Archives pour la catégorie Jazz

Des disques et concerts de Jazz

Syna Awel 4et/ Yaron Herman trio

La salle du forum Nice-Nord est, une nouvelle fois, pleine pour cette nouvelle soirée de jazz. On se pousse, on se décale pour libérer des places, des strapontins. La soirée commence avec le nouveau quartet de la chanteuse Syna Awel. Jo Kaiat est au piano, Jean-Christophe Bournine délaisse les loopers de son alter ego Merakhaazan, la jeune Dido est debout devant son pad de batterie électronique et sa derbouka. C’est Jean-Christophe Bournine qui ouvre le set avec une intro où les cordes de sa contrebasse, frappées par l’archet sonnent comme un oud. Belle écrin pour la voix de la chanteuse Syna Awell. Elle chante en berbère, en français, en anglais des mélodies orientales mais pas seulement car après ce qui ressemble beaucoup à du reggae, le groupe termine par une valse. Mais on n’est pas à Vienne le piano de Jo Kaiat nous le rappelle en mode swing. Le public en redemande mais c’est l’heure d’accueillir le trio de Yaron Herman. Au côté du toujours remarquable batteur Ziv Ravitz, avec ses deux caisses claires, se trouve l’étonnant bassiste afro-américain Joe Sanders. Leur répertoire, ce soir, est essentiellement tiré du récent album du trio  » Songs Of The Degrees » publié chez Blue Note. Les influences de leur musique s’étendent bien au-delà d’un jazz traditionnel, quelques touches orientales mais aussi des harmonies inspirées de la musique classique du début du 20e siècle. Les puristes auront droit à un blues. Un vrai trio de jazz où chacun joue sa partie à l’écoute des deux autres. Les interventions vigoureuses de Ziv Ravitz sur les chorus du pianiste ou les parties de basse de Joe Sanders et ses somptueux solos. Yaron Herman n’en revient pas, il nous dit juste avant le rappel : »Vous imaginez le kif de jouer avec des types comme ça !  » et ils attaquent « Just Being« . Un jazz chaleureux fort en émotion.

le 6 avril 2019 au Forum Nice-Nord.

 

 

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Matthieu Boré à la sauce louisianaise

Matthieu Boré « Gumbo Kings »

(Bonsaï Music/Sony)

Dans son précédent album, Matthieu Boré faisait le crooner en mode léger, piano contrebasse et reprises. Pour ce nouvel opus, il met du soleil et des épices dans ses notes, il compose douze titres et s’en va vers la lointaine Nouvelle Orléans, mère du jazz, il réunit, autour du fameux batteur Jeff Boudreaux, quelques musiciens du cru qu’il nomme Gumbo Kings, du nom du plat traditionnel de la Louisiane et en avant la musique. Et même si l’enregistrement c’est fait dans nos contrées, ça swingue, ça chaloupe, ça tangue, ça virevolte, pulsée par la trompette, le saxophone ou une discrète clarinette. Et derrière ses claviers (piano, Rhodes) Matthieu Boré donne de la voix paisiblement, on ne s’énerve à pas là-bas. Ce qui n’empêche pas le groove de s’installer sur les notes d’un B3, d’une basse rondelette. Le bon Dr. John ne renierait pas le « Ready To Settle Down« , le regretté Allen Toussaint non plus. Ce Gumbo Kings est donc à déguster avec gourmandise .

Les broderies d’Armel Dupas

Armel Dupas: Broderies

(Stereodisque / L’autre Distribution)

Avec ces Broderies, le pianiste Armel Dupas signe son troisième album, le premier en solo. Et, plutôt que d’interpréter ses propres compositions, il joue onze pièces, écrites pour lui,  par son amie, la saxophoniste Lisa Cat-Berro. Des courts morceaux qui s’inspire autant du jazz que de la musique classique moderne. Il y a du Bill Evans ou du Keith Jarrett comme du Erik Satie. Adieu les parties électro qui émaillent ses albums en trio, ici on est dans l’intime, dans la douceur, dans la finesse du touché. Un disque qui porte fort bien son nom, chaque thème est traité par Armel Dupas aux points de croix, aux points de chainette ou de plumetis, tout en subtilité et en grâce sur les touches de son piano. (son piano d’enfance dit-on!) Un voyage au cœur de la mélodie, de la beauté simple, nue, sans artifice comme celle des neiges de Yasunari Kawabata. Un album qui nous rend apaisé et serein!

https://www.youtube.com/watch?v=wLHGBFqurys

La belle Nature de Cécile Andrée

Cécile Andrée: Nature

 (InOuies Distribution)

Vous l’aurez remarqué, le printemps est là, les oiseaux chantent, la nature exulte, c’est donc le moment idéal pour découvrir un album qui porte ce beau nom de « Nature« . Il est sorti tout récemment, c’est le premier de la chanteuse Cécile Andrée. Elle vit à Marseille et elle a enregistré son disque avec un trio d’excellents musiciens marseillais eux-aussi.
Cécile chante mais elle a aussi composé, écrit et arrangé neuf des onze titres du disque. Les deux autres étant de fort belles reprises de Sting (I Was Brought to My Senses) et de Radiohead (Street Spirit).
Cécile chante mais, surtout, elle joue de la voix. Vocalises susurrées, scat, onomatopées lancées, du parlé-chanté qui soudain s’envole, en français, en anglais, simples vibrations habilement maitrisées qui entrainent l’auditeur dans un monde apaisé.
Cécile chante des chansons jazz, un peu mélancoliques, poétiques, éthérées, enluminées par les superbes parties de piano de Ben Rando qui ornementent ses mélodies. Le jeu de batterie ferme mais raffiné de Cédric Bec associé à la contrebasse discrète d’Olivier Lalauze complète un tableau musical fait de petites touches de couleur pastels. Une agréable découverte que l’on attend de savourer de vive voix!

Pierre Bertrand & Caja Negra: Far East Suite

C’est dans le très bel écrin du théâtre Francis Gag, dans le Vieux-Nice que Pierre Bertrand nous donne rendez-vous pour le premier de ses trois concerts Far East Suite qu’il donne avec son groupe Caja Negra. Boite Noire, fauteuils rouges, éclairages très blancs. 20h30 passées de quelques minutes, les sept musiciens sont sur scène Le spectacle peut commencer. Le lineup est très proche de celui du disque dont on célèbre la sortie niçoise. Seul le bassiste a changé, c’est Christophe Wallemme qui est derrière la contrebasse. Une seule chanteuse, Sabrina Romero qui assure aussi des percussions au cajon et …la danse flamenca. Duke Ellington ne l’avait surement pas prévu comme ça, sa suite du lointain orient mais nul doute qu’il eut apprécié la performance!

Les sept musiciens jouent les neuf thèmes dans l’ordre du disque, de Tourist Point Of View jusqu’à Ad Lib On Nippon mais avec ce petit plus du live qui autorise quelques belles improvisations débridées. Pierre Bertrand s’en donne à cœur joie tant au ténor qu’au soprano et même à la flute traversière. Un des vrais plus des arrangements qu’il a écrit, c’est la place donnée au violoncelle, et aux superbes parties que joue Pierre-François Dufour, à l’archet, en pizzicati ou en percussion directement sur la caisse du cello. Il est aussi batteur dans d’autres formations. Les quelques duos sax soprano/ violoncelle sont de toute beauté tant leurs timbres se marient bien. Tout au fond, Minino Garay est derrière une batterie mais assis sur un cajon, batteur un jour, percussionniste toujours. Louis Winsberg alterne entre une guitare très espagnole et un saz à la sonorité plus métallique, plus sèche. Le plus beau moment du concert restera le Blue Pepper, avec la longue introduction violoncelle-saz et les très beaux passages en piano solo d’Alfio Origlio, du blues à la mode indienne.
Un voyage en orient nissart, au printemps, que demander de plus.

Le 22/03/19 au Théâtre Francis Gag – Nice (06)

https://www.pierrebertrand.com/

Kenny Garrett Do Your Dance

Une première partie intéressante dont on retiendra la performance du bassiste niçois de JCat, Thomas Cordogli, la belle voix de Mey, dans un répertoire plus Nu-soul que vraiment jazz. Une mention particulière pour la chanson sans parole « Vocalises« . Mais du jazz, on va en avoir et quel jazz!
Le public nombreux – il y a même du monde au balcon (!)- s’apprête à vivre deux heures fabuleuses avec le quintet de Kenny Garrett. Un quintet de haute voltige, Kenny est accompagné par, de gauche à droite, Vernell Brown Jr au piano, Corcoran Holt à la contrebasse, le jeune et phénoménal batteur antillais Samuel Alisio et Rudy Bird aux percussions. Kenny Garrett à l’alto entame un thème très coltranien, aussi modal que fifties. Pianiste et bassiste se relaient pour les solos. C’est grand.
Passage au soprano, un plus rythmé, Garrett cite Miles Davis avec quelques notes de Jean-Pierre. Plus calme, presque bossa, le morceau suivant évoque lui, Body and Soul. Un petit tour par l’Afrique ensuite, avec des consonances amérindiennes aussi. On entendra My FavoriteThings (Coltrane toujours!) s’échapper du Steinway puis la voix de Kenny Garrett entonner un chant avant de passer à l’hymne de la tournée, titre du dernier CD, Do Your Dance. Chant, danse, blues, rythm and blues, le public s’anime dans l’auditorium. Le saxophoniste continue son histoire du jazz en quelques leçons en se lançant dans un bebop que Charlie Parker ne renierait pas avant de décocher un chorus frisant le free où l’on croit, là encore, reconnaitre quelques standards à peine esquissés. Une fausse sortie qui laisse Samuel Alisio seul, à marteler –et de quelle façon- fûts et cymbales et c’est le rappel. Un classique, au répertoire depuis de nombreuses années, Happy People. La soirée ne semble pas vouloir finir, tous les musiciens comme le public, en verve lui aussi, chantent à l’unisson (ou presque).
C’est le printemps du jazz à Nice…
Just for Fun (20s)

Le 21/03/19 à l’auditorium Joseph Kosma du Conservatoire – Nice (06)

Hugh Coltman et ses Happy fews

En ce jeudi printanier, la salle du Minotaure, à Vallauris affiche quasiment complet quand, avec moins de quelques minutes de retard, Hugh Coltman, veste lamée argent sur chemise blanche, prend place devant son micro. Il est précédé par son batteur Raphael Chassin qui entame, à peine assis sur son tabouret, le riff d’intro (grosse caisse-tom basse) de « Civvy Street« . Tout le groupe est là. Trompette, trombone et sax baryton sur la gauche. Un peu en retrait, le guitariste Freddy Koella dirige la troupe du regard. A droite, caché derrière son soubassophone, Didier Havet pulse ses notes tandis que Gaël Rakotondrabe s’affaire sur son piano droit qui sonne un peu bastringue. De Vallauris, on est désormais à la Nouvelle Orléans, ça swingue, les cuivres s’encanaillent sur Sugar Coated Pill, la clarinette de Frédéric Couderc virevolte, le public est aux anges. Freddie Koella nous offre un superbe solo pour illustrer Lady Bird, suivit par la trompette de Jérôme Etcheberry. Entre les morceaux, Hugh Coltman nous entretient de ses pensées sur le brexit (il est anglais!) sur Trump et sur le souvenir merveilleux qu’est celui du premier baiser. Le trompettiste va faire un tour dans le public, le batteur s’offre un long solo pour introduire, « Caravan« , une reprise de Duke Ellington qui sera l’une des rares chansons à ne pas figurer dans l’album Who’s Happy? Un passage dans le bayou louisianais, Voodoo Working très enlevé avec le trombone de Jerry Edwards déchaîné. Petit passage plus folk, plus intime, le crooner s’efface un peu, Coltman prend sa guitare pour deux titres dont l’un chanté en partie en français et l’autre qui évoque son papa malade (All Slips Away). Puis retour at New Orleans avec une petite déambulation dans le public, qui annonce la fin du show. On ne le sait pas encore, mais trois rappels nous attentent dont le très tendre Little Big Man dédié à son fiston (qui, il l’espère est au lit à cette heure!). Le public est enchanté, plusieurs personnes sont venues sans connaître la musique du groupe, simplement en faisant confiance à la programmation, par fidélité à la salle, et tous sont sortis ravis surtout qu’après, Hugh Coltman est venu se prêter à la séance de dédicaces, bavardages, selfies, sans compter son temps ni son sourire.