Un radeau métal

CkRAFT: Epic Discordant Vision

(Ckraftprod / Inouïe Distribution)

Théo Nguyen Duc Long: saxophone ténor; Antoine Morisot: guitare électrique; Charles Kieny: accordéon augmenté; Marc Karapetian: basse électrique; William Bur: batterie

Imaginez que les californiens Red Hot Chili Pepper ai engagé un accordéoniste à la place du chanteur mais qu’il soit tout aussi barré que Anthony Kiedis, ou que Vincent Peirani fasse le bœuf avec Guillaume Perret et Matt Hollenberg (l’un des guitariste de John Zorn) , vous aurez une petite idée de l’esprit qui préside à cet album. Un accordéon augmenté, des profusions de pédales d’effet sur celui-ci mais aussi sur la guitare (7 cordes of course) et la basse, peut-être même sur la batterie! Un sax ténor, lui aussi bien assorti, vient compléter la petite troupe de Charles Kieny et son piano à bretelles.
Riff bien gras, joué à la basse ou à la guitare, repris par le sax qui dessine ensuite la mélodie. Étranges sons qui sortent du clavier à boutons de nacre et un batteur puissant qui ponctue tout ça. Du métal à n’en point douter avec une basse qui crépite et vrombit. Des soli aussi bien de la guitare, (normal), que de l’accordéon (raisonnable c’est lui le leader) que de la basse ou du ténor (eh, on se rapproche du jazz). Et c’est finalement quand l’accordéon sonne comme un accordéon (A.V.II) que c’est le plus singulier, on se demande alors ce qui va suivre.

Embarquez sur ce radeau de métal: le CK Raft pour 50 minutes chaudes, intenses et sonores.

One Shot, One More

One Shot: A James

(Label Triton / L’Autre distribution)

Les quatre musiciens One Shot se sont réunis dans leur salle fétiche du Triton (ils y ont enregistré plusieurs albums) pour rendre hommage à leur guitariste, à leur frère, James Mac Gaw qui a quitté ce bas-monde en 2021. Ne serait-ce que pour la mémoire de leur ami, le groupe devait continuer. Donc sur scène ce soir-là, (09/10/21) les deux claviéristes qui se sont succédés dans l’équipe, Emmanuel Borghi, Bruno Ruder qui furent tous deux membres de Magma tout comme le bassiste Philippe Bussonnet qui le resta jusqu’en 2019. A leur côté, le batteur historique Daniel Jeand’heur. Au programme, quelques anciennes compositions qu’ils revisitent. L’univers de One Shot, entre rock électrique et jazz-rock électrisant, est quelque peu modifié, la structure des morceaux reste très proche, sans guitare mais avec deux claviers… Mais ils gardent ce gros son (très gros son même parfois), on retrouve cette capacité qu’à le bassiste de jouer le thème et le chorus dans la foulée. On se délecte de ces longs solos sur les divers claviers, appuyés par une batterie tellurique. Petit plus, pour le dernier titre du set, Jim Grandcamp, lui aussi de la Zeuhl family*, branche sa guitare pour 12 minutes anthologique d’un Ewaz Vader, avec son riff imparable, qui fut le titre phare du CD éponyme en 2006.

A l’écoute ce cette magnifique galette, il reste à espérer que One Shot continue sa route et que Grandcamp fasse désormais partie entièrement de la bande, il vient de prouver qu’il y avait sa place.
Que de régals futurs


*Zheul: langage inventé par Christian Vander pour Magma. Le mot désigne aussi l’univers qui entoure le groupe…

Space Time And Mirror

Christophe Girard Sextet :
Space Time And Mirror

(Label Warning / Inouïe Distribution)

Space Time And Mirror est un projet concocté et composé par l’accordéoniste Christophe Girard. Il a réuni autour de lui un lineup plus proche d’un ensemble de musique de chambre que d’un groupe de jazz. Mais c’est surtout une sacrée équipe qui mêle des musiciens d’horizons et d’âge divers, pas forcément (encore) très connu dans le monde du jazz. La jeune clarinettiste Elodie Pasquier aussi à l’aise à la tête de son quintet Mona que dans le The Verybig Experimental Toubifri Orchestra ou dans le trio de Clément Janinet. A ses côtés, la violoniste et vocaliste Amaryllis Billet adepte à la fois de musique ancienne et contemporaine. De formation plus classique, Anthony Caillet joue de son euphonium (frère cadet du tuba) dans des orchestres symphoniques mais aussi dans l’orchestre du vibraphoniste Franck Tortiller. Venu des percussions classiques, François Merville, le batteur s’accoquine aussi avec des expérimentateurs du jazz tel Louis Sclavis ou Noël Akchoté. Derrière sa contrebasse, Claude Tchamitchian fervent défenseur des musiques improvisées en sideman (Andy Emler, Naïssam Jalal, …) ou dans l’un de ses propres groupes du trio au tentet.
Avec un tel assemblage, on peut s’attendre à une musique hors des sentiers battus.
L’album est la captation d’un concert à l’espace des Arts de Chalon/Saône.

Une courte introduction en accordéon solo presque à la façon d’un prélude de Bach, suivie de trois tableaux (d’une exposition) d’une quinzaine de minutes. Le premier, initié par les cordes, nous entraine dans un univers très contemporain, une boucle sur laquelle chacun des instruments, seul à plusieurs, vient poser ses notes savamment arrangées ou improvisées jusqu’à l’explosion finale de la vocce stravaganza d’Amaryllis Billet. Une voix qui n’est pas sans évoquer celle de la chanteuse italienne Petra Magoni.

L’euphonium fait le lien vers le deuxième tableau. Un long passage cuivré qui ouvre les portes aux autres musiciens pour une partie très chambriste avant de verser imperceptiblement dans un freejazz distendu, introduit par un solo de batterie. Le groupe reprend ensuite une narration plus tranquille conduite par Christophe Girard.

La troisième partie clôt l’album, le spectacle, d’une façon apaisée avec une longue séquence à l’archet de Claude Tchamitchian (un jeu qu’il affectionne tout particulièrement) rejoint par l’ensemble dans un dernier élan pour conclure…

Probablement l’un des albums avec accordéon les plus passionnants de ces dernières années.

PEILLON JAZZ FESTIVAL, la 2e édition

Du 1er au 4 juillet sur la place du village de Peillon (06) aura lieu la deuxième édition du Peillon Jaz Festival (PJF pour les amis)

Peillon garde ses Marc!

Quatre soirées, quatre cartes blanches, deux sets à 21h et 22h15.

Le vendredi est la soirée d’Alban et Thomas, les deux programmateurs (on n’est jamais mieux servi que par soi-même 😉 ). Benjamin Faugloire Project ouvrira le bal, un jeune trio à découvrir absolument avant qu’il fréquente les grandes scènes internationales.  Puis Frédéric Viale rendra avec ses rêves bohémiens et son accordéon, hommage à Jo Privat, accompagné d’une formation de haute volée.

Samedi, la soirée du pianiste belge Éric Legnini.

Les McCann Tribute en quintet puis Sing Twice en quartet avec le chanteur anglais, Hugh Coltman, déjà incontournable du PJF.

Dimanche spécial Pierre Bertrand à la tête de son Caja Negra. En septet puis en Big Band avec l’immense trompettiste américain Randy Brecker. L’équipe technique se régale déjà du challenge:
installer plus de quinze personnes sur cette scène, danseuse comprise!

Le lundi, c’est le jour du padrino, le batteur niçois à la réputation mondiale, André Ceccarelli.

Il revisite Porggy & Bess en trio et la musique de Morricone avec le quartet de Stefano Di Battista.

Cette année, dès 17h30, une conférence ou un concert pour se mettre en appétit de jazz.   

Venez goûter au plus perché des festivals de jazz…

Lost in Time sur son 31

C’est dans le magnifique auditorium du conservatoire d’Antibes, aux murs aussi boisés qu’un vieux Margaux, qu’à lieu ce concert de sortie d’album. « Lost in Time », le quatrième du Philippe Villa Trio. Les thèmes ont été conçues, élaborés pendant les confinements nous dit le pianiste, et pourtant des notes plutôt légères -sans être primesautière- s’échappent du Steinway du pianiste.

Une petite mélodie égrenée à la main droite, renforcée de quelques notes de basse jouées à la main gauche, reprises par la contrebasse de Tony Sgro. D’une baguette discrète sur la cymbale Gérard Juan vient ponctuer cette intro, le morceau peut démarrer.

C’est Eveil, le titre qui ouvre l’album et le concert donc. Les huit autres suivront, avec deux incursions dans des albums précédents.  Philipe Villa prend le temps entre chaque morceau de nous dire deux mots sur son histoire. Notamment Obsidienne, cette pierre noire qui a donné son nom à la 3e plage du disque, et qui apporte une protection à ceux qui la porte. Autre moment fort, le reprise: un vieux tube de Roger Hodgson, Take The Long Way Home, pour lequel Tony Sgro troque sa contrebasse pour une basse électrique cinq cordes.

On passe pour un moment d’un jazz à l’influence classique (début du 20e siècle) à un jazz mêlé de pop avant de reprendre des harmonies plus traductionnelles. Et comme dans tous les contes et même les lockdown, il faut une fin, cela sera Récréation


Lentement l’auditorium se vide, nombreux sont ceux qui viennent échanger quelques mots avec le pianiste derrière la table et repartent avec le nouveau CD.

Les voix de Robinson

Robinson Khoury: Broken Lines

(Gaya Music / L’Autre Distribution)

Pour son nouvel album, le tromboniste Robinson Khoury modifie quelque peu les éléments de son groupe. Le claviériste Mark Priore et le contrebassiste Etienne Renard gardent leur poste. Elie Martin Charrière, le batteur qui monte (présent sur un titre dans Frame Of Mind) est aux baguettes. C’est désormais Pierre Tereygeol (Suzanne et BAA Box) qui officie à la guitare. Mais la nouveauté la plus marquante est l’apparition de voix, en chœur, en vocalises mais aussi des textes chantés. Si à la lecture de la pochette, le mot voix accolé aux noms des musiciens laissait perplexe, une première écoute à rapidement évacuée ces réticences. Cela fonctionne parfaitement et on se prend même à attendre ses parties vocales dans les titres où il n’y en a pas. En bon metteur en scène (en ondes), Robinson Khoury distribue très bien les rôles. Il multiplie les dialogues avec la guitare ou le piano. Mais il leur donne aussi quelques belles répliques sans oublier de s’offrir à lui-même d’amples monologues où il promène son trombone dans des contrés rarement explorées. Il convient de préciser que Robinson Khoury est aussi un fin mélodiste, « Distancing From Reality », « You and I » en attestent. On rajoutera une mention spéciale à Pierre Tereygeol qui, en acoustique comme en électrique, rend ses six cordes irrévérencieuses et bouscule avec malice ses compagnons de quintet

Les fabulettes d’Anne Quillier

Hirsute: Miniatures du dedans

(Label Pince Oreilles / Inouïe Distribution)

Anne Quillier – piano / Michel Molines – contrebasse
Guillaume Bertrand – batterie / Pierre Horckmans – clarinettes
Damien Sabatier – saxophone baryton

Hirsute est le nouveau groupe de la pianiste Anne Quillier. On retrouve une bonne partie de son sextet de 2015, le clarinettiste Pierre Horckmans, fidèle de tous les projets et la paire rythmique (même si on ne peut les réduire à cette simple expression) Michel Molines à contrebasse et Guillaume Bertrand aux baguettes. Ils sont rejoints par le saxophoniste Damien Sabatier (pilier de l’Imperial Quartet). Onze plages dans cet album, des miniatures acoustiques qui n’hésitent pas à s’étendre sur plusieurs minutes (cinq, six). Des petites fabulettes jazz, composées par Anne Quillier où les instruments se répondent, s’interrogent, s’émoustillent. La clarinette -fut-elle basse ou Sib- s’encanaille auprès de l’archet de la contrebasse alors que le baryton vient gronder aux alentours. Mais Anne Quillier reste maitresse de la dramaturgie, distillant, tout au long de ses fantaisies, de singulières parties de piano en tempo lent. Tempos lents qui, cependant, savent aussi se rebiffer.
Un album doux, élégant mais aussi délicieusement intrigant.


Une fois familiarisé avec l’univers de la pianiste vous pourrez découvrir bien d’autres facettes de son talent, toutes aussi passionnantes, certaines plus électriques via le bandcamp du label Pince Oreilles.
https://labelpinceoreilles.bandcamp.com/music

Fantaisie en duo

Emilie Calmé – Laurent Maur
Fantaisie improbable pour flûtes et harmonicas

(Lubans Music/ UVM distribution)

Sur le papier, un duo Flûte-Harmonica pour faire du jazz, du folk ou même de la musique contemporaine peut paraitre effectivement improbable. Pourtant dès les premières mesures de cette fantaisie, le doute est levé, ces deux musiciens jouent en parfaite harmonie. Le duo existe depuis 2009, bien avant leur Youpi Quartet, largement le temps de peaufiner un répertoire qui leur sied à la perfection. Les deux instrumentistes se partagent les compositions et même si, une seule est écrite (improvisée) à deux, chacune d’elle montre une complicité, une communion, telles que l’on ne saurait dire qui a tenu la plume sur la portée.

L’harmonica fait de temps à autre une walkin bass pour permettre à la flute (fut-elle bansouri) de se lancer dans un long récit mais bien vite la voix des lames vibrantes vient rejoindre Émilie Calmé dans la narration. Plus tard (ou juste avant) c’est au tour de la flûte de se lancer dans une basse continue façon baroque pour laisser Laurent Maur distiller ses ornementations. Et quand l’un ne joue pas avec l’autre, ils jouent ensemble dès l’Aube, dans l’Ombre et la lumière.

Même l’apparition des sons synthétiques de l’harmonica électronique, (Lekholm DM48) ne vient pas perturber l’étrange impression de calme et volupté qui émane de cet album.

Les treize parties de cette fantaisie sont comme des fabliaux que raconteraient deux troubadours de notre siècle.

Les voix de l’Autre au Thoronet

Le samedi 7 mai, en l’Abbaye du Thoronet se déroulait la première journée du festival « Les voix de l’Autre ». Une Musique-Monde, une Musique-Métissage voulue, pensée, orchestrée par le directeur artistique Piers Faccini en trois temps. Le ton est donné dès la déambulation « Les voix de l’autre » qui débute dans la nef de l’abbatiale : cinq voix, cinq chants mais surtout des langues font vibrer les pierres de l’édifice tout autant que la chair des spectateurs, auditeurs – complices de ce moment d’exception. Les langues palestinienne, algérienne, italienne, espagnole, anglaise mais aussi une langue venue de Guinée Conacry (24 langues nationales y sont en usage !) nous invitent à l’écoute de l’autre, à passer d’un côté à l’autre de la Méditerranée.

Piers Faccini, Malik Ziad et la somptueuse Djene Kouyate entrainent la moitié du public dans le cloitre pour accompagner la voix du récitant Charles Berling qui, au son de la guitare et du oud, lance des poèmes à la résonnance des voutes, des textes lourds de sens, comme ce poème pour l’Algérie Heureuse, tandis que Djene, chante, susurre des textes à la manière des griots dont elle est la digne héritière. Dans le dortoir les autres spectateurs écoutent religieusement- dans cet endroit- la voix de Rachida Brakhni s’entremêler aux sons et aux voix de Kawthar Meziti et de Christine Zayed. Tous se réunissent ensuite, pour nous raconter l’origine de la musique, les chants arabo andalous se mêlant à la musique traditionnelle algéroise, la chanson judéo chrétienne, le chant palestinien.

Origine de la musique, unique, comme l’explique Piers Faccini, avec un message clair, comme la musique, tous les êtres humains ont la même origine. A la beauté des sons s’ajoute l’élégance et la diversité des instruments de musique comme le guembri, originaire des Gnaouas, ou bien le splendide kanoun, cithare sur table du pourtour méditerranéen, dont joue avec dextérité Christine Zayed.

Et si les spectateurs sont restés sans voix, c’est une ovation qui salue la performance de cette formation qui, en une universalité revendiquée, invente un espéranto musical.

Deuxième partie, début de soirée, Vox Clamantis, une chorale estonienne constituée de six chanteurs et quatre chanteuses (sans oublier le chef d’orchestre !), continue à dévoiler au public l’éclectisme de la musique sans frontière : ici l’on voyagera dans le temps, passant du chant grégorien au  médiéval Guillaume de Machaut pour arriver aux contemporains Arvo Pärt et Olivier Messian : Fillian Sion est le titre de leur projet. Chaque voix, de la basse profonde à la soprano cristalline, chaude, se distingue tout en se mêlant pour créer l’harmonie et l’émotion.

L’épiphanie étant certainement le splendide morceau d’Arvo Pärt, « The Deer ‘s Cry », cet adepte de musique minimaliste parfaitement interprété par ces chanteurs, littéralement habités par la scansion de ce chant hypnotique. Fin du second acte, le groupe tout de noir vêtus sort sous les applaudissements nourris et totalement mérités d’un auditoire conquis et captivé.

Les voix de l’autre…. C’est par un chant a capella venu du sud de l’Italie que débute le dernier concert de cette soirée. Le groupe Canzoniere Grecanico Salentino commence sobrement mais cela ne durera pas, cinq diables vont mettre le feu, il n’y a pas d’autre mot, à travers les vitraux du dortoir de l’Abbaye. Mené d’un coup d’archet ou d’un simple regard de braise par Mauro Durante,

Alessia Tondo, Giancarlo Paglialunga, Massimilio Morabito et Giulio Bianco rythment de leurs voix et de leurs instruments tarentelles, berceuses, chants traditionnels.

Une démarche qui laisse toute la place au folklore italien dans des interprétations où l’improvisation, la novation stylistique, ne sont jamais loin. A tout feu, il faut une flamme :

la robe rouge de Silvia Perrone accompagne les tamburellos, guitares, flûtes, violons et même une zampogna (sorte de cornemuse des Pouilles) de virevoltes et de pas chassés, les ballerines effleurant le sol comme les doigts des musiciens celles leurs instruments.
Le dortoir des moines, qui accueille ce concert, n’a jamais vu une telle vitalité joyeuse depuis 1230, date de la fin de la construction de l’édifice .

Il est temps que l’Abbaye retrouve sa sérénité et le silence : non sans que l’amitié et le partage, qui ont prévalu à cette première journée de festival ne s’accomplissent. Piers Faccini avec sa guitare resonator et Malik Ziad avec son oud, rejoignent la formation italienne pour un final qui laissera des ondes positives dans les oreilles et les cerveaux des spectateurs enchantés de ces moments de grâce qu’ils auront vécus tout au long de cette déambulation musicale.

D’une voix à l’autre, d’une rive à l’autre. La musique adoucit les mœurs, dit-on, quand elle est pensée, réalisée, fêtée ainsi, plus personne n’en doute.

 Corinne Naidet et Jacques Lerognon

Le cinéma de Kyle Eastwood

La salle Juliette Gréco à Carros (06) affiche complet, quelques minutes supplémentaires sont nécessaires pour permettre à tout le monde de s’installer.
C’est tout sourire que Kyle Eastwood prend place avec ses quatre compagnons de route. Il dézippe la house de sa petite contrebasse de voyage, à peine plus grande qu’un violoncelle mais qui sonne comme une grande, nous ne tarderons pas à nous en apercevoir.


Si c’est son projet Cinematic, qu’il défend ce soir, il commence par une composition qui n’est pas une musique de film mais un hommage au fameux Ronnie Scott’s Jazz Club de  Londres où ils ont joué plusieurs fois. Puis viens le thème de La Sanction (The Eiger Sanction) « un film de mon père et musique du grand John Williams » nous dit-il. Le sax ténor de Brandon Allen et la trompette de Quentin Collins à l’unisson puis chacun son solo.

On ne déroulera pas tout le set, Bernard Hermann, Henri Mancini, Ennio Morricone et même Kyle et Clint Eastwood sont convoqués musicalement sur la scène. Et aussi Lalo Schifrin avec la célèbre poursuite de Bullitt, un duo, Kyle Eastwood jouant sur ses quatre cordes, la Ford Mustang Fatsback de Steve Mc Queen et Chris Higginbottom est à la batterie et au volant de la Dodge Charger de Bill Hickman.

De Carros à San Francisco en un instant par la magie du jazz. Autre grand moment, le « Love theme » extrait de Cinéma Paradiso.

Ecrit par el maestro Morricone, Kyle Eastwood s’empare de sa basse électrique pour distiller tout en douceur, la ligne mélodique envoûtante suivit par un magnifique chorus de Brandon Allen au soprano.

Dans un français quasi parfait où se mêlent des mots en anglais, le bassiste nous décrit chacun des morceaux que le groupe joue. Le set prend hélas trop vite fin, le public réclame un « encore » debout. Ils reviennent, « je ne vous dit pas le titre, vous le connaissez tous » nous dit malicieusement Mr Eastwood.

Et de fait, il suffit des trois frappes sur les cymbales et des deux premières notes sur la contrebasse pour que tout le monde s’exclame « la panthère rose », Andrew McCormack derrière le magnifique piano Fazioli rajoute la petite touche de swing qui nous mène guilleret vers la fin du concert

On quitte la salle, les oreilles enchantées et on peut même retrouver les musiciens qui dédicacent leurs CD et vinyles et se prête sans prétention à la cérémonie des selfies.

Revenez quand vous voulez messieurs.

Le 04/05/22 à la salle Juliette Gréco –Carros (06)

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock