Archives pour la catégorie Musique Contemporaine

MANCA: DUO XAMP

C’est dans le très cosy théâtre Francis Gag que nous découvrons le duo XAMP, Fanny Vicens et Jean-Etienne Sotty pour ce concert MANCA 2021. Ils jouent tous deux de l’accordéon microtonal. Mais quid de l’accordéon microtonal ?

C’est assez simple, c’est un accordéon qui a subi une opération des anches par le luthier Philippe Imbert, afin que les instrumentistes puissent jouer des quarts de ton, en plus des demis ton habituels. Le programme de la soirée est intitulé: « Pulse dans les Arcanes du son ». Dix pièces en quatre parties. La plupart spécialement écrites pour cet instrument et même pour ce duo. Les deux accordéons sont reliés chacun à un pédalier digne d’un guitariste de métal, plus quelques boitiers électroniques destinés à nous emmener au cœur du son. Pour nous mettre dans l’ambiance, ils commencent par « Véga », une composition d’Edith Canat de Chizy, présente dans la salle, les deux instruments sans appui d’électronique. On découvre alors les sonorités de ces accordéons augmentés. Des aigus puissants, des notes qui vrillent, le glissement du tonal traditionnel vers le microtonal avec cet effet de fluide qui s’écoule. Après cette introduction, ils jouent « Pulse », une suite de six compositions de six auteurs différents et là, les boitiers et pédaliers entrent en jeu. Les sons des deux instruments se mêlent intimement, on ne parvient pas toujours à distinguer exactement d’où proviennent les notes. Fanny Vicens se sépare provisoirement d’une de ses chaussures pour mieux affleurer son pedalboard.

Fanny Vicens

Dans la deuxième pièce « En stries », on entend des mouettes pas franchement rieuses avant que les doigts de Jean-Etienne Sotty et Fanny Vicens usent des touches noires et blanches comme instruments de percussions dans un « Electro Tango » fort peu argentin.

Plus tard, c’est en frottant le soufflet du revers de la main qu’ils accompagneront la mélodie. On ne peut décrire tous les sentiments qui nous assaillent car cette musique, il faut aussi la voir. C’est particulièrement le cas  des « Arcanes » qui vont clore le concert. Une création pour ce MANCA d’une commande du CIRM. Monica Gil Giraldo, réalisatrice en informatique musicale, a concocté une trame sonore numérique que diffuse des haut-parleurs dans la salle sur laquelle les deux accordéonistes joueront la partition écrite par Edith Canat de Chizy. Cinq arcanes de tarot ont inspiré cette musique qui semble cependant plus inquiétante qu’ésotérique. Vous pourrez l’entendre car elle a été enregistrée pour un futur album du duo.

Fanny Vicens – Jean-Etienne Sotty – Monica Gil Giraldo – Edith Canat de Chizy

Une magnifique soirée qui prouve, une fois de plus, que la musique contemporaine n’est pas réservé à une quelconque élite ou à des amateurs éclairés, non, il suffit d’avoir les oreilles et l’esprit grand ouvert même si les harmonies peuvent parfois paraître déroutantes. Il convient d’associer à la réussite de ce concert, Camille Giuglaris, pour la qualité du son qui contribue grandement à l’émotion perçue .

Le 22/10/21 au théâtre Francis Gag – Nice

Mes émouvantes 2021.

Trois soirées au Festival Les Émouvantes.

Cette année, uniquement des photos pour raconter ces émouvantes.

cliquer sur les images pour voir le carrousel.


Vous retrouverez mes compte rendus plus détaillés sur le site du Jazzophone
https://www.lejazzophone.com/livereport-les-emouvantes-23-septembre-jean-marie-machado-4et-laurent-dehors-6et/https://www.lejazzophone.com/livereport-les-emouvantes-24-septembre-corneloup-molard-4et-david-chevallier-7et/https://www.lejazzophone.com/livereport-les-emouvantes-25-septembre-hymnes-a-lamour-caravaggio/

ou sur celui de Nouvelle vague:
https://nouvelle-vague.com/live-report/festival-les-emouvantes-jeudi/https://nouvelle-vague.com/live-report/festival-les-emouvantes-vendredi/https://nouvelle-vague.com/live-report/festival-les-emouvantes-samedi.

23 septembre

Jean-Marie Machado Quartet -Majakka

Laurent Dehors Sexet

24 septembre

François Corneloup – Jacky Molard quartet

David Chevallier Septet – Emotional Landscapes

25 septembre

Didier Ithursarry – Christophe Monniot duo

Caravaggio

ambiance de fin de festival sous la pluie.

Elise Dabrowski

Elise Dabrowski: Parking

(Trepak / Full Rhizome / l’Autre Distribution)

Elise Dabrowski, voix ; Olivier Lété, basse électrique; Fidel Fourneyron, trombone

Avec un lineup comme celui-là (voix, basse électrique, trombone) on peut être sûr d’avoir une musique qui sort des sentiers battus des trios avec chanteuse. Et, de fait, en quelques secondes nous sommes plongés dans un univers baroque, onirique et pourtant résolument minéral. Les parkings sont souvent fait d’asphalte!

Certains passages vocaux ne sont pas sans évoquer le chant de Stella Vander dans Magma, d’autres sont plus lyriques ou un simple récitatif parlé comme dans le morceau éponyme où la basse (préparée?) devient percussions. Le trombone est lui, tour à tour, incendiaire, discret, sensuel, débridé. Dix petites fabulettes déjantées qui muent et s’organisent en un très singulier album-concept.   

Une musique ouverte, expérimentale et sans carcan dogmatique qui réclame, certes, de l’attention mais qui quelle jubilation ensuite.

Huby, Chevillon, Rabbia

Régis Huby, Bruno Chevillon,
Michele Rabbia: CODEX III

(Abalone/ L’Autre Distribution)

Régis Huby : violon, violon ténor, électroniques
Bruno Chevillon : contrebasse, électroniques
Michele Rabbia : batterie, percussions, effets

Après un excellent album live, Réminiscence, (CamJazz 2018), le trio composé de Régis Huby, Bruno Chevillon, Michele Rabbia se reforme pour une nouvelle séance d’improvisation, en studio cette fois-ci. Violoniste et contrebassiste sont entourés de pédales d’effets, de boites électroniques. Michele Rabbia derrière sa batterie et ses racks d’engins à boutons, use lui aussi parfois d’un archet. L’un des trois lance un motif, un début de phrase et …c’est parti. A l’écoute, chacun répond, complète ou ornemente. Lentement, l’harmonie (fut-elle parfois dissonante) se crée et la musique triomphe.
On peut même tenter (sur un système performant ou au casque) de se mettre à la place de chaque musicien, tour à tour, et découvrir le disque du point de vue de celui-ci. Comment il reçoit et répond aux stimuli sonores de ses comparses.
De la peinture sonore où chaque instrumentiste use de sa palette personnelle.

Les oreilles n’ont pas besoin d’être aguerries, elles doivent seulement être attentives, un peu comme les trois musiciens entre eux. Et là, c’est la porte ouverte vers d’immenses plaisirs/satisfactions.

Cabane Perchée

Csaba Palotaï/Steve Argüelles:
Cabane Perchée

(Label BMC)

Cette cabane perchée est issue de la rencontre entre le guitariste hongrois Csaba Palotaï et le guitariste-percussionniste anglais Steve Argüelles (entendu récemment avec Omar Sosa) autour des pièces musicales miniatures « Mikrokosmos » écrites par Bela Bartok pour le piano. Mais ces quinze compositions ne sont pas que de simples transcriptions car elles sont aussi inspirées par l’univers déjanté et urbain du musicien américain Moondog et deviennent ainsi une œuvre originale. Une guitare acoustique d’un côté, une guitare préparée et toute sortes d’objets de l’autre. Assemblage ingénieux entre musique minimaliste, jazz contemporain et thème folklorique. Harmonies et percussions. Mélodies et rythmes. Dialogues des six cordes avec les deux baguettes même si les deux baguettes sont parfois sur une autre six-cordes. Grimpons dans cette cabane aussi enchantée que groovy

Rebirth.

ZOOTROPE: Rebirth Double Je#

Une danseuse, un photographe-vidéaste, un projet étonnant surtout qu’il n’est pas fait allusion à la musique dans le descriptif du spectacle de la Compagnie Zootrope. C’est donc intrigué et curieux que l’on rejoint L’Entre-pont, sur le site des anciens abattoirs, pour cette sortie de résidence artistique.

Le spectacle commence par un prologue immersif. Des lumières Leds s’échappant d’un fanal nous guident vers les coulisses plongées dans le noir. Au mur, des photos, des dessins, un masque vert, apparaissent tour à tour dans le faisceau des lampes menées par deux silhouettes vêtues de noir. On ne le sait pas encore mais nous sommes dans le décor, dans des éléments de tournages des vidéos. Au sol, on découvre d’étranges cartes marines peintes, graphées et entourées d’obscurs symboles (runiques?). Puis Lumière. On peut, un moment, regarder de plus près tous ces objets avant de rejoindre nos places (distanciées) dans les gradins.


Sur scène on distingue, un écran, trois cylindres, une forme conique et, au sol, une large feuille de papier blanc qui court de l’écran au gradin. La projection vidéo commence. Sur la droite, on distingue une silhouette et on perçoit comme un bruit de papier froissée. Enfin, Magali Revest apparait vraiment, robe noire sur l’écran blanc. Elle commence à se mouvoir, s’allonge sur le papier au sol, un feutre dans la main prolonge son corps et dessine des traits noirs, formes indistinctes.  Sur l’écran, sur les cylindres et le cône défilent des images, un film, mappée sur les différents supports qui servent de toile de fond à la danseuse. Elle est à la fois dans le film et sur la scène, danse avec une autre elle-même, dans des paysages urbains (on reconnaitra Marseille mais peu importe).

Sur la gauche, le violoncelliste Raphael J Zweifel accompagne avec son instrument, les mouvements de la performeuse. Un looper et quelques pédales d’effets (fuzz, reverb,…) l’aide à suggérer telle ou telle ambiance.

On n’en racontera pas plus car le spectacle, n’en doutons pas, sera bientôt programmé dans d’autres lieux. Et chacun pourra alors de faire une idée de ce que Magali Revest avec ses mouvements, Raphael J Zweifel avec sa musique et Frédéric Pasquini avec ses photos, ses vidéos ont bien voulu nous raconter.

Et puis, en cette période où l’espoir de sortir enfin revient, un spectacle nommé Rebirth arrive à point nommé.

le 3 mai 2021 à L’Entrepont – Le 109 – Nice

Célia Forestier-Komorebi

Célia Forestier-Komorebi: Go

(Apart la Zic/Inouie)

Celia Forestier: voix; François Forestier: guitare; Bruno Ducret: violoncelle; Vincent Girard: contrebasse; Remy Kaprielan: batterie.

Il y a des chanteuses de jazz qui se contentent souvent de chanter et parfois fort bien. Et il y en a d’autres, parmi elles, Cécile André, Marie Mifsud, Ellinoa, Leila Martial qui portent en elles  tout un univers distillé au creux de leurs albums, de leurs concerts. Célia Forestier est de celles-là. Souvent, ce supplément d’âme, ce surplus d’énergie, de créativité, est catalysé par la grande complicité entre les musiciens du groupe. Ce qui est exactement le cas de ce quintette: Komorabi (mot japonais pour décrire la lumière du soleil au travers des arbres). L’alliance de la guitare et du violoncelle, une rythmique avec une contrebasse très jazz et un batteur assez vigoureux qui ne ménage pas ses baguettes. Vous rajoutez quelques belles mélodies, des arrangements ciselés et vous obtenez ce magnifique Go.
Mais surtout un trio à cordes singulier, guitare, violoncelle, contrebasse, où chacun des instrumentistes passe allégrement du soutien rythmique au soutien harmonique et façonne un écrin pour la chanteuse. Elle peut ainsi se laisser aller à toutes les arabesques vocales. L’ambiance du disque vogue d’un jazz chambriste vers une pop élégante mâtinée d’influence psychédélique.

Une chanteuse et un groupe à découvrir sans délai…

Prima Kanta

Laurent Rochelle – Prima Kanta: 7 Variations Sur Le Tao

(Les disques Linoleum / Inouïe distribution)

Laurent Rochelle: clarinette basse, sax soprano; Rébecca Féron: harpe électro-acoustique; Frédéric Schadoroff: piano; Juliette Carlier: vibraphone; Arnaud Bonnet: violon; Fanny Roz: voix

Prima Kanta est le nouveau groupe monté par le clarinettiste Laurent Rochelle pour ce projet « 7 Variations Sur Le Tao« . Une formation singulière où, piano, clarinette et saxophone côtoient une harpe électro-acoustique et les trois « V », vibraphone, violon, voix. Une formation singulière pour une musique qui l’est tout autant. Une musique répétitive (façon Steve Reich ou Philip Glass) qui intègre des éléments de jazz. Une musique savante -mais réjouissante- superposition de timbres et de textures. Vocalises en boucle sur lesquelles se posent un chapelet de notes du sax, des arpèges de harpe, de piano, propices à la méditation ou à l’introspection. Seules quelques frappes des mailloches sur les lames (larmes ?) du vibraphone viennent briser, un temps, une parfaite harmonie. Sept variations aux titres d’inspiration chinoise, taoïsme oblige, (Jian, Da Ku, Tong,..) auxquelles s’ajoute une huitième composition brève, plus mélodique, plus rythmée, plus vive, presque swing, mais toujours en boucle, qui clôt l’album en beauté.

C Barré -Peephole

Ensemble C Barré: Peephole

(L’empreinte digitale)

L‘Ensemble C Barré, groupe à géométrie variable, sis à Marseille,  comprenant jusqu’à 12 musiciens dirigés par Sébastien Boin, a publié récemment son premier album, Peephole. Il est composé de quatre œuvres du compositeur Frédéric Pattar avec lequel l’ensemble travaille depuis 2014. Ces pièces de musique contemporaine ont été commandées et créées par C Barré. Les compostions explorent les potentialités de l’ensemble instrumental, de trois à douze instrumentistes auquel s’adjoint, sur deux œuvres, une voix. Une voix humaine, mezzo-soprano ou baryton basse. Car, en fait, chacun des instruments a sa propre voix que Frédéric Pattar conjugue avec virtuosité au sein de ses compositions. Chacune d’elle est inspiré d’une poésie, de Ginsberg, Lisa Samuels, Garcia Lorca ou Verlaine. Étonnement, les pièces vocales ne sont pas forcément les plus lyriques. Écoutez la puissance évocatrice de la première piste: Mind Breaths. Certes, les respons voix-guitare/percussions, plus tard dans Sangre sont aussi d’une beauté singulière.  Au cœur de… qui clôt cet album est la pièce qui provoque le plus d’émois. L’ensemble est réduit à sa forme la plus élémentaire. Trois instruments à cordes pincées, mandoline, guitare, harpe. Entrelacs de sons, de timbres, auxquels se superposent d’autres cordes, vocales celles-là, pour dire, chanter, chuchoter, extruder les alexandrins de ce Kaléidoscope.

Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu’autrefois

Verlaine 

Qui pourra dire après l’écoute de ce disque que la musique contemporaine est froide ou hermétique tant la charge d’émotions qui se dégage de chacune des œuvres de Frédéric Pattar est intense, organique, viscérale presque.

Noir Lac

David Neerman: Noir Lac

(Klarthe / Pias)

Compositions, vibraphone David Neerman
Voix Krystle Warren
Balafon Lansiné Kouyaté
Ensemble vocal Sequenza 9.3 avec Armelle Humbert, Céline Boucard (Soprano), Sophie Poulain et Clothilde Cantau (Alto), Steve Zheng et Safir Behloul (Tenor), Laurent Bourdeaux et Xavier
Margueritat (Basse),
Direction Catherine Simonpietri
Arrangements pour les voix Manuel Peskine

Prenez un ensemble vocal a cappella, capable de jouer chanter du jazz, de la musique médiévale ou contemporaine (Sequenza 9.3), associez-les à un vibraphoniste (David Neerman), un balafoniste malien (Lansiné Kouyaté) et une chanteuse de soul-jazz américaine (Krystle Warren). Vous les réunissez dans une abbaye cistercienne du 12e siècle avec, sous le coude, quelques compositions originales et deux tubes de la pop culture, vous obtenez ce somptueux Noir Lac, le nom de ladite abbaye et aussi de l’album.
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Chaque musicien, chaque instrument, chaque voix concourent à apporter sa part d’émotion. Et toutes réunies propulsent l’auditeur vers une acmé de sensibilité, d’harmonie.  Les univers pourtant bien différents de la musique mandingue, des chants grégoriens ou des boucles sérielles façon Arvo Part, semblent ici voguer dans un même espace musical global. Un des plus bels exemples est la façon dont in s’approprie le Us and Them de Pink Floyd. Le balafon introduit le rythme, la basse continue puis Sequanza crée un cocon de voix alors que Krystle Warren chante la mélodie accompagnée des résonances cristallines du vibraphone et de son cousin africain, le balafon. Une merveille.

Absolument immanquable.