Tous les articles par southernblackjack

Biréli en trio

Bireli Lagrène « Storyteller »

(Naïve / Believe)

Au retour d’une tournée estivale où il jouait de la basse fretless pour un hommage à Jaco Pastorius, Bireli Lagrène retrouve son instrument de prédilection, la guitare. Un trio avec deux pointures, Larry Grenadier à la contrebasse et Mino Cinelu aux percussions. Plus de fusion, de jazz rock, juste l’épure de l’acoustique. Virtuose toujours, lyrique souvent, Biréli est à l’écoute de ses deux complices avec lesquels, il construit chacun des 12 thèmes. Pas de manouche pour cet album mais surtout des reprises de standards (On Green Dolphin Street, Stella by Starlight, There Is No Greater Love), ou des vieux titres de son répertoire, revisités par le groupe et Storyteller qui donne son titre au disque et qui clôt l’album façon chamane navajo, la voix, les sons de Cinelu relevé par les six cordes avec reverb de Biréli. Superbe.

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Same Player Shoot AGain

Same Player Shoot Again
« Our King Freddie »

(Bonsaï Records)

Le groupe Same Player Shoot Again emprunte pour le titre de son premier album  le nom de Freddie King, le fameux bluesman, l’un des trois « Kings » avec B.B. et Albert. il puise 14 titres, pas forcément les plus connus, dans le répertoire, du guitariste qui a inspiré (pas tout seul certes!) le Chicago Blues.  Ce Blues avec cuivres qui aime autant le rock que la soul funky. Loin de faire un tribute band, les sept jeunes musiciens franciliens s’approprient la musique, le son, de Freddie pour le faire leur. Hommage mais pas pillage! Une rythmique corsée, Max Darmon à la basse électrique, Steve Belmonte à la batterie. Un clavier, celui de Julien Brunetaud dont les nappes de Hammond, groovy à souhait, éclairent tout l’album. Deux saxophones pulsent façon Blues Brothers, Loïc Gayot au ténor et Jérôme Cornélis à l’alto,  qui lui, vient aussi  faire quelques parties fort bien venues à la guitare. Roman Roussoulière à la guitare solo et Vincent Vella au chant ont, à eux deux,  la difficile tâche de « faire » Freddie. Et c’est plutôt réussi, la voix et grave et chaude, parfaitement posée avec juste ce qu’il faut de rauque pour semer le trouble. On sent bien que le guitariste connait plan par plan tous les chorus du maître, mais il ne se contente pas de les reproduire à l’identique, il joue avec les codes, avec les cordes, avec les tirés, les glissandos et se forge son propre style. Dans « Going Down« , il s’amuse à une petite joute de toute beauté, manche contre manche, avec son compère qui a délaissé pour le coup son sax, le tout sur des accords de piano très Jerry Lee Lewis. « Hideway« , un des tubes immortels de Freddie King est aussi un des grands moments du disque, le shuffle tourne, tourne, les doigts descendent jusqu’au dernières frettes. Un peu plus tard, le rythme ralenti, « Ain’t No Sunshine« , c’est l’heure du slow Blues, la basse tente de se détacher un peu mais le guitariste ne veut rien lâcher alors que le chanteur attend désespérément le retour du soleil. Avec ces jeunes gens « The Blues is Alive and Well » pour paraphraser une pochette de Johnny Winter.

Petite cerise sur le gâteau, la superbe pochette a été créée par le plus rockeur des dessinateurs de BD, Frank Margerin himself. Et même au petit format CD, cette illustration façon flipper 70′ est un pur délice.

Riccardo del Fra dans ses œuvres

Riccardo Del Fra: Moving People

(Cristal Records)

Riccardo Del Fra – Contrebasse, Composition
Kurt Rosenwinkel – Guitare
Jan Prax – Saxophones
Tomasz Dabrowski – Trompette
Rémi Fox – Saxophones
Carl-Henri Morisset – Piano
Jason Brown – Batterie

Après un album, un peu compassé, en hommage à son compagnon de route, Chet Baker, le contrebassiste italien Riccardo del Fra retrouve tout son lyrisme, toute son inspiration dans ce nouvel opus. Il compose et arrange les dix titres qui explorent toutes les facettes de son art. Il est entouré d’un trompettiste, deux saxophonistes, d’un batteur et d’un pianiste et sur quelques morceaux de l’excellent guitariste Kurt Rosenwinkel. Un bel ensemble aux multiples voix qui mettent en valeur un sens aigu de l’arrangement. Les deux premières pistes sont d’une grande ampleur, confiant, tour à tour, quelques phrases aux différents instrumentistes emmenés par une rythmique puissante. La guitare aux sonorités presque angéliques de The Sea Behind qui suit, plonge l’auditeur dans un moment de poésie, peut-être le passage le plus fort du CD. Les échanges écrits ou improvisés entre les membres du groupe sont guidés par l’émotion plus que par la technique, la virtuosité.  Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, Riccardo del Fra s’offre deux courtes pièces en solo à la contrebasse, avec et sans l’archet. Sans démonstration, juste la musique du cœur, un ciel serein nous dit del Fra.

Un album enchanteur qui mérite cependant quelques écoutes avant d’en apprécier toute substantifique moelle.

 

Se Souvenir des Belles Choses

La & Ca : Se Souvenir des Belles Choses

(InOuie)

Avec un titre aussi optimiste, »Se Souvenir des Belles Choses », le groupe La & Ca (qui signifie en portugais, «Là-bas et ici») ne pouvait nous offrir qu’un album résolument enjoué et, de fait, l’écoute de ce disque met un léger brin de bonheur entre les oreilles. La formation, violoncelle, claviers, clarinette et batterie, est atypique pour du jazz, en était-ce d’ailleurs? Peu importe puisque leur musique séduit dès la première écoute. Le violoncelle d’Audrey Podrini tient une jolie place, tantôt la basse du quartet (façon viole de gambe baroque), tantôt de lumineuses lignes mélodiques ou un soutien aux envolées lyriques, tourbillonnantes de la clarinette de Vincent Périer qui mène souvent la danse. On entend poindre le percussionniste, derrière le batteur qu’est Zaza Desiderio, c’est lui qui instille quelques particules de Brésil, une légère touche d’Amérique du sud, avec sa frappe syncopée, ses rythmes chaloupés. La petite équipe ne joue pas complètement en acoustique car Camille Thouvenot délaisse, de temps à autres, les touches de son piano pour moduler quelques sonorités électriques sur un bon vieux Moog (magie d’un temps retrouvé).
Jazz de chambre, comptines instrumentales, airs qui virevoltent, quatuor à rêves, poèmes en notes. Ce disque est un peu tout ça et bien d’autres choses encore au gré de votre humeur.

Un très beau livret est inclus dans le digipack du CD.  Bien qu’il n’y ai aucune partie chantée, chaque titre est illustré d’un texte, bien souvent du compositeur, ainsi que d’une photo.  Le plaisir est ainsi complet.

Lorenzo Naccarato

Lorenzo Naccarato Trio Nova Rupta

(Laborie Jazz / Socadisc)

Pour son second album, le pianiste italo-toulousain, Lorenzo Naccarato reprend la formule piano, basse batterie assez classique mais avec une musique qui ne l’est pas du tout. Pas de standards gentiment repris ou réarrangés, des compositions personnelles très fortes, inspirées autant de la musique classique (sa formation initiale), contemporaine et bien sûr jazz, on ne croise pas la route de Laurent Cugny ou Claude Tchamitchian impunément.  Dix thèmes aux harmonies somptueuses. Le piano est là devant, dans les mélodies, dans des boucles qui aiment à se répéter longtemps comme pour mieux nous entrainer dans ce voyage musical. Benjamin Naud à la batterie et Adrien Rodriguez à la basse ne sont pas en reste, loin de se contenter d’être les rythmiciens de service, ils assurent une trame fine pour leur leader mais n’hésitent pas à casser la structure ou à prendre le relais du pianiste dans ses envolées oniriques. Lorenzo Naccarato réussit une belle transition entre Monk et Philip Glass.
Un album dans lequel on plonge comme dans un délicieux tourment.

 

Plucked’N Dance

Violaine Cochard & Edouard Ferlet: Plucked’N Dance

(Alpha Classic/Outhere Music)

Après un album consacré à J.S. Bach, (Bach: Plucked / Unplucked chez Alpha) le pianiste Edouard Ferlet retrouve sa complice claveciniste Violaine Cochard pour une nouvelle expérience en duo, cette fois–ci alimentée par les compostions de musiciens aussi divers que Bartók, Satie, Purcell, Rameau, Moussorgski ou même Ferlet, lui-même. Le piano et le clavecin sont posés côte à côte comme pour permettre aux interprètes de s’épier du coin de l’œil car on a bel et bien l’impression que ce disque est à la fois un jeu, un corps à corps et un brillant exercice de style. Le titre du premier morceau nous le confirme d’ailleurs: Bartok ‘n’Roll. Un rif de basse joué au piano, suivit en accords par le clavecin. Puis vient la mélodie d’abord en contrepoint puis rapidement en contrepieds. Car tous ces airs composés, détournés et arrangés par Ferlet, sont savamment déconstruits par le duo qui s’en donne à cœur joie. La claveciniste empruntant aux ornementations du baroque, le pianiste aux impros du jazz et tous les deux, parfois, aux dissonances de la musique contemporaine. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter le délicieux « Les cinq sauvages » inspiré d’un passage des Indes Galantes de Rameau, ou le final tiré de « Tableaux d’une exposition« . On croit reconnaitre un bout de mélodie mais ils ont tôt fait de la faire danser entre leurs deux claviers. Il convient de rajouter que la prise de son remarquable rajoute au plaisir que nous procure ce « Plucked’N Dance ». Les instruments aux sonorités très contrastées, la puissance imposante des cordes frappées du Yamaha face au timbre métallique et lumineux des cordes pincées, aux harmoniques plus courtes, du clavecin, sont superbement rendus sur l’enregistrement. On distingue parfaitement chaque note et son placement dans l’espace, tout comme l’intensité de la frappe, juste pour permette à la musique de prendre sa place, toute la place.

Alors dansez- maintenant!

Stéphane Galland et les mystères du Kem

Stéphane Galland: & (The Mysteries of ) Kem

(Out Note Records)

Le batteur belge Stéphane Galland est capable de jouer aussi bien avec Axelle Red qu’avec le guitariste virtuose Mac Ducret,  avec Ibrahim Maalouf ou dans le trio Aka Moon dont il membre fondateur. Plus de 25 ans de carrière mais cet album n’est que le deuxième qu’il signe de son nom.

Il s’est associé avec trois jeunes musiciens européens et un joueur de flute indien pour un voyage vers l’Égypte (Kem désignant la couleur noire du limon du Nil) et ses rythmes ancestraux, en symbiose avec les compos de Stéphane Galland.  Mais on reste bel et bien dans du jazz et du bon. Piano (excellent Bram De Looze) et sax (Sylvain Debaisieux) se jouent de tous les tempos arides, impairs et pourtant dansants du batteur et mêlent leurs harmonies avec chaleur et virtuosité aux sons des flutes carnatiques (de l’Inde du Sud donc). Ils sont rejoints pour un titre (Memetics) par Ibrahim Maalouf himself et sa trompette Un morceau qui donne l’impression de faire un bout de chemin dans les dunes à dos de chameau. Un album qui gagne en intensité et en émotion de plages en plages et transcende les frontières du temps et de l’espace. Envoutant.