Archives pour la catégorie Blues

Des disques et concerts de Blues

C’est qui le vieux mec maintenant ?

Ben Sidran:  Who’s The Old Guy Now?

(Idol) Bandcamp

Ben Sidran: Piano, Hammond organ, tambourine and voice
Leo Sidran: drums, bass, guitar, Hammond organ and voice
& friends

On ouvre toujours un album (fut-il numérique) de Ben Sidran avec un brin de nostalgie, lui qui nous accompagne depuis tant d’années, surtout si, le dit album, se nomme: C’est qui le vieux mec maintenant ?  Et même s’il ne s’agit que d’un EP, le frisson est quand même là!  Entre deux explosions de la pandémie, Ben et son fils Leo, multiinstrumentiste, ont préparé des cinq chansons dans un studio. Puis quelques amis musiciens, les ont rejoints, ils ont rajouté des parties de guitares, d’orgue ou de percussions. Vingt courtes minutes de pur Sidran donc. Le fameux laid back, le phrasé décontracté, le petit esprit blues qui ne s’éloigne jamais vraiment, « Blues is the bottom line » nous dit-il. Le Ben d’aujourd’hui est-il plus sage que celui de sa jeunesse ?  il donne lui-même la réponse dans le dernier titre de l’album:
« Old wine new bottle
You don’t know what to think
Have another drink of that wine »

Lady Sings the blues, Boys Dig the Beat

Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle: Eleanora

(CQFD/L’autre Distribution)

Bastien Brison, piano; Julien Didier, upright bass; Julien Ecrepont, trumpet; Corentin Giniaux, clarinet, tenor sax; Jonathan Gomis, drums; Jean-Philippe Scali, alto sax, clarinet; Vincent Simonelli, guitar; Nicolle Rochelle, vocals.

Dans cet album sous-titré, The Early Years of Billie Holiday, le groupe Hot Sugar Band, rend hommage à LA chanteuse de jazz que fut Eleonra Fagan, dites Lady Day, plus connu sous son nom de scène: Billie Holiday. Le répertoire de l’album plonge dans les premiers titres de la chanteuse dans les années 30. Quelques thèmes sont devenus des standards tel Fine and Mellow, The Man I Love ou encore Yesterdays (avec un « s » pas celui de Sir Paul). Nicolle Rochelle relève le défi et prête sa voix à Billie avec bonheur, sans en faire trop, sans chercher à l’imiter. Une voix chaude, un chant gouailleur, un phrasé un peu trainant qui illumine ses blues. Mais ces cantilènes ne seraient rien sans les sept Boys du Hot Sugar Band (HSB pour les intimes) les font vibrer, les font swinguer avec une efficacité redoutable.

Des arrangements léchés. Les soufflants (trompette, sax, clarinettes) fusent, s’égaillent, les chorus jaillissent. Guitare et piano alternent entre rythmique et courts solos alors que basse et batterie recadrent tout le monde.

Alors, si au bout de deux à trois morceaux vous ne tapez pas du pied…

 

 

Thomas et Jimi

Thomas Naïm: Sounds Of Jimi

 (Rootless Blues / L’autre Distribution / Idol)

Thomas Naïm:guitares;  Marcello Giuliani: contrebasse; Raphaël Chassin: batterie.

Il est tentant quand on est guitariste et qu’on aime le rock de s’attaquer au répertoire de Jimi Hendrix. Mais il faut avoir quelque chose à dire avec ses dix doigts et ses six cordes pour que le jeu en vaille vraiment la chandelle et, à ce jeu-là, Thomas Naïm fait vraiment très fort. Il suffit d’écouter la version jazzy de Fire qui ouvre l’album pour se rendre compte qu’il ne veut pas faire un hommage, en jouant note à note, les morceaux du génial guitariste de Seattle, comme ces nombreux tribute bands insipides. La présence de Hugh Coltman et sa voix, savamment nonchalante, sur deux titres confirme la bonne impression du début. L’un des grands moments du disque est la reprise de Villanova Junction qui fit le bonheur des 30 000 personnes encore là, au petit matin du 18 aout 69, à Woodstock. le trio de Thomas Naïm en donne ici une version toute en retenue et en élégance. Evitant les fioritures ou les effets de manche (de Stratocaster). On s’amusera du jeu à la Dick Dale dans une adaptation étrange de Purple Haze. Parmi les autres invités de l’album, Erik Truffaz ornemente façon jazz Manic Depression avec sa trompette, on se prend à rêver qu’Hendrix puisse entendre ça! Quant aux deux titres en acoustiques, Little Wing et Voodoo Child, elles nous mènent au cœur du blues. Superbes arrangements pour un jeu tout en feeling.
Thomas et Jimi, paire d’as.

Lea Deman

Léa Deman : Black Rain

(Urban Noisy Records)

 

Lea Deman : Chant; Claude Barthélemy : Guitares; Stéphane Guéry : Guitare ;
Jean-Luc Ponthieu : Contrebasse, Basse;
Éric Groleau : Batterie

Après un album très jazz où elle chantait du Chet Baker, Léa Deman infléchit son répertoire avec des influences plus rock, plus blues qui vont fort bien avec sa voix qui se fait plus rauque moins charmeuse qu’avec Chet. Le lineup, deux guitares, basse, batterie ne laisse d’ailleurs aucun doute. Ça rock dès le deuxième titre « Why No Ending« . Si la chanteuse signe et écrit toutes les compositions, la direction artistique est confiée à l’ex chanteuse Guesch Patti, mais le disque doit aussi beaucoup aux arrangements -et au jeu- du guitariste Claude Barthelemy. Quelques réminiscences jazz reviennent dans « Berceuse Bleue » qu’elle chante en anglais malgré le titre, un phrasé à la Dee Dee Bridgewater. Mais, le sommet de l’album est l’excellent blues en deux parties à deux guitares rageuses, « I’m A fool« , Barthelemy et Guery se partagent les chorus, faisant hurler leur guitare avec un plaisir manifeste. Vers la fin, Lea Deman se laisse aller à swinguer avec « My Friends« , ces amis qui l’aident parfois à remonter la pente.
Une voix chaude à découvrir avant que l’été ne décline.

 

 

 

Norbert plays the blues

Norbert Galo: All Blues

(Mistiroux Prod/ « L’autre Dsitribution »)

Norbert Galo aime le blues et les guitares alors, quand il décide après des années de « session man » de faire enfin son album, il sort ses Fender vintage, sa Gibson, sa Gretsch, sa Taylor, et sa superbe Magnet Guitar Sonnet et probablement d’autres. Puis il rameute ses « friends », son quartet, Laurent Ververey (tout de même) à la basse , Félix Sabal-Lecco à la batterie et Christian Belhomme aux claviers, puis quelques invités au gré des titres. Six compos persos à découvrir tout au long de l’album (du blues du Delta au Chicago Blues) et six reprises. Et pour les reprises, il y va fort:
le All Blues de Miles (qui donne son nom au CD), magnifique version très électrique; Mercy Mercy de Zawinul (fallait oser) orgue – guitare jazzy s’entremêlent avec bonheur, on l’aurait aimé plus long; Crossroads Blues de Robert Johnson, plus classique, mais là encore il la fait sienne; Help The Poor« , popularisé par BB King et enluminé ici par la trompette d’Éric Le Lann. Mais le plus surprenant, voire le plus casse gueule, c’est, après celles du grand Jacques et des frères Décamps, leur version de « Ces gens-là » de Brel. Mais Norbert Galo a eu l’excellente idée de confier les parties vocales (parlées-chantées) à l’américaine, belge d’adoption, Berverly Jo Scott. Blues lent, un peu d’accordéon, la strato discrète et câline, les balais qui effleurent les peaux, les cymbales. Magistral. En toute fin, un petit délice sucré, moins de deux minutes, le Cantina Band, extrait du premier Star Wars.

Du blues, pas de doute. Et du bon.

Lucky You, Lucky We

Lucky Peterson au Théâtre National de Nice

le 30/01/20

La soirée commence à la FNAC, au forum avec la présentation de la saison du Nice Music Live par Frédérica Randrianome suivi d’un showcase chaud brulant de Lucky Peterson, accompagné de son gratteux préféré, Shaw Kellerman. Ils seront rejoints par Tamara Tramell pour un final rythm and blues.

Le temps de se rendre jusqu’à l’esplanade du TNN, le lobby est déjà rempli d’un public impatient.

Le concert double plateau, débute par le set de Sarah Lenka.
(Son concert avait dû être reporté pour cause d’intempérie en décembre). Elle nous présente le répertoire de son dernier disque. Un hommage aux chanteuses qui ont su se faire une place, qui ont su raconter les violences faites aux femmes. Imaginez une femme noire du sud des États-Unis dans les années 50-60!  Bessie Smith, Bessie Jones et la merveilleuse Billie Holiday, entre autres, sous le patronage du musicologue Alan Lomax. Sarah est accompagnée par un super groupe, mené par les guitares (électrique ou acoustique) de Taofik Farah. Derrière, à la batterie, Yoann Serra, l’autre batteur niçois, assure la pulsation vigoureuse mais subtile qu’on lui connait. Nouveauté, il chante aussi, quelques morceaux, les chœurs, une deuxième voix derrière Sarah!

Puis, on retrouve Lucky Peterson toujours affublé de sa casquette rouge, il s’installe derrière son Hammond. Il se fait tout de même attendre, le temps pour son groupe de chauffer la salle, un blues nerveux mené de la Telecaster par Shaw Kellerman, dont le look évoque aux plus anciens, celui du texan Billy F. Gibbons. Du blues, du rythm and blues, de la soul, le cocktail Peterson fonctionne impeccable. Il prend sa guitare mais s’assoit sur une chaise préparée à cet effet ce qui ne l’empêche ni de triturer ses cordes ni de chanter. Et quand il casse l’un de ses cordes, il prend à peine le temps de l’arracher pour continuer son solo.  Le groupe assure un puissant background pour leur leader. Le bassiste reste placide, le batteur frappe sec, au fond ou devant les claviers sont omniprésent. Quant au second guitariste, un œil sur tous les autres, il mouline en permanence, tant en solo qu’en rythmique. A l’exception du moment où la belle Tamara Tramell (Miss Peterson à la ville) entrée sur scène un peu avant, entreprend un duo romantique avec Lucky, assis derrière son piano électrique. Moment magique! Quelle voix!

Après une fausse sortie d’un Lucky qui semble fatigué, le show repart de plus belle et se termine par le passage du bluesman, guitare en bandoulière, dans la salle. Il s’arrête à quelques centimètres de votre serviteur, et nous régale d’un Johnnie B. Goode d’anthologie.

Suivi de près par un roadie, Mr Peterson quitte alors la salle, archi pleine, du théâtre de Nice pour rejoindre la table de dédicace dans le hall d’entrée, qui devient, à ce moment précis,  le hall de sortie.

Un seul mot, enfin quatre: Cà c’est du blues!

 

Punk in Pink

Lilix & Didi: Young Girls Punk rock

(M&O / Pedagosic / DOM )

Depuis leur premier album, il y a 3 ans, les deux petites Lilix & Didi ont grandi mais, à 15 ans, désormais plus jeunes femmes que gamines,  elles ont toujours une rage adolescente qui fait plaisir à entendre (et probablement à voir).
Dans ce nouvel enregistrement paru fin 2018, elles se partagent toujours la basse, la batterie et les parties vocales mais elles ont, en plus, recruté, Zoé, une jeune guitariste et claviériste pour renforcer le groupe. Le grand, Lio (Lionel Riss des MoOonshiners) fait toujours partie de l’équipe avec ses Stratocaster et ses chorus cinglants mais bientôt, elles risquent de n’avoir plus besoin de lui. ( on pourra avoir alors un album des Mooons, précédemment cité!). Les voix, qui pêchaient un peu dans leur premier opus, ont gagnés en assurance et en maturité.
Au programme de ce nouveau CD, beaucoup de reprises des grands anciens.  Les Ramones pour se mettre en appétit, The KKK take my baby away. Sham 69, If The Kids Are United qui leur va si bien, chanté en français.  Le Clash, avec un vibrant White Riot. Une petite pépite, un Renaud du temps où il n’embrassait pas les flics, « Camarade Bourgeois » qui sonne dans leurs bouches comme si la chanson avait été écrite hier. Les femmes ne sont pas oubliées avec une version rageuse d’un titre des anglaises de Made of Ace (leurs grandes sœurs). Comme le blues est l’essence de tout, elles s’y reviennent en tâtant après Steve Ray Vaughan,  du John Lee Hooker, Boom Boom! Wouah! Pour finir, le parrain, le tonton punky, Didier Wampas, avale une mouche avec elles, en toute fin d’album!

Punk certes, mais c’est surtout du bon gros Rock’n’roll que ce brave Lemmy eu autant apprécié qu’un godet de son Jack!

https://didix.bandcamp.com/album/young-girls-punk-rock
http://www.pedagosic.fr/dons/lp.html

allez pour le kif un p’tit morceau:

Same Player Shoot AGain

Same Player Shoot Again
« Our King Freddie »

(Bonsaï Records)

Le groupe Same Player Shoot Again emprunte pour le titre de son premier album  le nom de Freddie King, le fameux bluesman, l’un des trois « Kings » avec B.B. et Albert. il puise 14 titres, pas forcément les plus connus, dans le répertoire, du guitariste qui a inspiré (pas tout seul certes!) le Chicago Blues.  Ce Blues avec cuivres qui aime autant le rock que la soul funky. Loin de faire un tribute band, les sept jeunes musiciens franciliens s’approprient la musique, le son, de Freddie pour le faire leur. Hommage mais pas pillage! Une rythmique corsée, Max Darmon à la basse électrique, Steve Belmonte à la batterie. Un clavier, celui de Julien Brunetaud dont les nappes de Hammond, groovy à souhait, éclairent tout l’album. Deux saxophones pulsent façon Blues Brothers, Loïc Gayot au ténor et Jérôme Cornélis à l’alto,  qui lui, vient aussi  faire quelques parties fort bien venues à la guitare. Roman Roussoulière à la guitare solo et Vincent Vella au chant ont, à eux deux,  la difficile tâche de « faire » Freddie. Et c’est plutôt réussi, la voix et grave et chaude, parfaitement posée avec juste ce qu’il faut de rauque pour semer le trouble. On sent bien que le guitariste connait plan par plan tous les chorus du maître, mais il ne se contente pas de les reproduire à l’identique, il joue avec les codes, avec les cordes, avec les tirés, les glissandos et se forge son propre style. Dans « Going Down« , il s’amuse à une petite joute de toute beauté, manche contre manche, avec son compère qui a délaissé pour le coup son sax, le tout sur des accords de piano très Jerry Lee Lewis. « Hideway« , un des tubes immortels de Freddie King est aussi un des grands moments du disque, le shuffle tourne, tourne, les doigts descendent jusqu’au dernières frettes. Un peu plus tard, le rythme ralenti, « Ain’t No Sunshine« , c’est l’heure du slow Blues, la basse tente de se détacher un peu mais le guitariste ne veut rien lâcher alors que le chanteur attend désespérément le retour du soleil. Avec ces jeunes gens « The Blues is Alive and Well » pour paraphraser une pochette de Johnny Winter.

Petite cerise sur le gâteau, la superbe pochette a été créée par le plus rockeur des dessinateurs de BD, Frank Margerin himself. Et même au petit format CD, cette illustration façon flipper 70′ est un pur délice.

Ronan, le loup solitaire

RONAN ONEMANBAND: Lonesome Wolf

 (autoprod)

Après une maquette qui a longtemps fait patienter ses fans, le breton Ronan sort enfin son nouvel album: Lonesome Wolf. Il est toujours tout seul, c’est l’idée du One Man Band, une guitare dans les bras, une grosse caisse, une caisse claire au bout des pieds, un micro vintage. Ronan aime bien les guitares homemade, elles vont bien à son chant. Une cigarbox guitar, à l’ancienne quand dans le sud profond, on ne pouvait pas se payer une vrai gratte, ou alors une skate guitare issue d’une planche à roulette ou sa vieille électro flanquée du slogan « this machine kills fascists« , empruntée (le slogan pas la guitare) à Woody Guthrie. Sa musique c’est du blues roots, celui des pionniers, mais augmenté d’une belle énergie électrique qui le fait parfois tourner au boggie Hookerien. Il use souvent d’un bottleneck sur ses trois, quatre ou six cordes pour accompagner sa belle voix grave et profonde, (Sa marque de fabrique) rocailleuse et faussement nonchalante.  Les huit titres (on en aurait bien pris quatre ou cinq en plus) sont majoritairement ses compositions ou une adaptation à sa sauce de Blind Willie Johnson (In My Time Of Dyin’) et Son House (Death Letter Blues). Ses textes évoquent la booze, les retours de concert fatigué, les amours malheureux dans la plus belle tradition des blues du delta.

Le disque existe en CD, en vinyle et même en… K7 old school. Mais attention le crayon pour rembobiner n’est pas fourni!

Osez Ronan et surtout allez le voir quand il passera près de chez vous. Il de ceux que l’on n’oublie pas quand on l’a vu et entendu sur scène.

On peut le commander là
http://ronanonemanband.wixsite.com/ronan-omb
ou ici
https://www.facebook.com/ronan.onemanband
ou sur Deezer, Spotify, I-tunes et Apple musical

 

la cigarbox Guitar

 

Women play the Blues

Women play the Blues… Et plutôt bien!

Jane Lee Hooker: Spiritus

(Ruf Records)

Contrairement à ce que leur nom pourrait faire penser aucune des cinq musiciennes du groupe Jane Lee Hooker n’est la fille cachée du grand bluesman de Clarksdale, l’irremplaçable John Lee. La filiation est seulement musicale, le blues. Elles sont, en partie, issues de la scène punk et garage new-yorkaise (l’une des guitaristes Tracy Hightop fut dans les Nashville Pussy) mais elles ont, sans nul doute, le blues chevillé au corps. Il suffit d’écouter leur reprise du Black Rat de Big Mama Thornton pour s’en persuader. La chanteuse Dana Athens -aussi claviériste- a une voix puissante et chaleureuse. Les deux gratteuses rivalisent de feeling avec leurs guitares, chorus trempés dans l’acide sulfurique, riffs efficaces. La rythmique vigoureuse, sait se faire délicate dans le slow blues qui clôt le disque, juste pour nous donner envie de presser la touche « repeat ».
Keep on rockin’ ladies.