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Les Happy Hours de Christophe Marguet

On retrouve enfin le chemin du clavier pour déconfiner quelques chroniques d’albums du printemps….

Christophe Marguet: Happy Hours

(Mélodie en sous-sol/L’autre distribution)

Christophe Marguet (batterie, et compositions), Hélène Labarrière (contrebasse), Julien Touery (piano), Yoann Loustalot (trompette, et bugle)

Après un remarquable disque où il rendait, avec Guillaume de Chassy, hommage à Marlène Dietrich, (Letters To Marlene -Nomad Music) le batteur Christophe Marguet monte un nouveau quartet pour jouer une musique haute en couleurs et en nuances. Cet album qu’il a composé en grande partie est, avant tout, un hymne aux mélodies. Impulsées par le piano (Trop tard) ou par la trompette (Beauté cachée), elles sont enrobées par la contrebasse et ponctuées par la batterie. Mais le compositeur n’oublie pas qu’il est aussi batteur et il s’amuse avec les rythmes africains (Dear Don) ou sur un rythme de marche militaire joué à la caisse claire  (Trop tard) avec une trompette qui se fait sombre et mélancolique. Le fin arrangeur qu’est Christophe Marguet se dévoile dans Mémoire Vive, le duo piano contrebasse et le soutien discret puis vigoureux des baguettes sur les toms. Mais aussi dans les deux parties d’Immersion, l’introduction puis le thème lui-même, la trompette se fait alors somptueuse.

Cet Happy Hours vous fera passer, sans nul doute, quelques heures heureuses (Happy Hours pour nos lecteurs non anglophones)   

La belle humeur de François Ripoche

François Ripoche: Happy Mood

(Black & Blue/ Socadisc)

Louis Sclavis : clarinettes; Glenn Ferris : trombone; Geoffroy Tamisier : trompette; Steve Potts : saxophones; François Ripoche : saxophone; Darryl Hall : contrebasse; Simon Goubert : batterie

Musicien touche-à-tout, le saxophoniste François Ripoche s’entoure d’une belle bande de musiciens, un melting-pot américano-français, cuivré, boisé, qui souffle le chaud, trompette, trombone, clarinettes et deux saxos pour son nouvel album au nom de bon augure: Happy Mood! Dès les premières mesures nous sommes dans les rues de la Nouvelle Orléans, au rythme d’une fanfare un peu fantasque entrainée par le trombone de Glen Ferris. L’énergie déborde de chacun des soufflants, réglée de mains de maitre par les baguettes de Simon Goubert et la contrebasse de Daryl Hall. Un esprit free jazz envahit la petite troupe dès le troisième titre au délicieux nom de Le Mièvre et la tortue.  Le thème qui suit est moins exubérant, Lampedusa, la belle île sicilienne n’évoque plus le soleil et le farniente. Les belles mélodies concoctées par François Ripoche deviennent le prétexte à de nombreuse improvisations. Les chorus charnus du trombone répondent aux envolées stridentes des saxophones. La clarinette résolument joyeuse de Louis Sclavis flirte avec la trompette pas toujours sereine de Geoffroy Tamisier. On s’amusera, comme eux, de la petite parenthèse ludique, la reprise toute en retenue de Auprès de mon arbre, du grand Georges. Pour finir en beauté, les chaudes volutes de Music Matador, la composition très caliente d’Eric Dolphy, le thème à l’origine du « mood » détendu de ce projet.
Une musique généreuse pour un bel album de jazz contemporain savamment mis en vibrations par François Ripoche.

Youpi Quartet

Youpi Quartet: Mozaïc.

LBmusic / UVM distribution.

Emilie Calmé Flûtes - Laurent Maur Harmonicas
Ouriel Ellert Basse - Curtis Efoua Batterie

Un quartet au joli nom. Un quartet au lineup original, flûte, harmonica, basse, batterie pour faire un jazz fruité et gouleyant. La flûte est traversière, alto ou bansouri (la cousine indienne). L’harmonica est chromatique, le gros avec le petit bouton poussoir mais aussi MiDi aux multiples effets. La basse est électrique et franchement groovy. La batterie, un modèle d’élégance, discrète quand il faut, nerveuse si nécessaire. Les dialogues entre la flute et l’harmonica peuvent être tendre comme dans Bouture, plus vif avec 7 Suite ou empreint d’orientalisme pour le Café Turc. Le bassiste est capable faire chanter sa basse électrique, écoutez l’électro-funk frenchy de Fresh. Avant le final, un duo bansouri / sanza d’une beauté pure. Et, si vous pensiez que l’harmonica est un instrument ringard, mettez cette Mozaïc entre les oreilles, vous changerez certainement d’avis avant même la fin du CD.

Youpi donc!

Double Screening Live in Cannes

La pluie tombe drue mais  le théâtre Alexandre III affiche (et  est) complet pour cette soirée des Jeudis du Jazz. Les quatre musiciens prennent place sur la scène. Emile Parisien nous dit quelques mots sur le thème de ce « Double Screening », (Act Music.ACT 9879-2)le dernier CD du 4, (Act Music.ACT 9879-2) et notre univers envahit par les écrans.

Et c’est avec Double Screening qu’ils ouvrent le concert, une composition du jeune batteur Julien Loutelier. Suivront quelques morceaux aux titres explicites. Spam 1, court, vif. Puis Hashtag 1 à 4, une suite en quatre parties du saxophoniste leader. Un duo sax soprano-contrebasse, des percussions étranges voire bizarres. Pour Spam 2, le batteur joue avec une aiguille à tricoter et un cintre métal en guise de triangle. Ils enchaînent avec Algo signé du contrebassiste Ivan Gélugne, des boucles sur le piano (Julien Touéry) qui évoque le vieux « Tubular Bells » de Mike Olfield sur lesquelles se posent de magnifiques envolées sur soprano avant de finir en freejazz. C’est l’heure du dernier au nom évocateur Malware Invasion et pourtant une mélodie très joyeuse avec des ruptures de rythmes comme pour conjurer le sort. Ils ont déjà joué longtemps mais le groupe nous offre tout de même un long rappel, la composition qui clôt aussi l’album, la seule qui n’évoque pas les mystères informatiques Dady Long Legs. Un très beau concert où chaque musicien crée des textures sonores qui s’empilent, s’ébattent, se conjuguent pour donner ce son unique du quartet. Revenez quand vous voulez, messieurs.

Be Bop a Manouche

RP Quartet: Poney Jungle

(Fremeaux/Socadisc)

Bastien Ribot (violon) • Edouard Pennes (guitare) • Remi Oswald (guitare rythmique) • Damien Varaillon (contrebasse).

RP Quartet fondé, il y a dix ans, par Bastien Ribot (le R) et Edouard Pennes (le P), joue une musique d’inspiration manouche. Deux guitares, la lead, la rythmique, violon et contrebasse.  Plutôt que de reprendre les sempiternels (et néanmoins excellents) thèmes de Django ou Grappelli, un Minor Swing par ci, un Nuages par-là, le groupe RP Quartet a choisi pour leur 4e album de réarranger à la sauce manouche quelques titres du répertoire jazz classique, certains très connus et d’autres qui le sont moins. C’est ainsi que Wayne Shorter(Nefertiti), Monk (Brilliant Corners), Mingus (Duke Ellington Sound’s Of Love) côtoient Coltrane (Like Sonny), Billy Strayhorn (le pote à Ellington et son fameux Take The A Train) sous les doigts agités des guitares, violon et contrebasse du quartet. Seul le morceau d’ouverture, Raging Piece, est signé du violoniste. Et ces perles bebop, hardbop ou modal semblent avoir été écrites pour ce quartet tant les arrangements les rendent « évidentes » en swing manouche. En écoutant Reincarnation Of A Lovebird, par exemple, on se rend compte de la qualité du travail d’adaptation. Du bop ripoliné à la sauce manouche avec un léger esprit frondeur qui ravi.

Claude Tchamitchian en trio

Claude Tchamitchian: Poetic Power

(Emouvance/Socadisc)

Christophe Monniot saxophones
Claude Tchamitchian compositions et contrebasse
Tom Rainey batterie

Après le foisonnement de l’album en tentet de l’Acoustic Lousadzak, l’épure de In Spirit, en contrebasse solo, Claude Tchamitchian revient à une forme plus classique d’un trio avec Christophe Monniot et Tom Rainey.  Mais rien n’est vraiment classique dans la musique de Tchamitchian, l’écoute du disque le confirmera jusqu’aux frissons free de Unnecessary Flights qui le clôt. Le contrebassiste confie ses mélodies au saxophone alto, gérant la pulsation (pulsion ?) organique avec le batteur même s’il ne dédaigne pas, de temps à autres, reprendre quelques parties de la mélodie à l’archet (Shadow’s Breath). Ondoiement des thèmes, précision et virtuosité du jeu, improvisations enflammées qui bousculent l’auditeur. C’est ça aussi l’art du trio (sorry Brad!)

Carla, Steve et Andy

Carla Bley: Life Goes On

E.C.M.

Un nouvel album de Carla Bley est toujours une petite pépite, on le sait d’avance. Avec son trio, on sait même à quoi s’attendre, et pourtant, une fois de plus, la surprise est là, au détour du sillon du vinyle, des alvéoles du CD. Pour nous mettre dans le bain, dans l’ambiance, la pianiste concocte un petit blues tranquille, lent,joyeux, Life Goes On. Première partie. Le thème est décliné en quatre plages, les deux suivants, Beautiful Telephones et Copycat n’en auront que trois. Musicienne aguerrie, compositrice experte et créative, arrangeuse raffinée Carla Bley nous livre des compositions de hautes volées. De beaux dialogues intimes piano-basse « arbitrés » et enjolivés avec élégance par le ténor ou le soprano d’Andy Sheppard. Steve Swallow, imperturbable, a toujours ses lignes de basses paisibles mais virtuoses. Carla reste une instrumentiste exceptionnelle  dont chacune des notes flamboie.
Life Goes On donc!