Vladimir Torres: Contrebassiste

Vladimir Torres: Inicial

 (Horizon Violet/Absilone)

Vladimir Torres : Contrebasse, compositions et arrangements.
Martin Schiffmann : Piano et Rhodes
Tom Moretti : Batterie

Vladimir Torres, le plus uruguayen des contrebassistes franc-comtois, joue en professionnel depuis 2002. Il a posé ses notes comme sideman ou ses arrangements dans plus de trente albums dont ceux de son père Ricardo. Le voici qui se lance dans son propre projet, un trio, un nouveau début: inicial!
On pouvait craindre avec de nombreux titres en espagnol que le disque est une tendance latino un peu marquée, loin s’en faut, on y entend aussi des influences rock, classiques européennes, orientales et bien sûr jazzy. Vladimir Torres signe toutes les compositions, à l’exception d’une reprise toute en finesse du Blackbird de McCartney. Un thème connu pour sa superbe mélodie et son picking de guitare. Le contrebassiste en fait une version très personnelle, lui insuffle du swing et, sa contrebasse ronronne de plaisir à jouer les notes de Sir Paul.
Les thèmes sont tantôt toniques comme celui qui ouvre l’album, 5 Dias de Primavera ou plus loin, Interlude 4, tantôt plus mélancolique tel M.R., la magie du sax ténor de Christophe Panzani.  Damien Groleau, autre invité, pose sa flute ou son bansouri sur plusieurs compos leur donnant une tonalité étonnement dansante A Gabriel solo le gusta bailar, Nuevo comienzo ou même Interlude 5. S’il affirme le talent du contrebassiste, du leader Vladimir Torres, ce Inicial, révèle celui du pianiste Martin Schiffmann. Son jeu, son phrasé, irradient chacune des pièces de l’album même quand il se fait plus âpre sur le Rhodes.

Un album, un artiste, à découvrir…

 

 

Les débuts de Dee Dee

Dee Dee Bridgewater/ Afro Blue

 (Mr Bongo)

Alors que la chanteuse américaine vient de fêter, il y a peu, son …eme anniversaire, (chut, on de dévoile pas l’âge des dames!) le label anglais Mr Bongo réédite en numérique et en vinyle, son premier album Afro Blue, paru en 1974, uniquement au Japon à l’époque. Les amateurs se l’arrachaient depuis. Enregistré à Tokyo, en famille avec Cecil Bridgewater, son mari de l’époque, à la trompette et Ron, le frère de celui-ci au sax, ainsi que le bassiste Geroge Mraz, le pianiste Roland Hanna et le batteur et percussionniste japonais Motohiko Hino pour compléter le quintet.

Et déjà, il y a tout Dee Dee, son phrasé si particulier, Little B’s Poem, Love From The Sun, son scat si personnel, Afro Blue ou sa capacité à passer du presque murmure à l’énergie vocale la plus retentissante, Afro Blue, encore. Elle excelle déjà dans le blues, Everyday I Have the Blues, tout comme dans la ballade romantique Raindrops Keep Fallin’ on My Head.

Le début d’une belle carrière et d’une longue série d’albums attachants et, pour l’anecdote, d’une impressionnante collection de boucles d’oreilles …

le nouveau Trip de Guillaume Perret

Guillaume Perret « A certain Trip »

(French Paradox / Kakoum Records)

Guillaume Perret: saxophone ténor électrique, saxophone soprano électrique, effets, loopers, Sylphyo; Yessaï Karapetian: Claviers; Julien Herné: basse électrique; Martin Wangermée:batterie, pads

Après un remarquable album solo (Free) et la BO du film 16 levers de soleils, exercice de commande, peut-être un peu bridé, Guillaume Perret reprend le chemin des studios. Un nouvel opus en quartet, pour son ténor éclectique, électrique, aux multiples appendices. Huit titres qui font de ce Certain Trip, un voyage mouvementé qui carbure à l’énergie (solaire), au groove (métal). Un voyage qui nous amène aussi bien au cœur de la pulsation des villes que dans un désert d’orient fantasmé ou dans une jungle électro. Un voyage qui poursuit l’aventure du saxophoniste à la frontière d’un (free) jazz où l’audace se mêle à l’inventivité. Après le bon coup d’Air Blast qui ouvre l’album, vous serait prêt à l’accompagner tout au long de ce Certain Trip, dans l’Infini qui se termine, comme il se doit, paisiblement, Peace. Et si vous entendez des Sirènes, c’est que la symbiose avec le groupe est effective!
Guillaume Perret nous propose là, un des ces « Trips » dont on ne craint pas la descente…

 

 

Merakhaazan: Veines

Merakhaazan: Veines

(Imago Records/Socadisc)

Quand Jean-Christophe Bournine s’installe seul, derrière sa contrebasse à cinq cordes, ses loopers et autres pédales d’effets, il devient…

Merakhaazan.

Non pas un quelconque mythe égyptien, mais le projet solo électro-acoustique d’un musicien niçois, féru de recherches et d’expérimentations sonores, dans un mélange de genres musicaux qui font de chacune de ses prestations, des expériences uniques.
Ce nouvel album en est la preuve éclatante.
Grace à la technique de l’auto-échantillonnage qu’il maîtrise parfaitement, le solo devient duo, trio ou quartet. Il nous fait voyager dans son univers baroque, électronique, éclectique. Merakhaazan triture ses cordes avec les doigts, un archet ou encore avec un médiator qui les fait claquer sèchement. Les harmonies orientales alternent avec des passages très énervés (potard de distorsion à fond) ou des mélodies plus douces. Percussions, lignes de basse, bourdon, enluminures, mélodies, chorus.  Les influences jazz percutent celles du rock au gré de passages que ne renieraient pas les compositeurs Steve Reich et Michael Nymam ou encore le guitariste Marc Ducret.
N’hésitez donc pas à ouvrir ces Veines pour votre plus grand plaisir.

Le jazz ne baisse pas les bras

D’ailleurs il est assez difficile de jouer de la trompette, du saxo, de la guitare ou encore de la batterie, les bras baissés.

Le Maisons-Laffitte Jazz festival

propose pour cette année si spéciale,

son édition digitale, (numérique en français), du 12 au 21 juin 2020.

Un programme de haute tenue qui fait la part belle aux groupes français, les musiciens étrangers étant toujours confinés au moment du tournage, fin mai.

Du vrai live avec des vrais artistes qui jouent ensemble sur la même scène.

Le lieu, l’ancienne église de Maisons-Laffitte pour la captation et Facebook Live, Youtube Live et sur http://www.maisons-laffitte-jazz-festival.com/ pour la diffusion.

Quelques noms pour vous allécher, Anne Paceo, Vincent Peirani, André Ceccarelli. Mais aussi le trio faussement manouche de Theo Ceccaldi ou la voix d’Isabel Sörling sur le piano de Paul Lay.

Si on voit les choses de façon positive, c’est gratuit et c’est accessible depuis son bord de plage, si vous avez une plage pas loin.

Le programme complet est là

http://www.maisons-laffitte-jazz-festival.com/programmation/

A vos écrans…

La trompette d’Avishai

Avishai Cohen Big Vicious

(ECM)

Avishai Cohen : trompette, effets, synthétiseur ; Uzi Ramirez : guitare ; Yonatan Albalak : guitare,basse ; Aviv Cohen : batterie ; Ziv Ravitz : batterie,sampling

Tous ceux qui ont assisté au fabuleux concert du Avishai Cohen Big Vicious, en fin de soirée, au Nice Jazz festival, en juillet 2018, attendaient avec impatience de retrouver ce nouveau projet sur disque. Voilà qui est fait depuis la fin mars, pas forcement au meilleur moment, hélas. Enregistré par les mains et les oreilles expertes de Manfred Eicher au studios provençaux de La Buissonne.  Pour accompagner le trompettiste, deux guitares, parfois basses et deux batteurs, tous augmentés d’électroniques pilotés.

On a beaucoup évoqué leurs reprises du Teardrop de Massive Attack ou de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven qui donne une idée de l’entendue de la palette musicale de ce projet mais les compositions du trompettiste sont tout autant, voire plus, intéressantes. On appréciera tout particulièrement King Kutner pour son dialogue basse-guitare avant l’arrivée de la trompette qui vient se mêler aux deux manches, sous les coups de boutoirs des deux batteurs. Ou encore, la magnifique ligne mélodique de The Cow and The Calf, initié à la guitare.  Un jazz qui frise le psychédélique et fait fi des barrières de genre, pour le plus grand bonheur des amateurs qui savent garder les oreilles aux aguets.

Les Happy Hours de Christophe Marguet

On retrouve enfin le chemin du clavier pour déconfiner quelques chroniques d’albums du printemps….

Christophe Marguet: Happy Hours

(Mélodie en sous-sol/L’autre distribution)

Christophe Marguet (batterie, et compositions), Hélène Labarrière (contrebasse), Julien Touery (piano), Yoann Loustalot (trompette, et bugle)

Après un remarquable disque où il rendait, avec Guillaume de Chassy, hommage à Marlène Dietrich, (Letters To Marlene -Nomad Music) le batteur Christophe Marguet monte un nouveau quartet pour jouer une musique haute en couleurs et en nuances. Cet album qu’il a composé en grande partie est, avant tout, un hymne aux mélodies. Impulsées par le piano (Trop tard) ou par la trompette (Beauté cachée), elles sont enrobées par la contrebasse et ponctuées par la batterie. Mais le compositeur n’oublie pas qu’il est aussi batteur et il s’amuse avec les rythmes africains (Dear Don) ou sur un rythme de marche militaire joué à la caisse claire  (Trop tard) avec une trompette qui se fait sombre et mélancolique. Le fin arrangeur qu’est Christophe Marguet se dévoile dans Mémoire Vive, le duo piano contrebasse et le soutien discret puis vigoureux des baguettes sur les toms. Mais aussi dans les deux parties d’Immersion, l’introduction puis le thème lui-même, la trompette se fait alors somptueuse.

Cet Happy Hours vous fera passer, sans nul doute, quelques heures heureuses (Happy Hours pour nos lecteurs non anglophones)   

La belle humeur de François Ripoche

François Ripoche: Happy Mood

(Black & Blue/ Socadisc)

Louis Sclavis : clarinettes; Glenn Ferris : trombone; Geoffroy Tamisier : trompette; Steve Potts : saxophones; François Ripoche : saxophone; Darryl Hall : contrebasse; Simon Goubert : batterie

Musicien touche-à-tout, le saxophoniste François Ripoche s’entoure d’une belle bande de musiciens, un melting-pot américano-français, cuivré, boisé, qui souffle le chaud, trompette, trombone, clarinettes et deux saxos pour son nouvel album au nom de bon augure: Happy Mood! Dès les premières mesures nous sommes dans les rues de la Nouvelle Orléans, au rythme d’une fanfare un peu fantasque entrainée par le trombone de Glen Ferris. L’énergie déborde de chacun des soufflants, réglée de mains de maitre par les baguettes de Simon Goubert et la contrebasse de Daryl Hall. Un esprit free jazz envahit la petite troupe dès le troisième titre au délicieux nom de Le Mièvre et la tortue.  Le thème qui suit est moins exubérant, Lampedusa, la belle île sicilienne n’évoque plus le soleil et le farniente. Les belles mélodies concoctées par François Ripoche deviennent le prétexte à de nombreuse improvisations. Les chorus charnus du trombone répondent aux envolées stridentes des saxophones. La clarinette résolument joyeuse de Louis Sclavis flirte avec la trompette pas toujours sereine de Geoffroy Tamisier. On s’amusera, comme eux, de la petite parenthèse ludique, la reprise toute en retenue de Auprès de mon arbre, du grand Georges. Pour finir en beauté, les chaudes volutes de Music Matador, la composition très caliente d’Eric Dolphy, le thème à l’origine du « mood » détendu de ce projet.
Une musique généreuse pour un bel album de jazz contemporain savamment mis en vibrations par François Ripoche.

Youpi Quartet

Youpi Quartet: Mozaïc.

LBmusic / UVM distribution.

Emilie Calmé Flûtes - Laurent Maur Harmonicas
Ouriel Ellert Basse - Curtis Efoua Batterie

Un quartet au joli nom. Un quartet au lineup original, flûte, harmonica, basse, batterie pour faire un jazz fruité et gouleyant. La flûte est traversière, alto ou bansouri (la cousine indienne). L’harmonica est chromatique, le gros avec le petit bouton poussoir mais aussi MiDi aux multiples effets. La basse est électrique et franchement groovy. La batterie, un modèle d’élégance, discrète quand il faut, nerveuse si nécessaire. Les dialogues entre la flute et l’harmonica peuvent être tendre comme dans Bouture, plus vif avec 7 Suite ou empreint d’orientalisme pour le Café Turc. Le bassiste est capable faire chanter sa basse électrique, écoutez l’électro-funk frenchy de Fresh. Avant le final, un duo bansouri / sanza d’une beauté pure. Et, si vous pensiez que l’harmonica est un instrument ringard, mettez cette Mozaïc entre les oreilles, vous changerez certainement d’avis avant même la fin du CD.

Youpi donc!

Double Screening Live in Cannes

La pluie tombe drue mais  le théâtre Alexandre III affiche (et  est) complet pour cette soirée des Jeudis du Jazz. Les quatre musiciens prennent place sur la scène. Emile Parisien nous dit quelques mots sur le thème de ce « Double Screening », (Act Music.ACT 9879-2)le dernier CD du 4, (Act Music.ACT 9879-2) et notre univers envahit par les écrans.

Et c’est avec Double Screening qu’ils ouvrent le concert, une composition du jeune batteur Julien Loutelier. Suivront quelques morceaux aux titres explicites. Spam 1, court, vif. Puis Hashtag 1 à 4, une suite en quatre parties du saxophoniste leader. Un duo sax soprano-contrebasse, des percussions étranges voire bizarres. Pour Spam 2, le batteur joue avec une aiguille à tricoter et un cintre métal en guise de triangle. Ils enchaînent avec Algo signé du contrebassiste Ivan Gélugne, des boucles sur le piano (Julien Touéry) qui évoque le vieux « Tubular Bells » de Mike Olfield sur lesquelles se posent de magnifiques envolées sur soprano avant de finir en freejazz. C’est l’heure du dernier au nom évocateur Malware Invasion et pourtant une mélodie très joyeuse avec des ruptures de rythmes comme pour conjurer le sort. Ils ont déjà joué longtemps mais le groupe nous offre tout de même un long rappel, la composition qui clôt aussi l’album, la seule qui n’évoque pas les mystères informatiques Dady Long Legs. Un très beau concert où chaque musicien crée des textures sonores qui s’empilent, s’ébattent, se conjuguent pour donner ce son unique du quartet. Revenez quand vous voulez, messieurs.

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock