Archives pour la catégorie Jazz

Des disques et concerts de Jazz

Twins

Collectif La Boutique: Twins

(La Boutique/ L’autre distribution)

Contrebasse : Yves Rousseau; Hautbois : Vincent Arnoult; Batterie : David Pouradier Duteil; Clarinette : Nicolas Fargeix; Basson : Anaïs Reyes; Trompette : Fabrice Martinez; Clarinette basse : Emmanuelle Brunat; Saxophone : Clément Duthoit; Composition : Jean Rémy Guédon
Accordéon : Vincent Peirani

« Twins » est le premier album du Collectif La Boutique.
Le trompettiste Fabrice Martinez, directeur artistique du projet, a choisi d’explorer le répertoire du compositeur et guitariste Jean-Rémy Guédon. Onze thèmes repris, revisités, par les huit membres du groupe qui invitent l’accordéoniste Vincent Peirani. L’idée originale de Fabrice Martinez est de faire jouer les parties initialement écrites pour la voix, par l’accordéon. Appuyé par un duo rythmique robuste et corsé, le dialogue s’instaure entre les instruments à vent de l’ensemble et les touches nacrées de Peirani. La beauté particulière de cet enregistrement est la délicate fusion d’harmonies venues du classique, jouées par le basson, le hautbois ou les clarinettes, métissées avec celles issues du jazz, de la trompette, des saxophones ou encore de la clarinette (qui joue dans les deux camps). Ne nous trompons pas, il s’agit bien plus d’une collaboration que d’une rivalité car la musique sort bel et bien gagnante de cette confrontation amicale. Quant à Vincent Peirani, après Living Being, Jokers, Abrazo, Correspondances,…) il agrandit encore sa palette avec ce nouveau projet.
Martinez-Peirani, une association qui fera date!.

 

 

Lady Sings the blues, Boys Dig the Beat

Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle: Eleanora

(CQFD/L’autre Distribution)

Bastien Brison, piano; Julien Didier, upright bass; Julien Ecrepont, trumpet; Corentin Giniaux, clarinet, tenor sax; Jonathan Gomis, drums; Jean-Philippe Scali, alto sax, clarinet; Vincent Simonelli, guitar; Nicolle Rochelle, vocals.

Dans cet album sous-titré, The Early Years of Billie Holiday, le groupe Hot Sugar Band, rend hommage à LA chanteuse de jazz que fut Eleonra Fagan, dites Lady Day, plus connu sous son nom de scène: Billie Holiday. Le répertoire de l’album plonge dans les premiers titres de la chanteuse dans les années 30. Quelques thèmes sont devenus des standards tel Fine and Mellow, The Man I Love ou encore Yesterdays (avec un « s » pas celui de Sir Paul). Nicolle Rochelle relève le défi et prête sa voix à Billie avec bonheur, sans en faire trop, sans chercher à l’imiter. Une voix chaude, un chant gouailleur, un phrasé un peu trainant qui illumine ses blues. Mais ces cantilènes ne seraient rien sans les sept Boys du Hot Sugar Band (HSB pour les intimes) les font vibrer, les font swinguer avec une efficacité redoutable.

Des arrangements léchés. Les soufflants (trompette, sax, clarinettes) fusent, s’égaillent, les chorus jaillissent. Guitare et piano alternent entre rythmique et courts solos alors que basse et batterie recadrent tout le monde.

Alors, si au bout de deux à trois morceaux vous ne tapez pas du pied…

 

 

Thomas et Jimi

Thomas Naïm: Sounds Of Jimi

 (Rootless Blues / L’autre Distribution / Idol)

Thomas Naïm:guitares;  Marcello Giuliani: contrebasse; Raphaël Chassin: batterie.

Il est tentant quand on est guitariste et qu’on aime le rock de s’attaquer au répertoire de Jimi Hendrix. Mais il faut avoir quelque chose à dire avec ses dix doigts et ses six cordes pour que le jeu en vaille vraiment la chandelle et, à ce jeu-là, Thomas Naïm fait vraiment très fort. Il suffit d’écouter la version jazzy de Fire qui ouvre l’album pour se rendre compte qu’il ne veut pas faire un hommage, en jouant note à note, les morceaux du génial guitariste de Seattle, comme ces nombreux tribute bands insipides. La présence de Hugh Coltman et sa voix, savamment nonchalante, sur deux titres confirme la bonne impression du début. L’un des grands moments du disque est la reprise de Villanova Junction qui fit le bonheur des 30 000 personnes encore là, au petit matin du 18 aout 69, à Woodstock. le trio de Thomas Naïm en donne ici une version toute en retenue et en élégance. Evitant les fioritures ou les effets de manche (de Stratocaster). On s’amusera du jeu à la Dick Dale dans une adaptation étrange de Purple Haze. Parmi les autres invités de l’album, Erik Truffaz ornemente façon jazz Manic Depression avec sa trompette, on se prend à rêver qu’Hendrix puisse entendre ça! Quant aux deux titres en acoustiques, Little Wing et Voodoo Child, elles nous mènent au cœur du blues. Superbes arrangements pour un jeu tout en feeling.
Thomas et Jimi, paire d’as.

Leyla McCalla

Leyla McCalla: Vari-colored Songs

Smithsonian Folkways Recordings

Leyla McCalla réédite son premier album paru en 2013 avec un titre en bonus, sur le prestigieux et militant label Smithsonian Folkways Recordings. Bonne occasion pour (re)découvrir cette chanteuse engagée,  violoncelliste , à la voix chaude et prenante.
Je profite pour rééditer aussi ma chronique parue dans le magazine Nouvelle vague  en octobre 2013.


D’origine haïtienne, née à New York, Leyla McCalla, y étudie le violoncelle classique avant de quitter Manhattan pour la Nouvelle Orléans où elle découvre le blues, le jazz. C’est là que sa carrière va prendre forme. Jouer du blues ou du zydeco au violoncelle, ce n’est pas banal mais comme elle l’affirme: « Le violoncelle est un instrument tout-terrain. Il faut le sortir de son carcan. » La chanteuse a mis des notes sur les mots de Langston Hugues, poète de Harlem au début du siècle, à qui l’album est dédié. On trouve aussi quelques morceaux traditionnels. Elle joue aussi du banjo et de la guitare accompagnée par un ou deux musiciens (pedal steel, percussion, guitare), cela donne un style folk blues assez atypique où le chant en créole vient parfois se substituer à l’anglais. Superbement mélancolique!

 

Bas les masques!

Francesco Bearzatti Tinissima 4et: Zorro

(Cam Jazz /L’Autre Distribution)

Danilo Gallo: Bass, Guitars; Giovanni Falzone: Trumpet, Flugelhorn;
Zeno De Rossi:  Drums, Percussion; Francesco Bearzatti: Sax, Clarinet.

Après un magnifique disque consacré à Coltrane (Dear John – Cam Jazz), le saxophoniste et clarinettiste Francesco Bearzatti renoue avec son quartet Tinissima. Celui d’un jazz de résistance, d’un jazz engagé. (Mais ne doit-il pas l’être toujours?).  Dans le sillage de Tina Modotti, Woody Guthrie, Malcom X ou encore l’étourdissant Monk’n’Roll, c’est au mythe de Zorro que s’attaque le quartet avec une biographie musicale de l’homme en noir –non, pas Johnny Cash!
Zorro centenaire cette année, amène avec lui bien plus qu’un esprit frondeur qui sied parfaitement à la musique de Bearzatti et ses compères…. Les thèmes portent des noms évocateurs (Zorro, Bernardo, Tornado,..) et ils nous entrainent au cœur cette Californie espagnole …La poussière, les chevaux, le chaud soleil et Don DIego et son alter ego masqué.

L’imaginaire de Bearzatti n’est jamais bridé quand il fait de la musique et le personnage de Zorro lui convient fort bien.

L’étonnante flute en bois de Terra India, le coté Mariachi swinguant de EL regreso avec sa guitare distordue et le duo à l’unisson sax trompette, l’esprit free jazz de Sargento Garcia, la tendresse de Lolita, trompette bouchée, guitare en arpèges. Pour finir l’album, El Triunfo Del Zorro nous offre même un thème avec un riff façon Lalo Schiffrin.

Un album poétique, généreux, faussement foutraque et joyeusement persifleur.

Noir Lac

David Neerman: Noir Lac

(Klarthe / Pias)

Compositions, vibraphone David Neerman
Voix Krystle Warren
Balafon Lansiné Kouyaté
Ensemble vocal Sequenza 9.3 avec Armelle Humbert, Céline Boucard (Soprano), Sophie Poulain et Clothilde Cantau (Alto), Steve Zheng et Safir Behloul (Tenor), Laurent Bourdeaux et Xavier
Margueritat (Basse),
Direction Catherine Simonpietri
Arrangements pour les voix Manuel Peskine

Prenez un ensemble vocal a cappella, capable de jouer chanter du jazz, de la musique médiévale ou contemporaine (Sequenza 9.3), associez-les à un vibraphoniste (David Neerman), un balafoniste malien (Lansiné Kouyaté) et une chanteuse de soul-jazz américaine (Krystle Warren). Vous les réunissez dans une abbaye cistercienne du 12e siècle avec, sous le coude, quelques compositions originales et deux tubes de la pop culture, vous obtenez ce somptueux Noir Lac, le nom de ladite abbaye et aussi de l’album.
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Chaque musicien, chaque instrument, chaque voix concourent à apporter sa part d’émotion. Et toutes réunies propulsent l’auditeur vers une acmé de sensibilité, d’harmonie.  Les univers pourtant bien différents de la musique mandingue, des chants grégoriens ou des boucles sérielles façon Arvo Part, semblent ici voguer dans un même espace musical global. Un des plus bels exemples est la façon dont in s’approprie le Us and Them de Pink Floyd. Le balafon introduit le rythme, la basse continue puis Sequanza crée un cocon de voix alors que Krystle Warren chante la mélodie accompagnée des résonances cristallines du vibraphone et de son cousin africain, le balafon. Une merveille.

Absolument immanquable.

Trafiquants de Jazz

Le Deal: Jazz Traficantes

(Favorite Recordings)

Ce disque a d’abord une belle histoire. Alors qu’il séjourne aux Etats-Unis après une série de concert, Florian Pellissier décide d’enregistrer avec ses acolytes pendant quelques heures dans les mythiques studios de Rudy Van Gelder, (l’ingénieur du son de Blue Note) dans le New Jersey. Un nouveau batteur rejoint le groupe devenu Le Deal. Il est désormais composé de Florian Pellissier aux claviers, Théo Girard à la contrebasse, Yoann Loustalot à la trompette (vieux compagnon de route du quintet de FP) et Malick Koly à la batterie (il officiait à New York dans le quintet de Wallace Roney). Il ne faudra que quelques heures aux quatre musiciens pour enregistrer ce Jazz Traficantes. La présence de Maurren qui fut l’assistante de Van Gelder pendant 30ans et la fameuse architecture en forme de chapelle ont de quoi inspirer.

Et leur musique, me direz-vous?
Cinq thèmes basés sur de superbes mélodies, dans un style allant du hard bop au jazz modal. Le bugle de Yoann Loustalot, suave et câlin dans Jazz Traficantes, ouvre l’album avant de laisser le piano de Florian Pellissier prendre sa place, court solo, la magie opère. Le titre suivant Riot in Chinatown est plus sec, plus nerveux, la contrebasse duette avec le piano sous les assauts telluriques du batteur, seule la trompette apporte un peu d’aménité. Mais la pièce maitresse de l’album est, bel et bien,  Mexican Junkanoo.  19 minutes,  portées par le magistral jeu de Loustalot, tour à tour vivifiant, intense, poétique, coloré, avec ses notes qui chatouillent l’oreille et l’âme. Les trois autres musiciens ne sont pas en reste, ils créent l’atmosphère propice et subtile qui se dégage de cet album. Plus en retrait que dans Bulle, son album de l’an dernier, Théo Girard assure, avec les vrombissements de sa contrebasse, associés aux polyrythmies de Malick Koly, un groove indéniable. Quant à Florian Pélissier, assis derrière le vieux Steinway sur lequel ont enregistré tant de pianistes célèbres (Monk, Hancock, McCoy, …), il déroule ses lignes mélodiques, ses arpèges. La main droite caracole sur les blanches, les noires, rajoutant juste ce qu’il faut de swing à l’énergie vitale du quartet.

Un disque qui va tourner et tourner encore dans le lecteur, c’est le Deal !

Aldo Romano revient

Aldo Romano: Reborn

(Le Triton/ L’autre Distribution)

ALDO ROMANO BATTERIE ; JASPER VAN’T HOF  PIANO, CLAVIERS ; DARYLL HALL  CONTREBASSE ;

ENRICO RAVA TROMPETTE; BAPTISTE TROTIGNON PIANO ; MICHEL BENITA  CONTREBASSE;

GLENN FERRIS  TROMBONE ; YOANN LOUSTALOT  TROMPETTE ; GÉRALDINE LAURENT SAXOPHONE;

MAURO NEGRI  CLARINETTE

Un nouvel album d’Aldo Romano dans les bacs ne peut que réjouir l’amateur de jazz. Et, quand on lit la longue liste des musiciens qui l’accompagnent dans cette série de concerts enregistrés en live au Triton à Paris, le plaisir est décuplé. On ne peut que glisser dans le lecteur (fût-il virtuel ou numérique) cette galette de polycarbonate, (ou cette suite d’octets) puis s’assoir tranquillement et déguster. Une séance avec Rava, Trotignon et Daryll Hall, une avec Géraldine Laurent, Henri Texier et Mauro Negri, une autre avec Michel Benita, Glen Ferris et Yoann Loustalot et le duo, un peu surréaliste, avec le claviériste Jasper van ‘t Hof.
Les jeunes instrumentistes tiennent la dragée haute à leurs ainés. Yoann Loustalot métamorphose totalement le Twenty Small Cigars repris de Frank Zappa (il fut aussi enregistré par JL Ponty). Le saxophone de Géraldine Laurent et la clarinette de Mauro Negri semblent parfois ne faire qu’un. Une fusion intense catalysée par la rythmique d’exception, Texier-Romano. Quant à Baptiste Trotignon (ah l’élégance de son phrasé, de son touché!), il parait avoir jouer toute sa vie avec Enrico Rava (dont la sonorité est toujours aussi majestueuse). Un peu derrière, le maestro Romano semble à la fois goguenard et joyeux, sous son bandana, frappant ses fûts et cymbales comme si s’était son premier enregistrement. Il s’offre même deux minute de solo, quasi tribal, en presque fin de disque avant de laisser Enrico Rava conclure et ravauder leur rêve.

Aldo Romano à La Gaude Nov2018

Kyle Eastwood à Grasse

Kyle Eastwood  Quintet

17h, ce dimanche, au Théâtre de Grasse. Les seuls sièges rouges encore non occupés sont floqués d’un sens interdit. Respectons la distanciation.
Monsieur Florés, le directeur, présente la soirée en souhaitant la bienvenue au public et en dédiant le concert à la mémoire de Samuel Paty, le professeur lâchement assassiné.
Silence…
Puis les cinq musiciens prennent possession de la scène et attaquent directement le premier titre de la soirée, « Skyfall », la chanson écrite par  Angèle pour le film du même nom, mais dans un arrangement largement métamorphosé . Ils joueront ensuite la presque totalité de leur récent album « Cinematic », comme Kyle Eastwood nous le raconte entre chaque morceau dans un délicieux mélange de français et d’anglais (le français pour le public, l’anglais pour son groupe ?). Ils prennent à leur compte chaque thème qu’il soit de Mancini, de Morricone, de Bernard Hermann,… pour le faire leur et nous entrainer dans un kaléidoscope d’images sonores pendant près d’une heure et demi. Les dialogues ou les contre-chants à la tierce, à l’unisson de la trompette (Quentin Collins) et du saxophone (Brandon Allen) sont admirables.  Le pouvoir évocateurs du groupe est vraiment puissant, à tel point que dans leur interprétation du thème de Lalo Schifrin dans « Bullitt », on ressent presque les chaos des rues de San Francisco sous les roues de la Mustang Fastback ou de la Dodge Charger, rythmés par la contrebasse tellurique de Kyle. Il se soufflera sur les doigts à la fin du morceau avant d’attaquer le suivant.
Chacun des spectateurs aura son moment préféré dans le concert mais indubitablement l’un des summums fut « Gran Torino », une composition du fils pour le film du père. La contrebasse et le piano (Andrew McCormack tout en subtilité)  en duo avec quelques légers coups de balais sur les cymbales de Chris Higginbottom, puis, le solo de saxophone tout en finesse. Ils finissent leur set avec le joyeux et virevoltant « Pink Panther », que tout le monde a reconnu avant la deuxième mesure.
En rappel, « Moanin », un blues de Charles Mingus, introduit à la contrebasse par Kyle, seul sur scène avant d’être rejoint par tout son quintet.

On va au théâtre, voir et écouter un concert, et on sort heureux, en ayant envie d’aller au cinéma.

Le 18/10/20 au théâtre de Grasse (06)

Christophe Panzani: Les correspondances

Christophe Panzani: Les correspondances

 (The Drops Music / Outhere)

CHRISTOPHE PANZANI QUINTET
Christophe Panzani : saxophone ténor - Vincent Peirani : accordéon, Pierre Perchaud : guitare - Bruno Schorp : contrebasse - Antoine Paganotti : batterie

QUATUOR VOCE
Cécile Roubin & Sarah Dayan : violon - Guillaume Becker : alto - Lydia Shelley : violoncelle

ARTE COMBO
Mayu Sato : flûte - Annelise Clément : clarinette, Cyril Normand : cor français - Frank Sibold : basson
Isabelle Olivier : harpe

 

On ne peut pas dire que Christophe Panzani refasse toujours le même album. Après « Les mauvais tempéraments », le précédent, où il se confrontait à des pianistes en une série de duo, il créé pour ce nouveau projet le Large Ensemble. La réunion d’un quatuor à cordes (le Quatuor Voce), d’un quintet à vent (Arte Combo) et son propre quintet jazz (avec guitare et accordéon!). Après s’être acoquiné avec le rock ou la musique progressive depuis le début des années 70, les passerelles entre musique classique  et le jazz sont de plus en plus fréquentes, peut-être parce que les musiciens actuels ont souvent la double formation qui leur permet d’appréhender les deux genres avec autant de pertinence. Ce sont donc ces correspondances (au sens d’échanges épistolaires) que le saxophoniste va explorer dans ce nouvel opus. Une étude fort pertinente sur  l’intertextualité musicale entre le jazz moderne et la musique classique du 20e siècle. Outre trois de ses propres compositions, Panzani arrange donc à sa manière trois œuvres rares du répertoire, écrites à l’origine pour le piano. Satie, Darius Milhaud et Messiaen. Ces correspondances sont donc plus des rencontres qu’un affrontement entre deux mondes musicaux. Car ceux-ci ont beaucoup à se dire. Jouer du Messiaen comme un standard de jazz n’aurais pas vraiment de sens, sans l’imagination du saxophoniste. L’allant de la guitare de Pierre Perchaud sur la deuxième « Danse de Travers » (Satie) allié à un ténor virevoltant et un accordéon balkanique à tout pour séduire.  Il en sera de même quand les cordes et les vents entremêlent leurs croches alors que contrebasse et batterie marquent le tempo. Da la musique savante qui s’encanaille dans des impros jazz. Faire jouer du modal à un basson, un cor français, un alto et un violoncelle sur une compo Darius Milhaud peut paraitre -à certains- offensant ou pour le moins singulier. Et pourtant écoutez cet album, vous ne pourrez qu’être convaincu que ces musiques peuvent exister ensemble. De plus le disque n’a pas bénéficié d’artifices de studio, il a été enregistré en public, les applaudissements en témoignent!