Les moutons de Laurent Dehors

Laurent Dehors Trio: Moutons

(Tous Dehors/L’autre Distribution)

Quand il n’est pas à la tête de son Big Band « Tous Dehors », ou dans une session comme sideman, le saxophoniste, clarinettiste Laurent Dehors compose et joue avec son trio. Ce nouvel opus, Moutons, avec le jeune et talentueux Gabriel Gosse aux guitares et Franck Vaillant batteur à la frappe robuste. Une nouvelle formation, issue de son (susnommé) big band, son « low-budget orchestra » comme le disait, Zappa en son temps. Mais c’est surtout un groupe resserré pour mieux se concentrer sur l’essentiel, les sons, les timbres, les rythmes. Et des timbres, il va y en avoir car Laurent Dehors joue de six instruments du plus petit, la guimbarde au plus encombrant et biscornu: la clarinette contrebasse, en passant par des plus classiques sax ténor & soprano ou la traditionnelle clarinette en Sib.  Gabriel Gosse joue d’une guitare à sept cordes, généralement l’apanage des métalleux, et donc un style et une sonorité très différente de celle methenyienne dans son groupe Lynx Trio. On l’entend même au banjo dans une reprise détonante du Solitude de Duke Ellington.  Quelques titres très courts, aux alentours de la minute, cosignés par les trois musiciens, guitare-sax à l’unisson ou petit dialogue sur fond de batterie comme des pistes pour s’échauffer ou un moment de fun entre deux prises. Les pistes plus longues, de la plume du leader, nous emmènent en voyage sous fond de jazz, aux confins du free et du rock, Gabriel Gosse n’hésite pas à pousser la distorsion et le volume, et Franck Vaillant à faire sonner des peaux et cymbales (fussent-elles électroniques). Dans « Habop« , on entrevoit même un brin de swing, la clarinette qui chante sur un drumming qui, pour le coup, se fait plus léger. Mais ce qui ressort au final, après plusieurs écoutes, c’est la qualité du travail de recherche de sonorités, d’harmonies comme si les trois acolytes voulaient explorer toutes les possibilités offertes par leurs instruments. Sans oublier l’humour (on en revient à Zappa) car la malice semble s’être glissée entre les partitions (et les impros!) de chacun d’eux, nul doute que la morosité n’était pas de mise dans le studio.
Après avoir bien profité de cet album, n’hésiter pas à jeter une oreille, voire deux, dans Les Sons de la vie, un CD de Tous Dehors qui date de 2016, on y retrouve donc ces trois instrumentistes et plein d’autres dont l’excellent Marc Ducret.
Et si un organisateur avait la bonne idée de les ne programmer pas loin de chez vous, de chez nous, le plaisir serait à son comble.
Quant aux moutons? Peut-être celui stylisé de la pochette?

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