Tous les articles par southernblackjack

Guillaume Perret Solo Live

Une première partie surprenante, rare et pour tout dire spéciale. Pas de musique live, une bande enregistrée et cinq danseurs. Annoncé comme de la dance Hip-Hop, de fait cela y ressemble beaucoup mais la performance des cinq jeunes hommes de Des-Unis va bien au-delà. Déjà la musique qui rythme leurs déplacements n’est pas Hip-hop, de la musique répétitive à la Michael Nyman, de la musique tribale avec des tambours et même dans une des séquences, la plus impressionnante, le silence, seule des claquements de mains ponctuent les glissés, les sauts. Une chorégraphie dynamique, dynamite, audacieuse qui est, somme toute, une belle entrée en matière pour le set  qui va suivre.

On a le temps d’admirer le copieux pedalboard et le décor comme un bouquet saxophones déstructurés, le temps que les techniciens peaufinent l’installation. Puis le noir est fait et Guillaume Perret entre en scène, ténor en bouche, une lumière blanche fusant du pavillon du sax. D’emblée on est dans l’ambiance. Gros son, superbes lumières. Il appuie du pied sur un looper et c’est parti. Les instruments s’ajoutent les uns aux autres. Il est toujours tout seul mais guitares, percussions, basses, cuivres et même saxophones semblent sortir de son instrument. On savait à l’écoute de son dernier opus « Free » ce dont il était capable, mais de le voir, de le sentir en live, est très impressionnant. Il enchaine les titres, le très jazzy « She’s Got Rythm », suivi de « Naissance d’Aphrodite » plus expérimental, en passant par du néo métal avec « Heavy Dance ». Avant de reprendre une de ses compositions du quartet Electric Epic, « Kakoum » réarrangée à la mode solo live. Un spectacle complet avec même la petite intervention du technicien pour changer les piles de l’un de ses boitiers alors qu’il continue de jouer avec simplement le bec du sax et un micro trafiqué. Du grand art. Et pour finir en rappel, l’hymne national…ougandais, façon Perret.

Un voyage (musical) au bout de la nuit.

Publicités

Compagnie So What/Paolo Fresu

La Compagnie So What & Paolo Fresu Devil Quartet

Le 25/11/17 à la Coupole –La Gaude (06)

La dernière soirée de ce 21e Jazz sous les Bigaradiers commence avec La Compagnie So What. Un répertoire varié mêlant des reprises, des adaptations de thèmes du vibraphoniste éthiopien Mulatu Astatke, aux compostions des membres du groupe. Trois soufflants, Thomas Guillemaud au sax soprano laisse volontiers plonger ses chorus dans le free, Alex Benvenuto oscille entre tradition et modernité à la clarinette basse, du grave caverneux aux aigus virevoltants; Laurent Lapchin, distille, quant à lui, un son chaleureux à la trompette ou au bugle, le calme dans la tempête! Ils sont soutenus, propulsés plutôt, par une rythmique guitare, contrebasse, batterie souveraine. José Serafino et son phrasé toujours bluesy à la guitare. Jean-Marc Laugier, maître du riff à la contrebasse est aussi imperturbable que pouvait l’être Bill Wyman avec les Stones. La frappe précise, vigoureuse de Cédric Fioretti sert d’ossature à cet ensemble délicieusement sophistiqué qu’est leur musique.Le jazz azuréen à son meilleur niveau!

A peine le temps de boire un verre ou de prendre le frais, (il ne faisait vraiment pas chaud dehors!) c’était l’heure du Devil Quartet de Paolo Fresu. Si on entend un répertoire extrait de leur dernier disque Desertico (Bonsaï Music), leur musique semble encore et toujours revisitée.

Fresu est comme en flux tendu. Il multiplie les duos, tant avec Bebo Ferra son guitariste volubile, ce soir-là qu’avec Paolino Dalla Porta, lyrique et souriant, tout en rondeur et retenue à la contrebasse. Ils sont réglés de main de maître par le batteur, Stefano Bagnoli. Adepte, presque inconditionnel des balais, il peut faire un long solo rien qu’avec eux et sans tomber dans le doucereux, bien au contraire.  Pas de concert de Fresu sans quelques anecdotes, ni sans Chet Baker, il nous narre donc sa rencontre virtuelle avec le trompettiste américain dans la belle ville de Luca avant d’enchainer sur un « Blame It on My Youth » riche en émotions. Ils finissent le set par un « I Can Get No (Satisfaction ») retentissant que Bebo Ferra semble ne pas vouloir finir. Le riff, le chorus, Fresu et sa boite à effets, Ferra qui revient en haut, puis en bas du manche, le batteur qui ponctue le tout et ça repart. Il est minuit et demi passé, un court rappel, écrit par Tio Stefano, nous ramène au calme.

Vas y swingue Frédo!

Au programme de cette soirée Jazz sous les Bigaradiers, du Frédéric Chopin par un trio jazz. Sacré challenge! Avant d’enfourcher mon fier destrier pour rejoindre la cave-club du So What à La Gaude (06) , j’ai donc mis sur la platine un vénérable vinyle de Chopin par Horowitz (Vladimir par Ted/Chubby). Et de fait, le compositeur polonais ne swingue pas vraiment. La tâche du Chopin Jazz Project allait être ardue. Et pourtant, il n’a fallu que quelques mesures pour que le charme opère. Le trio commence par un Air Martial revisité. La mélodie reste la même, le tempo est un peu accéléré.   Claudio Célada joue le thème au piano, puis la contrebasse de Jean Cortes rentre en jeu. Quelques frappes discrètes de Piero Iannetti sur les cymbales. Plus de doute, on est en jazz. Le pianiste ne résiste pas longtemps avant de marquer les temps faibles de la main gauche. La syncope induit un swing discret. Les morceaux s’enchaînent, ponctués d’anecdotes sur Chopin, narrées par le contrebassiste, responsable aussi de tous les arrangements. La Grande Valse Brillante fait très Paris des années folles. Le Nocturne N°1 très lent avec les balais du batteur qui effleurent à peine les peaux. Il ne s’agit pas de faire du Vinnie Colaiuta! On passera par plusieurs autres morceaux fameux de l’incorrigible romantique jusqu’au célèbre tube, intitulé Suffocation par son éditeur, (pas franchement drôle puisque Chopin souffrait d’une maladie des poumons!) plus connu dans les versions de Gainsbourg ou Radiohead, le Prélude en Mi m, op 28. Pour finir le set.

En rappel, une composition de Liszt, longtemps attribuée à Chopin, mais on raconte que ces deux-là aimaient bien faire le bœuf au piano, même si on ne le disait probablement pas comme ça à l’époque. De septique à dubitatif, au départ, le chroniqueur de ce blog est sorti du concert convaincu et même enthousiaste!

 

Heptatomic bigaradiers

EVE BEUVENS HEPTATOMIC

Le 16/11/17 au Théâtre Alexandre III  de Cannes (06)

La première soirée des 21e rencontres Jazz sous les Bigaradiers de La Gaude était délocalisée dans la petite ville côtière voisine, Cannes! Le très beau théâtre Alexandre III accueillait le septet de la pianiste belge Eve Beuvens. Outre la leader, la formation était composée de Manolo Cabras à la contrebasse, Lionel Beuvens à la batterie puis trois soufflants, aux saxophones alto et baryton, Grégoire Tirtiaux, au ténor, Sylvain Debaisieux, à la trompette, Laurent Blondiau et à la guitare, Benjamin Sauzereau.  Ils nous ont présenté un set d’un jazz élaboré aux arrangements très écrits. Une musique d’une grande subtilité, flirtant souvent avec le free jazz. Une musique d’une énergie allant croissant tout au long du concert. De superbes thèmes aux audaces harmoniques sophistiquées mais joyeuses. Des compositions aux métriques recherchées. Si Eve Beuvens donnait parfois le ton, une idée de la mélodie, sur son clavier, le trio piano, basse, batterie assurait plutôt une rythmique impeccable sur laquelle pouvait se poser les envolées des cuivres dont la richesse des timbres fut un plaisir de tous les instants. La guitare n’était pas en reste tant avec les doigts que le médiator ou même le bottleneck. On a tout particulièrement apprécié les chorus à l’unisson entre le sax baryton et la guitare. Il fallait oser cet assemblage de sonorités. Un grand moment de jazz qui laissait fort bien augurer de la suite de ce festival qui court jusqu’au 25 de ce mois.

Mister aTunde Adjuah in Nice

Christian Scott aTunde Adjuah

célèbre le Jazz à Nice

Le 09/11/17 au Forum Nice Nord

C’est LynX trio qui avait la difficile tâche d’ouvrir le concert avant Christian Scott. Et ils ont fort bien réussi. 45 minutes d’un jazz d’atmosphère qui évoque Pat Metheny mais aussi le regretté Allan Holdsworth avec cette guitare qui sonne comme un violon parfois. Le guitariste Gabriel Gosse fait des pleins et des déliés avec le médiator, avec les doigts sur sa six-cordes ponctués par un batteur, Antonin Violot, énergique et inventif. Dans un tel groupe on aurait pu attendre une basse électrique mais c’est bel et bien un contrebassiste, Bertrand Beruard, qui donne un groove chaleureux à la musique du trio.  Courte pause et le quintet de Christian Scott prend possession de la scène pour un long set qui restera dans les mémoires des spectateurs. Bardé de ses habituels colliers et bagues dorés, le trompettiste a rendu hommage au jazz et au cent ans du premier enregistrement de cette musique qui nous est chère. Le jazz a bien évolué depuis 1917, depuis, le dixieland et le New Orleans, mais leur jeu, s’il reste imprégné des racines a intégré les autres musiques actuelles. Outre les compositions du leader, nous avons eu droit à un classique de Art Blakey, « Moanin ». Virtuose, éclectique, Scott ne serait pas aussi impressionnant sans son groupe. Lawrence Fields est aussi à l’aise avec le Steinway que le piano électrique, il en joue même simultanément à plusieurs reprises.  La rythmique, Corey Fonville à la batterie et Kriss Funn à la contrebasse on fait merveille, alliant puissance et intensité. Au saxophone, Logan Richardson semblait habité par la musique, les yeux clos, il soufflait dans son alto, à l’unisson avec Scott ou dans quelques chorus à donner la chair de poule. Christian Scott était particulièrement en verve, il nous a raconté son grand-père, un des grands chefs des Black Indians de la Nouvelle Orléans et nous a fait un très beau discours humaniste, égalitaire, nous incitant à regarder les autres avec bienveillance et tolérance. Mais il est revenu ensuite à l’essentiel, le blues, en nous offrant en rappel (très rare nous dit-il) le « Straight No Chaser » de Monk. Le jazz est bel et bien vivant. Un grand merci à la ville de Nice et à Imago Records et Production de nous avoir permis d’assister à un tel concert.

 

Jacques Lerognon

 

Les concerts @ Jammin Juan

Jammin Juan – Les concerts

Vendredi 20 octobre

 La première soirée grand public de ce Jammin Juan 2017 débute avec le jeune et dynamique duo londonien Binker and Moses. Un saxophoniste ténor, un batteur et des compositions denses, inventives, d’où le free d’Ornette Coleman n’est pas absent. Le phrasé énergique de Binker Golding épouse totalement le groove, presque tribal, de Moses Boyd. Le trio qui suit, celui de Gauthier Toux, nous plonge dans une ambiance plus intimiste, dès la ballade qui ouvrait le set. Le groupe lauréat du tremplin Jazz à Vienne 2017, nous offre quelques titres d’un prochain album et d’autres du précèdent, le très bon « Unexpected Things » (Nomad Music). La belle cohésion du groupe fait plaisir à entendre, l’harmonie, des notes aux musiciens. Pour finir la soirée, Sylvain Luc nous propose son nouveau projet avec les frères Chémirani (deux percussionnistes iraniens), Stéphane Belmondo, un vieux compagnon de route, au bugle et l’accordéoniste Lionel Suarez. Le guitariste a signé toutes les compositions, qu’il défend avec ardeur, tant en acoustique qu’en électrique. Les passages à l’unisson avec Belmondo, soutenus par la frappe subtile de Keyvan et Bijan, sont pure beauté. Ce soir est une première pour eux (et pour nous donc), le concept mérite surement quelques ajustements, au dire même du leader lors qu’une conversation impromptue autour d’un verre. Mais, finir la soirée avec eux, est à la fois une chance et véritable régal musical.

Dimanche 22 octobre.

16h, fin d’après-midi ensoleillée mais dans la grande salle du Palais des Congrès, Emily Johnson ouvre la scène de cette dernière soirée. Née en Bulgarie mais d’origine nigériane, la chanteuse a été propulsée sur le devant de la scène par le guitariste John McLaughlin. Un répertoire entre soul & R’n’B servi par une très belle voix et soutenu par un groupe énergique.  Bien connu des azuréens, Pierre Marcus prenait place ensuite avec un quartet inédit pour l’occasion. Outre l’excellent pianiste Frédéric Pérréard,

on a pu entendre Maxime Berton au sax ténor et Fred Pasqua à la batterie. Le contrebassiste nous dévoile quelques titres d’un prochain album , de superbes compositions aux quelles il mêle d’anciens titres que l’on aime entendre.  Une petite reprise de Leni Trsitano, en rappel, avant de céder la place au groupe de Richard Manetti. Un set en hommage à Django et à sa musique. Des tubes  et d’autres moins fameux mais tout aussi plaisant à entendre. Le guitarsie déborde de swing et transmet une bonne humeur à tout le public, qui frappe des mains et en redemande. Jean-Marc Jaffet à la basse, Fred D’Oelsnitz  aux claviers et Yoann Serra à la batterie reviendront avec leur leader pour un petit bonus final. Mais il fallait bien clore ce Jammin Juan. Des jeunes talents plus que prometteurs.  Des musiciens que l’on verra sur les plus grandes scènes, n’en doutons point.

Jacques Lerognon

 

Showcases @ Jammin Juan (Live report)

Jammin Juan: Mes showcases préférés.

Jammin Juan était organisé en deux parties, des showcases et des rencontres informelles en matinée et après-midi pour les professionnels et les concerts du soir pour le grand public, nous y reviendrons. Dix-huit groupes, sur deux scènes, ont donc pu se produire devant des journalistes, des organisateurs de concert ou de festivals (certains venus de Quebec, de Belgique ou même de Bretagne) ainsi que des agents et producteurs. Nous ferons ici, un rapide tour subjectif des formations nous ayant surpris, convaincu ou passionné.
Vendredi 20 octobre
Macha Gharibian en trio est la première à s’installer sur la scène Méditerranée. Pianiste délicate, elle envoute par sa voix chaude, tant en anglais qu’en arménien, dans titre évoquant une sorte de psaume. Un peu plus tard, Gauthier Toux nous donne un avant-gout de son concert du soir. Un trio très équilibré, des compostions raffinées qui font la part belle à un jazz intimiste. Du côté de la salle Fitzgerald (Ella, bien sûr) on retrouve le quartet de Sébastien Chaumont, bien connu des azuréens mais qui a fait impression à ceux qui le découvraient. Son bebop est impeccable et pour tout dire confortable. Dans la même salle, plus tard, le trio marseillais Tie Break sera plus inventif, plus expressif, un jazz vitaminé qui fait la part belle aux improvisations du piano de Cyrille Benhamou soutenu par une belle paire rythmique. En toute fin d’après-midi, le duo de Vincent Jourde sax soprano & Joffrey Drahonnet, guitare, étonne par leur musique d’une grande richesse harmonique.

Samedi 21 octobre

Dès 10h30, pas vraiment une heure pour un concert mais le contrebassiste Merakhaazan est fin prêt. Son set est impeccable, mêlant virtuosité et technique à une inventivité créative surprenante, même quand on l’a déjà entendu auparavant. Seul avec sa contrebasse à 5 cordes et ses boites d’effets, il invente un univers musical allant du baroque à l’électro en passant par le swing. Une véritable claque de bon matin! A peine le temps de traverser le bâtiment pour assister à la prestation du trio de Damien Groleau, issu de l’école de Didier Lockwood. Sans réinventer le classique piano, basse, batterie, leur musique dégage une impression de sérénité servit par des compositions d’une grande qualité mélodique et harmonique. En fin de matinée, la claque du Jammin, le set de Tom Ibarra, jeune guitariste d’à peine 18 ans qui connait son Pat Matheny par cœur mais qui se garde bien de singer le maître. Ses compères du sextet sont aussi le fleuron de la jeune garde du jazz. Respect.

L’après-midi débute avec le quartet du violoniste Scott Tixier. Le jeune français, propulsé par son ainé Jean-Luc Ponty, a acquis une solide expérience à New York où il vit. Soliste accompli, il laisse cependant de la place à ses trois musiciens pour un set vivifiant d’un jazz éclatant, moderne qui n’a pas oublié ses racines. L’accordéoniste cannois Frédéric Viale joue dans deux formations ce samedi, on apprécie plus la seconde dans le Roccaserra Quartet. Moins brasil, plus folklorique, plus latine que latino, avec le mandoloncelle de Jean-Louis Ruf-Constanzo et le violon de l’italien Sergio Caputo.  Intéressant showcase du groupe luxembourgeois Pol Belardi’s Force. Jazz électrique, groovy, plus jazz contemporain que jazz rock malgré une rythmique puissante. Pour finir, le quartet du jeune pianiste italo-suisse Lorenzo de Finti. Une formation acoustique, les compositions du leader sont magnifiquement servies par le trompettiste cubain Gendrikson Mena très souvent lyrique. Le batteur Marco Castiglioni et le contrebassiste Stefano Dall’ora assurant une pulsation irréprochable. Une suite pour Jazz 4et selon les propres dires du pianiste où le piano et la trompette peuvent jouer ostinato ou en contre point. Leurs trente minutes furent bien trop courtes.

Une conclusion s’impose à l’issue de ce long weekend à Juan, le jazz est encore bien vivant et d’excellent jeunes musiciens sont déjà prêts à prendre la relève.