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Gardel – Panossian

Nicolas Gardel & Rémi Panossian:
The Mirror

(Matrisse Productions)

Le pianiste Rémi Panossian et le trompettiste Nicolas Gardel se connaissent depuis plus de 15 ans. Au gré des concerts, des projets communs, ils ont déjà beaucoup joué ensemble, avec The Mirror, ils décident de faire –enfin-  un album en duo. Si les deux musiciens se regardent comme dans un miroir, ainsi que le suggèrent le titre et la photo de pochette, ils s’écoutent aussi (et surtout), pour mieux s’accompagner l’un, l’autre. Dialogues à  touches et pistons mouchetés. Piano lyrique ou survolté. Trompette chaleureuse à la magnifique sonorité, beaucoup de douceur  s’échappe du pavillon (écoutez le tout début du disque Dive With Me). Complicité, intimité presque,  que cela soit dans leurs propres compositions ou dans d’épiques reprises tel le dynamique standard des Gershwin, « I Got Rythm« , accords plaqués puis basse de la main gauche sur le piano, sur le chorus de trompette de Nicolas Gardel qui laisse la main (les deux en fait) à son compère pour un très vivifiant solo au piano… Leur univers n’est pas que jazz, les deux amis n’hésitent pas à reprendre un vieux tube de la Motown chanté à l’époque (le siècle dernier) par Gladys Knight, « If I Were A Woman« . Hasard ou pas, The Mirror était aussi un des titres de l’album solo de Rémi Panossian « Do » paru l’an dernier!

 

 

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Thomas Laffont Group

Thomas Laffont Group: The House By The Sea

( Inouïe Distribution)

Après un EP en 2017, voici  « The House By The Sea« , le premier album du Thomas Laffont Group. Le quartet du bassiste marseillais donne sa pleine mesure dès les premières notes, Restart, une mélodie portée par la belle voix de Cécile Andrée, venue en invitée, en voisine. La basse est plus un instrument soliste que rythmique, qui est donc laissée  souvent au seul batteur, Arthur Billés, tout à son aise. Le combo joue un jazz rock de la plus belle eau, les parties de guitare de Jules Lapébie sont sobres et efficaces, qu’elles soient en solos ou en dialogues avec les quatre (ou cinq) cordes du leader. Le son vintage, presque suranné, du Moog et du Hammond de Franck Lamiot assure, en arrière, une trame qui enveloppe tranquillement la sonorité du groupe. Sauf peut-être dans NAD où l’on pense à Keith Emerson (sans ses excentricités toutes fois!), guitariste et bassiste se lâchant eux aussi. En final, Thomas Laffont s’en donne à cœur joie dans une relecture de Don’t Worry Be Happy, de  Boby McFerrin. La basse, bien ronde, primesautière, juste soutenue par la batterie. Peu de risque que l’on ne soit pas « happy » à l’écoute de ce disque!

 

 

Laurent David en solo

Laurent David: Naked

(Label Durance/Absilonne)

Certains ont découverts le bassiste Laurent David avec Ibrahim Maalouf ou dans le trio jazz musclé M&t@l, d’autres l’ont entendu, plus récemment, dans l’étonnant projet Shijin avec Jacques Schwarz-Bart ou aux côtés de Guillaume Perret,  Didier Lockwood et bien d’autres. Il s’essaye dans ce nouvel album, Naked , à l’exercice tentant mais risqué du disque solo, inaugurant une collection sur le label Durance. Pour corser le challenge -outre la photo de pochette christique-  il ne s’autorise ni looper, ni overdubs. La basse, l’ampli, quelques pédales d’effets, quatre cordes et ses deux mains. Il commence dans The Invisible Hand par triturer une gamme comme pour mieux nous apprivoiser et se laisser aller alors dans les morceaux qui vont suivre. Descente de manche en accords, chercher les aigus de la basse, prendre son temps puis accélérer le tempo en poussant l’instrument dans ses derniers retranchements. Laurent David signe neuf des dix compositions, et nous offre une subtile transcription du Lonnie’s Lament écrit par John Coltrane en 1964. Une basse ronde faite de pleins et de déliés comme une belle écriture à la plume sergent Major.
Un petit bijou où l’élégance prime sur la technique et la mélodie sur la virtuosité.

Les moutons de Laurent Dehors

Laurent Dehors Trio: Moutons

(Tous Dehors/L’autre Distribution)

Quand il n’est pas à la tête de son Big Band « Tous Dehors », ou dans une session comme sideman, le saxophoniste, clarinettiste Laurent Dehors compose et joue avec son trio. Ce nouvel opus, Moutons, avec le jeune et talentueux Gabriel Gosse aux guitares et Franck Vaillant batteur à la frappe robuste. Une nouvelle formation, issue de son (susnommé) big band, son « low-budget orchestra » comme le disait, Zappa en son temps. Mais c’est surtout un groupe resserré pour mieux se concentrer sur l’essentiel, les sons, les timbres, les rythmes. Et des timbres, il va y en avoir car Laurent Dehors joue de six instruments du plus petit, la guimbarde au plus encombrant et biscornu: la clarinette contrebasse, en passant par des plus classiques sax ténor & soprano ou la traditionnelle clarinette en Sib.  Gabriel Gosse joue d’une guitare à sept cordes, généralement l’apanage des métalleux, et donc un style et une sonorité très différente de celle methenyienne dans son groupe Lynx Trio. On l’entend même au banjo dans une reprise détonante du Solitude de Duke Ellington.  Quelques titres très courts, aux alentours de la minute, cosignés par les trois musiciens, guitare-sax à l’unisson ou petit dialogue sur fond de batterie comme des pistes pour s’échauffer ou un moment de fun entre deux prises. Les pistes plus longues, de la plume du leader, nous emmènent en voyage sous fond de jazz, aux confins du free et du rock, Gabriel Gosse n’hésite pas à pousser la distorsion et le volume, et Franck Vaillant à faire sonner des peaux et cymbales (fussent-elles électroniques). Dans « Habop« , on entrevoit même un brin de swing, la clarinette qui chante sur un drumming qui, pour le coup, se fait plus léger. Mais ce qui ressort au final, après plusieurs écoutes, c’est la qualité du travail de recherche de sonorités, d’harmonies comme si les trois acolytes voulaient explorer toutes les possibilités offertes par leurs instruments. Sans oublier l’humour (on en revient à Zappa) car la malice semble s’être glissée entre les partitions (et les impros!) de chacun d’eux, nul doute que la morosité n’était pas de mise dans le studio.
Après avoir bien profité de cet album, n’hésiter pas à jeter une oreille, voire deux, dans Les Sons de la vie, un CD de Tous Dehors qui date de 2016, on y retrouve donc ces trois instrumentistes et plein d’autres dont l’excellent Marc Ducret.
Et si un organisateur avait la bonne idée de les ne programmer pas loin de chez vous, de chez nous, le plaisir serait à son comble.
Quant aux moutons? Peut-être celui stylisé de la pochette?

Groove Night.

Cory Henry & The Revival

Un début fracassant pour ce premier concert de la saison d’hiver des Nice Jazz Festival Sessions, malgré un temps pluvieux, la salle du forum Nice-Nord est pleine à craquer pour accueillir le trio de Cory Henry, The Revival.
En première partie, un jeune groupe de quatre musiciens, issus du conservatoire de Nice, nous propose de découvrir leurs compositions. The Vibes Lobbyists. Leur premier vrai set de 45 minutes devant un public enthousiaste. Un jazz très fortement teinté de RnB, mené par la belle voix chaude de Tiffania Rakoton et les claviers de Mickael Berthélemy qui joue aussi la basse du bout des doigts. Le guitariste Kim Nguyen n’est pas en reste et nous offre, en fin de set, deux très beau chorus sur sa Stratocaster. Derrière, Félix Joveniaux assure une rythmique dans un esprit très soul qui convient parfaitement au groupe.
Le temps de déhousser le gros orgue Hammond, de déplacer le drumkit, la scène est prête pour les Revival, le public lui n’attend que ça depuis un moment.
Cory Henry s’installe derrière ses claviers, Isaiah Sharkey, sa Les Paul en bandoulière s’assoit sur une chaise et repousse le micro sur le côté. Taron Lockett règle son tabouret, inspecte ses baguettes. Le show peut commencer. On ne le sait pas encore, mais c’est parti pour deux bonnes heures de blues, de gospel gorgée de groove comme seul les jazzmen étasuniens en ont le secret. Le trio semble très à son aise, les trois compères échangent sourires et clins d’œil. Cory Henry nous démontre toutes les possibilités de son Hammond, la puissance, les timbres magnifiques, les inflexions renvoyées par la cabine Leslie. Mais aussi la basse avec le pédalier. Un pied en chaussette sur le pédalier de basses, l’autre en basket sur la grosse pédale de volume. Quand l’organiste se fait un peu trop démonstratif, un peu trop long, il est discrètement rappelé à l’ordre par un coup de cymbale, de grosse caisse ou par un glissando du guitariste. Comme il le aussi fait avec les Snarky Puppy, Cory Henry s’amuse comme un gamin (doué !!) avec son Moog posé sur le B3, les bons vieux oscillateurs analogiques se mettent alors à pleurer, à geindre. Isaiah Sharkey nous régale de longs solos fortement bluesy, et de jolis duos/duels avec son leader, sur tout le clavier (les claviers), sur toute la longueur du manche avec l’appui d’une wahwah. Pas d’esbroufe chez Taron Lockett mais une présence constante, le maître du tempo, c’est lui qui accommode le groove de ses baguettes, au gré des humeurs de ses acolytes.
Il n’y aura pas de rappel mais un très long final, inspiré du « It’s Magic » de Stevie Wonder que Cory Henry adapte à sa manière pour en faire un hymne à la fraternité. Un court passage sur le Rhodes, encore quelques accords d’orgue et c’est fini. Mais quelle soirée, que de belles vibrations même l’orage s’est éloigné pour ne pas gâcher la fête.

Émile Parisien Quartette

Emile Parisien « Double Sceening »

(ACT / PIAS)

Après un magnifique Sfumato, suivi de sa version live encore plus flamboyante, Emile Parisien retrouve son quartette pour un album plus free, dans la lignée de Spezial Snack, sans invités prestigieux, mais avec une fougue toujours renouvelée. Un Spezial Snack 2.0 si l’on en croit la pochette avec son QR Code (qui mène vers un site dédié  assez drôle) et les titres des morceaux de l’album. Double Sceening, Hashtag (I à IV), Spam (1 à 3), Malware Invasion ou encore Elégie Pour Une Carte Mère, magnifique composition du pianiste Julien Touéry où le saxophone de Parisien se fait presque romantique sur l’accompagnement de la contrebasse à l’archet de Ivan Gélugne. Si ce sont les notes du soprano qui résonnent en premier dans le CD, le leader laisse beaucoup de place aux autres membres du groupe, qui signent d’ailleurs une grande partie des compositions. Les parties de batterie de Julien Loutelier, le nouveau venu dans le 4et, sont plus celles d’un soliste, d’un instrumentiste, que celle d’un simple garant de la rythmique. Parfois la mélodie se disperse pour mieux donner sens à quelques extravaganzas, les musiciens semblent alors s’en donner à cœur joie pour amener l’auditeur au sein de leur univers étrange, cocasse, fantaisiste pour mieux le basculer, le bousculer ensuite dans le thème suivant.
Un album pas forcément facile d’accès, à la première écoute du moins, , d’où le nécessaire Double Screening, mais un album réjouissant riche en inventivité et en émotion. En un mot, un nectar.

YOU – Isles

YOU: Isles

(Label Vibrant)

YOU  est une formation atypique, batterie, guitare, voix.  Le trio est mené par la batteuse Héloïse Divilly (eh oui, il n’y a pas qu’Anne Paceo ou Julie Saury à s’assoir derrière des fûts et cymbales pour faire du jazz), associée au guitariste Guillaume Magne (il a joué avec Le Sacre du Tympan) et à la chanteuse suédoise, installée à Paris, Isabel Sörling (on l’a entendu récemment avec le pianiste Paul Lay) . Héloïse Divilly a composé tous les thèmes et, Isabel Sörling, Vincent Divilly ou elle-même, ont déposé des mots sur les notes. 5 titres, 34 minutes, la durée d’un 33t. old school, pour un album inclassable, pop-folk, folklorique même mais aussi jazz pour l’impro et certaines harmonies. Isabel Sörling a une voix puissante au large spectre et aux multiples expressions, chant câlin ou éclatant, néo-scat, vocalise ou même simple poème récité en suédois. Guillaume Magne est capable de faire hurler sa guitare dans Telling about large Time, avant de retrouver, pour un temps, un son clair, cristallin, en intro de YOU puis de se lancer dans un solo hendrixien simplement soutenu par la batterie. La frappe d’Héloïse Divilly, discrète ou puissante, est omniprésente, un peu comme un guide, un fil conducteur, sur lequel vont s’appuyer ses deux complices.  YOU, qui évolue au sein du collectif des Vibrants Défricheurs, nous offre un album à l’atmosphère un peu irréelle dans lequel on peut plonger sans retenue.