le Cartel de Don

Les lecteurs de « La griffe du chien » l’attendait depuis longtemps, ce Cartel en est la suite….

Le roman de la rentrée, l’un d’eux au moins.

Don Winslow « Cartel »

Seuil—23.50€ (Traduit par Jean Esch.)

 

Il y a dix ans, Don Winslow, traduit en France depuis 1995, publiait un roman,  La griffe du chien,  qui le portait au sommet des auteurs de romans noirs. Une longue saga, une fresque homérique sur 25 ans de lutte contre le trafic de drogue au Mexique, en Californie. Un affrontement entre Art Keller, agent de la DEA et Adam Barrera, chef de gang, maitre incontesté des narcotrafiquants, il finira incarcéré aux Etats-Unis.

2004, dix plus tard, au début de Cartel, Barrera est extradé vers son pays, dans une prison de laquelle il s’évadera assez vite. Il offre alors 2 millions de $ pour l’assassinat de Keller qui vit reclus dans un monastère. La confrontation entre les deux hommes va reprendre de plus belle dans un Mexique où presque tout le monde semble corrompu. Barrera veut récupérer son pouvoir, son leadership sur tous les gangs, tous les trafiquants de Ciudad Juarez à Veracruz.

Don Winslow nous embarque dans 700 nouvelles pages vertigineuses au style impressionnant, passant de la narration journalistique à une verve épique. Il manipule, tel un marionnettiste virtuose, une quantité phénoménale de personnages. Winslow nous raconte les compromissions des politiques, la corruption des flics, les magouilles des services secrets, la lutte désespérée de certains journalistes mais aussi la vie de quidams moyens, des mexicains qui tentent simplement de survivre, perdus au milieu de cette guerre, qui ne dit pas son nom. Il y a bien sûr des femmes dans ce roman, des deux côtés de la barrière, des femmes fortes qui résistent quitte à tout perdre, y compris la vie. Des femmes plus fragiles qui préfèrent fuir, simplement pour vivre un peu plus longtemps ou pour protéger leurs enfants. Une femme qui de simple maitresse au corps parfait deviendra elle-même, un de ces chefs de gang impitoyables.

Keller a fait de cette guerre, son chemin de croix autant qu’un sacerdoce. C’est devenu sa vie, à tel point qu’il l’avoue à un moment « Seul avec mon obsession. Aussi accro qu’un junkie dans une salle de shoot, une pute camée au crack qui fait le trottoir ». Barrera s’enivre, lui, dans la conquête du pouvoir, rien, ni personne ne semble pouvoir l’arrêter. Famille, amis, femmes, ne sont que des marchepieds pour grimper encore plus haut, dominer un peu plus de monde pour atteindre des sommets ou finalement, il est, malgré ses dollars, ses pesos, sa garde rapprochée, seul. Seul, attendant que la mort de Keller ou la sienne, le soulage enfin.

L’étau se resserre tour à tour autour de chacun des deux protagonistes, laissant à chaque fois une quantité de morts, de blessés, de désespoir autour d’eux.

Winslow insiste beaucoup sur l‘implication des journalistes dans ce combat. La longue litanie de ceux qui sont décédés pendant la période du roman, placée en début de l’ouvrage, fait froid dans le dos. Du côté des Etats-Unis ce qui ressort c’est presque l’indifférence, ils sont passés à une autre guerre, celle contre le terrorisme. Sur la rive nord du Rio Grande, cette guérilla ne fait plus recette dans les journaux, les flash d’infos des télévisions alors que les dégâts des poudres blanches continuent à faire des morts, à enfoncer les ghettos dans la misère.

Prévoyez un bon moment pour finir ce Cartel car malgré son épaisseur, sa densité, vous voudrez presque le lire d’une traite. Le lecteur subit aussi une forme d’addiction -positive cependant- une fois entamé, il vous sera très difficile de le lâcher avant le point final.

On peut fort bien lire Cartel sans avoir lu La griffe du chien, il serait dommage de s’en passer.

 

 

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