Archives pour la catégorie folk

Fantaisie en duo

Emilie Calmé – Laurent Maur
Fantaisie improbable pour flûtes et harmonicas

(Lubans Music/ UVM distribution)

Sur le papier, un duo Flûte-Harmonica pour faire du jazz, du folk ou même de la musique contemporaine peut paraitre effectivement improbable. Pourtant dès les premières mesures de cette fantaisie, le doute est levé, ces deux musiciens jouent en parfaite harmonie. Le duo existe depuis 2009, bien avant leur Youpi Quartet, largement le temps de peaufiner un répertoire qui leur sied à la perfection. Les deux instrumentistes se partagent les compositions et même si, une seule est écrite (improvisée) à deux, chacune d’elle montre une complicité, une communion, telles que l’on ne saurait dire qui a tenu la plume sur la portée.

L’harmonica fait de temps à autre une walkin bass pour permettre à la flute (fut-elle bansouri) de se lancer dans un long récit mais bien vite la voix des lames vibrantes vient rejoindre Émilie Calmé dans la narration. Plus tard (ou juste avant) c’est au tour de la flûte de se lancer dans une basse continue façon baroque pour laisser Laurent Maur distiller ses ornementations. Et quand l’un ne joue pas avec l’autre, ils jouent ensemble dès l’Aube, dans l’Ombre et la lumière.

Même l’apparition des sons synthétiques de l’harmonica électronique, (Lekholm DM48) ne vient pas perturber l’étrange impression de calme et volupté qui émane de cet album.

Les treize parties de cette fantaisie sont comme des fabliaux que raconteraient deux troubadours de notre siècle.

Leyla McCalla

Leyla McCalla: Vari-colored Songs

Smithsonian Folkways Recordings

Leyla McCalla réédite son premier album paru en 2013 avec un titre en bonus, sur le prestigieux et militant label Smithsonian Folkways Recordings. Bonne occasion pour (re)découvrir cette chanteuse engagée,  violoncelliste , à la voix chaude et prenante.
Je profite pour rééditer aussi ma chronique parue dans le magazine Nouvelle vague  en octobre 2013.


D’origine haïtienne, née à New York, Leyla McCalla, y étudie le violoncelle classique avant de quitter Manhattan pour la Nouvelle Orléans où elle découvre le blues, le jazz. C’est là que sa carrière va prendre forme. Jouer du blues ou du zydeco au violoncelle, ce n’est pas banal mais comme elle l’affirme: « Le violoncelle est un instrument tout-terrain. Il faut le sortir de son carcan. » La chanteuse a mis des notes sur les mots de Langston Hugues, poète de Harlem au début du siècle, à qui l’album est dédié. On trouve aussi quelques morceaux traditionnels. Elle joue aussi du banjo et de la guitare accompagnée par un ou deux musiciens (pedal steel, percussion, guitare), cela donne un style folk blues assez atypique où le chant en créole vient parfois se substituer à l’anglais. Superbement mélancolique!

 

le folk provençal de Cortesia

Cortesia: Laberinte

(http://cortesia.fr/ )

Le groupe Cortesia s’est formé à Noves, en Provence, vers 2012. Laberinte est leur troisième album  Il reste fidèle à leur folk médiéval duquel le rock n’est pas totalement absent. Du « neo folk step provençal » selon leurs propres dires. Un quatuor avec guitare et basse certes, mais aussi psaltérion, galoubet, tambourin et même derbouka. Ils chantent en roman occitan des poésies agrestes que ne renierait pas notre troubadour Frédéric Mistral. Pour ceux dont le provençal serait un peu rouillé, le livret nous offre une traduction de chaque texte en français.
«  En faci de la bello                  En face de la belle
La tarasco s’abucé                   La tarasque se calme
Douamci dim se uei                 Car dans ses yeux
Lucié l’esper dou moundo      Étincelait l’espoir du monde »

Les voix se mêlent en de très belles harmonies vocales relevées par les percussions. Étonnamment pour de la musique d’inspiration provençale, occitane, la guitare électrique sonne, par moment, à la façon californienne de Dick Dale, son clair, légère réverb, écoutez Vaqui l’estieu, vous verrez!
Une jolie découverte que l’on aimerait bien déguster aussi en live.

Benoit, le pirate céleste

Benoit & La Lune:
La Vie est un acte de piraterie

(Enatey records)

On l’attendait depuis longtemps cet album Benoit et la Lune, on patientait depuis le dernier EP de 2011 et ses cinq titres enchanteurs .  Benoit Berrou est toujours accompagné de ses fidèles musiciens, Manolis aux guitares et Bruno Desbiolles à la batterie et percussions (en live on peut aussi l’entendre à la guitare). Ils reçoivent l’appui de quelques autres amis, de-ci de-là, des voix, une trompette, un violoncelle, un harmonica ou même la guitare si spéciale de Serge Pesce. Pour Benoit la vie est un acte de Piraterie mais il reste fidèle à ses ukulélés et à son folk-rock explosif.  Les notes entourent ses vers, les enrobent, qu’il chante en français, en anglais ou dans son volapük inventé, Ses textes ont la sensibilité à fleur de mots. « J’irais boire la mer pour recracher des étoiles et des chimères » Et, quand il fait sien le sombre hymne grunge de Kurt Cobain, une lueur semble poindre de derrière la douleur.  Surtout qu’il est précédé d’un « Drunk Blues » à la guitare flamboyante…
Le packaging est soigné, le livret « Journal de bord » du pirate lunaire est richement illustré de photos et de dessins (le poulpe et ses ukulélés)

Avec cet album, Benoit va vraiment décrocher sa poétique lune rock!

YOU – Isles

YOU: Isles

(Label Vibrant)

YOU  est une formation atypique, batterie, guitare, voix.  Le trio est mené par la batteuse Héloïse Divilly (eh oui, il n’y a pas qu’Anne Paceo ou Julie Saury à s’assoir derrière des fûts et cymbales pour faire du jazz), associée au guitariste Guillaume Magne (il a joué avec Le Sacre du Tympan) et à la chanteuse suédoise, installée à Paris, Isabel Sörling (on l’a entendu récemment avec le pianiste Paul Lay) . Héloïse Divilly a composé tous les thèmes et, Isabel Sörling, Vincent Divilly ou elle-même, ont déposé des mots sur les notes. 5 titres, 34 minutes, la durée d’un 33t. old school, pour un album inclassable, pop-folk, folklorique même mais aussi jazz pour l’impro et certaines harmonies. Isabel Sörling a une voix puissante au large spectre et aux multiples expressions, chant câlin ou éclatant, néo-scat, vocalise ou même simple poème récité en suédois. Guillaume Magne est capable de faire hurler sa guitare dans Telling about large Time, avant de retrouver, pour un temps, un son clair, cristallin, en intro de YOU puis de se lancer dans un solo hendrixien simplement soutenu par la batterie. La frappe d’Héloïse Divilly, discrète ou puissante, est omniprésente, un peu comme un guide, un fil conducteur, sur lequel vont s’appuyer ses deux complices.  YOU, qui évolue au sein du collectif des Vibrants Défricheurs, nous offre un album à l’atmosphère un peu irréelle dans lequel on peut plonger sans retenue.

Punk celtique alsacien

The Moorings: Unbowed

(Mast Production)

Après un album acoustique live à La cigale, les Alsaciens de The Moorings, remettent la gomme pour ce nouvel album. Il passe avec brio du rafraichissant celtic punk de leur premier EP à un folk rock énergique du plus bel aloi qui garde tout de même ses influences irlandaises. Un line up à géométrie variable, accordéon, flutiau, violon, guitares, basse électrique, batterie.  Leur musique n’est pas sans rappeler, parfois, celle de la petite troupe de Mike Scott, The Waterboys.

S’ils conservent quelques chansons à boire qui font partie leur répertoire, (la pochette en atteste), ils y rajoutent quelques chansons plus profondes, plus engagées qu’ils chantent en français. On n’intitule pas innocemment un CD « Unbowed » soit « Insoumis« . « Mutins » et « Les Bras Piqués » en sont de beaux exemples tout comme leur version de l’Amsterdam de Brel où des accords d’un banjo bastringue surgit une émotion, une tendresse que le grand Jacques n’eut pas reniée. Puis une petite flute vient faire danser une gigue qui fleure bon le jus de houblon malté et… la bonne humeur revient, précédent une chanson de marin mélancolique et joyeuse comme il se doit. Quel bon groupe. A découvrir sans attendre!