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Prima Kanta

Laurent Rochelle – Prima Kanta: 7 Variations Sur Le Tao

(Les disques Linoleum / Inouïe distribution)

Laurent Rochelle: clarinette basse, sax soprano; Rébecca Féron: harpe électro-acoustique; Frédéric Schadoroff: piano; Juliette Carlier: vibraphone; Arnaud Bonnet: violon; Fanny Roz: voix

Prima Kanta est le nouveau groupe monté par le clarinettiste Laurent Rochelle pour ce projet « 7 Variations Sur Le Tao« . Une formation singulière où, piano, clarinette et saxophone côtoient une harpe électro-acoustique et les trois « V », vibraphone, violon, voix. Une formation singulière pour une musique qui l’est tout autant. Une musique répétitive (façon Steve Reich ou Philip Glass) qui intègre des éléments de jazz. Une musique savante -mais réjouissante- superposition de timbres et de textures. Vocalises en boucle sur lesquelles se posent un chapelet de notes du sax, des arpèges de harpe, de piano, propices à la méditation ou à l’introspection. Seules quelques frappes des mailloches sur les lames (larmes ?) du vibraphone viennent briser, un temps, une parfaite harmonie. Sept variations aux titres d’inspiration chinoise, taoïsme oblige, (Jian, Da Ku, Tong,..) auxquelles s’ajoute une huitième composition brève, plus mélodique, plus rythmée, plus vive, presque swing, mais toujours en boucle, qui clôt l’album en beauté.

C’est qui le vieux mec maintenant ?

Ben Sidran:  Who’s The Old Guy Now?

(Idol) Bandcamp

Ben Sidran: Piano, Hammond organ, tambourine and voice
Leo Sidran: drums, bass, guitar, Hammond organ and voice
& friends

On ouvre toujours un album (fut-il numérique) de Ben Sidran avec un brin de nostalgie, lui qui nous accompagne depuis tant d’années, surtout si, le dit album, se nomme: C’est qui le vieux mec maintenant ?  Et même s’il ne s’agit que d’un EP, le frisson est quand même là!  Entre deux explosions de la pandémie, Ben et son fils Leo, multiinstrumentiste, ont préparé des cinq chansons dans un studio. Puis quelques amis musiciens, les ont rejoints, ils ont rajouté des parties de guitares, d’orgue ou de percussions. Vingt courtes minutes de pur Sidran donc. Le fameux laid back, le phrasé décontracté, le petit esprit blues qui ne s’éloigne jamais vraiment, « Blues is the bottom line » nous dit-il. Le Ben d’aujourd’hui est-il plus sage que celui de sa jeunesse ?  il donne lui-même la réponse dans le dernier titre de l’album:
« Old wine new bottle
You don’t know what to think
Have another drink of that wine »

Ellinoa et Ophelia

Ellinoa: The Ballad of Ophelia

 (Music Box/Socadisc)

Ellinoa (vc), Olive Perrusson (vc, vla), Arthur Henn (vc, cb), Paul Jarret (g)

Ellinoa est le chantre du Wanderlust Orchestra, l’ensemble vocal et instrumental qu’elle dirige. Elle chante aussi dans le récent album Rituels, de l’ONJ. Mais sur ce projet qu’elle signe de son nom, la vocaliste a choisi une formation réduite. Un quartet pour raconter l’histoire tragique d’Ophélia, l’héroïne de Shakespeare. Ellinoa est donc accompagnée par un trio à cordes original, guitare, alto et contrebasse. Ni rock, ni pop, ni jazz. Ses aigus nous évoque ceux de Joni Mitchell. L’ambiance musicale nous rappelle parfois celle des albums d’Emilíana Torrini et les arrangements sophistiqués de Roland Orzabal ou celui plus récent avec The Colorist Orchestra. Mais au-delà de ces références anciennes, c’est la qualité des orchestrations, la beauté de toutes ces cordes (vocales comprises) qui s’entrelacent, que l’on retiendra.

Ellinoa crée un véritable univers pour sa musique, on imagine la belle et triste Ophélia errer sur ces mélodies lentes.

Twins

Collectif La Boutique: Twins

(La Boutique/ L’autre distribution)

Contrebasse : Yves Rousseau; Hautbois : Vincent Arnoult; Batterie : David Pouradier Duteil; Clarinette : Nicolas Fargeix; Basson : Anaïs Reyes; Trompette : Fabrice Martinez; Clarinette basse : Emmanuelle Brunat; Saxophone : Clément Duthoit; Composition : Jean Rémy Guédon
Accordéon : Vincent Peirani

« Twins » est le premier album du Collectif La Boutique.
Le trompettiste Fabrice Martinez, directeur artistique du projet, a choisi d’explorer le répertoire du compositeur et guitariste Jean-Rémy Guédon. Onze thèmes repris, revisités, par les huit membres du groupe qui invitent l’accordéoniste Vincent Peirani. L’idée originale de Fabrice Martinez est de faire jouer les parties initialement écrites pour la voix, par l’accordéon. Appuyé par un duo rythmique robuste et corsé, le dialogue s’instaure entre les instruments à vent de l’ensemble et les touches nacrées de Peirani. La beauté particulière de cet enregistrement est la délicate fusion d’harmonies venues du classique, jouées par le basson, le hautbois ou les clarinettes, métissées avec celles issues du jazz, de la trompette, des saxophones ou encore de la clarinette (qui joue dans les deux camps). Ne nous trompons pas, il s’agit bien plus d’une collaboration que d’une rivalité car la musique sort bel et bien gagnante de cette confrontation amicale. Quant à Vincent Peirani, après Living Being, Jokers, Abrazo, Correspondances,…) il agrandit encore sa palette avec ce nouveau projet.
Martinez-Peirani, une association qui fera date!.

 

 

Lady Sings the blues, Boys Dig the Beat

Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle: Eleanora

(CQFD/L’autre Distribution)

Bastien Brison, piano; Julien Didier, upright bass; Julien Ecrepont, trumpet; Corentin Giniaux, clarinet, tenor sax; Jonathan Gomis, drums; Jean-Philippe Scali, alto sax, clarinet; Vincent Simonelli, guitar; Nicolle Rochelle, vocals.

Dans cet album sous-titré, The Early Years of Billie Holiday, le groupe Hot Sugar Band, rend hommage à LA chanteuse de jazz que fut Eleonra Fagan, dites Lady Day, plus connu sous son nom de scène: Billie Holiday. Le répertoire de l’album plonge dans les premiers titres de la chanteuse dans les années 30. Quelques thèmes sont devenus des standards tel Fine and Mellow, The Man I Love ou encore Yesterdays (avec un « s » pas celui de Sir Paul). Nicolle Rochelle relève le défi et prête sa voix à Billie avec bonheur, sans en faire trop, sans chercher à l’imiter. Une voix chaude, un chant gouailleur, un phrasé un peu trainant qui illumine ses blues. Mais ces cantilènes ne seraient rien sans les sept Boys du Hot Sugar Band (HSB pour les intimes) les font vibrer, les font swinguer avec une efficacité redoutable.

Des arrangements léchés. Les soufflants (trompette, sax, clarinettes) fusent, s’égaillent, les chorus jaillissent. Guitare et piano alternent entre rythmique et courts solos alors que basse et batterie recadrent tout le monde.

Alors, si au bout de deux à trois morceaux vous ne tapez pas du pied…

 

 

C Barré -Peephole

Ensemble C Barré: Peephole

(L’empreinte digitale)

L‘Ensemble C Barré, groupe à géométrie variable, sis à Marseille,  comprenant jusqu’à 12 musiciens dirigés par Sébastien Boin, a publié récemment son premier album, Peephole. Il est composé de quatre œuvres du compositeur Frédéric Pattar avec lequel l’ensemble travaille depuis 2014. Ces pièces de musique contemporaine ont été commandées et créées par C Barré. Les compostions explorent les potentialités de l’ensemble instrumental, de trois à douze instrumentistes auquel s’adjoint, sur deux œuvres, une voix. Une voix humaine, mezzo-soprano ou baryton basse. Car, en fait, chacun des instruments a sa propre voix que Frédéric Pattar conjugue avec virtuosité au sein de ses compositions. Chacune d’elle est inspiré d’une poésie, de Ginsberg, Lisa Samuels, Garcia Lorca ou Verlaine. Étonnement, les pièces vocales ne sont pas forcément les plus lyriques. Écoutez la puissance évocatrice de la première piste: Mind Breaths. Certes, les respons voix-guitare/percussions, plus tard dans Sangre sont aussi d’une beauté singulière.  Au cœur de… qui clôt cet album est la pièce qui provoque le plus d’émois. L’ensemble est réduit à sa forme la plus élémentaire. Trois instruments à cordes pincées, mandoline, guitare, harpe. Entrelacs de sons, de timbres, auxquels se superposent d’autres cordes, vocales celles-là, pour dire, chanter, chuchoter, extruder les alexandrins de ce Kaléidoscope.

Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu’autrefois

Verlaine 

Qui pourra dire après l’écoute de ce disque que la musique contemporaine est froide ou hermétique tant la charge d’émotions qui se dégage de chacune des œuvres de Frédéric Pattar est intense, organique, viscérale presque.

Thomas et Jimi

Thomas Naïm: Sounds Of Jimi

 (Rootless Blues / L’autre Distribution / Idol)

Thomas Naïm:guitares;  Marcello Giuliani: contrebasse; Raphaël Chassin: batterie.

Il est tentant quand on est guitariste et qu’on aime le rock de s’attaquer au répertoire de Jimi Hendrix. Mais il faut avoir quelque chose à dire avec ses dix doigts et ses six cordes pour que le jeu en vaille vraiment la chandelle et, à ce jeu-là, Thomas Naïm fait vraiment très fort. Il suffit d’écouter la version jazzy de Fire qui ouvre l’album pour se rendre compte qu’il ne veut pas faire un hommage, en jouant note à note, les morceaux du génial guitariste de Seattle, comme ces nombreux tribute bands insipides. La présence de Hugh Coltman et sa voix, savamment nonchalante, sur deux titres confirme la bonne impression du début. L’un des grands moments du disque est la reprise de Villanova Junction qui fit le bonheur des 30 000 personnes encore là, au petit matin du 18 aout 69, à Woodstock. le trio de Thomas Naïm en donne ici une version toute en retenue et en élégance. Evitant les fioritures ou les effets de manche (de Stratocaster). On s’amusera du jeu à la Dick Dale dans une adaptation étrange de Purple Haze. Parmi les autres invités de l’album, Erik Truffaz ornemente façon jazz Manic Depression avec sa trompette, on se prend à rêver qu’Hendrix puisse entendre ça! Quant aux deux titres en acoustiques, Little Wing et Voodoo Child, elles nous mènent au cœur du blues. Superbes arrangements pour un jeu tout en feeling.
Thomas et Jimi, paire d’as.

Leyla McCalla

Leyla McCalla: Vari-colored Songs

Smithsonian Folkways Recordings

Leyla McCalla réédite son premier album paru en 2013 avec un titre en bonus, sur le prestigieux et militant label Smithsonian Folkways Recordings. Bonne occasion pour (re)découvrir cette chanteuse engagée,  violoncelliste , à la voix chaude et prenante.
Je profite pour rééditer aussi ma chronique parue dans le magazine Nouvelle vague  en octobre 2013.


D’origine haïtienne, née à New York, Leyla McCalla, y étudie le violoncelle classique avant de quitter Manhattan pour la Nouvelle Orléans où elle découvre le blues, le jazz. C’est là que sa carrière va prendre forme. Jouer du blues ou du zydeco au violoncelle, ce n’est pas banal mais comme elle l’affirme: « Le violoncelle est un instrument tout-terrain. Il faut le sortir de son carcan. » La chanteuse a mis des notes sur les mots de Langston Hugues, poète de Harlem au début du siècle, à qui l’album est dédié. On trouve aussi quelques morceaux traditionnels. Elle joue aussi du banjo et de la guitare accompagnée par un ou deux musiciens (pedal steel, percussion, guitare), cela donne un style folk blues assez atypique où le chant en créole vient parfois se substituer à l’anglais. Superbement mélancolique!

 

Bas les masques!

Francesco Bearzatti Tinissima 4et: Zorro

(Cam Jazz /L’Autre Distribution)

Danilo Gallo: Bass, Guitars; Giovanni Falzone: Trumpet, Flugelhorn;
Zeno De Rossi:  Drums, Percussion; Francesco Bearzatti: Sax, Clarinet.

Après un magnifique disque consacré à Coltrane (Dear John – Cam Jazz), le saxophoniste et clarinettiste Francesco Bearzatti renoue avec son quartet Tinissima. Celui d’un jazz de résistance, d’un jazz engagé. (Mais ne doit-il pas l’être toujours?).  Dans le sillage de Tina Modotti, Woody Guthrie, Malcom X ou encore l’étourdissant Monk’n’Roll, c’est au mythe de Zorro que s’attaque le quartet avec une biographie musicale de l’homme en noir –non, pas Johnny Cash!
Zorro centenaire cette année, amène avec lui bien plus qu’un esprit frondeur qui sied parfaitement à la musique de Bearzatti et ses compères…. Les thèmes portent des noms évocateurs (Zorro, Bernardo, Tornado,..) et ils nous entrainent au cœur cette Californie espagnole …La poussière, les chevaux, le chaud soleil et Don DIego et son alter ego masqué.

L’imaginaire de Bearzatti n’est jamais bridé quand il fait de la musique et le personnage de Zorro lui convient fort bien.

L’étonnante flute en bois de Terra India, le coté Mariachi swinguant de EL regreso avec sa guitare distordue et le duo à l’unisson sax trompette, l’esprit free jazz de Sargento Garcia, la tendresse de Lolita, trompette bouchée, guitare en arpèges. Pour finir l’album, El Triunfo Del Zorro nous offre même un thème avec un riff façon Lalo Schiffrin.

Un album poétique, généreux, faussement foutraque et joyeusement persifleur.

Noir Lac

David Neerman: Noir Lac

(Klarthe / Pias)

Compositions, vibraphone David Neerman
Voix Krystle Warren
Balafon Lansiné Kouyaté
Ensemble vocal Sequenza 9.3 avec Armelle Humbert, Céline Boucard (Soprano), Sophie Poulain et Clothilde Cantau (Alto), Steve Zheng et Safir Behloul (Tenor), Laurent Bourdeaux et Xavier
Margueritat (Basse),
Direction Catherine Simonpietri
Arrangements pour les voix Manuel Peskine

Prenez un ensemble vocal a cappella, capable de jouer chanter du jazz, de la musique médiévale ou contemporaine (Sequenza 9.3), associez-les à un vibraphoniste (David Neerman), un balafoniste malien (Lansiné Kouyaté) et une chanteuse de soul-jazz américaine (Krystle Warren). Vous les réunissez dans une abbaye cistercienne du 12e siècle avec, sous le coude, quelques compositions originales et deux tubes de la pop culture, vous obtenez ce somptueux Noir Lac, le nom de ladite abbaye et aussi de l’album.
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Chaque musicien, chaque instrument, chaque voix concourent à apporter sa part d’émotion. Et toutes réunies propulsent l’auditeur vers une acmé de sensibilité, d’harmonie.  Les univers pourtant bien différents de la musique mandingue, des chants grégoriens ou des boucles sérielles façon Arvo Part, semblent ici voguer dans un même espace musical global. Un des plus bels exemples est la façon dont in s’approprie le Us and Them de Pink Floyd. Le balafon introduit le rythme, la basse continue puis Sequanza crée un cocon de voix alors que Krystle Warren chante la mélodie accompagnée des résonances cristallines du vibraphone et de son cousin africain, le balafon. Une merveille.

Absolument immanquable.