Archives du mot-clé jazz

Luca Aquino « Petra »

Luca Aquino & Jordanian National Orchestra :

Petra

(Tala Abu-Gazaleh International Records)

 

Après avoir rendu hommage au Doors dans son précédent opus, le trompettiste italien Luca Aquino change radicalement de genre pour un nouvel enregistrement, dans le cadre magique de Petra en Jordanie, avec l’orchestre national jordanien. Huit compositions dont le superbe Aqustico et une reprise du fameux Smile de Charlie Chaplin. Il retrouve Carmine Ioanna à l’accordéon, les arrangements sont confiés au flutiste Sergio Casale. L’émotion est intense dès les premières notes de trompette solo qui se répercutent sur les parois du site archéologique. Un subtil mélange de jazz, de musique de chambre contemporaine et de musique orientale. Les cordes et le hautbois majestueux, la trompette, la contrebasse, les percussions qui swinguent, la mélancolie de l’accordéon, les volutes aériennes de la flute.
Un album tout simplement magnifique.

54×13 (JB Pouy) Bonnaffé & Sclavis

54×13 (JB Pouy) Bonnaffé & Sclavis

La médiathèque de Biot a eu l’heureuse initiative de nous offrir ce spectacle interprété par Jacques Bonnaffé  (voix) et Louis Sclavis (clarinettes et harmonica). Initialement conçu autour du roman cycliste de Jean-Bernard Pouy « 54×13 », le texte s’est vu modifié, adapté, renforcé par des passages de Antoine Blondin, Philipe Bordas ou même, mais très discrètement, de Roland Barthes.

1er juillet, 20h, il fait encore une douce chaleur dans le jardin Frédéric Mistral, un temps idéal pour une ballade en vélo surtout pour les spectateurs assis sur les pierres du théâtre de verdure.

Jacques Bonnaffé ne se contente pas de lire les textes, il les interprète, quand le héros cycliste de JB Pouy grimpe un col de troisième catégorie, Bonnaffé, lit certes mais il souffle, pédale, sue et arrive hors d’haleine au sommet avant d’entamer la descente. 54X13 2Louis Sclavis ponctue de trilles, d’accords la lecture de son ami, il se sert même de sa clarinette basse comme machine à bruitage pour mieux nous faire ressentir l’effort du coureur. Le braqué 54×13 (9m25 par tour de pédale) est le meilleur probablement mais il nécessite tout de même de sérieux efforts.sclavis 1ps2

Il faudra presque une heure et demi et la participation d’Anquetil et Poulidor et même celle, plus restreinte, d’Hinault pour atteindre la fin de la course.

Le public pouvait alors grimper la calade des roses qui le ramenait au village.

 

Deux trios au Cri du Port

Pierre Fénichel trio – trio BIS live au Cri du port

Pour cette soirée de clôture de la saison l’équipe du Cri du Port avait convié, deux groupes du Label Durance, le trio de Pierre Fénichel et le trio BIS.  Une bonne occasion de découvrir cette salle au pays de Gyptis et Protis.

fenichel v2Le contrebassiste Pierre Fénichel, accompagné d’Alain Soler à la guitare et de Cédrick Bec à la batterie, entamait la soirée.Ils présentaient leur album « Breitenfeld », hommage à Paul Desmond. Des tempi plutôt lents, un set presque intimiste mais très inventif, où guitare et contrebasse se renvoient les impros, les parties mélodiques,  sous la férule rythmique du jeune batteur souriant, un air faussement discret mais une grande subtilité et une efficacité redoutable.bec jzIls quittèrent la scène après plus d’une heure pour laisser la place au Trio BIS, seule changement apparent,Raphaël Imbert monte sur le plateau avec ses saxophones et sa clarinette basse, Alain et Cédrick reprenant leurs places et instruments.soler imbert jz Mais dès les premières notes du ténor, on sait que l’on a changé de répertoire, de rythme. La guitare se fait plus nerveuse, plus de distorsion, moins de flanger, les baguettes percutent avec plus de force.Ne partez pas, cela reste du jazz, parfois même du freejazz, même quand ils reprennent de façon très nerveuse le No Reply des Beatles, Imbert est passé au soprano et ne semble plus vouloir le reposer. Après quelques titres, le trio devient quartet, Fénichel retrouve sa contrebasse, pour une belle fin de soirée avec le tube de Desmond, un Take Five d’anthologie, revigoré, finalsuivi d’un rappel qui nous mènera tard dans la nuit.

Laissons passer l’été pour retrouver cette salle et sa nouvelle programmation.

Vincent Peirani 5et à Nice

Vincent Peirani Quintet: Living Being Live

La salle du forum Nice Nord était comble pour cette dernière soirée de la saison du Nice Music Live avant l’été.

jacob vacek (2)En première partie, Buckshot Gala, ou le 4et de Jacob Vacek. Un court set, des compositions intéressantes mais encore un peu trop d’académisme dans leur jeu (le trac ?), laissons faire le temps, ils sont encore étudiants au CNRR.

C’était un peu la soirée du conservatoire puisque trois des musiciens du quintet de Vincent Peirani y ont fait leurs classes. Les qualificatifs vont manquer pour évoquer ce concert, la performance magique et énergique du groupe.

peirani 5et 3Tant dans les reprises (Duke, Portal, Buckley) que dans les compositions de l’accordéoniste, ou le formidable traditionnel macédonien joué en rappel.  Yoann Serra, le batteur aux deux caisses claires, était en très grande forme, la complicité entre Emile Parisien (sax soprano) et Peirani était palpable. Plus discret, Tony Paeleman aux Rhodes et Julien Hermé à la basse ont tout autant contribué à la joyeuse fougue musicale de cette soirée.
De plus, ils sont presque tous niçois, ils jouaient donc à la maison.

vincent peiraniEt dire qu’il y en a encore qui pense que l’accordéon jazz est ringard.
Une pédale de volume, 3 ou 4 micros, quelques effets, un jeu inventif: c’est Peirani.

Trio BIS

TRIO BIS : Live

(Label Durance)

Il y a des disques qui séduisent dès la première écoute. Présentons donc ce groupe, ce trio sans basse, composé du batteur Cédric Bec, du saxophoniste Raphaël Imbert et du guitariste Alain Soler. BIS comme les initiales de leurs noms. Enregistré en live, ils commencent par un arrangement du très festif de « Lulu’s BackIn Town » popularisé par Fats Weller, il y a aussi du Monk ainsi qu’une version très sautillante d’un vieux Beatles « No Reply », ils associent dans un même morceau Neil Young et Coltrane « OnThe Beach/Equinox », le sax et la guitare s’en donne à cœur joie, respectueux et inventifs. Suivi d’une reprise très prenante du « Tom Traubert’s Blues » de Tom Waits, le plus beau moment de l’album, l’émotion dégagée par Imbert est tangible, Soler est dans son élément avec le blues, le juste feeling. Cédric Bec fait bien plus qu’assurer d’impeccables rythmiques, il donne au trio Le groove. Quant au final, «All The Thing You Are », J. Kern, façon Tex Avery, un petit bijou. Notre région est bel et bien un bon creuset pour le jazz.

Qeqertarsuatsiaat

TERNOY-CRUZ-ORINS :
Qeqertarsuatsiaat

(Circum-disc)

Quand trois musiciens habitués à jouer ensemble un jazz moderne électrique, éclectique parfois noisy décident de se lancer dans un album acoustique cela donne ce formidable bien imprononçable « Qeqertarsuatsiaat ». Le batteur, Peter Orins, se fait parfois percussionniste. Le pianiste, Jérémie Ternoy qui joue aussi avec Magma, délaisse de temps à autres son clavier et gratte les cordes directement sur la table d’harmonie. Quant au guitariste, Ivann Cruz, il explore tout le manche de sa guitare dans des phrases harmoniques de toute beauté. Du jazz basé sur l’improvisation et l’écoute, on pourrait presque parler de « Jazz Prog » pour qualifier leur musique tant les longues plages de leur trialogue laisse parler l’imagination. Une musique sophistiquée, intemporelle qui ne demande, somme toute, qu’à être apprivoiser.

Alex Grenier Trio

Alex Grenier Trio au Nice Jazz Festival Off

3 juillet 2015

Alex Grenier et son trio avait participé l’an dernier au premier tremplin du Nice Jazz Festival et avait gagné le prix du public, le prix SACEM qui leur permettraient de revenir en 2015 dans le Nice Jazz Off organisé par la Ville de Nice et L’association La Ruche.

alex grenier trioC’était donc ce vendredi 3 juillet, sur la place Masséna à 20h que les angevins montaient sur la scène pour un set d’une heure. Du jazz où le swing est roi mais pas seulement car l’énergie et la bonne humeur que dégagent ces trois musiciens est communicative, on se sent après mieux qu’avant comme si on n’avait pris une bonne dose de notes euphorisantes.

Ils ont joué quelques titres de leur album et de leur EP dont le titre « Comme une glace » très bien venu sous cette canicule mais ils nous ont aussi offert l’interprétation d’une composition trépidante, tellement inédite qu’elle n’avait pas encore de nom. Gageons qu’ils seront dans quelques années sur la scène du théâtre de verdure du Nice Jazz Festival.

 

Des cuivres bien frappés

Bernstein Fresu Petrella Rojas

Brass Bang !

Tŭk Music/Bonsaï Music

cover-brass-bangCe quartette est un drôle de gang, quatre cuivres réunis pour faire de la musique, du jazz mais pas seulement. Deux américains, deux italiens. Deux trompettes et bugles, un trombone et bien plus rare, un tuba, produit par l’infatigable Paolo Fresu, l’un des quatre comparses, trompettiste de son état. Les deux américains Marcus Rojas, le tubiste et Steve Bernstein, le trompettiste y vont aussi de la voix sur quelques titres.
Vous pensez que l’on ne peut pas faire de rock sans guitare, basse ou batterie écoutez comment le quarteron de cuivres joue « As Tears Go By » des Stones ou « Manic Depression » d’Hendrix et vous verrez. Rojas et Gianluca Petrella jouent le riff de basse presque à l’unisson, Fresu celui de la guitare et Bernstein chorusse de ses trois pistons.
Vous pensiez que l’on ne peut pas vraiment faire de jazz sans instrument harmonique, sans saxophone, écoutez Fresu et ses compères revisiter le « Black And Tan Fantasy » et « Rockin’ In Rythm » du Duke, vous réviserez surement votre jugement.
Vous pensiez que les chansons italiennes n’étaient bonnes que pour le concours de San Remo écoutez donc leur superbe interprétation du « Guarda Che Luna » popularisé par Marino Marini en 1962 qui clos en majesté l’album. Vous pensez être allergique à la musique classique, la musique baroque, vous pensez qu’elle n’est qu’une musique savante d’un autre temps, tendez l’oreille les deux superbes thèmes de Palestrina et Haendel. Tout la sensibilité et l’inventivité des quatre musiciens est concentrée dans ces deux morceaux. Ils jouent aussi leur propres compositions, on n’est jamais si bien servi que par soi-même surtout quand on veut s’amuser en faisant de la musique. Il reprenne donc à leur compte l’adage de Frank Zappa, ici en italien, avec l’accent :
« Il jazz non è morto, ha solo un odore un po’ curioso« .
Avec ces quatre cuivres (brass) on est loin d’une fanfare de cirque, ça sonne, ça vibre, ça émeut, ça swingue, ça rock, ça balance, ça envoie sec, avec, et c’est plutôt rare, de l’humour à chaque note.
A déguster comme une friandise, un plat entier de cannoli dont, en plus, on peut abuser.

André, Luc, Mike & Richard à Nice.

Sylvain Luc, Richard Bona, André Ceccarelli et Mike Stern se chauffent pour leurs futurs master class en donnant un concert au théatre lino Ventura le 31 octobre 2014. Un concert qui commence par… Un solo de batterie. Très beau chorus, très écrit mais très musical aussi, une belle mise en bouche de Stu Richie pour aborder le set du Guetta 5et puis celui des quatre master.

Gilbert Guetta 4et via la videoYoutube
Gilbert Guetta 4et via la videoYoutube

Première partie donc, trois titres et 45 minutes de très belles phrases musicales de Frank Taschini au ténor mais surtout au soprano, Giuliano Raimondo à la contrebasse, Massimo dal Pra au piano et donc de Gilbert Guetta aux guitares. Gilbert qui se transforme en maître de cérémonie (après tout c’est à son initiative que ce concert a lieu) pour présenter la soirée. Après quelques réglages d’ampli récalcitrant, Sylvain Luc, Richard Bona, André Ceccarelli et Mike Stern on fait la fête au jazz, à la musique, redoublant de politesse -on ne se tire pas la bourre- et de virtuosité. Il y a avait en fait trois solistes, deux guitares, une basse et un batteur. Derrière ses futs, André Ceccarelli fut (ah, ah) impérial comme toujours assurant à ses compagnons une assise rythmique impeccable.

Richard Bona capté du téléphone.
Richard Bona capté du téléphone.

On se souviendra de Mike Stern tentant d’imiter le chant de Richard Bona dans une berceuse camerounaise ou du duel plus fraternel que fratricide Luc-Stern ou du duo très enlevé Stern/Ceccarelli bien que Mike Stern semble souvent ne vouloir qu’effleurer ses cordes. Ils ont fini par un peu de rock teinté de funk car ils ne pouvaient tout de même pas laisser toute la place au jazz ;-). Ce n’est qu’au moment où Mike Stern, sans se départir de son éternel sourire, a posé sa guitare, qui semblait jusque-là être un prolongement naturel de ses deux bras, que l’on a su que, hélas, les lumières allaient se rallumer. Et on commençait à envier ceux qui le samedi et le dimanche suivraient les master-class animées par ces quatre-là!

Guillaume Perret and The Electric Epic

Guillame Perret & The Electric Epic
Open Me

Kakum Records/ Harmonia Mundi

open me« Jazz isn’t dead it just smells funny » disait le grand Frank Zappa, voilà une maxime qui peut tout à fait s’appliquer à ce nouvel album de Guillaume Perret. D’ailleurs Perret n’a-t ‘il pas joué dans le collectif « Le bocal » auquel on doit un excellent album en hommage au maitre « Oh No! Just Another Frank Zappa Memorial Barbecue »?lebocal
Car c’est bel et bien du jazz que joue l’Electric Epic, du jazz électrique, musclé, du jazz brutal, du jazz métal même parfois à l’image de « Shoebox » le deuxième morceau où la guitare deJim Grandcamp et le saxophone de Perret semble rivaliser de puissance, d’énergie sur un thème où chaque variation monte le ton d’un cran, pousse un peu plus dans d’étonnante progression harmoniques. La basse ( Philippe Bussonet) prend à son tour son chorus sous les cris presque animal (mouette?) du sax. Yoann Serra à la batterie n’est pas en reste, c’est lui qui donne la pulsation qui va entrainer le groupe dans un final presque paroxystique plus de neuf minutes plus tard. Ils avaient joué ce morceau en avant-première à Nice, à la Salle Grappelli, puis au Nice Jazz devant un public, disons, médusé. Heureusement, le déferlement se calme un peu par la suite même si le titre suivant se nomme « Brutalum Voluptus ». C’est d’ailleurs le morceau qui pourrait attirer quelques bémols, essentiellement dû aux parties vocales peu convaincantes. « Irma’s Room » qui suit fait la part belle à une jolie partie de guitare dont on se demande si elle n’est pas joué au sax…
Et quand on voit le nombre de pédales d’effets reliées au sax, on peut effectivement douter.
Sur la pochette, Guillaume Perret a les deux avant-bras recouverts d’un tressage de cordons jack, joli symbole pour le musicien qui doit en utiliser bien plus d’un pour brancher tous ces boites d’effets qu’ils lui permettent d’obtenir ses sons incomparable et parfois improbable.
Il n’est plus produit comme le précèdent opus par le génial John Zorn mais le résultat n’en est pas moins excellent. L’album a une plus grande homogénéité que son prédécesseur, il forme une belle entité que l’on ne saurait trop recommander.
Et comme il vous le demande, il ne vous reste plus qu’à l’ouvrir.