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Les deux menuets de Paolo Fresu!

Les deux menuets de Paolo Fresu!

A l’occasion de la sortie du nouvel album « Two Minuettos » de Paolo Fresu sur son Label Tŭk Music, distribution Socadisc / Idol. Un enregistrement live à Milan, en duo avec le pianiste américain, Uri Caine, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions, par mail, au trompettiste sarde, sur ce disque, sur sa musique.

Sur cet album, Uri Caine joue du piano acoustique; Paolo Fresu du bugle, de la trompette, tous deux branchés comme souvent sur sa boite à effets.
10 titres allant de Bach à John Lennon et Lucio Dalla, en passant par Mahler, Gershwin et la compositrice du 17e siècle Barbara Strozzi.

  • Comment s’est construit la setlist, qui a choisi les thèmes ?

À l’origine, nous avons donné avec Uri Caine une série de trois concerts consécutifs avec trois répertoires différents : des compositions originales, la musique classique et des thèmes de chansons. Nous avons enregistré ces trois concerts et cet album est en définitive composé de la réunion de morceaux que j’ai choisis, puis proposés à Uri Caine qui a suggéré quelques modifications pour arriver finalement à ce choix final.

 

  • Et pourquoi n’avoir pas joué de vos propres compositions à l’un ou à l’autre ?

C’est en définitive le fruit du hasard. En fait, notre seule intention était d’offrir une bonne musique qui plaise. Et à a fin notre choix s’est essentiellement concentré sur le répertoire classique et quelques thèmes de chansons et de standards. Nous ne sommes donc pas posé le problème de savoir pourquoi nous n’avions pas finalement retenu nos propres compositions.

 

  • Est-ce que Uri Caine, en tant qu’américain, connaissait déjà le tube de Lucio Dalla « Caruso » (hidden track du Cd) bien connu en France, au moins dans notre sud proche de l’Italie ?

 

Non il ne connaissait pas Caruso mais il a immédiatement aimé cette chanson à peine lui avais-je fait écoutée. Du reste c’est une mélodie assez simple qui comporte de nombreuses influences de l’Opéra mais également du Jazz Par ailleurs, Uri Caine est un musicien avec un très grande ouverture d’’esprit qui ne rencontre aucun problème quel que soit le type de répertoire.

 

  • Comment c’est fait la première rencontre avec Uri Caine en 2006 ? Et pourquoi pour cette troisième rencontre discographique, avez-vous choisi de l’enregistrer en live ?

Nous nous sommes rencontrés à l’occasion du Festival International de Jazz « Time in Jazz » que j’organise dans ma petite ville à Berchidda situé dans le Nord de la Sardaigne. Je l’avais invité à venir jouer avec son trio et il m’avait demandé à cette occasion de monter sur la scène comme invité. Et c’est ainsi qu’est né l’idée de continuer notre collaboration.

Après deux disques en studio nous avons eu l’opportunité de cette « carte blanche » au Théâtre de l’Elfo à Milan pour une série de trois concerts et j’ai donc penser que c’était une bonne occasion pour faire un enregistrement « live ». Cela s’est passé ainsi.

 

  • On associe souvent la musique baroque et le jazz par ses ornementations et les improvisations, mais ici vos interprétations de morceaux baroques sont très dépouillées, en épure. Comment travaillez-vous vos arrangements?

En vérité nous ne sommes pas posé la question parce que ce que nous aimons c’est justement de nos confronter naturellement à n’importe quel répertoire en n’en respectant la musicalité.

Personnellement j’aime visiter la musique des autres avec respect. Surtout en ce qui concerna la mélodie dans la mesure où je joue de la trompette qui dans une certaine mesure se substitue à la voix.

Dès lors si je choisis d’interpréter un titre d’un autre artiste c’est qu’en premier lieu j’aime sa mélodie et qu’il n’y aurait pas de sens à la modifier totalement.

C’est surtout le cas pour ce qui concerne la musique classique, qu’elle soit Baroque ou Opéra, et en ce cas c’est comme si la trompette chantait comme une voix mais sans texte ou paroles.

C’est un exercice assez difficile dans la mesure où il fait arriver à provoquer une émotion dans l’appui du texte et en travaillant énormément sur l’interprétation et le son.

J’ai d’ailleurs enregistré récemment une version de « Norma » de Bellini dans laquelle, sur « Casta Diva » et d’autres airs j’ai cherché d’appliquer à cet œuvre le même principe.

 

  • Le titre du CD « Two Minuettos » provient de deux compositions du cahier de Magdalena Bach, un cahier d’apprentissage, est ce que reprendre ces deux menuets étaient pour vous aussi, un exercice de style ?

Aucun exercice de style… Parmi tant d’autres, nous souhaitions également jouer ces deux menuets de Bach et nous l’avons fait. Ce dont deux enregistrements que nous avons décidé de choisir pour faire partie de cet album et j’ai décidé d’en faire l’ouverture et la fermeture de cet opus. Et c’est aussi ce qui m’a donné l’idée du nom de cet album.

 

  • Dans votre cover de la 1ere symphonie de Mahler, c’est, me semble t’il, l’humour qui ressort, on a vraiment l’impression que vous vous êtes bien amusés à jouer ce titre?

Cette refonte de la Symphonie de Mahler est une idée de Uri et j’ai cherché simplement à suivre et soutenir son intention. Il y a effectivement sur ce titre beaucoup d’humour et de légèreté et aussi un peu d’esprit yiddish qui vient de la culture et de l’histoire de Uri Caine. De mon côté en revanche j’ai proposé quelques « dérivations italiennes » comme les chansons de Barbara Strozzi.

  • Est-ce que vous avez une interprétation de cette symphonie préférée ?

Je pourrai citer celle du grand Claudio Abbado qui, à la fin du morceau, demandait au public une minute de silence sans applaudissements. C’était à la fin de la Symphonie n°9. Et j’aime cette idée que le silence doive et puisse être toujours là …

 

  • Avez-vous un goût particulier pour l’œuvre de Barbara Strozzi ou souhaitiez-vous, en reprenant deux de ses compositions, la faire connaitre d’un plus large public?

J’ai découvert la musique de Barbara Strozzi il y a de nombreuses années alors que je jouais à Vienne dans un groupe de musique antique et j’en suis tout de suite tombé amoureux. Surtout d’une œuvre qui s’intitule « Sino alla Morte ti protesto ». J’ai ensuite écouté d’autres choses de son répertoire et c’est ainsi que j’ai décidé de monter un projet musical autour de sa musique avec Uri Caine et un Quartette de cordes au sein duquel joue également mon épouse.

Sa musique est subtile, chargée de beaucoup d’érotisme et de courage. Être femme compositrice au 17ème siècle, à l’ombre de Claudio Monteverdi à Venise ne devait pas être chose facile…

 

  • Grace à la délicatesse subtile de cet album, on ressent à l’écoute, comme un sentiment de paix, conforté par le Give Peace a Chance de Lennon, est ce que vous voulez avec votre musique faire passer un message? Si oui, lequel ?

Je suis convaincu que la musique doit toujours être porteur d’un message. Et plus que jamais aujourd’hui dans notre société contemporaine.  C’est du reste la tâche de l’Artiste. Le choix du titre de Lennon est un hasard comme tous les autres, mais le fait qu’on puisse se dire que ce choix véhicule aussi un message me plait. Ma musique doit toujours véhiculer un message…

 

  • J’ai eu la chance de vous voir, plusieurs fois à Nice et l’été 2016 à Ospedaletti, (une petite ville de Ligurie.) , est ce que vous sentez une différence quand vous jouez dans votre pays et ailleurs à l’étranger ?

Non aucune différence ? J’aime jouer et j’aime voyager. Et J’aime jouer et voyager partout. On peut jouer n’importe où dans le Monde et faire un beau ou un mauvais concert. Le lieu, le public et l’émotion n’ont pas (heureusement) de géographie.

 

  • Vous collaborez avec de nombreux musiciens depuis plus de cinquante ans comme on a pu le constater dans votre album « !50 anni ».
    Y a-t-il un musicien avec qui vous auriez envie de jouer ?
    Et un musicien avec qui vous auriez eu envie de jouer ?

Il existe de très nombreux artistes avec lesquels j’aimerais jouer mais j’aime l’idée de les rencontrer à l’occasion de mon parcours et de trouver ceux avec lesquels je peux instaurer un rapport sur la durée de collaboration à la fois humaine et musicale.

J’ai de fait de nombreux projets dans mes tiroirs, mais, comme dans un couple, la rencontre se fait quand c’est le moment. C’est d’ailleurs mon sens le seul moyen de construire une relation qui puisse grandir et évoluer au fil des années.

Mon quintette italien existe depuis 34 ans, avec les mêmes musiciens, et ce fut ma première formation musicale.

 

  • Quel est votre prochain projet, votre prochaine collaboration ?

Il sera publié en en février 2018 avec un nouvel album de ma formation DEVIL 4tet. Ce sera un disque complètement acoustique, contrairement au son plus électrique des albums précédents. Il s’intitulera « Carpe Diem » et composé exclusivement de titres originaux écrit par les membres du groupe à l’exception d’un reprise d’un titre italien.

Par ailleurs je vais enregistrer le nouveau projet de « Laudario di Cortona »,  une refonte du fameux live des pèlerins du 12ème siècle avec un orchestre de chambre, un choeur et un quartette avec Daniele di Bonaventura.

Nous publierons également l’année prochaine un album avec le groupe  corse  « A Filetta »  qui s’intitule « Danse mémoire, danse » …

Pour la scène musicale, je poursuivrais mes nombreuses collaborations comme « Mare Nostrum » avec Richard Galliano et Jan Lundgreen et ceux avec Omar Sosa et Trilok Gurtu.

Enfin et sur mon label, je produirai également des jeunes artistes italiens

En somme, beaucoup de projets en cours… Sans oublier les 30 ans de mon festival international de Jazz en Sardaigne et un grand marathon du Jazz italien au profit des populations touchées par le tremblement de terre avec 600 musiciens italien réunis en un seul jour à l’occasion de 120 concerts. Une autre manière de respirer la musique et d’écrire le besoin de la placer en un lieu neuf dans notre société.

  • En conclusion, qu’est que pour vous une adaptation d’un morceau ?
    Une relecture, une appropriation ou bien encore autre chose de plus personnel? 

C’est une relecture. Relire signifie au sens propre réécrire mais sur une route déjà tracée. C’est ainsi que j’aimerais que l’on adapte ma propre musique.


www.paolofresu.it
www.uricaine.com
Merci à Pierre Darmon pour avoir facilité et traduit cette interview.

Merci à Corinne pour le soutien et à Paolo Fresu bien sûr. 

 

 

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Paolo Fresu @ Jazz sotto le Stelle –Ospedaletti

Live Report : Paolo Fresu @ Jazz sotto le Stelle –Ospedaletti – 5 août 2016

 

Retour à Ospedaletti, l’amphithéâtre de l’auditorium est plein à craquer, plus le moindre espace sur les gradins, certains resteront debout.  Mais voir Paolo Fresu (et ses musiciens) dans cet environnement était tout juste grandiose.

Le quartet a joué une grande partie de leur album « Desertico » paru en 2013. On a ainsi pu entendre Ambre pour commencer puis plus tard « La Folia Italiana » du bassiste Paolino Dalla Porta une structure baroque arrangée à la sauce italienne comme nous l’a raconté Fresu. paolinov2On se souvient que le trompettiste peut être très bavard dans ses concerts en France, alors imaginez en Italie dans sa langue natale. Comme l’ombre tutélaire du festival était Chet Baker, Fresu nous a narré deux belles et longues anecdotes sur ses rencontres avec le musicien américain. On pourrait raconter chaque instant du concert tant la magie du moment était intense mais cela pourrait être fastidieux pour le lecteur. Evoquons tout de même, ce grand moment où ils ont repris un de leur vieux thème « Elogio Del Discount ». Il débute par un long solo de batterie où Stefano Bagnoli utilise seulement ses balais sur la caisse claire avant de s’emballer et de marteler ses toms et sa grosse caisse,stefano paoloNB après un petit réglage de son rack d’effet, Paolo Fresu joue le riff repris par la guitare de Bebo Ferra, le bassiste rentre dans la danse et le morceau s’envole. Guitare et bugle se répondent, se relancent, le morceau s’étire en une longue impro que le Grateful Dead n’aurait certainement pas renié. Le set s’achevait sur un medley de trois berceuses, Ninna Nanna, dédié  à chacun de leurs enfants mais aussi à tous les gamins du monde et tout particulièrement ceux qui essaye de traverser cette Mare Nostrum.devil quartetV2
En rappel, une ironique reprise du (I Can Get No) Satisfaction des Stones car à la générosité des musiciens et à leur joie de jouer ici, s’ajoutait le plaisir pris par chacun des plus de quatre cent spectateurs.

Du jazz sous les étoiles.

 

Des cuivres bien frappés

Bernstein Fresu Petrella Rojas

Brass Bang !

Tŭk Music/Bonsaï Music

cover-brass-bangCe quartette est un drôle de gang, quatre cuivres réunis pour faire de la musique, du jazz mais pas seulement. Deux américains, deux italiens. Deux trompettes et bugles, un trombone et bien plus rare, un tuba, produit par l’infatigable Paolo Fresu, l’un des quatre comparses, trompettiste de son état. Les deux américains Marcus Rojas, le tubiste et Steve Bernstein, le trompettiste y vont aussi de la voix sur quelques titres.
Vous pensez que l’on ne peut pas faire de rock sans guitare, basse ou batterie écoutez comment le quarteron de cuivres joue « As Tears Go By » des Stones ou « Manic Depression » d’Hendrix et vous verrez. Rojas et Gianluca Petrella jouent le riff de basse presque à l’unisson, Fresu celui de la guitare et Bernstein chorusse de ses trois pistons.
Vous pensiez que l’on ne peut pas vraiment faire de jazz sans instrument harmonique, sans saxophone, écoutez Fresu et ses compères revisiter le « Black And Tan Fantasy » et « Rockin’ In Rythm » du Duke, vous réviserez surement votre jugement.
Vous pensiez que les chansons italiennes n’étaient bonnes que pour le concours de San Remo écoutez donc leur superbe interprétation du « Guarda Che Luna » popularisé par Marino Marini en 1962 qui clos en majesté l’album. Vous pensez être allergique à la musique classique, la musique baroque, vous pensez qu’elle n’est qu’une musique savante d’un autre temps, tendez l’oreille les deux superbes thèmes de Palestrina et Haendel. Tout la sensibilité et l’inventivité des quatre musiciens est concentrée dans ces deux morceaux. Ils jouent aussi leur propres compositions, on n’est jamais si bien servi que par soi-même surtout quand on veut s’amuser en faisant de la musique. Il reprenne donc à leur compte l’adage de Frank Zappa, ici en italien, avec l’accent :
« Il jazz non è morto, ha solo un odore un po’ curioso« .
Avec ces quatre cuivres (brass) on est loin d’une fanfare de cirque, ça sonne, ça vibre, ça émeut, ça swingue, ça rock, ça balance, ça envoie sec, avec, et c’est plutôt rare, de l’humour à chaque note.
A déguster comme une friandise, un plat entier de cannoli dont, en plus, on peut abuser.

Paolo Fresu Quintet í30!

 

 

Paolo Fresu Quintet  í30!

Tŭk Music/Bonsaï Music

Cover Paolo 30

30 comme les années qui nous séparent de la naissance de ce quintet. Groupe historique de Paolo Fresu qui allai le projeter vers le firmament du jazz italien (et mondial) qu’il occupe aujourd’hui. Douze compositions originales des divers musiciens du groupe et une reprise toute en délicatesse d’un grand ancien: G.F. Haendel. La complicité pourrait être le mot majeur de cet album tant chacun semble donner dans ses propres compos toute la place aux autres. Qu’il joue du bugle ou de la trompette avec ou sans son rack d’effet, Fresu est à l’écoute de ses acolytes mêlant ses notes aux riffs de basse, aux arpèges du piano, fusion à l’unisson ou en contrepoint avec le ténor, le soprano. Le tout ornementé de polyrythmies africaines ou contemporaines, et de quelques esquisses funky.
Italien, bleu et superbe!

 

https://www.youtube.com/watch?v=dtkQ9IHimS4