Melody To My Skull

Antony Soler: Melody To My Skull

(Label Durance / Socadisc)

Les mélodies qui trottent dans la tête du batteur Antony Soler sont inspirées  de la pop, du jazz ou de la musique psyché des années 70. La pochette est explicite quant à cette dernière influence. L’album commence par un groove bien serré, émulé par Earth Wind & Fire, initié par le Rhodes d’Alexandre Saada qui assure les lignes mélodiques avec les saxophones de Thomas Puybasset. Dès le 4ème titre le bassiste Laurent David, déjà bien présent, nous montre son immense talent (on en reparlera dans quelques temps) dans une très belle ligne de basse ronde et groovy. Idéal pour la frappe précise et généreuse du leader. On retrouvera, triturés pour le meilleur, par le groupe, du Gainsbourg, du Elliott Smith, du Beatles (retour au visuel du CD de Arnaud Gosset, très Sergent Pepper) ou du moins connu John Mayer. La relecture de la balade de Jack Conte, Get Happy, est pleine de sensibilité. Malgré la diversité des influences, Antony Soler a réussi à donner au travers de beaux arrangements, une cohérence, un son à son « power jazzband« . (Notons que c’est lui qui a aussi mixé l’album). Le groupe gagnerait à avoir un guitariste, mais peut-être n’est ce que fantasme d’auditeur.

Un groupe à découvrir assurément.

 

 

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Michael Felberbaum et les 3Elements

Michael Felberbaum: 3Elements

(Fresh Sound New Talent)

Pour son sixième album en leader, le guitariste franco-italo-américain, Michael Felberbaum, réuni un trio de choc. Il est accompagné par le pianiste Leonardo Montana (compagnon de route d’Anne Paceo ou de Felipe Cabrera) et le saxophoniste qui monte Frédéric Borey (cofondateur de l’excellent quartette Lucky Dog). Un trio harmonique, sans basse, ni batterie. Micheal Felberbaum évite de faire le disque de guitariste avec de longs chorus interminables. Il préfère les chants partagés avec le saxophone. Les dialogues sont d’une grande subtilité. Le piano de Leonardo Montana est parfois là comme instrument rythmique avant de s’envoler dans des arpèges, des phrases musicales lumineuses. C’est d’ailleurs lui qui ouvre le disque de quelques notes avant l’arrivée du sax et enfin, de la guitare dans une valse italienne très cinéma! Ils ne respectent pas toujours les canons du swing, chers aux grands anciens, mais quand ils veulent, ils savent très bien le faire avec beaucoup de modernité. Gilmore et Mobil en témoignent! Leur reprise de Janis Joplin ,Mercedez Benz, comme celle de Soundgarden, Black Hole Sun,  démontre aussi ce talent si particulier d’allier imagerie rock et tradition jazz. On appréciera aussi le pétillant arrangement de Segui, segui dolente core, une canzone du compositeur baroque Andrea Falconieri.

Michael Felberbaum a un son de guitare très ample, tant en électrique qu’en acoustique. Il joue très souvent en son clair ce qui nous permet de particulièrement apprécier la qualité de son toucher.
3 éléments,  3 musiciens, et un grand disque.

 

The Drops

The Drops: Hard Pop

(The Drops Music/TuneCore)

The Drops est le trio formé par le saxophoniste Christophe Panzani, le guitariste Federico Casagrande et le batteur Gautier Garrigue. Ils jouent chacun dans de nombreux autres projets, ce qui explique peut-être que cet album ne soit que le quatrième en dix ans d’existence. Le titre de l’album donne une bonne indication de la direction musicale prise par le groupe, Hard Pop comme Hard Bop mais aussi comme Pop. Pop Art ou Pop Music. Ce n’est donc pas innocent de trouver une reprise d’un des tubes de Police, le fameux « Message In A bottle« . Une version à la fois respectueuse et audacieuse. L’intro, le riff à la guitare, la mélodie au sax et les fûts et cymbales pour enrober le tout d’une frappe puissante  mais toujours très mélodique. Mais les compositions de Casagrande ou de Panzani ne sont pas, loin de là, à négliger. Les arrangements et la construction de That’s Night, entre autres, est un bel exemple du travail du trio: mélodie et brio.

Casagrande, que l’on a entendu récemment en duo avec Francisco Bearzatti, révèle ici une impétuosité sur ses six cordes que l’on ne connaissait peu. Panzani confirme son talent de compositeur et de saxophoniste même s’il reste globalement plus sage que dans certains de ses participations en sideman avec Carla Bley, Anne Paceo ou dans son groupe Thiefs. Quant à Gauthier Garrigue, il fait désormais parti des batteurs à suivre, à l’instar de Yoann Serra ou Thomas Delor.  Un disque à mettre entre toutes les oreilles!

 

 

Christophe, Anne et Matteo

Christophe Imbs: For your Own good!

(Label Oh/ InOuie distribution)

Nouvel album, nouveau trio, pour le pianiste Christophe Imbs. Un projet né d’une rencontre avec la batteuse Anne Paceo (tentant non !). Le troisième larron est le contrebassiste italien Matteo Bortone que l’on a entendu dans le quartet du batteur Roberto Gatto (entre autres) .

L’album débute tambour battant par un très dynamique, très puissant For Your Own Good, qui donne son titre au CD avant, toujours pour notre propre bien, de plonger un temps dans des tempos plus lents mais toujours énergiques. Le piano est parfois ornementé par quelques effets électroniques dont Christophe Imbs use, mais jamais n’abuse, juste pour donner une vigueur organique à son jeu, (écoutez Tuesday)  parfaitement soutenu en cela par la frappe efficace, intense d’Anne Paceo. Le leader signe neuf des dix titres, et s’offre une reprise d’un thème de Mal Waldron, « Soul Eyes« , magnifié en son temps par Coltrane, et traité ici de façon très sobre, une ballade pour trio, touché de piano délicat, balais sur les cymbales, contrebasse toute en retenue.

Un disque (presque) acoustique mais électrisant

Lorenzo De finti Quartet

Lorenzo De finti Quartet « Love Unknown »

Losen Records

Lorenzo De Finti est un pianiste italien dont on avait découvert le précèdent album, « We Live Here« , l’automne dernier, à Jammin’ Juan. C’est avec le même quartet qu’il nous propose ce « Love Unknown« . Ils signent les huit compositions et les arrangements avec le contrebassiste Stefano Dall’Ora. L’album est bâti comme une suite qui part du « The Vortex of The Angel » pour y revenir, telle une coda, en dernière piste. Outre le touché de piano sensible, presque romantique parfois de Lorenzo De Finti, la magie de la musique doit beaucoup au son, au phrasé du trompettiste cubain Gendrickson Mena, un mélange de puissance et de subtiles ondulations à peine esquissées.  Le groupe nous entraine dans les méandres d’une partition mid-tempo d’où le piano parfois très percussif (Sunrise) mêle ses harmonies à celles de la contrebasse qui passe du jeu à l’archet à celui aux doigts avant l’arrivée de la trompette. Ils sont soutenus par un batteur à la fois tonique et raffiné. Ecoutez le jeu de Marco Castiglioni sur les cymbales. Le titre éponyme, ballade enivrante est probablement le plus beau thème de l’album, tout y semble ajusté au cordeau. Et, quand Lorenzo De Finti, écrit et joue un Leid, (Lied ohne Worte) il a le bon goût de ne pas poser de voix dessus, laissant le chant au bugle majestueux de Gendrickson Mena. Une musique certes très écrite mais aussi très forte en émotion. Du jazz acoustique imprégné de musique classique. Du jazz de chambre, mais avec un réel sens du groove.

Biréli en trio

Bireli Lagrène « Storyteller »

(Naïve / Believe)

Au retour d’une tournée estivale où il jouait de la basse fretless pour un hommage à Jaco Pastorius, Bireli Lagrène retrouve son instrument de prédilection, la guitare. Un trio avec deux pointures, Larry Grenadier à la contrebasse et Mino Cinelu aux percussions. Plus de fusion, de jazz rock, juste l’épure de l’acoustique. Virtuose toujours, lyrique souvent, Biréli est à l’écoute de ses deux complices avec lesquels, il construit chacun des 12 thèmes. Pas de manouche pour cet album mais surtout des reprises de standards (On Green Dolphin Street, Stella by Starlight, There Is No Greater Love), ou des vieux titres de son répertoire, revisités par le groupe et Storyteller qui donne son titre au disque et qui clôt l’album façon chamane navajo, la voix, les sons de Cinelu relevé par les six cordes avec reverb de Biréli. Superbe.

Same Player Shoot AGain

Same Player Shoot Again
« Our King Freddie »

(Bonsaï Records)

Le groupe Same Player Shoot Again emprunte pour le titre de son premier album  le nom de Freddie King, le fameux bluesman, l’un des trois « Kings » avec B.B. et Albert. il puise 14 titres, pas forcément les plus connus, dans le répertoire, du guitariste qui a inspiré (pas tout seul certes!) le Chicago Blues.  Ce Blues avec cuivres qui aime autant le rock que la soul funky. Loin de faire un tribute band, les sept jeunes musiciens franciliens s’approprient la musique, le son, de Freddie pour le faire leur. Hommage mais pas pillage! Une rythmique corsée, Max Darmon à la basse électrique, Steve Belmonte à la batterie. Un clavier, celui de Julien Brunetaud dont les nappes de Hammond, groovy à souhait, éclairent tout l’album. Deux saxophones pulsent façon Blues Brothers, Loïc Gayot au ténor et Jérôme Cornélis à l’alto,  qui lui, vient aussi  faire quelques parties fort bien venues à la guitare. Roman Roussoulière à la guitare solo et Vincent Vella au chant ont, à eux deux,  la difficile tâche de « faire » Freddie. Et c’est plutôt réussi, la voix et grave et chaude, parfaitement posée avec juste ce qu’il faut de rauque pour semer le trouble. On sent bien que le guitariste connait plan par plan tous les chorus du maître, mais il ne se contente pas de les reproduire à l’identique, il joue avec les codes, avec les cordes, avec les tirés, les glissandos et se forge son propre style. Dans « Going Down« , il s’amuse à une petite joute de toute beauté, manche contre manche, avec son compère qui a délaissé pour le coup son sax, le tout sur des accords de piano très Jerry Lee Lewis. « Hideway« , un des tubes immortels de Freddie King est aussi un des grands moments du disque, le shuffle tourne, tourne, les doigts descendent jusqu’au dernières frettes. Un peu plus tard, le rythme ralenti, « Ain’t No Sunshine« , c’est l’heure du slow Blues, la basse tente de se détacher un peu mais le guitariste ne veut rien lâcher alors que le chanteur attend désespérément le retour du soleil. Avec ces jeunes gens « The Blues is Alive and Well » pour paraphraser une pochette de Johnny Winter.

Petite cerise sur le gâteau, la superbe pochette a été créée par le plus rockeur des dessinateurs de BD, Frank Margerin himself. Et même au petit format CD, cette illustration façon flipper 70′ est un pur délice.

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock