Guillaume Perret and The Electric Epic

Guillame Perret & The Electric Epic
Open Me

Kakum Records/ Harmonia Mundi

open me« Jazz isn’t dead it just smells funny » disait le grand Frank Zappa, voilà une maxime qui peut tout à fait s’appliquer à ce nouvel album de Guillaume Perret. D’ailleurs Perret n’a-t ‘il pas joué dans le collectif « Le bocal » auquel on doit un excellent album en hommage au maitre « Oh No! Just Another Frank Zappa Memorial Barbecue »?lebocal
Car c’est bel et bien du jazz que joue l’Electric Epic, du jazz électrique, musclé, du jazz brutal, du jazz métal même parfois à l’image de « Shoebox » le deuxième morceau où la guitare deJim Grandcamp et le saxophone de Perret semble rivaliser de puissance, d’énergie sur un thème où chaque variation monte le ton d’un cran, pousse un peu plus dans d’étonnante progression harmoniques. La basse ( Philippe Bussonet) prend à son tour son chorus sous les cris presque animal (mouette?) du sax. Yoann Serra à la batterie n’est pas en reste, c’est lui qui donne la pulsation qui va entrainer le groupe dans un final presque paroxystique plus de neuf minutes plus tard. Ils avaient joué ce morceau en avant-première à Nice, à la Salle Grappelli, puis au Nice Jazz devant un public, disons, médusé. Heureusement, le déferlement se calme un peu par la suite même si le titre suivant se nomme « Brutalum Voluptus ». C’est d’ailleurs le morceau qui pourrait attirer quelques bémols, essentiellement dû aux parties vocales peu convaincantes. « Irma’s Room » qui suit fait la part belle à une jolie partie de guitare dont on se demande si elle n’est pas joué au sax…
Et quand on voit le nombre de pédales d’effets reliées au sax, on peut effectivement douter.
Sur la pochette, Guillaume Perret a les deux avant-bras recouverts d’un tressage de cordons jack, joli symbole pour le musicien qui doit en utiliser bien plus d’un pour brancher tous ces boites d’effets qu’ils lui permettent d’obtenir ses sons incomparable et parfois improbable.
Il n’est plus produit comme le précèdent opus par le génial John Zorn mais le résultat n’en est pas moins excellent. L’album a une plus grande homogénéité que son prédécesseur, il forme une belle entité que l’on ne saurait trop recommander.
Et comme il vous le demande, il ne vous reste plus qu’à l’ouvrir.

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Sheryl, Meredith, Keith et Marc à Altamont

Marc Villard

« Sharon Tate ne verra pas Altamont »

Cohen & Cohen Collection « Bande à part »

 

altamontVoilà un texte de Marc Villard qui n’avait pas eu toute sa chance lors de sa première parution en 2010 chez feu Biro éditeur, celui-ci disparaissant du marché peu après sa publication. Cette nouvelle édition ne comporte pas les photos d’illustrations de la première mais est doté d’une superbe photo en couverture du jeune Keith Richards et sa telecaster.

Si pour Gainsbourg, 1969 fut une année érotique pour Marc Villard, elle fut celle de la fin du rêve et de l’utopie hippie. 6 décembre 69, concert d’Altamont, pendant le set des Rolling Stones – ils voulaient leur petit Woodstock à eux- les Hell’s Angels chargés de la sécurité (?!!) du festival assassinent à coup de poignards et queues de billards Meredith Hunter pendant que Keith Richards et ses potes jouent « Sympathy For The Devil » .

Mais Villard fait remonter ce déclin à la mort accidentelle (?) de Brian Jones, le guitariste des Stones, le 2 juillet de cette même année. En partant de cette noyade, en passant par l’assassinat par des membres de la secte de Charles Manson de Sharon Tate, épouse Polanski, pour finir par ce macabre concert californien l’auteur dans un prenant docu-fiction en forme de novella de près de cent pages nous raconte à travers la courte vie de son héroïne de fiction Sheryl.

Mais c’est quand il nous relate le fameux concert que l’écriture de Marc Villard devient étonnante, le rythme des mots semble coller tantôt aux riffs de Keith Richards tantôt aux chorus du tout jeune Mick Taylor et donne l’impression que l’on était nous aussi sur le tristement célèbre circuit.

Alors certes, la philosophie hippie n’était qu’une utopie mais elle valait bien mieux que l’actuel course à la mondialisation ou cette « I-utopie » consumériste que nous propose la marque à la pomme, hélas!

Keep On Rockin’!

Youn Sun Nah Live in Nice

Youn Sun Nah

New Jazz Festival.
Théatre Lino Ventura Nice 22/1014

C’est le quartet de Yael Angel qui assurait la première partie de la soirée. Puis Youn Sun Nah nous souhaitait de sa voix faussement fluette une bonne soirée qui commençait par une reprise de Nine Inch Nails, « Hurt » et les cris d’un bébé enthousiaste(?) vite gérer par la maman. Tout d’abord simplement accompagnée par la guitare d’Ulf Walkeniusvincent et simon puis rejoint par l’accordéoniste niçois Vincent Peirani et le bassiste marseillais Simon Tailleu pour quasiment deux heures de moments magiques. C’est d’ailleurs ce « Momento Magico » qui clôturait le set avant les rappels. A l’aise dans tous les styles, jazz, folklore suédois ou coréen, country étasuniens et même dans le fantasque « Pancake ». Mais la grande force de la coréenne, outre sa voix dont elle tire des sonorités renversantes, c’est la communion, la complicité qu’elle réussit à instiller entre ses musiciens. Les duos/duels entre Peirani l’accordéoniste aux pies nus et Ulf Walkenius, le guitariste à la casquette ont réjoui nombre spectateurs. Un beau moment d’émotion quand Youn Sun Nah salue dans leur langue (et la sienne donc) un groupe de coréennes venues assister au concert. C’est avec « My Favourite Things » qu’elle chanta en s’accompagnant d’un kalimba que les lumières revinrent définitivement.

Soleil Noir – Marseille

Marseille Noir« Marseille Noir »
présenté par Cédric Fabre
aux Editions Asphalte, 21€

Marseille bleue, Marseille Blanche, les deux couleurs de la ville, mais aussi Marseille orange du soleil qui se couche dans la mer ou bien Marseille rouge du sang qui coule dans un règlement de compte. Quelle ville pouvait mieux que Marseille rentrer dans cette collection des villes noires éditées par Asphalte. Mais il fallait à tout prix éviter les clichés, les caricatures pour raconter la cité, c’est à travers quatorze voix, quatorze auteurs, pas tous issu du polar ou du roman noir, réunis par Cédric Fabre que de quartiers en villages vous pourrez découvrir cette ville. Bien que noires de nombreuses nouvelles nous parlent en fait d’amour, de trahison, de déception, de l’irrésistible attrait qu’exerce la méditerranée, de ces populations multiples métissés mais pas toujours intégrées, le trajet en bus, le « 49 » que raconte François Beaune en est un bel exemple. Marseille est tellement grande qu’elle va juste qu’aux Comores avec les mots de Salim Hatubou. On peut aussi très bien parler de Marseille sans y être né, la danoise Pia Petersen le prouve très bien en évoquant son amour ambigu pour la ville. La pègre ou la dope ne pouvaient pas être oubliés bien, deux récits très émouvants de Christian Garcin et de Rebecca Lighieri. Le foot se devait aussi d’être présent mais il est très astucieusement esquivé par François Thomazeau. Il est parfois plus difficile de traverser en rond-point que d’aller flinguer un type pour Philippe Carrese tandis qu’un livre bien épais peut aussi devenir une arme de règlements de compte entre voisins chez Patrick Coulomb; qui donnent tout deux de la place à l’humour, noir bien sûr car Marseille est aussi joyeuse. Marseille bien que maritime peut être aussi très minérale, très aride dans le texte de Marie Neuser. René Fregni réussit grâce aux olives à mettre de la poésie dans une histoire de vengeance. Serge Scotto réserve quant à lui un chien de sa chienne à sa ville et à son plateau. Si Matisse et bien d’autres on peint l’Estaque, Emmanuel Loi ne le voit pas avec les mêmes couleurs. Minna Sif promène elle son personnage (on ne saurait dire héros) dans le triangle fameux et mal famé Porte d’Aix, Gare St Charles, Vieux port. C’est en musique comme il se doit que Cédric Fabre, le maitre d’œuvre clôt ce recueil. La musique du port, du mistral, 160bpm et clap de fin.

Zakir Hussain & Masters Musicians of India

Zakir Hussain & Masters Musicians of India

Théâtre Lino Ventura  Nice 23/10/14

Il est rare qu’une première partie de concert soit aussi passionnante que celle de la « vedette » et ce fut le cas ce jeudi au théâtre Lino Ventura.
Le duo Rishab Prasanna à la flute bansuri & Davy Sur aux percussions a carrément enchanté le public pourtant venu pour le grand Zakir Hussain. Ils prennent le temps entre chaque morceau d’en expliquer le sens, la genèse. Leur complicité se ressent dans leur musique. Leurs voix viennent parfois se mêler à leurs instruments, comme une sorte de scat hindi. Une belle découverte!

 

Puis pendant presque deux heures, Zakir Huassain derrière ses tablas a joué avec un puis deux, trois et enfin cinq musiciens, ses complices, tous en tenues traditionnelles de leur région.
abbos Kosimov Ah, les magnifiques bottes à pointe de l’usbek Abbos Kosimov, joueur de doyra! Sabir Khan et son sarangi, une vielle à archet aux sonorités multiples. Son duo avec Hussain a viré à un moment quasiment au heavy métal comme si Jordi Savall (celui de « Tous les matins.. ») jouait une cover de Satriani avec Ginger Baker sur les bords du Gange…   Certains moments, il faut l’avouer, étaient parfois un peu hermétiques pour nos oreilles occidentales mais leurs talents réunis ont su entrouvrir pour nous les portes de la perception.

Sabir et Zakir sont sur un tréteau
Sabir et Zakir sont sur un tréteau

Tous de merveilleux musiciens chez qui la virtuosité m’empêche en rien la musicalité.

Concession à la modernité, restriction de budget ou avion manqué, le sitar était joué par un Ipod au pied de Rakesh Chaurasia, le flutiste.

Et Merci à Märta Wydler pour la belle illustration du haut. Une aquarelle peinte pendant le concert.

Marcus Malte « Fannie et Freddie »

Marcus Malte  « Fannie et Freddie »

Zulma, 15.50€

 

Fannie et FreddieAprès un détour par la Série Noire pour l’excellent « Les Harmoniques » transformé depuis en spectacle musical et littéraire, Marcus Malte retrouve « sa » collection chez Zulma d’où avait émergé le sublime et multi récompensé « Garden Of Love ». Dans ce « Fannie et Freddie », point de jazz, de chauffeur de taxi ou de flic défraichi, simplement deux personnages, une femme, Fannie, un homme Freddie, une maison et le tube de Nirvana « Smells Like Teen Spirit« . Fanny à une vieille Corolla, Freddie, un coupé Mercedes. Ils ne sont pas censés se rencontrer et pourtant!

Un très court roman, 90 pages, denses, sombres mais humaines jusqu’au bout du désespoir. « Elle esquisse un sourire mais son reflet dans la glace ne le lui rend pas. Elle soupire puis se détourne. Elle ne peut pas mieux faire« . Mais cela n’empêchera nullement Fannie d’accomplir jusqu’au bout la vengeance quelle a minutieusement préparée. Et Freddie, golden boy de Wall Street se retrouvera, pieds et poings liés dans le « basement » de la petite maison de Fannie, au New Jersey. La crise des subprimes n’est pas que théorique, elle a laissé sur le carreau de nombreuses personnes et Fannie veut sa revanche, une toute petite revanche somme toute, elle la veut vraiment et elle a un Smith & Wesson.

Ses lecteurs savent que Marcus Malte est un très grand styliste. Il signe une nouvelle impeccable mais implacable partition littéraire. Un duo Andante pour vengeance et désespoir. Silence, contrepoint, break, appogiature. Dans ce récit, le rythme, le son des mots font aussi sens que les mots eux-mêmes. Les sentiments, la désespérance affleurent la page, atteignant le lecteur au plus profond comme dans un morceau de Coltrane où chaque instrument va, de la petite note de piano, des ballets sur la caisse claire, le souffle caverneux de la clarinette basse au chorus de saxophone, bâtir un thème, une mélodie, une œuvre, une émotion.

Ce récit est accompagné d’une autre courte histoire, déjà publiée dans la trop tôt défunte collection « Noir Urbain » chez Autrement. « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas » *. Une variation sur le même thème. On quitte les Etats-Unis pour le sud de la France. Mais la fin des chantiers navals de La Seyne/mer a créé une désolation similaire que le ressac des bords de la méditerranée n’arrivera pas à contenir. Longtemps un de mes textes préférés de Marcus Malte enfin réédité.


* le titre initial était : »Plage des Sablettes, souvenirs d’épaves ».

Antoine Chainas « Pur »

"Pur" Antoine ChainasAntoine Chainas
Pur
Gallimard – Série Noire – 18.90€

Antoine Chaians vient d’obtenir le Grand Prix de Littérature  Policière 2014, pour l’occasion je publie une chronique initialement écrite pour l’émission Ondes Noires en octobre 2013.

On peut l’écouter là:
http://www.ondesnoires.com/ondes14.html#ep2

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Voilà un bon moment que l’on n’avait pas eu de roman d’Antoine Chainas à lire.

Depuis qu’il a commencé à traduire, il semblait écrire moins mais il n’a pas vidé tout son sac, il a encore des histoires et des gens à nous raconter, des tordus de la côte d’Azur à nous faire découvrir.
Bon en fait je dis côte d’azur mais le roman n’est pas vraiment géolocalisé, on reconnait cependant à certains détails que je vous laisserais découvrir que c’est bien par ici que cela se passe. Mais cela pourrait être ailleurs cela ne changerais pas grand-chose à l’intrigue ni aux personnages qui sont hélas de plus en plus rependu …

Si le roman n’est pas localisé dans l’espace il ne l’est pas non plus dans le temps. C’est de l’anticipation mais pas de beaucoup, pour preuve un des protagonistes utilise un Iphone 6, c’est dire que c’est pour dans pas longtemps.

Il va y avoir un accident sur l’autoroute, Patrick survit à la sortie de route, sa femme décède. Un couple de magazine, beau, riche et apparemment sans problème. Il avait cependant une engueulade entre eux puis une altercation avec 2 jeunes magrébins à la station-service.

Il va y avoir une résidence sécurisée, une enclave résidentielle, une enclosure comme on dit en anglais, dans l’arrière-pays dirigée par un homme maniaque, fou de Dieu, auto proclamé Révérend.
On aura aussi un snipper qui descend des magrébins le long de cette autoroute.
Deux flics, le pachydermique inspecteur Durantal et Alice, la belle métisse prête à tout. Ils vont enquêter sur l’accident suspectant tour à tour le mari, les magrébins en Mercedes ou une simple fatalité.
Mais on a aussi et surtout, un maire qui joue sur la peur et l’insécurité, pour se faire réélire. Quitte à faire quelques collusions avec des groupes extrémistes, ici nommé Force & Honneur.

Contrairement à ses précédents romans Chainas abandonne son côté trash pour prendre un style et une façon de raconter plus classique, c’est presque un roman policier traditionnel pour autant qu’il puisse vraiment l’être. Il alterne les points de vue passant de l’un à l’autre, le mari, son beau-frère, l’un ou l’autre des policiers, certains résidents de la résidence pour faire évoluer son intrigue. Son écriture qui d’habitude ne mâche pas ses mots et ici extrêmement froide comme hyper éclairée au néon. Il utilise un vocabulaire, un champ lexical à la fois technique, recherché, organique, médical, comme pour faire monter la parano mais aussi l’empathie du lecteur qui se trouve comme agrippé par l’histoire Il force le trait de crayon de ses personnages qui pour certains sont plus gras qu’il ne le devrait.

Un roman éminemment politique empreint de l’univers de JG Ballard, de Cronenberg, de Lynch. Un roman qui peut aussi permettre de rentrer dans l’univers de Chainas dont l’univers peu parfois dérouter ou effaroucher.

Du blues, du jazz et du roman noir… Et du bon vieux Rock