Gael Horellou « Legacy »

legacyGael Horellou  « Legacy »

Breakz/Harmonia Mundi

Gael Horellou qui a joué, entre autre, avec Laurent de Wilde et Michel Benita nous propose son nouveau projet, en acoustique et en quintet, « Legacy ». D’inspiration très classique, cet « héritage » évoque ouvertement les grands maitres du saxophone que furent Clifford Jordan ou Jackie McLean. Mais c’est l’ombre tutélaire du grand John Coltrane qui plane tout au long du cd jusqu’au morceau final, un élégant blues au tempo lent. Cinq titres de duels et duo de saxos entre l’alto d’Horellou et le ténor de l’invité « de luxe », Abraham Burton. Joutes musicales dans lequel s’immisce le pianiste Viktor Nyberg dans un cadre strict définie par la basse et la batterie qui balisent, entourent, cajolent les solistes. Le tout magnifié par une superbe prise de son live au duc des Lombards. Comme si on y était!

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Clovis Nicolas – Nine Stories

Clovis Nicolas   Nine Stories

Sunnyside/ Naïve

nine stories Naive
nine stories Naive

Formé en Provence, partenaire des Belmondo, de Trotignon, adoubé par Ron Carter à New York, il en revient pour ce « Nine Stories » en sextet. Bien que compositeur de la plupart des titres, leader du groupe, Clovis Nicolas ne fait pas de cet album, un disque de bassiste. Il laisse la part belle à ses musiciens. Trompette, sax, guitare, piano ont, chacun ou ensemble, de jolies partitions à défendre, de belles mélodies à explorer. Mention spéciale pour l’excellent guitariste Alex Wintz, dont le jeu souvent bluesy vivifie l’atmosphère du CD. Il a même droit à un duo pour clore l’album. Clovis Nicolas est aussi un arrangeur de talent, du jazz certes classique mais dopé par quelques trouvailles harmoniques imaginatives, quelques audaces rythmiques qui font de ces neuf histoires un bel objet musical.

Belmondo Family Sextet

belmondo sextet

Belmondo Family Sextet

Mediterranean sound

Discograph 2013

On connait bien les deux frères Belmondo, Stéphane, le trompettiste et Lionel, le saxophoniste qu’ils jouent ensemble ou séparément leur aura à depuis bien longtemps dépassé leur Var natal. Mais leur père Yvan, saxophoniste, reste plus discret, il joue ici du baryton, très empreint de Gerry Mulligan. Réuni pour la première fois sur un album, ils sont accompagnés par trois excellents musiciens du sud. Jean-Philippe Sempere à la guitare, Sylvain Romano à la contrebasse et Jean-Pierre Arnaud à la batterie. Ils jouent onze reprises allant du très bebop Oscar Pettiford à une méditation de Jules Massenet en passant des chansons de Johnny Mercer.  Une traversée de la musique du 20éme siècle, orchestrée de bien belle façon par Lionel et baignée par les embruns d’une méditerranée toute proche.

Baptiste Trotignon & Mark Turner

BSopt Nice l09/10/2013

Trotignon Turner21h30, Baptiste Trotignon et Mark Turner sax en main se frayaient un chemin à travers les tables chargées de verres et d’assiettes des spectateurs venus profiter d’un diner pré concert. Ils entament par deux titres de leur récent album « Dusk Is a Quiet Place », fort bien nommé pour l’ambiance calme et diffuse qui se dégage de ce début de set. Le titre suivant, plus étonnant, est un prélude de Chostakovitch. Les deux musiciens dialoguent sur scène avec leurs instruments mais contrairement à la vie courante, magie du jazz, de la musique, ils parlent et écoutent en même temps. Chacun des deux musiciens est le catalyseur de l’autre. Leur musique est sophistiquée, délicate et envoûtante. Chaque note semble être réfléchie avant d’être jouée durant les deux heures d’un jazz de très haute tenue.

Nice Jazz Festival 2013

Jour 1

Le soleil brillait encore derrière un voile léger de nuages gris quand Guillaume Perret et ses Electric Epic ont pris possession de la scène Masséna, pour une heure d’un set endiablé. Ils ont enflammé un public parfois déconcerté avec leur jazz métal. Le sax de Perret branché sur tout un tas de pédales d’effets associé à la guitare de Jim Grandcamp n’ont laissé aucun répit aux festivaliers. Quelle puissance, quel son, quelle inventivité. Certes ils auraient tout aussi bien pu ouvrir les Eurockéennes ou les Vieilles Charrues tant leur jazz est proche d’un rock agité. Sans l’ombre d’un doute, le NJF 2013 était lancé. Et le 7et de Christian Scott qui a suivi sur la grande scène n’a rien fait pour faire retomber l’ambiance, plus jazzy mais tout aussi groovy.

ceccarelli and son
ceccarelli and son

Il termina son set avec « KKPD » (Klu Klux PD), évoquant une rencontre aussi musclée que malencontreuse avec la police raciste de New Orleans. Un titre fort en émotion, mené par une guitare lancinante, la réponse d’une trompette vaut bien mieux que celle d’un fusil.

On laissait le public de Masséna aux flonflons discos d’E.W.F, pour rejoindre le Théâtre de Verdure et ces deux heures d’un set protéiforme en hommage au parrain du festival, André Ceccarelli.

Trente musiciens de l’opéra, un trio de jazz, quelques invités de prestige, des chanteurs, le guitariste Sylvain Luc, tous là pour faire la fête à Dédé. Et ce fut réussi, même si quelques passages furent moins appréciés que d’autre par un public, somme tout, exigeant.

Belle soirée.

JOUR 2

Une soirée placée sous le thème du « Tempo » qui commençait, noblesse oblige, au Théâtre de Verdure, avec Monimo Garay, le fameux percussionniste argentin en guest-star du Nice Jazz Ochestra. Autre invité de choix du NJO, le saxo espagnol Perico Sambeat, son nom seul aurait justifié présence. Délaissant le big band à mi-parcours pour rejoindre le côté Masséna, c’est Stéphane Belmondo accompagné de deux pianistes, Kirk Lightsey au Steinway et Eric Legnini au rhodes, recevait aussi une invitée, la chanteuse Sandra Nkaké. Superbe osmose de la trompette et de la voix dans des ballades enchanteresses. De retour dans un Théâtre de Verdure complet pour le 4et de Manu Katché. Ah, le charme éternel du Hammond B3 de Jim Watson, ici seulement soutenu, à part Manu, par un sax et une trompette, parfois trempés dans un ordinateur pour leur élargir le son. Petite déception, la charmante Lianne La Havas, très belle voix, superbe telecaster, mais des compos qui tombent très vite dans un folk-soul convenu.

Il a bien fallu cinquante minutes à Robert Glaster et ses compères pour faire la balance avant d’entamer un show R’n’B, hip hop, jazz qui a enchanté le jeune public mais moins le chroniqueur de Nouvelle Vague qui tenta presque en vain, tant la foule était compacte, de rejoindre l’autre scène où Ben Harper, Charlie Musselwhite faisaient la fête au blues. « Mississippi sur Paillon » en quelque sorte. Si Harper est un excellent guitariste, souvent très inspiré, il reste un piètre chanteur de blues et Musselwhite, 70 ans, qui avait plus souvent qu’à son tour la bouche occupée par son harmonica, ne pouvait pas vraiment assurer le chant en même temps. Ce qui n’a pas empêché une véritable liesse du public et ce, jusqu’à bien après les douze coups de minuit.

JOUR 3

19h, soleil encore haut et fort dans le ciel, Stéphane Chausse embouche son EWI pour un set assez énergique, c’est après tout le thème de la soirée. Les six musiciens proposent une musique très intéressante qui s’éloigne des sentiers battus, essentiellement grâce à la présence d’Ousman Danedjo à la kora ou au djembé mais surtout son chant (en wolof, en bambara) pur, empli de mysticisme, sur une rythmique pourtant bien jazz.

Suivait le sextet du pianiste Gerald Clayton, un quartet jazz classique, piano, contrebasse, batterie, sax mais accompagné d’un couple de chanteurs à la voix et à la personnalité très vivifiante qui donnait à leur musique une couleur une tonalité indéfinissable mais éminemment plaisante.

Un rapide détour vers la scène Masséna pour voir John Legend, show carré, pro, oscillant entre R’n’B et Rythm and Blues.

La soirée se terminait avec la coréenne Youn Sun Nah pour une magnifique prestation. Il faut oser enchaîner « My Favorite Thing » avec le « Hurt » de Nine Inch Nails. Ou bien interpréter un chant traditionnel coréen après une reprise exceptionnelle du « Jockey Full Of Bourbon » de Tom Waits. Un show qui vaut aussi par la présence, la virtuosité du guitariste Ulf Wakenius qui n’hésite pas à martyriser sa guitare avec une bouteille de Badoit ou à lui tirer des sons les plus sublimes dans des arpèges à la beauté et technicité impressionnante. N’oublions pas le soutien harmonique, les beaux chorus de l’accordéoniste niçois Simon Tailleu. Le chroniqueur de Nouvelle Vague n’avait plus vraiment de raison d’aller écouter les samples tonitruants des C2C.

JOUR 4

Raphael Gualazzi
Raphael Gualazzi
Christian McBride &  Chick Corea
Christian McBride & Chick Corea
Chick Corea et The Vigil.
Chick Corea et The Vigil.

« Magicien de la basse » électrique annonçait, à 19h tapantes, le speaker officiel du festival et il faut bien l’avouer, le qualificatif était bien choisit. Les mains gantées de noirs, Etienne M’Bappé a d’emblée conquis toute l’assistance. Une musique étrangement métissée où l’Afrique se mêlait à l’Irlande. Mélopée celtique sur une rythmique groovy, appuyée par un batteur Nicolas Viccaro, qui pourrait facilement remplacer aux pieds levés Lars Ulrich dans un concert de Metallica, tant sa frappe est puissante et explosive. Mais la voix de Cate Petit ainsi que le violon de Cédric Baud ont su amener douceur, mélodie.

Suivait le set du bassiste Omar Avital et ses quatre musiciens. Un beau jazz sublimé par la trompette d’Avishai Cohen mais surtout par le piano de Yonathan Avishai. Un son somme toute très classique d’où émanaient parfois de belles sonorités moyen-orientales qui faisaient chalouper le public. Profitant du changement de plateau, on écoutait quelques morceaux du crooner pianiste italien Raphael Gualazzi. Oscillant entre Paolo Conte et Tom Waits sans oublier un petit peu de balletti ou de chansons napolitaines. Sympathique et plaisant.

Pour finir cette soirée, le maestro himself, Chick Corea et The Vigil. Jazz acoustique, jazz électrique, instants magiques. Ils ont joué essentiellement les titres de leur dernier album. Christian McBride, le vieux pote, impérial derrière sa contrebasse ou sa Fender à 5 cordes. Marcus Gilmore à la batterie formant un couple rythmique parfait avec le percussionniste vénézuélien Lusito Quintero. L’anglais Tim Garland soufflait aussi bien dans ses saxos ténor ou soprano que dans une clarinette basse et même une flûte traversière. Le jeunot de la bande, Charles Altura, assurait les parties de guitare avec un talent et une virtuosité assez impressionnante. Très concentré, très appliqué, il semblait moins s’amuser que ses compagnons comme si l’œil du maître, pourtant semble t’il admiratif, pesait trop sur ses six cordes.

Rejoignant mon véhicule, j’ai pu croiser un Maceo Parker manifestement réjoui, sax en bandoulière, portant un plateau repas.

Quelle belle fin de soirée.

Jour 5

Shai Maestro Trio
Shai Maestro Trio

Dernière soirée, placée sous le signe de la vibration. La vibration en jazz, cela devrait être la norme, le minimum requis pour se présenter sur une scène et les trois groupes qui se sont succédés au Théâtre de Verdure n’en manquaient pas et ils ont su, chacun à sa manière, nous faire partager cette vibration. Shai Maestro trio tout d’abord, le classique piano, basse, batterie. Mais plutôt qu’un pianiste accompagné de deux musiciens, c’est une véritable entité tricéphale que l’on a entendu pendant un trop court set. Des mélodies limpides, un toucher de piano d’une grande sensibilité. Jorge Roeder joue souvent de sa contrebasse avec un archet, ce qui rajoute beaucoup de lyrisme à chacun des morceaux. Le dynamisme ressort quant à lui dans les duos/duels piano-batterie où le Steinway de Shai Maestro semble affronter Ziv Ravitz, armé de ses baguettes, derrière ses fûts et cymbales. Surement la plus belle découverte de cette édition du Nice Jazz Festival.

Suivait un autre jeune pianiste, Tigran Hamasyan et son Shadow Theater. Bien moins lyrique, la vibration se fait ethno-jazz, électro-jazz. Des mélodies arméniennes interfèrent avec une rythmique binaire lancinante. Cela méritait vraiment néanmoins le détour. Quant au rappel, en simple trio, ce fût un instant de magie et d’harmonie.

Un long entracte, le temps de mettre en place le mini big band qui allait suivre, celui d’Esperanza Spalding. Huit pupitres pour les cuivres et chœurs, claviers, guitare, batterie. Le chant, la basse, tant acoustique, qu’électrique étant assurée par la belle de Portland, herself. Montée sur des talons de dix centimètres, cheveux afro noir foncé, une fretless 5 cordes en bandoulière, Esperenza entre en scène, le show peut commencer dans un décor de radiocassette vintage géant. Un spectacle (trop) bien rodé, peu de place à l’improvisation, mais pro jusqu’au bout des pistons de trompette, des clés de saxophones. Mais manifestement tous semblaient être heureux et contents d’être là et nous de l’autre côté de la scène tout autant.

Paolo Fresu devil quartet à Nice

Salle Grappelli, nice 22 mai 2013.

 

21h tapantes – la politesse des grands- dans une salle Grappelli où il ne reste guère qu’un strapontin vide, Paolo Fresu et ses 3 acolytes entre sur la scène.

Paolino delle Porta assure la pulsation avec sa contrebasse, en accords martelés ou en longs riffs scandés des doigts. Le batteur, Stefano Bagnoli, s’occupe de la cadence, de ses balais frottés sur la peau des toms, des cymbales ou plus fermement avec ses baguettes magiques.  Mais c’est, il faut bien l’avouer, Bebo Ferra à la guitare et Paolo Fresu qui, devant, font le show. Ils jouent en grande partie leur dernier album « Desertico » (Bonsaï Music) commençant par « Ambre » assez calme, continuant par « La Folia Italiana » qui porte bien son nom, pour finir deux heures plus tard, en majesté et en furie par une vieille rengaine de Keith Richard, à la satisfaction du public enthousiaste. Dans un premier rappel, ils montreront avec deux berceuses que le quartet, malgré son nom, sait se faire angélique. Quand le jazz est joué par de tels musiciens: Sympathy for the devil !

Blues Night au théâtre de verdure

OC Brothers-Dr Feegood,-Popa Chubby

Au New Blues Festival

Théâtre de verdure Nice, le 2 aout 2012

OC Brothers ouvrent le bal. Bien connu des amateurs azuréens de cette musique de l’âme, les frères Cosoleto chauffent le théâtre avec brio. Ils pourraient, par moment, être de Chicago ou de quelques villes du sud des US tant leur musique est imprégnée de celles de leurs maitres américains.

Steve Walwyn of Dr Feelgood
Steve Walwyn of Dr Feelgood

20h, c’est l’heure de Dr Feelgood. Et dès leur premier titre « Hoochie Choochie Man » on se sent bien (Feelgood ah, ah!). Trois vieux anglais à l’air sage et un chanteur roux et bondissant. Mais très vite la cravate du guitariste est remisée sur l’ampli pour mieux laisser s’exprimer la telecaster. Les tubes s’enchainent avec ferveur, « Roxette », « She Does It Right » (« Elle fait ça bien »!), « Milk and Alcohol », « Down at The Doctor ». La basse et la batterie pulsent exactement comme il faut pour maintenir la tension. Steve Walwyn enfile son bottleneck, change de guitare et se lance dans ce qui sera le zénith du set, un long blues instrumental où il fait preuve d’un feelling et d’une virtuosité bluffants.
Et même s’ils n’ont pas le charisme et la frénésie du groupe de Lee Brilleaux et Wilco Johnson, ils méritent quand même leur nom de Dr Feelgood!

Pus vient à22h Popa Chubby

Popa Chubby live in Nice

dans son gilet noir 6XL. Il rentre sur scène brandissant une bouteille de Merlot, qu’il abandonnera très vite au pied de la batterie pour épauler sa Stratocaster. Il entame par un « Hey Joe » survolté qui mettra dans l’ambiance dès la première mesure. Le blues de Chubby est un peu comme sa ville New York incomparable. Un cocktail blues, rock et hard digne du meilleur barman de la grosse pomme! Des reprise, des compos persos (dont un nouvel instrumental inédit). Il s’assoit sur un tabouret et sa guitare susurre les notes du film « the Godfather » avant d’exploser dans un chorus vertigineux. Peu après toujours assis, il transmute « Over The Rainbow ». Mais le top sera, à quelques minutes de la fin, sa somptueuse version de « Halleluyah », un tel concentré d’émotions donnerait l’envie à son créateur Leonard Cohen de se faire moine ou même à Jeff Buckley de plonger (avec ou sans rangers) dans les eaux du Mississippi.

Un nouveau festival musical consacré au blues à Nice avec une telle affiche pour le premier soir, que du bonheur!

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock