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Onze Heures Onze Orchestra: Vol IV

Onze Heures Onze Orchestra: Vol IV

(OnzeHeuresOnze)

Alexandre Herer : claviers, fender rhodes / Julien Pontvianne : saxophone ténor / Olivier Laisney : trompette / Sakina Abdou : saxophone alto / Fanny Ménégoz : flûte / Maïlys Maronne : synthétiseurs / David Chevallier : guitare / Amélie Grould : vibraphone / Thibault Perriard : batterie

Onze heures Onze Orchestra est un collectif de jazz contemporain composé, pour ce nouvel opus, de quatre femmes et cinq hommes. Quatre soufflants, trois claviéristes (dont une vibraphoniste), guitare et batterie.

Le volume III de l’Orchestra est encore chaud. Il est sorti en septembre et tourne encore régulièrement dans la platine. Mais voilà que déjà se pointe à l’horizon le 4e opus du nonet. Chic, dit-on dans les couloirs, on va pouvoir enchaîner les deux, façon double album. Les deux étant issus d’une même session d’enregistrement de septembre 2020.

Parmi les neufs thèmes on appréciera tout particulièrement celui, sobrement intitulé, « How Prince Kaya Made A Doll And Set It Up In The Ricefields Pt 1« , signé par le saxophoniste Julien Pontvianne qui offre au guitariste David Chevallier, une superbe partition toute en arpèges subtils et entêtants. Notons que les parties 2 à 4 du même morceau se trouvait, allez savoir pourquoi, dans le vol III. Une nouvelle bonne raison de se procurer les deux.

Dans les compositions comme dans les arrangements, les musiciens du collectif jouent avec une filiation qui va du prog des années 70 aux musiques minimalistes du milieu du 20e siècle en passant par le free jazz. Une musique très écrite, sophistiquée et pourtant facile d’accès car elle fait appel aux émotions tout en étant envoutante et souvent enjouée.

Alors, n’attendez pas le volume V.

A Night at the Opera

Pour cette dernière soirée des Nice Jazz Festival Sessions 2021, nous étions gâtés. Du jazz grand format dans la superbe salle de l’opéra de Nice. Deux big bands se sont succédés sur la scène. Tout d’abord, le Nice Jazz Orchestra (NJO) dirigé par Pierre Bertrand.

Puis le Amazing Keystone Big Band et ses quatre co-directeurs artistiques.

Le NJO invitait le crooner napolitain Walter Ricci. Il rejoignait donc la chanteuse Marjorie Martinez sur le devant de la scène.  Le programme concocté pour cette soirée est composé de reprises de tubes de l’année 1966.  

Et pour se mettre bien dans le bain, un « Route 66 » pris à tempo élevé (beau chorus d’Amaury Filllard à la guitare)

suivi par « Daydream » des Lovin’ Spoofull. Un brin de pop et de rock dans du jazz? Ça sonne vraiment bien. Walter Ricci semble aussi à son aise dans ce répertoire. Pierre Bertrand s’offre un petit solo à la flute piccolo. Suivent deux thèmes aussi éloigné que « Eleanor Rigby » des Beatles et « 20 años » du Buena Vista Social Club. On n’égrènera pas ici tous les titres. On note juste la petite sérénade napoletana de Ricci qui s’accompagne au piano puis un petit blues à quatre avant la surprise de la soirée, le retour de Frederica Randrianome sur la scène.

On a l’habitude de la voir, micro en main, nous présenter les différentes soirées. Mais là, avec l’orchestre, la surprise est totale. Elle nous interprète, de fort belle manière, « Summertime » de Gershwin, mettant ainsi un peu de chaleur estivale dans les premiers frimas azuréens.

Marjorie et Walter reviennent finir le set avec un  » Let’s Go Get Stoned », signé Ray Charles, des plus vivifiant lui aussi avec son chorus de baryton.

Il est temps de laisser les techniciens installer le matériel pour le big band suivant. C’est qu’ils sont dix-huit à caser sur le plateau et quatre trombones cela prend de la place!

22h20, tout le monde est sur sa chaise, les premières notes de « Stompin’ At The Savoy » s’échappent.

« We Love Ella » titre générique du concert de l’Amazing pour ce soir. Des titres popularisés par Ella Fitzgerald avec, ce soir, la voix de l’époustouflante Célia Kameni.

A un très enlevé « The Gentleman Is a Dope », (and not my cup of tea) et son beau chorus de ténor par Jon Bouteiller, succéde « Sometimes I’m Happy » avant un très poignant « Cry Me a River ». L’orchestre semble même arrêter de jouer pour mieux profiter aussi du chant intense et habité de Célia Kameni.

Un petit intermède fun, avec « Le lapin blanc » d’Alice aux Pays des Merveilles, extrait de leur mise en musique du conte de Lewis Carroll. Toutes sortes de chorus, du sax baryton au petit flutiau.

Ils reviennent à Ella avant le second intermède, la présentation du big band, section par section. David Enhco endosse le rôle de Monsieur Loyal pour, tour à tour, nous décrire les instruments et les instrumentistes avec beaucoup d’humour.

Un dernier morceau pour conclure, en forme de faux rappel, « Douce Nuit/Silent Night » porté, une fois encore, pour notre plus grand plaisir par la chanteuse qui se fait alors délicieusement tendre.

Des soirées comme celle-là, on en redemande! 

le 06/12/21 à l’Opéra de Nice-Côte d’Azur (06)

Le rock’n’roll selon Matthieu

Matthieu Boré: Rumble in Montreuil

Matthieu Boré : piano, vocals, Mathias Luszpinski: saxophone;
François Sabin : guitare, saxophone baryton, accordéon, orgue,
Stéphane Barral: contrebasse, Gael Pétetin: batterie

Le pianiste Matthieu Boré a laissé ses « Gumbo Kings » sur les bords du Mississippi pour les squats de Montreuil. Point de funk louisianais cette fois ci mais un retour vers les fifties/sixties et le bon vieux rock’n’roll vintage avec juste ce petit brin de swing qui convient bien. Si le titre de l’album « Rumble in Montreuil » est une allusion revendiquée au « Rumble in Brighton » des Stray Cats, Matthieu Boré et ses acolytes ne se confinent pas dans du pur rockabilly. Rhythm’n’blues, rock, ska, sont aussi de la partie. La contrebasse ronronne. Le sax gronde gentiment. Multi-instrumentiste, le guitariste troque sa gratte pour un accordéon, un orgue ou un baryton avec délectation. Quant au chanteur, derrière son piano, il ne se départit jamais de son phrasé décontracté de crooner tranquille. Et, faire du rock avec nonchalance, fut-elle malicieuse, n’est pas donné à tout le monde. On notera aussi dans ces enregistrements une certaine influence Beatles. » By My Side » pourrait être chanté par Sir Paul alors que « Till The Morning Light » évoque, aux plus anciens, la période indienne de George Harrison.

Laissons le mot de la fin au chanteur :
« Ain’t nothin’ special, just a little bit of rock and roll« 


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Rhoda Scott & Robin McKelle au TNN

Quel bel écrin pour accueillir l’une des plus grandes dames du jazz. Madame Rhoda Scott que ce théâtre de Nice, hélas, trois fois hélas, promis à la démolition.

Un duo avec le batteur Thomas Derouineau. Il est aussi son gendre et le papa de son nouveau petit-fils, né il y a peu comme elle nous l’apprendra pendant le concert.

Elle lui dédira le très beau « A Child Is Born » de Thad Jones. Leur répertoire s’inspirere du récent album « Movin’ Blues ». Du blues donc mais aussi du gospel, « Let My People Go », très swing. (Rhoda a débuté sa carrière sur l’orgue de l’église où officiait son père). Et quelques thèmes de jazz. Une reprise de Michel Legrand puis deux de Duke Ellington « Come Sunday » avec un festival de cymbales frappées tour à tour par les mailloches puis par les balais. Mais c’est un « Caravan » d’anthologie qui a embrasé le public. Là encore, le batteur a prouvé qu’il n’était pas là pour faire de la figuration. Il imprime tout d’abord un rythme chaloupé, façon dromadaire dans le sable puis accélère le tempo, la frappe se fait plus énergique. Peu probable que le tranquille animal du désert puisse continuer longtemps sa marche dans les dunes à un tel entrain. Rhoda Scott, de son côté, caresse, bouscule son Hammond vintage, tout en restant d’une élégance rare. Les deux claviers et le pédalier n’ont guère de moments de repos. Après, un, deux rappels, elle finira par quitter la salle, un bouquet en main, pour rejoindre l’atrium du théâtre où l’attendent ses fans.

On change de style. Une seconde partie plus glamour si on en juge par la robe lamée argent plutôt courte qu’arbore la chanteuse américaine. Mais on reste dans le blues avec Robin McKelle et son quartet qui présente le programme de son album « Alterations ».

Un pianiste Matthias Bublath, A la basse électrique et contrebasse l’immense Reggie Washington (il a joué avec Archie Shepp, Branford Marsalis, …). A la batterie, très content de jouer « at home », le niçois Nicolas Vicarro.

Ils attaquent fort avec une reprise tout en délicatesse du « Back To Black » de la regrettée Amy Winehouse. Suivie de « High Head » signée McKelle avant le premier moment fort, « The River » de Joni Mitchell que la chanteuse s’approprie de fort belle façon. Sa setlist est consacrée aux chanteuses qui l’ont inspiré, ému. Le « No Ordinary Love » de Sade est presque meilleur que l’original, un duo basse voix et un superbe solo de piano. Elle ne pourra rien hélas pour « Rolling in The Deep » d’Adele qu’elle a mis à son répertoire. Après un petit blues où elle pianotera quelques notes sur le B3 avant de scatter en duo avec un Reggie Washington imperturbable à la contrebasse.

Le second moment fort est double. D’abord Robin s’installe au piano (« pas facile avec ma robe la plus courte et mes chaussures les plus hautes », sourit-elle!) pour nous interpréter le tube de Carole King « You’ve Got A Friend » suivi du très dynamique « Jolene » créé en 1974 par la country girl Dolly Parton. En rappel, en voiture, « Mercedes Benz » de la géniale Janis Joplin avec Matthias Blubath derrière le B3

Quelle soirée où Robin McKelle a su mettre sa voix dans les chansons d’artistes qui lui ont ouvert la voie.

Puis les portes du théâtre, quel gâchis, se fermeront définitivement sur la musique.

Des guitares, du jazz manouche

Noé Reinhardt: Reinhardt Memories

(Label Ouest)

Vous aimez le jazz manouche? Celui qui swingue à chaque note? Du manouche avec des guitares et rien que des guitares? Alors ce nouvel album du trio de Noé Reinhardt est fait pour vous. Deux solistes Noé Reinhardt, le petit neveu de Django et la guitariste italienne Katia Schiavone. Pour les accompagner, à la pompe, comme on le dit souvent, Samy Daussat. Une rythmique impeccable qui donne toutes possibilités à ses deux acolytes de se laisser aller des dix doigts sur leurs six cordes.  Sur deux titres, David, le petit fils fait courir les siens sur sa Gibson archtop (Celle de son père Babick dit-on !). Neuf des compositions sont signées de la famille. Des reprises de Django ou Babik, des inédits de Noé et David. Pour compléter, un thème de Samy Daussat qui ouvre l’album et pour le clore, le classique mais tellement beau « Que reste-t-il de nos amours » du grand Charles Trenet. Et enfin, une superbe compo, très enlevée, simplement intitulée « Co », proposée par la napolitaine du groupe. Elle nous montre ainsi qu’elle est aussi à l’aise sur le manche que sur les cinq lignes d’une portée.

Maillard Luc Belmondo

MLB Trio: Birka

(Ilona records)

Pour son nouvel album, Thierry Maillard tente une nouvelle expérience, un trio assis mais sans assise rythmique. Un lineup original, piano, guitare, trompette, avec ses amis Sylvain Luc et Stéphane Belmondo. Un trio à la fois acoustique et électrique. Un groupe nommé MLB Trio, acronyme de leur nom. Les trois artistes se partagent (pas équitablement) les compositions. Le pianiste se taille la part du lion mais peu importe tant l’album forme un tout harmonieux, unique, fusionnel.

L’enregistrement de Th. Maillard, le plus émouvant depuis longtemps, probablement dû à la connivence, que dis-je à la symbiose, entre les trois musiciens, trois frères en musique. La force de l’album est, aussi, le jeu à l’unisson, à deux, à trois, ils jouent ensemble dans la même direction puis, imperceptiblement, une voix s’écarte pour quelques mesures, quelques phrases avant de filer vers des retrouvailles inéluctables.

On appréciera tout particulièrement le toucher de Sylvain Luc en acoustique, 6 ou 12 cordes, sa finesse, son élégance. La rondeur avenante du bugle de Stéphane Belmondo. Le son charnu et mutin du Rhodes de Thierry Maillard.

Ses enthousiasmes, ne seraient rien sans le talent de Philippe Gaillot, l’ingénieur du son, qui a si bien su capter l’intensité de ses moments.

Deux duos au TNN

Un concert de jazz qui commence par quelques notes de glockenspiel, ce n’est pas courant. Cette espèce de xylophone a eu son heure de gloire avec les groupes prog des années 70.  La paire Obradovic-Tixier le remet au goût du jour.

Le duo doit sa réputation à la participation de la batteuse croate Lada Obradovic dans « The Eddy » sur Netflix. Une série sur le jazz qui leur a donné une popularité au-delà de la sphère des simples amateurs. David Tixier joue du piano et de toutes sortes de claviers

alors que Lada outre la batterie, l’accompagne aussi de diverses percussions et au kalimba. Le pianiste a un jeu chaleureux, souvent virtuose, on regrette parfois qu’il l’accommode de sonorités électroniques. A l’opposé, Lada Abrdovic a un jeu percussif, très sec, froid, presque clinique jusqu’au moment, où, vers le milieu du set, ils jouent un morceau inspiré par les relations conflictuelles (à la façon du film Whiplash) de la batteuse avec son professeur en Autriche (anecdote narrée par le pianiste). Et là, de minutes en minutes, son drumming devient habité, ardent, plus délié aussi. Et cette fin de première partie nous laisse à la fois allègre et un peu abasourdi.

Le temps de prendre un peu le frais sur la terrasse devant le théâtre, on rejoint nos places pour ce qui allait être l’un des plus beaux concerts de l’année. Le pianiste Bojan Zulfikarpašić, on le nomme généralement Bojan Z. et le clarinettiste Michel Portal, encore auréolé de sa récente victoire du jazz pour le magnifique album MP85 (Label Bleu). Le pianiste commence par contourner son Fender Rhodes pour bricoler on ne sait quoi sur la pédale de sustain qui semble branlante.

Mais Michel Portal ne tarde pas à emboucher sa clarinette basse pour un premier morceau de l’album précité. Entre chaque titres, les deux compères nous racontent une anecdote sur ce qu’ils vont jouer.

« Armenia » écrite suite à un voyage en Armenie et des rencontres avec des musiciens locaux, « Mino-Miro » dédié au percussionniste Mino Cinelu et contrebassiste Miroslav Vitouš, ou encore « Desert Town ». Portal passe à un moment à la clarinette en Sib, celle avec laquelle on joue du Brahms nous dit-il malicieux.

Il rejoindra peu après une chaise sur le côté devant laquelle repose un superbe bandonéon. C’est celui d’Astor Piazzolla nous dit-il avec révérence, avant de nous jouer deux tangos de l’argentin.

Nous aurons la chance d’entendre leur version de « Los Feliz » un thème de Marcus Miller écrit pour Miles. Portal reprend alors sa clarinette basse puis le sax soprano dont il joue directement dans les cordes du piano.

Tout au long du set Bojan Z semble très attentionné pour son ami, il donne l’impression de modérer sa virtuosité comme pour laisser plus de place au clarinettiste.


On pourrait raconter tout le concert dans le détail, un deux puis trois rappels. Après on vous laisse partir nous dit en souriant le pianiste.
Mais concluons en disant simplement, que ce fût un enchantement de la première à la dernière minute.

Le 02/12/21 au Théâtre National –  Nice (06).

Alexx et Lio are back

Alexx & The Mooonshiner: 7-Years Itch

(M&O Music)

Alexx Wokenbouth – Vocal; Lionel Riss – Guitar;
Rico Rajao – Bass; Franck Pierrot – Drums.

Après sept années de disette, voilà enfin le retour dans les bacs, fussent-ils numériques, d’une nouvelle galette d’Alexx (avec ses deux « X ») and The Moonshiners (et leurs trois « o »).
Et, autant le dire tout de suite, on n’est pas déçu!
Pour accompagner les six nouvelles compos mijotées à la six-cordes, ils plongent dans le répertoire intime de leur discothèque pour nous offrir des versions sulfureuses, débridées de quelques titres allant du punk au bon vieux rock’n’roll fifties (Elvis, Iron Maiden, Nine Inch Nails ou Dead Kennedys).
Ne vous fiez pas à l’apparente douceur pastel de la pochette du CD, la voix d’Alexx n’a rien perdu de son mordant. Énergique, volontaire, elle propulse les paroles de ses chansons comme si elles avaient attendu, elles aussi, sept ans, pour sortir. De son côté, Lionel riffe, rythme, chorusse et triture sa Stratocaster (et d’autres surement) sans vraiment essayer de modérer l’enthousiasme communicatif de la chanteuse. Ils s’autorisent quelques moments plus calme.  Tout d’abord, « Missed« , magique thème, arpèges acoustiques survolés élégamment à l’éclectique et une basse discrète qui ponctue. Puis « Piggy » emprunté à Trent Reznor, Alexx susurre, s’accompagne d’un accordéon presque romantique, Lio rajoute quelques petites notes en bas du manche, des baguettes qui caressent les cymbales. Mais rassurez-vous, cela ne durera pas, ce bon vieux blues-rock resurgit au détour d’un break du batteur.
Une bonne cuvée de Moonshine, alors, n’hésitez pas, réclamez-le à votre disquaire ou

Avishai Cohen à Monte-Carlo

20h30 tapantes, Avishai Cohen pénètre sur la scène, accompagné dElchin Shirinov le pianiste azéri qui l’accompagne depuis 2019 et de sa toute nouvelle batteuse, la jeune Roni Kaspi, à peine 21 ans. Ils s’installent proches les uns des autres comme pour mieux percevoir les vibrations de leur musique. Le répertoire de ce soir, nous dit le bassiste après deux morceaux, est tout nouveau.

Celui d’un prochain album qu’il ont peaufiné pendant cette tournée. C’est la dernière date, notre meilleur concert, rajoutera t’il malicieusement, un peu plus tard. Et de fait, le concert est magnifique. Le piano de Shirinov qui swingue sans pourtant se départir de son côté romantique. Les solos de contrebasse sont toujours inspirés.

Avishai s’en offre un pratiquement à chaque titre. Les mélodies sont belles, moins empreinte d’orientalisme que dans le passé. Et puis, il y a Roni Kaspi qui assure une présence rythmique de tous les instants et dévoile toutes ses qualités dans deux formidables longs solos. Le dernier, en rappel, particulièrement vigoureux, incisif et puissant.

On imagine le sourire, quelque part, de Keith Moon ou Buddy Rich. Les arrangements sont aussi particulièrement bien travaillés. Dans un morceau lent dont on ne saura pas le titre, la contrebasse double en bas du manche le riff de la main droite du pianiste pour l’instant d’après, reprendre celui de la main gauche dans le haut du manche sur un drumming léger des balais sur les cymbales.

Ils ne feront même pas semblant de sortir pour le premier rappel, Avishai pose sa contrebasse, ils viennent saluer puis reprennent leur instrument.

Le contrebassiste installe un pied de micro devant lui pour chanter, tout d’abord une chanson en espagnol,   « El sueño va sobre el tiempo« , inspiré d’un texte de Garcia Lorca. Ils enchaînent sur le standard « I Remember You » popularisé par Chet Baker. Le piano est toujours romantique alors que la contrebasse se fait câline.

Second rappel, avec fausse sortie cette fois-ci. Deux morceaux plus anciens et ce fameux solo de Roni Kaspi, déjà évoqué.

Quelle maestria.
Une fort belle façon de débuter ce 15e MCJF.
Sur les écrans dans l’atrium de l’opéra, une image rend un dernier hommage à Jean-René Palacio. On lui doit la programmation de cette édition comme celles des précédentes.

Le 23/11/21 à l’Opéra Garnier – Monte-Carlo (MC)

Chick Corea, l’encyclopédie.

Ludovic Florin: Chick Corea

(éditions du Layeur)

Ludovic Florin avait prévu ce livre pour honorer Chick Corea à l’occasion de ses 80 ans et la vie en a décidé autrement, le pianiste nous a quitté quelques semaines avant cet anniversaire. Mais l’hommage reste, sous la forme d’un beau livre grand format, celui d’un vinyle, 30×30. 250 pages, 1900g. L’auteur a fait un véritable travail d’encyclopédiste. Il recense, un par un tous les albums dans lequel Chick Corea a joué, en solo, dans ses groupes ou en sideman. Depuis « Go, Mongo » de Mongo Santamaria en 1962 à Trilogy2 avec McBride et Blade en 2019. 
Plutôt qu’un ordre strictement chronologique, Ludovic Florin a choisi de regrouper la discographie par thèmes, flute, saxophone, percussions quand Corea est en accompagnateur ou les différends duos, trios, quartet et autres que le pianiste a dirigé ou dans lesquels il a joué. Des longs passages sur l’Elektric Band et l’Akoustic Band ou sur les rencontres avec Gary Burton, MacLaughlin. Ce qui lui permet une analyse biographique, critique qui ne se limite pas à un seul album. La section « Un tropisme latin » inclus par exemple « My Spanish Heart » de 1975, « Touchstone » de 82, « Rumba & Flamenco » de 2005, « Antidote » de 2012 mais aussi le « Zyriab » de Paco de Lucia paru en 1990. Et pour chacun des vinyles, CDs, le visuel de pochette avec mention du photographe et du designer. Complétés par la setlist, la liste du personnel figurant sur l’enregistrement. Une vraie mine de renseignements et d’anecdotes pour l’amateur de jazz. Un ouvrage qui peut se lire classiquement du début à la fin ou se picorer deci delà au gré des humeurs.

La qualité du papier et surtout des illustrations fait de cet objet, une pure merveille que tout admirateur de Corea aura envie de glisser dans sa bibliothèque. Un livre à offrir ou à se faire offrir.