Cécile au Village

Cécile McLorin Salvant
Dreams And Daggers

(Mack Avenue)

Un Live au Village Vanguard de New York, c’est synonyme consécration pour cette jeune chanteuse de moins de trente ans, elle avait déjà eu un Grammy pour son précèdent album. Ne doutons pas qu’elle est au début d’une immense carrière. On évoque rarement la virtuosité pour une voix, une chanteuse, mais dans le cas de Cécile McLorin, c’est le mot qui vient à la bouche dès la première écoute de ce double CD. Le parfait mélange de technique vocale et d’émotion fait que son chant confine souvent au sublime dans un indéfectible swing. Elle est accompagnée sur la majorité de l’album par le trio du pianiste Aaron Diehl, son groupe fétiche depuis quelques années déjà. Une rencontre qui fonctionne parfaitement bien. Le groupe est certes au service de la chanteuse mais leur complicité se fait entendre à chaque note.  Un petit regret, malgré de beaux arrangements, les quelques titres enregistrés avec un quatuor à cordes manquent vraiment du swing, de l’énergie qui fait la force des autres. On eut préféré d’autres pistes en duo avec l’excellent Sullivan Fortner, par exemple, le « Fine and Mellow  » de Billie Holiday qu’elle avait interprété dans sa tournée avec le pianiste.

Publicités

L’Éclectique Antonio (live report)

Antonio Farao  au Forum Jorge François

Pour entamer cette saison « Jazz Legend » présentée par ABC Music Projects et Imago Productions, le forum Jorge François recevait le fameux pianiste italien Antonio Farao. Il nous proposait, ce lundi, son projet Eklekitk, du nom de son dernier album, accompagné d’un trio composé d’Enrico Sollazzo, claviers, Dario Rosciglione, basse, Lele Menotti, batterie. Du jazz fortement teinté de funk, de fusion mais aussi de superbes mélodies groovy, distillées du piano par un leader en verve. En fin de set, dans une suggestive robe orange, la chanteuse Simona Bencini, rejoint le groupe pour interpréter quelques titres, plus accessibles, plus dansants, plus italiens bien que chantés en anglais. En rappel, Antonio Farao nous rappelle (justement) d’Herbie Hancock est l’une de ses influences majeures, comme s’il avait été plongé à la naissance dans un bain de Maiden Voyage. Une belle initiative de qui n’a pas, hélas, rencontrée un public à la mesure de l’évènement. Mais ceux qui étaient là, français, italiens, niçois, suédois (..) ont passé un grand moment.

Lou & Anne

Lou Tavano & Anne Paceo  (live report)

 

La nouvelle saison des Nice Jazz Festival Sessions commençait ce jeudi au forum Nice Nord par un double plateau jazz vocal. C’est Lou Tavano qui ouvrait la soirée, en trio, une formule réduite par rapport au sextet de son dernier album. Plus intime, presque classique, le piano d’Alexey Asantcheeff et le violoncelle de Guillaume Latil servent d’écrin à la voix chaude de Miss Tavano. Des chansons pop-jazz, toutes en anglais pour ce set, arrangées avec délicatesse et subtilité. Même si on peut parfois voir -et entendre- Guillaume Latil jouer de façon fort peu conventionnelle de son instrument. Avec un médiator, un capodastre, en strumming, en pizzicati avec archet ou même comme d’une contrebasse. L’éclairage diffus convient fort bien à l’émotion qui s’échappe de leurs mélodies raffinées. Lou Tavano reviendra seule, au piano, pour un rappel mélancolique qui ne fût pas s’en évoquer l’américaine Ricky Lee Jones.

La seconde partie de ce concert sera plus énergique avec le groupe de la batteur(e) Anne Paceo et son projet Circles. Un cercle fait de quatre quadrants, Tony Paeleman caché derrière son Rhodes et ses synthés, Christophe Panzani, le saxophoniste au pedalboard consistant, la chanteuse Leila Martial avec ses petites boites électro et bien sûr, toujours souriante derrière ses futs et cymbales, la leader Anne Paceo. Le répertoire est constitué essentiellement des titres du dernier album Circles, un voyage intérieur, une évocation musicale et poétique. Anne Paceo a un drumming vigoureux même avec les balais, idéal pour accompagner le chant, les éclats, les vocalises de Leila Martial qui de titres en titres multiplie les performances vocales, en anglais ou dans une langue inventée à la façon de Stella Vander dans Magma. Eclectique et électrique, Christophe Panzani parait très habité par la musique.Usant de toutes les possibilités de son sax soprano et des effets offerts par l’électronique à ses pieds. Passant d’une sonorité pure à une emphase distordue fort étonnante. Mais quelle musicalité, quelle inventivité harmonique. Une musique exigeante qui demande au spectateur assis dans son siège de s’investir un peu, d’avoir une écoute attentive, de toujours réajuster la focale. Un court rappel Anne reviendra chanter s’accompagnant d’un kalimba .?
Une soirée déclinée, pour le plus grand plaisir de toute la salle, au féminin pluriel. Bravo mesdames!

Les émouvantes: 3 soirées mouvantes

C’est plein d’entrain que j’ai pris le chemin de la cité phocéenne pour découvrir et vous faire découvrir, ce beau festival qu’est « Les émouvantes« . Quatre soirées de chacune deux concerts organisées par Emouvance, la compagnie du contrebassiste Claude Tchamitchian. « Le rythme de la parole » était le thème de cette 5e édition. La voix comme instrument, comme vecteur d’émotions peut aller au-delà, ou ailleurs, que le « simple » chant. Le théâtre des Bernardines était donc le lieu idéal pour accueillir ses concerts, ces spectacles.

Mercredi. Duo voix et sax ténor. Béñat Achiary et Daunik Lazro. Une heure de totale improvisation parfois supportée par un texte. Mais les deux musiciens travaillent plus sur les rythmes, le phrasé, la puissance, l’intonation que sur le sens littéral ou mélodique de leur jeu. On entendra du Garcia Lorca ou une courte esquisse du Néfertiti de Miles. En deuxième partie, on passe du duo au tentet, l’Acoustic Lousadzak de Claude Tchamitchian. Là aussi, un chant à part, celui de Géraldine Keller. Tantôt lyrique puis éthéré, il évoque à d’autres moments celui de Stella Vander. Le groupe est à géométrie variable, au grès ses trois suites de Need Eden. Réduit à un trio à cordes ou un quartet (guitare, violon alto, contrebasse, batterie) avant de retrouver tous les musiciens pour des passages aux harmonies plus complexes. Les arrangements magnifient les compositions du contrebassiste qui, avec ou sans archet, joue et dirige ce petit monde onirique.

Jeudi. Marc Ducret en solo. Guitare et voix. Un répertoire à large spectre, allant d’un texte de Kafka (Nous sommes cinq amis) illustré à la guitare jusqu’au rappel une étonnante (pour un public jazz) reprise de Todd Rundgren, en passant par deux articles du Monde, dits, joués à sa façon. Il use avec malice des harmoniques en tous genres et peut passer d’un très beau son clair à du bien crade qui fuse. Sa guitare s’envole dans des contrées inattendues. Son botlleneck sert tantôt en glissandos sur le manche tantôt de la main droite, en percussions sur les cordes prés de chevalet. Du grand art.Second set. Peut ‘on mettre en jazz, en harmonies, un discours électoral? Le tromboniste Yves Robert nous prouve que oui. On peut même y mettre de l’humour, du swing. Bien aidé en cela par un batteur énergique et un claviériste inventif.

Vendredi. La pluie s’invite aux émouvantes mais pas suffisamment pour gêner le spectacle. Pierrick Hardy Quartet joue son Ogre intact. Une guitare, une contrebasse, un violon et une clarinette ou parfois un cor de basset au son profond. Une musique très écrite, de beaux dialogues relevés par la contrebasse tonique du sieur Tchamitchian qui revenait en sideman pour ce concert.

Cette soirée s’achève avec le projet le plus original et le retour de Marc Ducret. A ses côtés, une vidéaste (Sarah Lee Lefevre) et ses images animées, un violoncelliste, Bruno Ducret et un acteur, lecteur, récitant, Laurent Poitrenaux. Ducret a deux guitares, l’une préparée, posée à plat sur une table, dont il joue avec toutes sortes d’ustensiles, un mug, un médiator, archet électronique. L’autre, celle de la veille, qu’il joue de façon standard. Si tant est que Mr Ducret joue de façon standard! Trois passages. Morse, sans voix où un point lumineux parcours l’écran. Vers les ruines, étrange histoire d’un touriste qui tente d’atteindre une impossible tour détruite et enfin Histoire, kafkaïenne vision. Peu de lumière,  en dehors de l’écran mais des sons tout autour comme un écrin. Un spectacle prenant, surprenant, envoûtant.
Il restait un soirée à ce festival mais je n’aurais point le loisir d’y assister et donc de vous la relater.
See you next year.

 

Elodie Pasquier

Elodie Pasquier: Mona

(Laborie Jazz)

Mona a longtemps été, pour moi, le titre de Bo Didley repris en plein Flower Power par le Quicksilver Messanger Service, mais maintenant c’est aussi, à la fois, le premier CD de la clarinettiste Elodie Pasquier et le nom de son quintet. Mais bien que fermement jazz, la parenté avec QMS résonne souvent tout au long de l’écoute. Le disque commence avec Luz, tranquillement, douce mélodie à la clarinette puis la guitare de Hilmar Jenssen s’installe légère, discrète, le saxophone de Romain Dugelay prend la main et soudain guitare et sax vrombissent épaulés par la frappe solide du batteur Teun Verbruggen. On repense alors au chorus lysergique de John Cipollina. On passera aux autres plages moins surpris, même par l’apparition de la trompette tonitruante de Fred Roudet au début de Like A Malted Cheese. Allons jusqu’à Sexy qui est, curieusement, le titre qui l’est le moins, malgré les beaux arpèges de guitare acoustique avant de s’évader dans une confrontation surprenante entre chacun des solistes. Passons à The Litte Ducks of The Night qui clôt l’album, en douceur avec une trompette à la Fresu, de petites touches sur la six-cordes, drumming qui monte inexorablement, clarinette basse et sax baryton en embuscade. Six petites minutes de pur bonheur musical.

Chacun des six morceaux prend son temps pour bien entrainer l’auditeur loin dans l’univers chamarré (psychédélique ?) de Miss Pasquier. On notera, comme un bonus, le superbe triptyque qui sert d’écrin à cette musique.

Un disque à savourer et une artiste à surveiller.

 

 

Osez la Maison Klaus

Maison Klaus : Moods

(maisonklaus.com)

Klaus Blasquiz (Voix, percussions), Laurent Cokelaere (basse), Éric Lafont (batterie), Denis Leloup (trombone), Gilles Erhart (orgue, piano), Benoit Widemann (piano, synthétiseur).

Non, cher lecteur, vous ne risquez pas les foudres de Marthe Richard en fréquentant cette Maison Klaus. Cet album devrait au contraire être recommandé par la faculté, il l’est en tout cas, et fortement, par votre serviteur. Cette Maison Klaus est le groupe qu’a réuni autour de lui, le chanteur du mythique Magma, ou mythique chanteur de Magma, Klaus Blasquiz. Groupe qui s’articule autour des claviers de Benoit Widemann (ex Magma aussi) et Gilles Hehart et du trombone de Denis Leloup, un bassiste et un batteur qui… chante parfois et bien sûr de la voix du grand Klaus. Il revendique d’être le seul groupe instrumental avec chanteur! Les paroles du premier titre, Mambo Swing, nous donnent une bonne idée du contenu du disque, le blues, le jazz de New Orléans, le swing, le funk. Le tout dans une bonne humeur contagieuse comme le prouve leur version délicieusement iconoclaste du Come Together des Beatles. Ils nous offrent aussi deux superbes interprétations du Mercy Mercy Mercy de Zawinul, une avec la guitare très bluesy de J.M. Kajdan, un ami de la maison. La seconde, en bonus, fait la part belle au trombone. Down In Mississippi, un vieux blues de JB Lenoir, avec une batterie très tribale, permet au leader de nous prouver que sa voix est toujours au top et à chacun des solistes d’y aller de son petit chorus. Mais il n’y a pas que des reprises. Blasquiz signe avec Widemann, Erhart ou Cokelaere, quatre des onze plages du disque. On remarquera que Crystal Express n’est pas s’en évoquer leur mentor Christian Vander.

Un petit bijou.

 

ŻĄDZA: Momemtum

ŻĄDZA: Momemtum

(Le Maxiphone)

Nicolas Granelet: Compositions, piano, Rhodes, machines
Dominique Bénété: Contrebasse, effets
Alban Guyonnet: Percussions, effets

Żądza, est un groupe français de jazz. Leur nom vient du polonais désir (ou quête), belle image de leur démarche musicale. Certes, au départ, c’est un piano trio jazz classique mais, comme souvent dans les productions du Maxiphone Collectif, cet album explore de nouvelles facettes d’un jazz moderne et créatif, pas forcément respectueuses du dogme mais terriblement passionnantes. Au-delà des instruments acoustiques, claviers, contrebasse et percussions africaines, chacun des trois musiciens utilise aussi une série d’effets électroniques pour épicer leurs sonorités. Le piano tisse la trame en une mélodie répétitive sur laquelle la contrebasse s’appuie pour poser une voix grave que l’archet fait parfois grincer. Les percussions quant à elles, façonnent une structure polyrythmique qui enrobe le tout. Outre la très belle pochette, les photos intérieures dans une friche donnent, elles aussi, un avant-goût de la musique du trio. Urbaine. Du jazz indus ?

Un régal.  Ecoutez:

 

 

 

 

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock