Archives pour la catégorie Jazz

Des disques et concerts de Jazz

Clax Quartet

Clax Quartet : Les Poussières

(le Maxiphone)

Fred Pouget: clarinettes; Guillaume Schmidt: Saxophones;
Gilles Chabenat: vielle electro acoustique; Anne Colas: flûtes.

Clax est un quartet au line up des plus original, Saxophones, flutes et clarinettes, jusque-là ça va mais l’instrument qui complète le groupe est une vielle électro acoustique, cet instrument à roue avec la petite manivelle qui actionne les cordes. Un instrument nous venant du moyen-âge mais de facture très moderne pouvant être amplifié. Du coup, leur répertoire va forcément être influencé, le sax sonne très jazz, la flute plutôt classique, les clarinettes aussi à l’aise dans un monde que dans l’autre et la vielle rappelle la musique ancienne populaire. Et de fait leur musique est un peu tout ça et encore autre chose. Ils jouent beaucoup sur les timbres, les réponses d’un musicien à l’autre. Clarinette et saxophone assurent parfois une basse continue façon baroque, laissant la flute, la vielle, chanter la mélodie. Le saxophone passe de temps à autres au travers de machines diverses pour exulter dans un chorus surprenant. Mais surtout, chacune des onze compositions quelle soit de Gilles, Fred ou Guillaume fait la part belle à l’émotion. Un voyage subtil dans un univers folklorique contemporain des plus agréables.
Néanmoins, on aimerait assez les entendre reprendre quelques standards de jazz à leur façon.

 

Organ sessions

Fred Dupont: Organ Sessions

(Assai-records)

Fred Dupont/ Orgue Hammond et piano Wurlitzer
Damien Shmitt/ Batterie; Jo Champ/ Guitare
Renaud Gensane/Trompette; baptiste Herbin/ Sax

Un groupe avec Hammond ça doit swinguer, pulser et de fait, ses sessions à l’orgue swinguent bel et bien, les trois premières plages , New Orleans, BlueBlues, Listen Here,  en attestent. Puis Fred Dupont se laisse tenter par un funk enjoué, Mandat Cash, le trompettiste joue à la Miles, période trompette rouge. Le titre éponyme, verse carrément dans une musique très eighties, vocoder presque disco (!). Heureusement, ils se reprennent dans Rhum Express où trompette et sax alto font des merveilles sur les nappes des claviers du B3. Cajun, court retour au funk mais épicé cette fois-ci. L’album fini en toute beauté avec 6 AM, entre tradition et modernité, Dupont semble délier sa main droite dans des trilles enivrants relevées de nouveau par les deux soufflants.  En final, une reprise en live de Listen Here, le plus fringant des titres du CD (le 3e). Une très belle réussite, il faut noter que Fred Dupont est fort bien entouré de très bons solistes. Au sax, Baptiste Herbin, l’un des tous meilleurs alto de ce côté de l’atlantique. Renaud Gensane, trompettiste malgache au groove implacable.

 

Roy @ Nice (Live Report)

Roy Hargrove Quintet live Report

& Pierre Marcus quartet

Le jazz était vraiment à la fête ce mercredi dans l’auditorium quasi complet du conservatoire de Nice. Bien qu’avec son nouveau quartet parisien, Pierre Marcus qui ouvrait le bal, jouait « at home », puisque que c’est au CNRR qu’il a fait ses classes. Le groupe nous présente les nouvelles compositions d’un futur album mais il inclut aussi d’anciens titres comme Longue Attente ou Luboff. Baptiste Herbin était en très grande forme, Fred Perreard plus discret malgré le Steinway. Un répertoire alliant swing et modernité, la parfaite mise ne bouche pour le set qui suivrait.

21h30 tapantes, chaussé d’immenses baskets blanches, costard et nœud papillon, le dandy jazz de Waco -Texas, prend possession de la scène avec son quintet. Pendant près d’une heure et demi, ils vont égrener quelques titres dans un style hard bop revendiqué. (Never Let Me go, Actual Proof, et bien d’autres) Roy, joue de la trompette et du bugle mais il chante aussi (il pourrait s’en passer d’ailleurs), il danse, il passe, de même, de long moments assis au fond de la scène sur son tabouret de bar, comme méditant avec sa bouteille d’eau pendant que ses musiciens swinguent élégamment. Justin Robinson était impérial avec son alto. Le batteur, à la tenue des plus étonnantes et à la superbe cymbale, a assuré un groove de tous les instants. Le bassiste, Ameen Saleem, bien qu’en retrait sur la scène, ne le fut pas du tout musicalement, la casquette vite posée sur le haut du manche de sa contrebasse, il nous a produit quelques superbes chorus sans se départir un instant d’un large sourire. En toute fin de set Hargrove invite un Baptiste Herbin aux anges, à venir partager la scène pour deux morceaux. Trompette et deux sax alto: de l’énergie vitale en notes bleues. En rappel, un twist suivi d’un morceau où Roy s’essaye avec bonheur (cette fois-ci) au scat.

Alors que la salle se vide, que Quincy Phillips démonte sa batterie, Hargrove revient pour une courte impro au piano.

Cette belle salle convient, on s’en doutait, fort bien au jazz, espérons que l’on y reviendra bientôt pour d’autres concerts de cette qualité.

Think Bach Op.2

Edouard Ferlet: Think Bach op.2

(Mélisse)

A l’écoute de ce nouvel album, et de quelques-uns qui l’ont précédé, on peut penser que Edouard Ferlet prend à son compte l’affirmation de Didier Lockwood disant que « JS Bach est le premier des jazzmen ». Ferlet aime Bach, il le déclame dans une longue missive dans le livret inclus dans le digipack. Après un op.1 dans lequel il jouait des pièces de Bach, modulées, harmonisées, déconstruites en jazz, dans cet op.2, à l’exception du concerto en Fa, il compose les neuf autres titres, inspirés cependant d’œuvres du maître. Jean-Sébastien n’aurait certainement pas appelé une de ses variations Crazy B, mais Ferlet utilise une simple phrase de Bach pour en faire son thème, d’autre comme les Bacchantes sont inspirés de compositions initialement destinées au violon. Mais peu importe, somme toute, car le talent du pianiste transforme toutes ses œuvres en pièces très personnelles où sa virtuosité n’a d’égal que ses formidables capacités les faire swinguer.

Sun Dew

Heloïse Lefebvre / Paul Audoynaud:
Sun Dew

(Laborie Jazz)

Héloïse Lefebvre : Violin, Viola, Voice; Paul Audoynaud : Guitars
Liron Yariv : Cello; Johannes Von Ballestrem : claviers;
Paul Santner : Double bass, Electric bass;
Christian Tschuggnall : Drums, Percussion, Lap steel guitar

Sun Dew est un projet créé à Berlin par la violoniste Héloïse Lefebvre et le guitariste Paul Audoynaud. Un sextet avec violon, violoncelle, contrebasse, guitare, claviers et batterie. Une formation insolite que l’on aura du mal à classer jazz malgré leur label fortement orienté sur cette musique mais peu importe. Les deux leaders se partagent les compositions dans des styles assez différends allant de la musique classique, trio à cordes, folk jusqu’à des influences rock indéniables. Leur adaptation en un seul long morceau, de quelques titres de Queen of The Stone Age, est des plus étonnante. La guitare se permet de hurler un peu avant de céder la place au violon lancinant puis de mieux reprendre son chorus débridé. Paul Audoynaud est un fort bon guitariste mais c’est quand il fait crier les six cordes de sa Telecaster qu’il est le plus éloquent, bien que « Tones of The Blackwood » fasse ressortir quelques belles envolées en acoustique. Un des plus belles plages du CD est celle intitulée Clint. Elle fait la part belle à chacun des solistes, dans un thème qui va crescendo. Un univers onirique et habité servit par des arrangements de premier ordre. A découvrir donc et à suivre ensuite.

Rousseau/ Marguet 5et

Rousseau/ Marguet Quintet: Spirit Dance

(Cristal Records)

Fabrice Martinez – trompette, bugle; David Chevallier – guitare électrique; Bruno Ruder – piano, Fender Rhodes
Yves Rousseau – contrebasse, composition ;
Christophe Marguet – batterie, composition

Pour ce 5e album qu’ils réalisent en commun, le contrebassiste Yves Rousseau et le batteur Christophe Marguet ont monté une nouvelle formation avec un trompettiste, un guitariste et un pianiste. Les deux leaders se partagent les douze compositions. Ils jouent un jazz résolument moderne, électrique, qui laissent une belle place aux solistes même si la rythmique est bien présente et puissante. Bruno Ruder alterne piano acoustique et Fender Rhodes avec autant de bonheur. Fabrice Martinez apporte une très forte dynamique tant avec sa trompette que son bugle même dans des titres plus calmes (Pénombres). Mais la véritable découverte est le guitariste David Chevalier que je n’avais entendu qu’au théorbe ou à la guitare baroque. Il joue ici de la guitare électrique et quel lyrisme, quelle présence, quelle musicalité. Un quintet très équilibré, des musiciens passionnés et passionnants, on en redemande.

François Poitou

François Poitou: Funambule

(Yovo Music)

François Poitou : contrebasse, compositions, arrangements ;
Federico Casagrande : guitare ; Aude Marie Duperret : alto ;
Maxime Berton : clarinette basse, sax soprano ;
Bastien Ribot, Saul Crespo Saldana: violon: violon

François Poitou est contrebassiste de jazz mais aussi compositeur et arrangeur. Pour son premier projet en leader, il a monté un groupe assez original sans batteur. Un quintet violon, alto, guitare, saxophone et contrebasse donc. Pour le disque, un second violon vient compléter la formation. Huit compositions et une reprise de Matthieu Chédid pour un répertoire étonnant, inclassable mais extrêmement gouteux et audacieux. Les cordes tissent une trame assez douce (parfois en pizzicati)  que le saxophone ponctue tantôt allègrement, tantôt délicatement. La clarinette basse apporte un soupçon de lyrisme. Poitou et sa contrebasse assurant la pulsation, la rythmique et quelques belles parties solo. Mais l’album vaut beaucoup par le jeu littéralement envoutant de Federico Casagrande à la guitare. Le guitariste italien n’use pas de grands effets ou de chorus virtuose mais il a une présence et un son même s’il est plutôt mixé en arrière-plan. De la musique de chambre contemporaine qui swingue, qui groove cela pourrait fort bien s’appeler du jazz.