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Bramerie, Ceccarelli, Luc à Nice

Le 18/07/20 au théâtre de Verdure – Nice (06)

La pluie cesse une bonne demi-heure avant le début du concert, quelques restes d’humidité résisteront sur les fauteuils du théâtre de Verdure mais la fraicheur est bien venue. Sur scène, un trio de grande classe, Monsieur André Ceccarelli qui est presque chez lui, ici. A ses côtés, venu de la riante cité phocéenne, le guitariste Sylvain Luc, il a délaissé pour l’occasion ses habituelles Godin pour une superbe guitare Jacobacci, (une JJ2 pour les amateurs). Côté cour, le (presque toulonnais) contrebassiste Thomas Bramerie. Les trois compères se connaissent bien, ils jouent ensemble depuis longtemps, parfois deux des trois au gré des festivals. Au programme, nous annonce Ceccarelli dès la fin du premier morceau, une soirée de standards, revus à leur manière. On reconnaitra (ou pas) le thème du film d’Otto Preminger, « Laura », suivi par « Sous les ponts de Paris » à moins que cela ne fusse « Sous le ciel de Paris » avec les fameuses introductions de Sylvain Luc. Une série d’accords, quelques notes d’une future mélodie sous le regard de ses deux amis, puis, une esquisse du thème, on se dit alors mais c’est ça, et puis oui, ou non, c’était un autre. Sylvain Luc a un jeu très fluide, on entend chaque note. Il est virtuose, à n’en pas douter, mais jamais démonstratif, toujours dans le plaisir, la beauté du son. Monsieur Ceccarelli, lui est impérial, à l’écoute et en appui de ses deux acolytes, et, quand il nous gratifie d’un solo, on se prend à regarder voyager ses mains, ses baguettes, au-dessus des toms, des cymbales. Quand ils se lancent dans « I Got Rythm », (là-aussi, un thème de cinéma, « Un Américain à Paris »), ils le font sur un tempo d’enfer, que Gene Kelly aurait peut-être eu du mal à suivre en faisant ses claquettes. Thomas Bramerie, discret mais redoutablement efficace, assure le groove, s’autorisant quelques chorus sous les yeux rieurs du batteur.
L’heure du rappel sonne, « La Javanaise » de Gainsbourg avec l’aide enthousiaste ( et parfois légèrement fausse) du public (masqué).

Ça c’est du jazz, çà c’est du Nice Jazz.

Ishkero à Juan

15 juillet, Petite Pinède de Juan-les-Pins

Après quatre long mois de disette musicale, voici le retour des concerts, des photos, des Live Reports.
Si le festival Jazz à Juan est annulé, les Jammin Summer Sessions sont bel et bien programmées, en soirée pour l’occasion. Concert FFP2 cependant puisque le port du masque est vivement recommandé et finalement moins pénible que prévu.
21h tapantes, les cinq musiciens de Ishkero prennent place sur la scène encore baignée d’une douce chaleur. Chacun d’eux, à l’exception du batteur (qui lui, joue avec deux caisses claires), est doté d’un copieux pedalboard
Et d’emblée, ils attaquent leur jazz rock, leur jazz fusion mâtiné d’influence africaine mais aussi celtique (la flûte d’Adrien Duterte, y est surement pour quelque chose). Deux morceaux enchainés avant qu’Antoine Vidal ne délaisse sa basse quelques instants pour nous dire leur plaisir de jouer, de rejouer enfin. Une basse qu’il reprend bien vite pour un long solo avec effets qui introduit le titre suivant.

Victor Gasq, le guitariste se lâche aussi. De longues boucles nappées de flûte ou de Rhodes. Puis vient leur morceau de bravoure, « It’s Time For Bed », où chacun aura son moment. Superbe chorus gilmourien de la guitare, envolée puissante du batteur Tao Ehrilch, quelques sonorités exaltées s’échappent des claviers, le flûtiste se fait percussionniste. La nuit est tombée depuis un moment, les mouettes ont cessé de survoler la pinède. Ishkero se lance dans la partie finale de leur set, « Brume », titre éponyme de leur futur album (sortie reportée à l’automne). De très beaux passages où la guitare et la flûte jouent tantôt à l’unisson, tantôt en canon. Et puis… c’est la fin!
Les cinq musiciens d’Ishkero n’ont pas perdu leur temps depuis leur passage au Jammin Juan en octobre 2018. Ils ont gagné en maturité, leurs nouvelles compositions sont, elles aussi, plus fortes, plus abouties. Mais leur vrai force est d’être un groupe fusion 🙂 plutôt qu’une somme d’individualités.
A la prochaine donc…

Liz McComb et le philharmonique

Le 16/07/20 au théâtre de Verdure- Nice (06)

Pour cette session spéciale d’été du Nice Jazz Festival, la scène du Théâtre de Verdure a été rallongée pour accueillir l’orchestre philharmonique de Nice qui accompagne ce soir, la chanteuse américaine <strong>Liz McComb</strong>. La partie du public a, elle aussi, été aménagé pour respecter les règles sanitaires en vigueur. Très bel espace arrangé façon jazz club, fauteuils blancs, confortables, petites tables et poufs. On est moins nombreux certes, mais fort bien installé et à distance réglementaire.
Les musiciens sont accordés, Frederica Randrianome rentre sur scène pour présenter ces Nice Jazz Summer Sessions et cette soirée d’ouverture majestueuse. Liz McComb arrive au bras de Frédéric Deloche, le chef d’orchestre. Mais c’est par un air a cappella qu’elle entame ce concert, « I Wish I’d Never Been Born » puis l’orchestre peut enfin vrombir aux notes de « Old Man river ». On est dans l’ambiance, in the mood… On explore avec la chanteuse et le philharmonique le « Porgy & Bess » des frères Gershwin avec pour commencer, l’incontournable « Summertime », somme toute de circonstances en juillet, suivi de cinq autres chansons. Les cuivres, les bois, les percussions, s’en donnent à cœur joie, les cordes enrobent le tout dans un joli cocon. Un petit Ellington pour changer, avant la très prenante composition de Liz McComb « Silver & Gold », magnifiquement introduite par un duo violoncelle-piano. « Let There Be light », toujours signé de la chanteuse nous offre un arrangement très dynamique des bois tout au fond de la scène. Plus tard, grand moment d’émotion, Liz McComb se dirige vers le pianiste pour interpréter avec beaucoup de sobriété, « Strange Fruit. Elle retournera après un traditionnel: « I Told Jesus », vers le pianiste, partageant le banc pour un duo sur le clavier, « In The Upper Room » avant de rejoindre le devant de la scène et le reste de l’orchestre. Du pur swing d’antan. Moment d’apothéose de la soirée, « Joshua Fit The Ballte of Jericho ». Mega tube gospel que l’orchestre, devant l’enthousiasme du public, va jouer deux fois. Ils bissent le morceau dans un arrangement légèrement diffèrent, pour la plus grande joie du timbalier qui, là-bas au loin, de retient pas ses baguettes. On reste dans l’énergie pure avec « Rock My Soul ». Puis le final, quelques gouttes de pluie tombent mais ne gâche pas le très Armstrongien « What a Wonderful World ». Pour le monde on en peut se prononcer mais pour la soirée, la réponse est oui. Quelle soirée enchanteresse. Il fallait l’oser, ils l’ont fait, on s’est régalé.

Vladimir Torres: Contrebassiste

Vladimir Torres: Inicial

 (Horizon Violet/Absilone)

Vladimir Torres : Contrebasse, compositions et arrangements.
Martin Schiffmann : Piano et Rhodes
Tom Moretti : Batterie

Vladimir Torres, le plus uruguayen des contrebassistes franc-comtois, joue en professionnel depuis 2002. Il a posé ses notes comme sideman ou ses arrangements dans plus de trente albums dont ceux de son père Ricardo. Le voici qui se lance dans son propre projet, un trio, un nouveau début: inicial!
On pouvait craindre avec de nombreux titres en espagnol que le disque est une tendance latino un peu marquée, loin s’en faut, on y entend aussi des influences rock, classiques européennes, orientales et bien sûr jazzy. Vladimir Torres signe toutes les compositions, à l’exception d’une reprise toute en finesse du Blackbird de McCartney. Un thème connu pour sa superbe mélodie et son picking de guitare. Le contrebassiste en fait une version très personnelle, lui insuffle du swing et, sa contrebasse ronronne de plaisir à jouer les notes de Sir Paul.
Les thèmes sont tantôt toniques comme celui qui ouvre l’album, 5 Dias de Primavera ou plus loin, Interlude 4, tantôt plus mélancolique tel M.R., la magie du sax ténor de Christophe Panzani.  Damien Groleau, autre invité, pose sa flute ou son bansouri sur plusieurs compos leur donnant une tonalité étonnement dansante A Gabriel solo le gusta bailar, Nuevo comienzo ou même Interlude 5. S’il affirme le talent du contrebassiste, du leader Vladimir Torres, ce Inicial, révèle celui du pianiste Martin Schiffmann. Son jeu, son phrasé, irradient chacune des pièces de l’album même quand il se fait plus âpre sur le Rhodes.

Un album, un artiste, à découvrir…

 

 

Les débuts de Dee Dee

Dee Dee Bridgewater/ Afro Blue

 (Mr Bongo)

Alors que la chanteuse américaine vient de fêter, il y a peu, son …eme anniversaire, (chut, on de dévoile pas l’âge des dames!) le label anglais Mr Bongo réédite en numérique et en vinyle, son premier album Afro Blue, paru en 1974, uniquement au Japon à l’époque. Les amateurs se l’arrachaient depuis. Enregistré à Tokyo, en famille avec Cecil Bridgewater, son mari de l’époque, à la trompette et Ron, le frère de celui-ci au sax, ainsi que le bassiste Geroge Mraz, le pianiste Roland Hanna et le batteur et percussionniste japonais Motohiko Hino pour compléter le quintet.

Et déjà, il y a tout Dee Dee, son phrasé si particulier, Little B’s Poem, Love From The Sun, son scat si personnel, Afro Blue ou sa capacité à passer du presque murmure à l’énergie vocale la plus retentissante, Afro Blue, encore. Elle excelle déjà dans le blues, Everyday I Have the Blues, tout comme dans la ballade romantique Raindrops Keep Fallin’ on My Head.

Le début d’une belle carrière et d’une longue série d’albums attachants et, pour l’anecdote, d’une impressionnante collection de boucles d’oreilles …

le nouveau Trip de Guillaume Perret

Guillaume Perret « A certain Trip »

(French Paradox / Kakoum Records)

Guillaume Perret: saxophone ténor électrique, saxophone soprano électrique, effets, loopers, Sylphyo; Yessaï Karapetian: Claviers; Julien Herné: basse électrique; Martin Wangermée:batterie, pads

Après un remarquable album solo (Free) et la BO du film 16 levers de soleils, exercice de commande, peut-être un peu bridé, Guillaume Perret reprend le chemin des studios. Un nouvel opus en quartet, pour son ténor éclectique, électrique, aux multiples appendices. Huit titres qui font de ce Certain Trip, un voyage mouvementé qui carbure à l’énergie (solaire), au groove (métal). Un voyage qui nous amène aussi bien au cœur de la pulsation des villes que dans un désert d’orient fantasmé ou dans une jungle électro. Un voyage qui poursuit l’aventure du saxophoniste à la frontière d’un (free) jazz où l’audace se mêle à l’inventivité. Après le bon coup d’Air Blast qui ouvre l’album, vous serait prêt à l’accompagner tout au long de ce Certain Trip, dans l’Infini qui se termine, comme il se doit, paisiblement, Peace. Et si vous entendez des Sirènes, c’est que la symbiose avec le groupe est effective!
Guillaume Perret nous propose là, un des ces « Trips » dont on ne craint pas la descente…

 

 

Merakhaazan: Veines

Merakhaazan: Veines

(Imago Records/Socadisc)

Quand Jean-Christophe Bournine s’installe seul, derrière sa contrebasse à cinq cordes, ses loopers et autres pédales d’effets, il devient…

Merakhaazan.

Non pas un quelconque mythe égyptien, mais le projet solo électro-acoustique d’un musicien niçois, féru de recherches et d’expérimentations sonores, dans un mélange de genres musicaux qui font de chacune de ses prestations, des expériences uniques.
Ce nouvel album en est la preuve éclatante.
Grace à la technique de l’auto-échantillonnage qu’il maîtrise parfaitement, le solo devient duo, trio ou quartet. Il nous fait voyager dans son univers baroque, électronique, éclectique. Merakhaazan triture ses cordes avec les doigts, un archet ou encore avec un médiator qui les fait claquer sèchement. Les harmonies orientales alternent avec des passages très énervés (potard de distorsion à fond) ou des mélodies plus douces. Percussions, lignes de basse, bourdon, enluminures, mélodies, chorus.  Les influences jazz percutent celles du rock au gré de passages que ne renieraient pas les compositeurs Steve Reich et Michael Nymam ou encore le guitariste Marc Ducret.
N’hésitez donc pas à ouvrir ces Veines pour votre plus grand plaisir.

Le jazz ne baisse pas les bras

D’ailleurs il est assez difficile de jouer de la trompette, du saxo, de la guitare ou encore de la batterie, les bras baissés.

Le Maisons-Laffitte Jazz festival

propose pour cette année si spéciale,

son édition digitale, (numérique en français), du 12 au 21 juin 2020.

Un programme de haute tenue qui fait la part belle aux groupes français, les musiciens étrangers étant toujours confinés au moment du tournage, fin mai.

Du vrai live avec des vrais artistes qui jouent ensemble sur la même scène.

Le lieu, l’ancienne église de Maisons-Laffitte pour la captation et Facebook Live, Youtube Live et sur http://www.maisons-laffitte-jazz-festival.com/ pour la diffusion.

Quelques noms pour vous allécher, Anne Paceo, Vincent Peirani, André Ceccarelli. Mais aussi le trio faussement manouche de Theo Ceccaldi ou la voix d’Isabel Sörling sur le piano de Paul Lay.

Si on voit les choses de façon positive, c’est gratuit et c’est accessible depuis son bord de plage, si vous avez une plage pas loin.

Le programme complet est là

http://www.maisons-laffitte-jazz-festival.com/programmation/

A vos écrans…

La trompette d’Avishai

Avishai Cohen Big Vicious

(ECM)

Avishai Cohen : trompette, effets, synthétiseur ; Uzi Ramirez : guitare ; Yonatan Albalak : guitare,basse ; Aviv Cohen : batterie ; Ziv Ravitz : batterie,sampling

Tous ceux qui ont assisté au fabuleux concert du Avishai Cohen Big Vicious, en fin de soirée, au Nice Jazz festival, en juillet 2018, attendaient avec impatience de retrouver ce nouveau projet sur disque. Voilà qui est fait depuis la fin mars, pas forcement au meilleur moment, hélas. Enregistré par les mains et les oreilles expertes de Manfred Eicher au studios provençaux de La Buissonne.  Pour accompagner le trompettiste, deux guitares, parfois basses et deux batteurs, tous augmentés d’électroniques pilotés.

On a beaucoup évoqué leurs reprises du Teardrop de Massive Attack ou de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven qui donne une idée de l’entendue de la palette musicale de ce projet mais les compositions du trompettiste sont tout autant, voire plus, intéressantes. On appréciera tout particulièrement King Kutner pour son dialogue basse-guitare avant l’arrivée de la trompette qui vient se mêler aux deux manches, sous les coups de boutoirs des deux batteurs. Ou encore, la magnifique ligne mélodique de The Cow and The Calf, initié à la guitare.  Un jazz qui frise le psychédélique et fait fi des barrières de genre, pour le plus grand bonheur des amateurs qui savent garder les oreilles aux aguets.

Les Happy Hours de Christophe Marguet

On retrouve enfin le chemin du clavier pour déconfiner quelques chroniques d’albums du printemps….

Christophe Marguet: Happy Hours

(Mélodie en sous-sol/L’autre distribution)

Christophe Marguet (batterie, et compositions), Hélène Labarrière (contrebasse), Julien Touery (piano), Yoann Loustalot (trompette, et bugle)

Après un remarquable disque où il rendait, avec Guillaume de Chassy, hommage à Marlène Dietrich, (Letters To Marlene -Nomad Music) le batteur Christophe Marguet monte un nouveau quartet pour jouer une musique haute en couleurs et en nuances. Cet album qu’il a composé en grande partie est, avant tout, un hymne aux mélodies. Impulsées par le piano (Trop tard) ou par la trompette (Beauté cachée), elles sont enrobées par la contrebasse et ponctuées par la batterie. Mais le compositeur n’oublie pas qu’il est aussi batteur et il s’amuse avec les rythmes africains (Dear Don) ou sur un rythme de marche militaire joué à la caisse claire  (Trop tard) avec une trompette qui se fait sombre et mélancolique. Le fin arrangeur qu’est Christophe Marguet se dévoile dans Mémoire Vive, le duo piano contrebasse et le soutien discret puis vigoureux des baguettes sur les toms. Mais aussi dans les deux parties d’Immersion, l’introduction puis le thème lui-même, la trompette se fait alors somptueuse.

Cet Happy Hours vous fera passer, sans nul doute, quelques heures heureuses (Happy Hours pour nos lecteurs non anglophones)