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Les voix de Robinson

Robinson Khoury: Broken Lines

(Gaya Music / L’Autre Distribution)

Pour son nouvel album, le tromboniste Robinson Khoury modifie quelque peu les éléments de son groupe. Le claviériste Mark Priore et le contrebassiste Etienne Renard gardent leur poste. Elie Martin Charrière, le batteur qui monte (présent sur un titre dans Frame Of Mind) est aux baguettes. C’est désormais Pierre Tereygeol (Suzanne et BAA Box) qui officie à la guitare. Mais la nouveauté la plus marquante est l’apparition de voix, en chœur, en vocalises mais aussi des textes chantés. Si à la lecture de la pochette, le mot voix accolé aux noms des musiciens laissait perplexe, une première écoute à rapidement évacuée ces réticences. Cela fonctionne parfaitement et on se prend même à attendre ses parties vocales dans les titres où il n’y en a pas. En bon metteur en scène (en ondes), Robinson Khoury distribue très bien les rôles. Il multiplie les dialogues avec la guitare ou le piano. Mais il leur donne aussi quelques belles répliques sans oublier de s’offrir à lui-même d’amples monologues où il promène son trombone dans des contrés rarement explorées. Il convient de préciser que Robinson Khoury est aussi un fin mélodiste, « Distancing From Reality », « You and I » en attestent. On rajoutera une mention spéciale à Pierre Tereygeol qui, en acoustique comme en électrique, rend ses six cordes irrévérencieuses et bouscule avec malice ses compagnons de quintet

Housewarming

Deuxième duo de rentrée, ici: piano, trombone.

Bojan Z & Nils Wogram

Housewarming

(Nwog Records)

Ce Cd est la première rencontre discographique entre le pianiste franco serbe Bojan Z et le tromboniste allemand Nils Wogram. Dix titres, cinq compositions chacun. Des duos d’un jazz intimiste, subtil et presque coquet. Il est d’ailleurs assez difficile d’attribuer tel ou tel thème à l’un ou l’autre des musiciens sans le lire sur la pochette. Bojan Z a délaissé les extravagances pianistiques dans lesquelles il se lance parfois pour de superbes mélodies. La tonalité grave et chaleureuse du trombone complète fort bien les accords et les trilles du piano. Les tempi sont plutôt lents mais certains rythmes s’avèrent complexes qu’une première écoute ne le laisser supposer. Leurs univers musicaux se complètent parfaitement, prouvant qu’en jazz on peut dialoguer en jouant, l’un après l’autre ou en même temps.
De quoi passer un moment confortablement assis, bien au chaud et de se laisser porter par leur musique.

 

 

Des cuivres bien frappés

Bernstein Fresu Petrella Rojas

Brass Bang !

Tŭk Music/Bonsaï Music

cover-brass-bangCe quartette est un drôle de gang, quatre cuivres réunis pour faire de la musique, du jazz mais pas seulement. Deux américains, deux italiens. Deux trompettes et bugles, un trombone et bien plus rare, un tuba, produit par l’infatigable Paolo Fresu, l’un des quatre comparses, trompettiste de son état. Les deux américains Marcus Rojas, le tubiste et Steve Bernstein, le trompettiste y vont aussi de la voix sur quelques titres.
Vous pensez que l’on ne peut pas faire de rock sans guitare, basse ou batterie écoutez comment le quarteron de cuivres joue « As Tears Go By » des Stones ou « Manic Depression » d’Hendrix et vous verrez. Rojas et Gianluca Petrella jouent le riff de basse presque à l’unisson, Fresu celui de la guitare et Bernstein chorusse de ses trois pistons.
Vous pensiez que l’on ne peut pas vraiment faire de jazz sans instrument harmonique, sans saxophone, écoutez Fresu et ses compères revisiter le « Black And Tan Fantasy » et « Rockin’ In Rythm » du Duke, vous réviserez surement votre jugement.
Vous pensiez que les chansons italiennes n’étaient bonnes que pour le concours de San Remo écoutez donc leur superbe interprétation du « Guarda Che Luna » popularisé par Marino Marini en 1962 qui clos en majesté l’album. Vous pensez être allergique à la musique classique, la musique baroque, vous pensez qu’elle n’est qu’une musique savante d’un autre temps, tendez l’oreille les deux superbes thèmes de Palestrina et Haendel. Tout la sensibilité et l’inventivité des quatre musiciens est concentrée dans ces deux morceaux. Ils jouent aussi leur propres compositions, on n’est jamais si bien servi que par soi-même surtout quand on veut s’amuser en faisant de la musique. Il reprenne donc à leur compte l’adage de Frank Zappa, ici en italien, avec l’accent :
« Il jazz non è morto, ha solo un odore un po’ curioso« .
Avec ces quatre cuivres (brass) on est loin d’une fanfare de cirque, ça sonne, ça vibre, ça émeut, ça swingue, ça rock, ça balance, ça envoie sec, avec, et c’est plutôt rare, de l’humour à chaque note.
A déguster comme une friandise, un plat entier de cannoli dont, en plus, on peut abuser.