Elise Dabrowski

Elise Dabrowski: Parking

(Trepak / Full Rhizome / l’Autre Distribution)

Elise Dabrowski, voix ; Olivier Lété, basse électrique; Fidel Fourneyron, trombone

Avec un lineup comme celui-là (voix, basse électrique, trombone) on peut être sûr d’avoir une musique qui sort des sentiers battus des trios avec chanteuse. Et, de fait, en quelques secondes nous sommes plongés dans un univers baroque, onirique et pourtant résolument minéral. Les parkings sont souvent fait d’asphalte!

Certains passages vocaux ne sont pas sans évoquer le chant de Stella Vander dans Magma, d’autres sont plus lyriques ou un simple récitatif parlé comme dans le morceau éponyme où la basse (préparée?) devient percussions. Le trombone est lui, tour à tour, incendiaire, discret, sensuel, débridé. Dix petites fabulettes déjantées qui muent et s’organisent en un très singulier album-concept.   

Une musique ouverte, expérimentale et sans carcan dogmatique qui réclame, certes, de l’attention mais qui quelle jubilation ensuite.

Legraux Tobrogoï

Legraux Tobrogoï: Pantagruel résolu

(Alfred Production / InOuïe Distribution)

Fabien Duscombs: batterie, Nathanaël Renoux: trompette, Colin Jore: contrebasse, Florian Nastorg: saxophone baryton, Yvan Picault: saxophone ténor, Nicolas Poirier: guitare

Legraux Tobrogoï est un sextet de jazz toulousain qui a les idées larges. Ils intègrent dans leur musique toutes sortes d’influences, rock, free, afro beat, rythm and blues et autres mélodies d’ailleurs. Ils les malaxent à leur sauce pimentée pour nous proposer quelque chose de vraiment à part qu’ils appellent « Jazz populaire acharné ». Trois soufflants (baryton ténor, trompette) et guitare, basse, batterie.
Dès le début de l’album dans « Pitre Provisoire » (quel titre!) on se croirait dans une version déjantée du Peter Gunn Theme, façon Blues Brothers, avant que la trompette et les deux saxs ne partent dans une folle vrille que la guitare ne tardera pas à rejoindre! Par la suite, ils explorent d’autres univers sonores, d’autres fragrances musicales où chaque instrument a son fumet propre qu’il combine avec ses partenaires de scène, de studio. Le groupe a commencé il y a 20 ans comme une fanfare, la première fanfare à mobylette du monde, et on sent que ce passé continue de pulser dans les gènes de leur musique.  Quant à Pantagruel nul doute qu’il soit résolu!    

Viale-Villa duo d’azur

Frédéric Viale – Philippe Villa: Anamorphoz

(ArtUp)

Cette anamorphoz est le premier enregistrement commun de deux piliers du jazz azuréen, l’accordéoniste Frédéric Viale et le pianiste Philippe Villa. Le clavier à boutons et le clavier à touches côte à côte, face à face. Chacun des deux musiciens entraine l’autre vers son univers. Le pianiste tend vers les harmonies jazz, blues, l’accordéoniste cultive ses inspirations sud-américaines et musettes. Ils jouent mais ils signent aussi ensemble trois titres où la fusion est particulièrement sensible. « Soleado », au début de l’album est typique de cette confrontation amicale: le piano swingue ses notes alors que l’accordéon virevolte les siennes.  On retiendra « Novecento » qui évoque autant le cinéma italien que Paolo Conte. Mais aussi les « Enivrances » où les deux instruments semblent s’épouser l’un, l’autre. Qaund ils revisitent une chanson mélancolique (mais y en a t-il d’autre?) de Michel Jonasz ils la rendent encore plus triste que l’original. Heureusement « Esperento » qui clôt ce disque redonne une lueur d’espoir. Une rencontre, deux regards, quatre mains et onze mélodies, un mélange savoureux.

9e Festival Les Émouvantes…

Du 22 au 25/09/21 au Conservatoire Pierre Barbizet –Marseille (13)

L’été se fini tranquillement, les jours raccourcissent en silence, les feuilles deci delà commencent à tomber des arbres, la morosité nous gagne. Heureusement, la prochaine édition du Festival Les émouvantes est là pour nous revigorer, nous mettre dans la joie.

Cette année, le festival investi un nouveau lieu:
le Conservatoire National Pierre Barbizet, place Carli à Marseille.
Le thème en est « Carrefour des imaginaires, volume 2« .
Si l’imaginaire est toujours au pouvoir dans cette manifestation culturelle, le volume 2 précise la volonté de vivre en « grand » en 2021, une programmation en formations réduites en 2020 pour les raisons sanitaires.

Toujours cinq soirées en deux parties (19h & 21h) pour accueillir du 22 au 25 septembre, parmi les meilleures formations de la musique improvisée au croisement de la musique afro-américaine.
Aux instruments traditionnels du jazz viendront s’ajouter quelques éléments plus rares dans notre musique tels le théorbe et le saqueboute du septuor de David Chevallier, la musette de Laurent Dehors ou encore le glockenspiel de Jean- Marc Quillet et les violoncelle de Vincent Courtois et Vincent Ségal. Du baroque, de l’opéra, du métal psyché, du jazz folk, des musiques plurielles, inventives, contemporaines, émouvantes par des musiciens accros à l’énergie, à l’émotion et à l’imagination.

© Annabelle Tiaffay

Venez régaler vos yeux et vos oreilles.     

Informations & réservations:

Émouvance – Compagnie Claude Tchamitchian

20, Cours Julien – 13006 Marseille. Téléphone : 06 11 21 40 94,

festival-emouvantes@tchamitchian.fr

festival-emouvantes.fr

Les tableaux d’Enrico

Enrico Pieranunzi: Frame

(Cam Jazz)

Enrico Pieranunzi: piano et célesta

Dans un précèdent album, le pianiste romain rendait hommage à Gershwin en trio, pour ce nouvel opus, il puise son inspiration dans les œuvres des peintres qu’il admire. Pollock, Hopper, Rothko, Mondrian, Klimt, Paul Klee ou encore Picasso et Matisse. Seul devant son clavier, il compose, improvise, quelques méditations. Des pièces généralement courtes, rassemblées en suite comme une lente promenade dans un musée imaginaire et sublime qui réunirait tous ces artistes.
Pas grand effet de manche ou de virtuosité débridée. Les compostions sont sur des tempi lents même si les thèmes consacrés à Hopper sont rythmés par une main gauche déterminée. Pieranunzi double de temps à autres son piano avec le clavier d’un célesta qui donne une sonorité métallique, organique, étrange, comme si les personnages, les objets, des tableaux s’animaient d’un coup, quittaient leur cadre de bois pour rejoindre le pianiste. La poésie des notes tout simplement.

Le trio de Damien Groleau en live

Damien Groleau Trio Live à la Fraternelle

(L’horizon Violet)

Damien Groleau: Piano; Sylvain Dubrez: contrebasse; Nicolas Grupp: batterie.

Il faut à peine trois au quatre mesures pour que Damien Groleau et ses compères nous embarquent dans leur swing. La contrebasse trottine allégrement sur les balais du batteur alors que le pianiste distille la belle mélodie « So Love » de Cole Porter. Ils enchainent avec « First Song » une ballade de Charlie Haden, beaucoup d’élégance dans l’interprétation. Puis, comme si ces deux reprises en ouverture du concert servaient à baliser les influences de Damien Groleau, le trio donne une version « live » sept des thèmes écrits par le pianiste pour l’album « Jump ». On appréciera les belles impros au piano, les dialogues clavier-contrebasse et surtout la grande cohérence du groupe. Chacun des musiciens est à l’écoute des autres. Les compostions sont comme sublimées par la liberté et l’urgence du live. Seuls les quelques applaudissements nous rappellent que l’enregistrement est en concert tant la qualité de la prise de son est belle.

Deux soirées au Jazz à Junas

21 juillet 2021 – Gaël Horellou

Carrières du Bon Temps – 21h – Rouge

Carrières du Bon Temps – 23h – Twins

22 juillet 2021

Place de l’avenir – 18h – Céline Bonacina

Carrières du Bon Temps – 21h – Perrine Mansuy

Carrières du Bon Temps – 23h – Sylvain Rifflet

Nice Jazz Festival 2e Soir

Le 13/07/2021 sur la scène Masséna – Nice (06).

Le vent fait entendre son souffle en ce début du deuxième jour de festival. Les avions volent bas et rasent les abords de la ville.

La soirée commence façon récital: piano-voix. Mais quel pianiste et quelle chanteuse. Sullivan Fortner, courbé sur le Steinway regarde Cécile McLorin Salvant debout, droite dans sa belle robe bleue. Un clin d’œil et ils commencent. Deux petites trilles et elle entame une chanson en français. Suivront quelques reprises de Diane Reeves, Dionne Warwick, Gregory Porter ou Kurt Weil. Un petit délice que cette dernière. Les interventions staccato et facétieuses de Sullivan, la voix de Cécile qui passe sans effort, ni rupture, du falsetto au grave profond. Parmi les divers thèmes, quelques compositions personnelles dont « Doudou » écrite en pensant à la dentiste de son enfance (à découvrir). Un passage par le blues avec le très intense « Spoonfull » de Willie Dixon.

En toute fin, elle s’assoit près du piano pour « Ghost Song » qu’elle chante en duo avec Mister Fortner. Même le vent semble s’apaiser. Cécile McLorin est certainement une des grandes chanteuses de la scène jazz internationale mais surtout une grande interprète. Qu’elle les ait écrites ou pas, elle fait de chaque chanson, la sienne, pour nous.

Puis le saxophoniste étasunien Branford Marsalis nous propose de passer « un evening » avec lui et ses trois compères. Une proposition qui ne se refuse pas quand on est amateur de jazz. Branford, l’ainé de la fratrie Marsalis, est saxophoniste. Plus de quarante ans de tournée n’ont pas affecté son plaisir de jouer. Une joie communicative qui se repend, ondoie, de rang en rang chez les spectateurs. Les quatre musiciens sont à un tel niveau qu’ils n’ont pas besoin de forcer leur talent pour nous offrir un set de très grande tenue. Au piano Joey Calderazzo est époustouflant. Vers la fin du set, le tempo s’emballe pour le plus grand plaisir de tous les spectateurs.

C’est Thomas Dutronc, entouré de quelques jazzmen hexagonaux qui clôture cette seconde journée de NJF. Éric Legnini au piano, Thomas Bramerie à la contrebasse et Rocky Gresset aux guitares, Denis Benarrosh derrière ses fûts, sont de la partie avec trois soufflants sur l’estrade. On sait, dès les premières mesures, que cela va swinguer. En ces temps de COVID, il commence avec ironie par chanter le bisou nous dit-il. Avant de passer aux petites fleurs de Sidney Bechet et de parcourir sur plus une heure et demi son récent album « Frenchy », réussissant même à faire swinguer cette scie électro qu’est « Get Lucky ». Ils font une pause pour une dégustation de vin (qu’il ne partage pas avec le public) tout en s’amusant avec quelques instrumentaux manouches, en duo ou en trio. On n’énuméra pas la setlist mais on retiendra sa belle version de « La mer » de Trenet. Un feu d’artifice avant l’heure.

Nice Jazz Festival 1er soir

Le 12/07/21 à la scène Masséna – Nice (06).

En prélude aux concerts du jour, Robert Roux, adjoint à la culture de la ville de Nice, remet au saxophoniste, compositeur et chef d’orchestre Pierre Bertrand le trophée Ferret du Nice Jazz Festival 2021. En présence de Sébastien Vidal et Frederica Randrianome, respectivement directeur artistique et directrice de ce NJF.

Puis l’heure de la musique a sonné et quoi de mieux pour un festival de jazz que de commencer avec un trio piano-basse-batterie. Surtout si c’est celui du jeune américain Christian Sands. Un set de près d’une heure entre jazz moderne et classique. Le pianiste a la main droite tellement volubile qu’il en oublie parfois de jouer avec la gauche. A ses côtés, le bassiste Yasushi Nakamura et le batteur Clarence Penn lui tisse une toile rythmique à la texture resserrée pour lui laisser toute les possibilités pour faire voler les notes de son Steinway.

Un second trio lui succède. Celui du pianiste arménien Tigran Hamasyan. Formation proche dans la composition mais au style totalement différent. La musique de Tigran est beaucoup plus éthérée, introspective. Elle laisse peu de place aux spectateurs pour s’y infiltrer, surtout quand le pianiste chante ou siffle sur ses propres notes. Dans quelques rares moments, en pur trio, sans artifice, la magie opère et le frisson parcourt alors tout le public.

Un long entracte où l’on peut se restaurer tandis que les techniciens s’affairent à installer le prochain plateau. Amplis, batterie, claviers et, en fond de scène, un élégant drapé moiré. Pendant ce temps, les quelques places assises encore vides ont trouvé preneurs. Mais à un concert de Catherine Ringer et son band, on ne reste pas longtemps assis. En moins de deux minutes et bien avant la fin de « Les histoires d’A. » tout le monde est debout, balançant son corps de droite à gauche ou l’inverse selon les opinions politiques du spectateur. Sur la droite, les deux guitaristes, tout droit sorti d’un groupe de rock sudiste, mènent le bal. Ils changent d’instruments à chaque morceau, balançant riffs et chorus comme s’ils jouaient vraiment du rock. La vedette de la soirée, Catherine Ringer n’a rien perdu de sa vigueur, de son humour, sa voix assure toujours autant. Les musiciens sont littéralement à son service. Ils font tout pour mettre en valeur ses chansons pour certains quadragénaires. On n’aura pas longtemps à attendre avant d’entendre « Marcia Baïla ». Les autres tubes suivront tout au long de la nuit. Bien sûr, on pourra dire que ce n’est pas du jazz. Ce n’est pas du rock non plus mais après cette longue période de disette musicale, cette French Touch fait quand même du bien.

Jazz à Juan: Kenny Garrett – Winton Marsalis

Le 11/07/21 à la Pinède Gould – Antibes Juan-les-Pins (06).
Pas de photo autorisée. une vue d’ensemble photophonée

La soirée commence par un passage par la petite pinède pour le concert du Cascino Trio. Pour se prémunir des effets d’un soleil encore très chaud, certains spectateurs ont choisi de s’asseoir dans l’herbe à l’ombre des pins. Presque une heure d’un jazz chaleureux aux parfums d’Italie, d’Afrique et d’Espagne.

Puis, le temps de passer les nombreux contrôles, on rejoint le sable de la grande pinède pour le concert de Kenny Garrett. Une belle formation avec Vernell Brown (piano), Eric Wheeler (basse), Rudy Bird (percussions), Mark Whitfield Jr (batterie). Le batteur est volubile et vigoureux, habilement secondé par un percussionniste à la frappe élégante et rieuse. Quant à Kenny Garrett, il a l’alto fringant, il chantonne parfois aussi. Il puise dans les thèmes de son dernier enregistrement y ajoute quelques nouveautés. Après un passage plutôt free jazz, un morceau très Coltranien entamé à 4, il passe en trio sans piano, en duo avec le batteur puis dans un long solo où il cite le grand John et Frère Jacques. Même les cigales se régalent. En final, son tube, « Happy People ». Il fera se lever tous les spectateurs pour l’accompagner, plus ou moins à contre temps.

Mais le meilleur de la soirée reste à venir, le temps d’installer les nombreux pupitres pour le Lincoln Center Jazz Orchestra dirigé par la légende de la trompette Wynton Marsalis. Seize musiciens, dans d’impeccables costumes gris avec cravates à rayures prennent place. Les instruments rutilants renvoient l’éclats des spots. Ils commencent par revisiter « Freedom Suite » de Sonny Rollins. Ecrit pour un trio et réarrangé par le saxophoniste Victor Goines.

Puis grand moment, pendant presque une heure, ils jouent leur adaptation pour big band du mythique « Love Supreme » de John Coltrane. Doublement mythique puisque c’est sur cette même scène que John Coltrane a joué pour la première (et dernière fois) son chef d’œuvre en intégral et en public en 1965.

Il y a des concerts qui reste gravé dans nos mémoires, celui-là le sera et pour longtemps

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock