Punk celtique alsacien

The Moorings: Unbowed

(Mast Production)

Après un album acoustique live à La cigale, les Alsaciens de The Moorings, remettent la gomme pour ce nouvel album. Il passe avec brio du rafraichissant celtic punk de leur premier EP à un folk rock énergique du plus bel aloi qui garde tout de même ses influences irlandaises. Un line up à géométrie variable, accordéon, flutiau, violon, guitares, basse électrique, batterie.  Leur musique n’est pas sans rappeler, parfois, celle de la petite troupe de Mike Scott, The Waterboys.

S’ils conservent quelques chansons à boire qui font partie leur répertoire, (la pochette en atteste), ils y rajoutent quelques chansons plus profondes, plus engagées qu’ils chantent en français. On n’intitule pas innocemment un CD « Unbowed » soit « Insoumis« . « Mutins » et « Les Bras Piqués » en sont de beaux exemples tout comme leur version de l’Amsterdam de Brel où des accords d’un banjo bastringue surgit une émotion, une tendresse que le grand Jacques n’eut pas reniée. Puis une petite flute vient faire danser une gigue qui fleure bon le jus de houblon malté et… la bonne humeur revient, précédent une chanson de marin mélancolique et joyeuse comme il se doit. Quel bon groupe. A découvrir sans attendre!

 

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Vide Médian

Timothée Robert : Vide Médian

(Ilona Records/L’autre Distribution)

Le bassiste Timothée Robert sort en ce début de printemps son premier album en leader. Un disque au titre superbe « Vide Médian » qui évoque une théorie taoïste d’un troisième souffle au-delà du Yin et du Yang…  Au-delà de la trompette d’Olivier Laisney et du saxophone de Melvin Marquez, là où s’engouffrent les claviers de Nicolas Derand, la batterie de Clément Cliquet et la basse électrique groovy de Timothée Robert. Il signe les onze compositions de cet album de jazz résolument contemporain. Le thème Mother Song en est un bel exemple avec son arpège répétitif au piano (on pense à Philip Glass) sur lequel se pose les notes à peine susurrées de la trompette dans les graves, rejoint longtemps après, en contrepoint, par le saxophone. Magique, mystique. Mais tous les titres ne sont pas aussi méditatifs. Le suivant, intitulé Testaments est presque chantant. Certains autres ont des rythmiques plus alambiquées, des riffs ou des chorus de basse, inventifs, puissants (écoutez Nasika Bushani ou Mi C si T). Par-delà son groupe phare Antiloops, Timothée Robert révèle avec ce Vide Médian, un compositeur, arrangeur de grand talent et un bassiste véritablement inspiré.

Fables birmanes

Anne Paceo: Fables of Shwedagon

 (Laborie Jazz/Socadisc)

Pour ce nouvel opus, la batteure Anne Paceo innove une fois encore. Un enregistrement original, bigarré qui mêle musiciens européens et birmans, instruments classiques et asiatiques dont les noms seuls sont une invitation au voyage (Hsaing Waing, Maung Zaing ou encore Si Wa). Mélodies jazz, harmonies classiques contrastent avec des thèmes et mélopées d’Asie. Dix instrumentistes qui vont inventer un nouvel univers à la croisée de nombreux chemins en gardant la liberté de l’improvisation. Anne Paceo compose quatre des sept titres, les trois autres sont des airs traditionnels birmans réarrangés pour l’occasion. La batterie et les percussions ont le beau rôle mais les autres musiciens ne sont pas en reste. Au saxophone, l’impeccable -as usual- Christophe Panzani. A la guitare, un habitué des formations de Miss Paceo, Pierre Perchaud. Le piano de Leonardo Montana s’accorde à merveille avec la flute de Htun Oo (écoutez le Myanmar folk song). Comme quoi le jazz peut aller se nicher dans les plus lointains, les plus petits recoins et qu’il suffit parfois juste de vouloir l’écouter pour l’entendre.

L’enregistrement a été fait en live au festival de Jazz sous les Pommiers, on regrette que faute de place sur le CD, le set ne soit pas complet. Peut-être un jour verra-t-on une édition spéciale avec une seconde rondelle en bonus!

Le voyage d’Enrico et Claude

Enrico Pieranunzi: Monsieur Claude

(Bonsaï Records/Sony)

Le jazz s’acoquine de plus en plus souvent avec la musique classique. Les jeunes musiciens formés aux deux écoles dans les conservatoires s’y engouffrent souvent avec volupté (Edouard Ferlet, David Chevallier, les frères Enhco). Mais de grands anciens ont déjà prouvé qu’ils savaient y faire aussi dans cette double appartenance. Le pianiste italien Enrico Pieranunzi est de ceux-là. Il avait déjà interprété brillamment les sonates de Scarlatti en 2008. Mais avec ce nouvel album entièrement dédié à Debussy, il est au meilleur des deux mondes. Chaque thème est écrit ou inspiré par Monsieur Claude. Pieranunzi se les approprie puis les arrange à sa façon pour un trio jazz de haute volée puisque Diego Imbert et André Ceccarelli l’accompagnent. David El Malek rajoute quelques élégantes volutes de saxophone sur quatre morceaux. Bluemantique Leur adaptation de la Valse Romantique qui ouvre l’album est tout juste sublime. Ils font swinguer la musique de la fin du 19e siècle avec un naturel surprenant mais aussi celle du 21e puisque certaines mélodies comme My Travel With Claude sont entièrement de la main, des doigts du pianiste. Les amateurs de jazz vocal retrouveront avec délice la chanteuse Simona Severin sur quatre autres titres dont un final en beauté puisque c’est L’adieu de Guillaume Apollinaire. (Et souviens-toi que je t’attends)

De la grâce, des couleurs, du swing pour une belle invitation au voyage avec Messieurs Enrico et Claude.

 

Maillard Big Band

Thierry Maillard Big Band
Pursuit Of Happiness

(Ilona Records)

Après un album, en trio presque intimiste en 2016 et un en solo l’an dernier, le pianiste, compositeur et arrangeur Thierry Maillard repousse les murs du studio et s’offre un enregistrement en Big Band. Un Big Band de cuivres et de bois, quinze musiciens parmi la crème des jazzmen français. On ne les citera pas tous mais notons la présence de David Enhco à la trompette, de Stéphane Guillaume sax, flute et clarinette ou de Médéric Collignon son cornet et sa voix,  en invité sur deux titres. On imagine que l’ambiance des sessions a dû être festive. Et quand on dépose la rondelle dans le lecteur, on n’est pas déçu. On est plus proche de l’esprit de Gil Evans ou Laurent Cugny, voire du Zappa période Best Band You Never Heard In Your Life que du Duke Ellington des années 40. Thierry Maillard a fait un gros travail de compositions et d’arrangements pour ses huit titres inédits. Comme souvent en big band, la musique est très écrite mais Thierry Maillard accorde dans chacune de ses compos, à lui-même, ou à plusieurs solistes, une plage de liberté, et ils en profitent avec gourmandise. (Magnifique solo de Stéphane Guillaume dans Pursuit of Happiness, émouvante intro au bugle de Th. Enhco dans Unknow Planet). Un petit regret cependant, il manque, lubie (?) du chroniqueur, d’une guitare dans cet album. J’aurais bien vu Manu Codjia par exemple, se lancer dans quelques chorus dont il a le secret sur Modern Time ou sur le grandiose final Albatros, par exemple.

 

Simon Chivallon

Simon Chivallon: Flying Wolf

(Jazz Family/PIAS)

Après avoir accompagné de nombreux jazzmen français, voici le premier album en leader du pianiste Simon Chivallon. Dès les premières mesures, on est plongé dans un univers coltranien, période Giant Steps, le sax de Boris Blanchet est accompagné d’Antoine Paganotti qui frappe ses toms puissamment et caresse presque ses cymbales avant que le piano ne fasse son entrée. Le quartet, Gérard Portal est à la contrebasse, recevra l’appui sur deux titres de l’alto, toujours envoutant, de Baptiste Herbin et de la trompette de Julien Alour. Mais singer la musique du grand John n’aurait aucun sens, même pour lui rendre un hommage vibrant. Simon Chivallon et ses musiciens évitent le piège en s’imprégnant du maitre et en faisant leur propre son, leurs propres harmonies. Simon Chivallon qui compose neuf des dix titres, nous offre de belles improvisations au piano et une science de l’arrangement déjà bien éprouvée. Enregistré en live cet album est une belle réussite.

Ronan, le loup solitaire

RONAN ONEMANBAND: Lonesome Wolf

 (autoprod)

Après une maquette qui a longtemps fait patienter ses fans, le breton Ronan sort enfin son nouvel album: Lonesome Wolf. Il est toujours tout seul, c’est l’idée du One Man Band, une guitare dans les bras, une grosse caisse, une caisse claire au bout des pieds, un micro vintage. Ronan aime bien les guitares homemade, elles vont bien à son chant. Une cigarbox guitar, à l’ancienne quand dans le sud profond, on ne pouvait pas se payer une vrai gratte, ou alors une skate guitare issue d’une planche à roulette ou sa vieille électro flanquée du slogan « this machine kills fascists« , empruntée (le slogan pas la guitare) à Woody Guthrie. Sa musique c’est du blues roots, celui des pionniers, mais augmenté d’une belle énergie électrique qui le fait parfois tourner au boggie Hookerien. Il use souvent d’un bottleneck sur ses trois, quatre ou six cordes pour accompagner sa belle voix grave et profonde, (Sa marque de fabrique) rocailleuse et faussement nonchalante.  Les huit titres (on en aurait bien pris quatre ou cinq en plus) sont majoritairement ses compositions ou une adaptation à sa sauce de Blind Willie Johnson (In My Time Of Dyin’) et Son House (Death Letter Blues). Ses textes évoquent la booze, les retours de concert fatigué, les amours malheureux dans la plus belle tradition des blues du delta.

Le disque existe en CD, en vinyle et même en… K7 old school. Mais attention le crayon pour rembobiner n’est pas fourni!

Osez Ronan et surtout allez le voir quand il passera près de chez vous. Il de ceux que l’on n’oublie pas quand on l’a vu et entendu sur scène.

On peut le commander là
http://ronanonemanband.wixsite.com/ronan-omb
ou ici
https://www.facebook.com/ronan.onemanband
ou sur Deezer, Spotify, I-tunes et Apple musical

 

la cigarbox Guitar

 

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock