences car au final, il développe, tout au long des dix titres de ce deuxième album, un univers personnel complexe. On ne sait quel animal il a apprivoisé (taming) mais les manches de ses Fender doivent lui manger dans la main!

Live Report : Didier Lockwood à l’opéra de Nice

DIDIER LOCKWOOD TRIO, le 27/02/17 à Opéra de Nice (06)

Il y a souvent des violons à l’opéra de Nice mais, des violons comme ceux de la soirée de ce pluvieux lundi, beaucoup plus rarement. Du violon jazz, du violon swing par deux de ses meilleurs représentants français. Tout d’abord donc, le niçois François Arnaud pour un duo avec l’excellent pianiste Jean-Yves Candela. Un répertoire de thèmes classique du « Days of Wine And Roses » à « Misty » en passant par le dispensable (mais qui a beaucoup plu) « Besame Mucho ». En plus d’un parfait soutien harmonique, Candela amène au duo un swing profond qui permet à François Arnaud de se balader sur son manche à sa guise. Notons que la compo de Candela qui finissait le set était tout à fait superbe, je n’en ai malheureusement pas retenu le nom. Petit entracte pour passer du duo au trio, celui de la tête d’affiche de ce concert, Didier Lockwood. Une formation incluant Diego Imbert à la contrebasse et Noé Reinhardt à la guitare pour rendre hommage au grand Stéphane Grappelli, l’un des précurseurs du violon jazz. Didier Lockwood est en forme et affable, il narre entre chaque morceau quelques anecdotes concernant Grappelli ou ses propres expériences de scènes avec son instrument fétiche. Il plonge dans le répertoire de Grappelli (les valseuses, …), de Reinhardt (Nuages, Minor Swing, …) ou dans le sien (Barbizon Blues,…) pour nous offrir un long set  de musique vivante, enjôleuse, rythmée qui a enchanté le public de l’opéra, plein du parterre au poulailler. Il termine, avant un très swinguant rappel, par son fameux solo, près de 20 minutes, où, armé de son violon Goldorak et de ses loopers et pédales d’effets, il va nous faire voyager dans son univers musical. Les mouettes, bien sûr, mais aussi un peu de folk celtique, du jazz presque rock, de la wahwah, la balade dans le public pour revenir sur la scène en un final explosif. Remarquable musicien, tout sourire. Ces échanges de regards avec son complice Diego Imbert quand celui-ci se lance dans un chorus ou dans une joute tout en bas du manche. Peut-être un peu plus de réserve avec le guitariste, une admiration et un respect réciproques.

En rappel, Lockwood invite François Arnaud à le rejoindre sur scène- son ampli était déjà prêt- Minor Swing mais jazz majeur!

Cette salle à l’italienne sonne aussi très bien pour le jazz, espérons que l’expérience sera renouvelée très bientôt.

Mental Medication

Mental Medication

(Maxiphone Colectif)

 

Quand on lit le nom de ce groupe de jazz, Mental Medication, on se doute que l’on ne va pas entendre du bon vieux bebop, impression confirmée par la première écoute et les suivantes. Ils sont produits par le Maxiphone Collectif, celui qui abrite entre autres, Géraldine Laurent. Le quintet se compose de Nicolas Granelet aux claviers, d’Olivier Duperon aux saxophones, d’Alban Guyonnet aux percussions et vibraphone, la batterie est tenue par Damien Gouzou et la basse par Sunny Adroit. Leur inspiration revendiquée est l’Art Brut mais ils puisent leurs sources musicales aussi bien dans le jazz, que dans la musique contemporaine (on entend comme du Bartók dans leur thèmes) mais aussi du prog et du rock, avec des arrangements qui ne déplairaient surement à Frank Zappa. De la musique écrite et improvisée du XXIème qu’il fait bon découvrir et entendre.

http://www.lemaxiphone.com/mental-medication

 

Back to the Village

Fred Hersch Trio
Sunday Night at the Village Vanguard

(Palmetto)

 

Fred Hersch est un habitué du Village Vanguard, le mythique club Newyorkais. C’est la 4e fois qu’il y enregistre un album, et le second avec ce trio (John Hébert, basse; Eric McPherson, batterie), c’était un dimanche soir de mars 2016, le set de début de soirée. Un vieux standard de R. Rodgers, puis des compos du pianiste suivis de reprises, et pas n’importe qui, Kenny Wheeler, Monk, Jimmy Rowles et… Paul McCartney.  La différence est très marquée, si son jazz reste un très classique piano trio, on a l’impression qu’il se laisse plus aller dans les covers, à commencer par sa revisitation du « For No One » des Beatles. Une intro, piano solo, de simples notes égrenées, avant de découvrir le thème, les balais sur la caisse claire, accords de la contrebasse puis les harmonies de Fred et Paul.
On peut s’attarder aussi, par exemple,  sur « We See » et écouter comment Hersch se glisse dans les notes de Monk avec une certaine délicatesse.
Magique!