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Brousseau – Metzger

Paul Brousseau/Matthieu Metzger: Source 

Label Emouvance

 

Voilà plus de vingt ans que le pianiste Paul Brousseau (ONJ d’Olivier Benoit) et le saxophoniste Matthieu Metzger (ONJ de Daniel Yvinec, le collectif métal Klonosphère) se croisent au travers des différentes formations auxquelles ils participent, de Louis Sclavis à Marc Ducret.  De cette longue amitié est venue l’envie d’enfin confronter leurs instruments, en duo acoustique. Quinze pièces écrites, improvisées, quinze climats musicaux, quinze duels à touches et clés mouchetées. Metzger explore toute la palette sonore des saxophones, du sopranino au ténor en Ut, il les pousse parfois dans leurs derniers retranchements que les lignes mélodiques, les accords bigarrés du pianiste ne peuvent pas toujours apaiser.  Du jazz contemporain qui peut surprendre, voire déranger, mais qui sait aussi séduire de belle façon.

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Bop writer

Yaël Angel: Bop Writer

(Pannonica)

Si Victor Hugo a explicitement défendu de déposer de la musique le long de ses vers, Monk, Shorter, Mingus n’ont pour leur part jamais interdit que leurs compositions soient illustrées de mots. Yaël Angel a non seulement décidé d’écrire ses textes sur leur musique mais aussi de les interpréter en quartet piano, basse, batterie et voix.  Un double challenge qu’elle réussit fort bien.

L’album commence avec un So What de Miles Davis qui met en joie. Du swing à l’état pur, un chant qui semble avoir été fait pour ce thème.  On écoutera du Monk à trois reprises dont l’inusable Round Midnight, on n’aurait pas imaginé cet album sans. Dans le très enlevé Rhythm-a-Ning, Yoni Zelnik s’en donne à cœur joie à la contrebasse. C’est bel et bien avec le grand Thelonious, ce formidable compositeur, que Yaël est la plus à l’aise. Les mots semblent couler sur les notes. Comme un coulis framboise sur génoise aérienne. On retrouve un grand Zelnik pour le Good bye Pork Pie Hat de Mingus, un simple duo qui va à l’essentiel, la mélodie. On aura une préférence pour son interprétation de Falling Grace, une composition de Steve Swallow pour Gary Burton auquel le quartet redonne comme un air de jeunesse. Elle prend quelques risques avec l’âpre Lonely Woman d’Ornette Coleman mais elle est particulièrement bien soutenue par le piano de Olivier Hutman. Son groupe est d’ailleurs pour beaucoup dans la réussite de cet enregistrement. Il lui donne l’écrin musical dans lequel Yaël Angel peut déposer sa voix, ses phrases. La preuve en sera faite encore dans Infant Eyes de Wayne Shorter qui clôt l’album. Bop Writer certes mais aussi Bop Singer. Et de quelle façon.

 

L’espoir de Raphaël Imbert

Raphaël Imbert: Music is My hope

(Jazz Village/PIAS)

Raphaël Imbert: saxophones, clarinette basse
Manu Barthélémy: chant
Pierre-François Blanchard – claviers
Pierre Durand: guitare
Jean-Luc Di Fraya – batterie
Aurore Imbert: chant
Marion Rampal – chant
Thomas Weirich – guitare

Dans son précèdent album, le saxophoniste Raphaël Imbert faisait de la musique sa maison, Music is My Home, (Jazz Village-2016). Dans celui-ci, il en fait son espoir, et probablement sa raison de vivre, de continuer, Music is My Hope. Le blues reste la base de son inspiration, de ses arrangements, des compositions ou reprises (Joni Mitchell, Peter Seeger notamment). Le blues et le chant. Pas moins de quatre chanteurs et chanteuses se relayent pour mettre en voix, les douze idées, les douces envies de leur chef d’orchestre, de leur chef de bande. Ils chantent en anglais à l’exception de Vaqui lo Polit mes de Maï (Voici le joli mois de mai), chanté et enchanté par Manu Barthelemy (il est aussi boulanger dans la vie).  Un nouveau groupe, deux guitaristes, un claviériste et un batteur viennent soutenir les fulgurances, les volutes, les envolées des saxophones et de la clarinette basse du leader. Un groove gorgé de soul d’où l’émotion, le feeling percent à chaque instant. Le morceau final Play Your Cards Right, un blues de Ronnie Hunter (venue de Caroline du Nord) en est la magistrale preuve. Guitare acoustique, saxophone et chant. L’épure.

Music is My Hope n’est pas seulement un album mais aussi un spectacle qu’il nous tarde de découvrir sur scène.

 

Matthis Pascaud Square One

Matthis Pascaud Square One: Shake

(Shed Music/Absilone)

Matthis Pascaud : Guitare/Compositions
Christophe Panzani : Saxophone Ténor
Benoît Lugué : Basse;Karl Jannuska : Batterie;

Manifestement Matthis Pascaud n’a pas écouté que Wes Montgomery, et Pat Metheny durant sa formation musicale. Certes, il joue du jazz (la participation aux claviers et la réalisation de l’excellent Tony Paeleman en atteste) mais il a chauffé sa Gibson SG auprès de bien d’autres guitaristes et à bien d’autres genres allant du métal au rock progressif. Son projet Square One réunit un bassiste et un batteur au groove impétueux et le saxophoniste Christophe Panzani dont le ténor illumine chaque composition du leader. Le thème « Rebirth » illustre bien la construction de l’album. L’électricité s’échappent des six cordes et du sax, luttant intimement, dialoguant, sous les coups de boutoirs d’un batteur en verve. Puis l’ambiance s’apaise avec le morceau suivant « Shake » plus délicat pour repartir de plus belle dans « Canicule » effectivement très chaud, où Benoît Lugué réalise de fort belles lignes de basse. On écoutera avec attention le court « Etude », dixième et dernier titre où, là encore, guitare et sax rivalisent de musicalité, de poésie, entremêlant leur ligne mélodique, soutenus par le discret synthé (Rhodes?) de Paeleman. Un premier disque maitrisé de bout en bout. Un guitariste à suivre de près!

Women play the Blues

Women play the Blues… Et plutôt bien!

Jane Lee Hooker: Spiritus

(Ruf Records)

Contrairement à ce que leur nom pourrait faire penser aucune des cinq musiciennes du groupe Jane Lee Hooker n’est la fille cachée du grand bluesman de Clarksdale, l’irremplaçable John Lee. La filiation est seulement musicale, le blues. Elles sont, en partie, issues de la scène punk et garage new-yorkaise (l’une des guitaristes Tracy Hightop fut dans les Nashville Pussy) mais elles ont, sans nul doute, le blues chevillé au corps. Il suffit d’écouter leur reprise du Black Rat de Big Mama Thornton pour s’en persuader. La chanteuse Dana Athens -aussi claviériste- a une voix puissante et chaleureuse. Les deux gratteuses rivalisent de feeling avec leurs guitares, chorus trempés dans l’acide sulfurique, riffs efficaces. La rythmique vigoureuse, sait se faire délicate dans le slow blues qui clôt le disque, juste pour nous donner envie de presser la touche « repeat ».
Keep on rockin’ ladies.

Guillaume Perret Solo Live

Une première partie surprenante, rare et pour tout dire spéciale. Pas de musique live, une bande enregistrée et cinq danseurs. Annoncé comme de la dance Hip-Hop, de fait cela y ressemble beaucoup mais la performance des cinq jeunes hommes de Des-Unis va bien au-delà. Déjà la musique qui rythme leurs déplacements n’est pas Hip-hop, de la musique répétitive à la Michael Nyman, de la musique tribale avec des tambours et même dans une des séquences, la plus impressionnante, le silence, seule des claquements de mains ponctuent les glissés, les sauts. Une chorégraphie dynamique, dynamite, audacieuse qui est, somme toute, une belle entrée en matière pour le set  qui va suivre.

On a le temps d’admirer le copieux pedalboard et le décor comme un bouquet saxophones déstructurés, le temps que les techniciens peaufinent l’installation. Puis le noir est fait et Guillaume Perret entre en scène, ténor en bouche, une lumière blanche fusant du pavillon du sax. D’emblée on est dans l’ambiance. Gros son, superbes lumières. Il appuie du pied sur un looper et c’est parti. Les instruments s’ajoutent les uns aux autres. Il est toujours tout seul mais guitares, percussions, basses, cuivres et même saxophones semblent sortir de son instrument. On savait à l’écoute de son dernier opus « Free » ce dont il était capable, mais de le voir, de le sentir en live, est très impressionnant. Il enchaine les titres, le très jazzy « She’s Got Rythm », suivi de « Naissance d’Aphrodite » plus expérimental, en passant par du néo métal avec « Heavy Dance ». Avant de reprendre une de ses compositions du quartet Electric Epic, « Kakoum » réarrangée à la mode solo live. Un spectacle complet avec même la petite intervention du technicien pour changer les piles de l’un de ses boitiers alors qu’il continue de jouer avec simplement le bec du sax et un micro trafiqué. Du grand art. Et pour finir en rappel, l’hymne national…ougandais, façon Perret.

Un voyage (musical) au bout de la nuit.

Compagnie So What/Paolo Fresu

La Compagnie So What & Paolo Fresu Devil Quartet

Le 25/11/17 à la Coupole –La Gaude (06)

La dernière soirée de ce 21e Jazz sous les Bigaradiers commence avec La Compagnie So What. Un répertoire varié mêlant des reprises, des adaptations de thèmes du vibraphoniste éthiopien Mulatu Astatke, aux compostions des membres du groupe. Trois soufflants, Thomas Guillemaud au sax soprano laisse volontiers plonger ses chorus dans le free, Alex Benvenuto oscille entre tradition et modernité à la clarinette basse, du grave caverneux aux aigus virevoltants; Laurent Lapchin, distille, quant à lui, un son chaleureux à la trompette ou au bugle, le calme dans la tempête! Ils sont soutenus, propulsés plutôt, par une rythmique guitare, contrebasse, batterie souveraine. José Serafino et son phrasé toujours bluesy à la guitare. Jean-Marc Laugier, maître du riff à la contrebasse est aussi imperturbable que pouvait l’être Bill Wyman avec les Stones. La frappe précise, vigoureuse de Cédric Fioretti sert d’ossature à cet ensemble délicieusement sophistiqué qu’est leur musique.Le jazz azuréen à son meilleur niveau!

A peine le temps de boire un verre ou de prendre le frais, (il ne faisait vraiment pas chaud dehors!) c’était l’heure du Devil Quartet de Paolo Fresu. Si on entend un répertoire extrait de leur dernier disque Desertico (Bonsaï Music), leur musique semble encore et toujours revisitée.

Fresu est comme en flux tendu. Il multiplie les duos, tant avec Bebo Ferra son guitariste volubile, ce soir-là qu’avec Paolino Dalla Porta, lyrique et souriant, tout en rondeur et retenue à la contrebasse. Ils sont réglés de main de maître par le batteur, Stefano Bagnoli. Adepte, presque inconditionnel des balais, il peut faire un long solo rien qu’avec eux et sans tomber dans le doucereux, bien au contraire.  Pas de concert de Fresu sans quelques anecdotes, ni sans Chet Baker, il nous narre donc sa rencontre virtuelle avec le trompettiste américain dans la belle ville de Luca avant d’enchainer sur un « Blame It on My Youth » riche en émotions. Ils finissent le set par un « I Can Get No (Satisfaction ») retentissant que Bebo Ferra semble ne pas vouloir finir. Le riff, le chorus, Fresu et sa boite à effets, Ferra qui revient en haut, puis en bas du manche, le batteur qui ponctue le tout et ça repart. Il est minuit et demi passé, un court rappel, écrit par Tio Stefano, nous ramène au calme.