Archives pour la catégorie Jazz

Des disques et concerts de Jazz

Maillard Big Band

Thierry Maillard Big Band
Pursuit Of Happiness

(Ilona Records)

Après un album, en trio presque intimiste en 2016 et un en solo l’an dernier, le pianiste, compositeur et arrangeur Thierry Maillard repousse les murs du studio et s’offre un enregistrement en Big Band. Un Big Band de cuivres et de bois, quinze musiciens parmi la crème des jazzmen français. On ne les citera pas tous mais notons la présence de David Enhco à la trompette, de Stéphane Guillaume sax, flute et clarinette ou de Médéric Collignon son cornet et sa voix,  en invité sur deux titres. On imagine que l’ambiance des sessions a dû être festive. Et quand on dépose la rondelle dans le lecteur, on n’est pas déçu. On est plus proche de l’esprit de Gil Evans ou Laurent Cugny, voire du Zappa période Best Band You Never Heard In Your Life que du Duke Ellington des années 40. Thierry Maillard a fait un gros travail de compositions et d’arrangements pour ses huit titres inédits. Comme souvent en big band, la musique est très écrite mais Thierry Maillard accorde dans chacune de ses compos, à lui-même, ou à plusieurs solistes, une plage de liberté, et ils en profitent avec gourmandise. (Magnifique solo de Stéphane Guillaume dans Pursuit of Happiness, émouvante intro au bugle de Th. Enhco dans Unknow Planet). Un petit regret cependant, il manque, lubie (?) du chroniqueur, d’une guitare dans cet album. J’aurais bien vu Manu Codjia par exemple, se lancer dans quelques chorus dont il a le secret sur Modern Time ou sur le grandiose final Albatros, par exemple.

 

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Simon Chivallon

Simon Chivallon: Flying Wolf

(Jazz Family/PIAS)

Après avoir accompagné de nombreux jazzmen français, voici le premier album en leader du pianiste Simon Chivallon. Dès les premières mesures, on est plongé dans un univers coltranien, période Giant Steps, le sax de Boris Blanchet est accompagné d’Antoine Paganotti qui frappe ses toms puissamment et caresse presque ses cymbales avant que le piano ne fasse son entrée. Le quartet, Gérard Portal est à la contrebasse, recevra l’appui sur deux titres de l’alto, toujours envoutant, de Baptiste Herbin et de la trompette de Julien Alour. Mais singer la musique du grand John n’aurait aucun sens, même pour lui rendre un hommage vibrant. Simon Chivallon et ses musiciens évitent le piège en s’imprégnant du maitre et en faisant leur propre son, leurs propres harmonies. Simon Chivallon qui compose neuf des dix titres, nous offre de belles improvisations au piano et une science de l’arrangement déjà bien éprouvée. Enregistré en live cet album est une belle réussite.

julian Lage

Julian Lage: Modern Lore

 (Mark Avenue/PIAS)

Après avoir longtemps joué de la guitare acoustique en virtuose, Julian Lage s’est découvert une passion pour l’électrique, en l’occurrence une vielle Fender telecaster, cela avait donné un album fort gouteux aux confins du jazz, de la country et de la pop. Arclight en 2016. L’expérience a dû lui plaire car après un petit détour pour jouer du John Zorn avec Gyan Riley, il retrouve ses partenaires Kenny Wollesen & Scott Colley pour un nouvel album studio. Julian Lage a composé des mélodies simples et chantantes (il le revendique) qu’il dessine à la guitare comme au fusain avant d’explorer son manche pour les illustrer, les mettre en couleur. Un répertoire varié, du rock de The Ramble au swing de Earth Science en passant par le romantique Whatever You Say, Henry. Du jazz d’après-midi ensoleillée.

Grizz-Li

Grizz-Li: Electric Bearland

(Tanière/Inouie)

Trompette : Aristide Gonçalves ; Trombone : Flora Bonnet
Saxophone Alto : Florence Kraus ; Saxophone Tenor : Bastien Ferrez
Sousaphone : Mathieu Choinet ; Batterie : Alexandre Bayle
Guitare Electrique : François Verguet
Guitare Electrique Et Chant : Jorge De Moura

Un brass band avec deux saxos, un trombone, une trompette et soubassophone (dans le rôle du bassiste) peut-il faire du rock?  Les huit musicien.ne.s de Grizz-Li affichent clairement leur réponse en treize titres. Oui! Certes leur rock tourne parfois au funk. Mais avec deux guitaristes qui savent envoyer du bois aussi bien que swinguer,   la barre est vite redressée. Un petit côté New Orleans est bien présent aussi, avec ce trombone qui pulse. On pense à Mac Rebennack, le bon Dr John, et pas seulement, parce que ce trombone est aussi joué par une femme. On entend aussi du style Beatles, façon Rocky Racoon. Bien qu’il chante –fort bien- dans la langue de McCartney, la filiation avec Raoul Petite semble évidente.  On s’amuse, on délire, on fait de la musique mais avec le plus grand sérieux! Que cela soit du rock, du jazz, du twist ou de la surf music.  Un album ambitieux et réjouissant.

 

Clovis Nicolas Freedom Suite Ensuite

Clovis Nicolas: Freedom Suite Ensuite

(Sunnyside /Socadisc)

Clovis Nicolas: bass
Brandon Lee: trumpet ; Bruce Harris: trumpet
Grant Stewart: tenor saxophone
Kenny Washington: drums

Second album en leader du contrebassiste français Clovis Nicolas, expatrié à New York, sideman très demandé dans la lointaine Amérique. Il revisite avec ce nouvel opus le fameux Freedom Suite de Sonny Rollins paru en 1958. Pas seulement un hommage mais une relecture en quintet, un trio sax, basse, batterie comme dans la version originale augmenté de deux trompettistes. Seul le titre éponyme est repris, décliné en trois parties. Clovis Nicolas, s’offre le petit plaisir de jouer les quelques mesures du thème à la contrebasse, avec quelques frappes de cymbales avant qu’il ne soit rejoint par les trompettes et le saxophone. Le reste du morceau coulera presque de soi. Les autres compositions sont de la plume du leader à l’exception du Little Girl Blue, un standard de Richard Rodgers, interprété en final, en solo. Tout au long du disque, les trois soufflants festoient allégrement, mêlant leurs voix ou prenant tour à tour leur part du gâteau musical. On le remarque particulièrement dans Grant S, plage 7. Discret, mixé en arrière, Kenny Washington (il a été le batteur de Dizzy et Lee Konitz, entre autres) assure un groove irréprochable, ne s’autorisant que quelques courts breaks en guise de solo.
Au-delà du compositeur et de l’arrangeur, c’est le contrebassiste, l’instrumentiste  (écoutez Nichols and Nicolas) qui est mis en valeur avec ce swinguant opus.
Notons qu’il n’est pas nécessaire de connaitre l’album de Rollins pour goûter celui-ci mais l’occasion est belle de le (re)découvrir. Le plaisir sera double.

Airelle, Édouard et Stéphane

Airelle Besson, Edouard Ferlet & Stephane Kerecki: Aïrés

(Label Alpha)

 

On savait Édouard Ferlet fan de musique classique, trois albums consacrés à Bach dont deux en solo. Ses enregistrements avec Jean-Philippe Virlet relèvent aussi autant du jazz que du classique. Le voir s’associer avec la trompettiste Airelle Besson n’a rien d’étonnant car elle aussi développe dans ses albums une familiarité avec la musique du 19eme siècle. L’entente, la symbiose même, entre les trois musiciens est parfaite qu’ils jouent leurs propres compositions ou des arrangements de Bach, Ravel, Fauré et Tchaïkovski. Si les thèmes sont exposés au piano ou à la trompette, la contrebasse n’est jamais en reste. C’est elle qui apporte sous les doigts de Stéphane Kerecki, la plus grande « touche » jazz, la rondeur, le swing, c’est souvent lui. Il suffit d’entendre le magnifique Histoire d’un enfant de St Agile. L’incipit du disque, Es ist vollbracht, une composition de Ferlet, (inspiré d’une aria de La Passion selon St Jean du grand Jean-Sébastien) est belle démonstration de leur savoir-faire ensemble. La sonorité chaude de la trompette d’Airelle Besson, le moelleux agressif de son phrasé, une rythmique puissante contrebasse-main gauche du pianiste. La main droite se délie ensuite pour relire le thème avant de se lancer dans une impro soutenue par la trompette. Enfin en final, retour du duo main gauche et contrebasse tandis que la main droite plonge dans le cadre du piano et titille les cordes avec les doigts ou une mailloche. Un pur délice.

 

Le diabolique quartette acoustique de Paolo Fresu

Paolo Fresu Devil Quartet – Carpe Diem

Tŭk Music

Pour le nouvel opus de son Devil Quartet, Paolo Fresu a délaissé sa boite à malices électro, Bebo Ferra a débranché sa guitare électrique au profit de deux acoustiques ( œuvres des luthiers italiens Roberto Pozzi & Aldo Illotta). Stefano Bagnoli a mis de côté presque toutes ses baguettes pour mieux nous faire profiter du son subtil de ses balais. Poalino Dalla Porta reste fidèle à sa vieille contrebasse. 14 titres, des compositions de chacun des musiciens. Les amateurs du Devil Quartet connaissent déjà le très beau jeu de Bebo Ferra mais là, son talent explose. Ses superbes phrases, ses lignes mélodiques virtuoses, les séries d’accords ou d’arpèges et autres soli tant avec les cordes nylon qu’avec les métalliques sont de presque tous les instants sur le disque. On l’entend parfois chantonner la mélodie que ses doigts distillent avec grâce, appuyée par les envolées lyriques de Fresu, égal à lui-même. Le son naturel  de son bugle ou de sa trompette  dont il joue, magie de la technique, parfois  en même temps, rappelle par instants l’un de ses maitres, Chet Baker. On s’attardera sur le superbe Secret Love ou sur le très allègre Un tema per Roma . Mais nul doute,  le diable est bien loin de cette musique céleste ou alors il s’est fait très discret.