Tony Paeleman

Tony Paeleman: Camera Obscura

(ShedMusic)

 

Pour son second album, Tony Paeleman réunit le même quartet que pour le premier (Julien Pontvianne aux sax, Nicolas Moreaux à la basse et Karl Jannuska à la batterie) mais il reçoit le renfort de quelques invités dont, le saxophoniste Emile Parisien et le guitariste Pierre Perchaud.
Pianiste discret en sideman (avec Peirani ou Vander entre autres), Paeleman nous propose un disque aux tonalités feutrées sur des structures souvent complexes. Son adaptation du Roxanne de Police, en est un bel exemple. Le riff introduit au piano, puis le thème appuyé par la basse et enfin la batterie. Le sax prend tranquillement sa place pour un long dialogue avec le clavier. La dernière partie se fait plus tonique.  A l’exception du final emprunté à Charlie Haden, Tony Paeleman signe les autres compositions de ce CD que l’on aimerait bien entendre aussi en live.

Un nonet de grande classe

Laurent Marode Nonet:  This Way Please

(Black & Blue)

Laurent Marode est un pianiste français dans le métier depuis plus de quinze ans. Il multiplie les projets mais avec ce nouvel album en nonet, ce sont ses talents d’arrangeur qu’il a voulu mettre en avant. Le disque alterne ses compositions avec des reprises. Cinq soufflants (cuivres et anches), un vibraphone, basse et batterie accompagnent le piano du leader. Du jazz à l’ancienne, du jazz de grand hôtel qui swingue allégrement. Même sans les voir, on entend chaque soliste se lever de derrière son pupitre pour y aller de son petit chorus pendant que les autres assurent la pulsation. Son arrangement de Penny Lane est un bel exemple de son travail. Partant des idées de George Martin qu’il jazzifie, il confie la mélodie de McCartney aux cuivres puis au vibraphone et enfin au saxos. Superbe.

La grande classe.

Labyrinthe jazzy

SO! TRIO: Maze

  (AutoProd)

Le line up de ce trio est pour le moins original, violoncelle, guitare, batterie. Un répertoire de musique improvisée à forte teneur en jazz mais pas seulement. De nombreux ingrédients musicaux viennent enrichir les compositions de cette formation. Le violoncelle d’Olivier Soubeyran, surtout quand il est joué à l’archet, sonne parfois très classique. Dans certains chorus, il fait, presque, violon façon Lockwood, d’en d’autre il explore des sonorités country ou folk. Joué avec les doigts, il remplace avec grâce la contrebasse. Le guitariste, Yann Auger, apporte quelques influences rock ou jazz-rock (Metheny, Holdsworth). Son jeu sans médiator lui confère un phrasé très raffiné. C’est le batteur Hakim Molina qui se charge, sans emphase, de la majorité de la partie rythmique.

Un labyrinthe (Maze) intensément recommandable!

Yoann Kempst

YOANN KEMPST: Taming The Animal

(Dreamphone)

Si l’introit du Cd sonne très jazz, guitare solo, son clair pendant un peu plus d’une minute, l’ambiance change vite dès « Extra Céleste » qui annonce la couleur, gros son, distorsion, larsen, basse puissante et compressée, frappe lourde sur les toms, la grosse caisse, le power trio s’est mis en ordre de marche. Yoann Kempst ne veut pas être un guitar-hero mais l’ombre tutélaire de Satriani et Vai est pourtant là. On y entend aussi du jazz fusion, des soli façon Mike Stern, bref et lumineux ou une ballade apaisée, « Smoke rings » pour un final qu’Hendrix n’eut point renié. Mais cela serait réducteur de ne le réduire qu’à ces influences car au final, il développe, tout au long des dix titres de ce deuxième album, un univers personnel complexe. On ne sait quel animal il a apprivoisé (taming) mais les manches de ses Fender doivent lui manger dans la main!

Macha Gharibian

Macha Gharibian: Trans Extended

(Jazz Village)

Dans cet album, son second, Macha Gharibian chante, joue du piano, des claviers, compose les douze titres dont elle signe la quasi-totalité des arrangements. Sa voix chaude et profonde nous prend dès les deux premières mesures de « I Who Have Nothing ». Soutenu par l’unisson du trombone et du saxophone, l’enchantement est immédiat! Puis vient « M. Train » avec ce piano répétitif sur lequel se pose le chant puis les volutes d’un soprano rythmées par les toms et cymbales de Dre Pallemaerts. Découvrez les autres thèmes de ce jazz métissé d’où émergent des influences orientales (la flute kaval dans « Marmashen » et les rythmes arabisants de « Saskatschewan »), pop (la guitare floydienne de David Poteaux-Razel dans « There Was a Child ») ou folk (« Leaving », Joan Baezien dans l’âme)…

https://www.machagharibian.com/

en concert, le 16 mars 2017  à Marseille

Les Permutants

LES PERMUTANTS : Alive!

(Jazzanas)

Les permutants sont issus du collectif Mu, né dans les années 90 et récemment réactivé par le bassiste François Gallix. Un nonet de jazz moderne qui a la singularité d’avoir deux batteurs et deux contrebassistes, accompagnés de trois saxophones, un piano et une guitare. L’album dont la pochette évoquent étrangement les résultats d’un IRM, entraine l’auditeur dans un voyage musical fort gouteux. Trois thèmes récents de Gallix et trois autres empruntés à J-L. Bonneton qui créa le groupe vingt ans en arrière, tous enregistrés en public. Une telle formation implique des arrangements très écrits, une rythmique puissante et nerveuse et c’est bel et bien le cas. Mais la direction d’orchestre de François Gallix laisse aussi une grande liberté aux solistes qui en usent avec autant de fougue que de fantaisie.

www.lespermutants.fr

Gil Evans Paris Workshop

Laurent Cugny & Gil Evans Paris Workshop

Spoonful

 (Jazz & People)

Pianiste et compositeur, Laurent Cugny adore les big bands. Il a dirigé l’ONJ de 94 à 97. Son nouveau projet, avec les musiciens du Gil Evans Paris Workshop, célébrer la musique de l’arrangeur Gil Evans qui fût son maître en musique, il y a près de tente ans. Un double CD. Le premier est arrangé par Cugny et composé en grande partie de ses thèmes. Le second reprend des arrangements d’Evans, de standards ou de ses propres compositions. Derrière leurs pupitres, les seize jeunes musiciens de l’atelier (Workshop) s’approprient cette musique et la font leurs, avec brio et -on l’entend- une certaine délectation. Les cuivres, les anches s’en donnent à cœur-joie. Le « King Porter Stomp » de Jelly Roll Morton semble avoir été écrit hier. Leur version de « Spoonful », la partie de guitare de Marc-Antoine Perrio comprise, ravirait Clapton, qui l’a pourtant magnifié dans les années 70. A mettre entre toutes les oreilles!