Tous les articles par southernblackjack

Philippe Villa reprend son souffle

Philippe Villa Trio: Esperanto

(Imago Records & Production)

Après deux albums, intitulés Souffle et Second Souffle et une apnée (discographique) de quatre ans, Philippe Villa reprend son souffle et nomme son nouvel opus Esperanto. Toujours avec le groupe qui va si bien à ses compositions, Gérard Juan à la batterie et Fabrice Bistoni à la contrebasse. Huit thèmes écrits de la main du pianiste et une reprise, surprenante dans un album de jazz, et totalement réussie, Stairway To Heaven. Le riff qui fait kiffer tous les guitaristes est ici, interprété au piano, tempo lent, soutenu par la contrebasse à l’archet, avant l’arrivée des baguettes sur les cymbales. Philippe Villa fait ensuite, des deux mains, la voix de Robert Plant, avant de se lancer dans quelques variations, quelques impros. Plus tard vient un petit bout du solo de Page sur les touches blanches et noires. Fabrice Bistoni adopte la basse électrique, plus percutante pour le final ad libitum… Mais derrière l’arrangeur se cache un fin mélodiste, le thème Song For Charlotte dédié à sa petite fille en est une belle preuve, tout comme le très chaud Caliente qui ouvre l’album ou Rebirth, en piano solo, qui le clôt. Étrange Groove 66, Bistoni reprend sa basse, Villa ajoute quelques loops à ses notes de piano et même quelques parties vocales féminines! Vous jugerez par vous-même. Très beau disque d’un trio solide qui sait aller au-delà de leur zone de confort.

 

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Pierre Marcus 4et live @ La Colle sur Loup

Première visite de l’été au festival So Jazz pour voir le quartet de Pierre Marcus que l’on avait beaucoup apprécié en juillet dernier sur la scène du Nice Jazz Festival.
Le contrebassiste niçois a réuni un groupe de haute volée pour son nouvel album « Pyrodance » qu’il nous présente dans son intégralité ce mercredi. Au saxophone alto, Baptiste Herbin et son phrasé lyrique, ses soudaines envolées be-bop. Le pianiste Fred Perreard, dont les harmonies subtiles ornementent les mélodies du leader. Thomas Delor fait corps avec sa batterie, il vit intensément plus qu’il ne joue chacune des parties rythmiques. Derrière sa contrebasse, Pierre Marcus, auteur de toutes les compositions (à l’exception d’une très belle reprise de Lennie Tristano), semble vivre un moment de grâce.  Il nous rappelle avec humour et résolution que son CD est à vendre à la fin du concert. (il n’en restera plus un !) Un beau moment de jazz avec un groupe d’une grande cohésion et d’une musicalité exceptionnelle.

Chacun des membres du quartet de Pierre Marcus a sorti cette année un album avec sa propre formation. On y reviendra certainement par ici.

Jacques Lerognon

Ballaké et Vincent à la Fondation Maeght

C’est un très beau chat roux, nonchalamment  allongé sur un mur, tel un sphinx débonnaire, qui accueille le public, dans le labyrinthe Miró de la fondation Maeght  Le violoncelliste Vincent Segal et son vieux complice, Ballaké Sissoko avec sa kora prennent place sur la petit scène à l’ombre d’une œuvre monumentale de l’artiste catalan.Un concert à l’initiative du Festival de St Paul de Vence et de la Biennale Internationale de St Paul de Vence.

Il fait à peine jour mais les deux musiciens préfèrent jouer sans les éclairages prévus par l’organisation. Jusqu’à la pénombre, nous raconte Vincent Ségal, comme ils le font devant la maison de Ballaké Sissoko à Bamako. Leur répertoire est inspiré de la musique traditionnelle malienne qu’ils revisitent à leur manière. Le violoncelle joue le thème à l’archet mais sert aussi de percussions ou de rythmique, façon contrebasse jazz. Les voix de la Kora sont aussi multiples. La vingtaine de cordes pincées, frottées par Ballaké Sissoko, sonnent, résonnent, étonnent, entre harpe et luth.

Le dialogue des deux amis, des deux instruments, est intense, subtil. L’harmonie des harmonies. Un concert magique dans un cadre somptueux avec des musiciens singuliers.

Pasi & Lenny à Juan

le 12 juillet à La Pinéde Gould.

Dernier concert d’une période rock avant d’attaquer le Jazz (f)estival.
Nous sommes bien dans la pinède Gould de Juan-les-Pins, en avant-première du 58e Jazz à Juan, un bluesman et une rock star.
Pour le blues, l’harmoniciste et chanteur Charles Pasi en quartet. Un habitué des lieux, il est passé du off à la première partie de Santana en 2015. Il nous offre un set allègre d’un blues groovy secondé par un guitariste aux soli incisifs souvent funky. Le jeu d’harmonica de Pasi est toujours aussi magistral et sa voix, son chant, son plus mature. Quelques reprises, des titres de ses albums et en rappel un sympathique moment où les musiciens échangent ses instruments pour finir tous sur la batterie, qui frappe sur un tom, qui taquine la cymbale ride ou la charleston. Il aurait pu poursuivre un peu d’ailleurs car malgré un changement de plateau rapide, on a dû patienter jusqu’à 22h (mesures de sécurité à l’entrée obligent) pour voir arriver la vedette de la soirée. Lenny Kravitz, himself, coiffure afro, lunettes foncées, guitare en bandoulière.  Un gros accord, Coltrane, Petrucciani doivent se demander que se passe t’il à Juan? Du rock. Du rock, un peu glamour tout de même mais du rock tout de même surtout grâce au  guitariste, Craig Ross, présent dans tous les instants, compositeur de certains des morceaux et surtout merveilleux soliste, le feeling accroché au manche de sa Telecaster, de sa Les Paul , il pimente le set de ses chorus très seventies. Le groupe derrière (claviers, basse, batterie, trompette, sax  ) assure aussi une belle cohésion. Le répertoire, son nouveau single prélude à l’album Raise Vibration (prévu en décembre) et des tubes, des classiques pris dans ses albums précédents. Son « I’m gonna play some old material now » déclenche une immense exclamation du public. Citons en quelques uns, piqués dans la setlist « Stop Draggin Around« , « Fly Away« , « Are You Gonna Go My Way » (immanquable), le vieux truc des Guess Who avec son riff implacable, « American Woman » , « Let Love Rule».
Un beau spectacle, intense où rock et émotion se conjuguent au pluriel. On regrettera cependant que la figure tutélaire de Prince soit encore trop présente dans son show.

With A little Help from His Friends

Ringo Starr & His All-Starr Band

Le 06/047/18 à la Salle des Etoiles  –Monaco

 

Voilà près de trente ans que Ringo Starr, le batteur des Beatles (précision pour nos jeunes lecteurs) parcours le  monde entier avec son All-Starr Band. Pour cette tournée, il est accompagné de quelques vieilles badernes du rock des années 70 et 80 encore en pleine forme. Steve Lukather (Toto) et  Colin Hay (Men At Work) aux guitares, Gregg Rolie (Mister Abraxas – Santana) aux claviers, Graham Gouldman (10CC) à la basse (superbe Rickenbaker bleue), Greg Bissonette (Steve Vai), génial batteur, derrière ses futs et Warren Ham sax, flute, harmonica et percussions.
Pendant près de 2 heures un sympathique mélange de chansons des Beatles ,- De It Don’t Come Easy à Yellow Submarine  en passant par Don’t Pass Me By ( sa première compo pour les Fab Four)  où il s’essaye à quelques accords au clavier-   ou ses succès en solo « Act Naturally« , « You’re Sixteen » et le très beau Photograph (coécrit avec George Harrison), un moment où l’émotion sourdait dans toute la salle et même sur le péristyle, au frais.
Ils jouent du Toto, bien sûr, le sempiternel Rosanna, du 10CC , le slow d’enfer I’m Not In Love ou un tube moins célèbre mais dont le riff de sax est dans toute les mémoires  Who Can It Be Now?  Lukather se fait un petit plaisir guitaristique sur les deux hits chaloupés que sont Black Magic Women et Oye Como Va pour lesquels le Hammond de Rolie est aussi mit à l’épreuve. Ringo n’a pas oublié John Lennon et se permet une blague sur les bijoux du public « Même à mon âge, je sais reconnaitre les vrais diamants, des faux« . Son âge, 78 ans ce jour même, ce qui lui a valu un très prenant happy birthday avec tout le public pour faire les chœurs. Encore ne pleine forme, il sautille sur le devant de la scène, micro à la main, comme un cabri dans le maquis corse, pour chanter le titre final, là encore avec les chœurs des spectateurs, un vibrant « With A Little Help From My Friends« . Pendant qu’il s’éclipse, le groupe entame quelques mesures de « Give Peace A Chance » et les lumières se rallument.
Rock’n’Roll.

 

 

Lucky Dog Live

Lucky Dog:
Live at the Jacques Pelzer Jazz club

(Fresh Sound New Talent)

Frédéric Borey et Yoann Loustalot respectivement trompettiste et
saxophoniste ont créé Lucky Dog en 2014 avec le contrebassiste Yoni Zelnik (excellent avec Géraldine Laurent) et le batteur Frédéric Pasqua ( que l’on a apprécié avec Sophie Alour) . Leur premier album éponyme était déjà très séduisant. Le nouveau, enregistré en live, sans les fioritures du studio, l’est encore plus. Dix titres, cinq compositions pour chacun des leaders. Borey délaisse parfois son ténor pour un soprano, donnant une tonalité plus enjouée à ses mélodies. Le jazz c’est l’impro, mais aussi l’harmonie du groupe et là, elle irradie de tous les instants. Leurs chorus à l’unisson, qui sous la pression de la rythmique, se désarçonnent, s’échappent, pour mieux se retrouver, en final, dans un retour au thème, écoutez Trouble pour vous en convaincre. La majorité des titres dépassent les sept minutes, le groupe prend le temps, que les tempos soit rapides ou lents, d’emmener le public avec eux, par petites touches au cœur de leur musique.
Du beau jazz contemporain à la musicalité élégante et raffinée.
Peut se savourer avec un chat sur les genoux !

Eddy Ray Vintage

Eddy Ray Cooper au Vintage Festival

Quand on entre dans le Parc Guérinière à La Colle-sur-Loup on passe devant de superbes Trikes Harley Davidson, quelques voitures hors d’âge mais en superbe état et même une concentration de combis Volkswagen.

Des stands de vêtements et bijoux précèdent la partie restauration. Et enfin le préau couvert.

C’est devant une assistance quelques peu clairsemée ( peut-être à cause du foot) qu’Eddy Ray Cooper et ses Nice Two ont pris place sur la scène.

Il fait encore jour, on voit les arbres aux alentours quand Eddy (les cheveux impeccablement gominés – t’es rock ou tu l’es pas!- balance le premier accord sur sa resplendissante Gretsch rouge. C’est parti pour deux heures de Rock’n’Roll et de country. Il reprend vite une chanson de Johnny Cash (son fantôme va survoler la scène pendant tout le concert) avant d’interpréter quelques titres de sa composition, du dernier album « Thirty & Eight » et des précédents. Giuseppe Zanforlin bouscule sa contrebasse, les cordes claquent sur le manche façon Rockabilly. Dans le public, l’ambiance monte, certains se risquent même à danser. Il y a de la place. D’autres préfèrent chanter avec Eddy. Il délaisse sa guitare pour faire quelques soli sur la slide posée juste à côté de son micro.On aura droit à deux très belles version de Cocaïne blues, celle très rythmée, popularisée par « The Man in Black », Johnny Cash himself et une autre plus folk, plus forte en émotion écrite par Townes Van Zandt. Eddy Ray Cooper ne se départi pas de son sourire, il cabotine un brin (mais avec une bonhomie non dissimulée) quand le cameraman s’approche et l’éclaire de son flash. Il réussit le tour de force d’enlever sa veste sans ôter la sangle (floquée à son nom) de sa guitare de l’épaule. C’est l’heure de jouer son fameux Lemoncello Blues, cela tombe bien il fait soif. Plus tard, en entendant le riff staccato de Ring Of Fire, on se dit que la soirée se termine. Mais de quelle façon! I Wanna Jive Tonight puis les lumières s’éteignent. Il restait encore deux soirées à venir, BB Blues et Lone Redneck.
Un très bel endroit, une belle initiative que l’on espère revoir l’an prochain. L’organisation devrait cependant penser à améliorer la communication (et le fléchage) pour faire de cet événement une plus belle fête.
Et comme le chante Neil Young Rock’n’Roll will never die!