Marcus Malte « Fannie et Freddie »

Marcus Malte  « Fannie et Freddie »

Zulma, 15.50€

 

Fannie et FreddieAprès un détour par la Série Noire pour l’excellent « Les Harmoniques » transformé depuis en spectacle musical et littéraire, Marcus Malte retrouve « sa » collection chez Zulma d’où avait émergé le sublime et multi récompensé « Garden Of Love ». Dans ce « Fannie et Freddie », point de jazz, de chauffeur de taxi ou de flic défraichi, simplement deux personnages, une femme, Fannie, un homme Freddie, une maison et le tube de Nirvana « Smells Like Teen Spirit« . Fanny à une vieille Corolla, Freddie, un coupé Mercedes. Ils ne sont pas censés se rencontrer et pourtant!

Un très court roman, 90 pages, denses, sombres mais humaines jusqu’au bout du désespoir. « Elle esquisse un sourire mais son reflet dans la glace ne le lui rend pas. Elle soupire puis se détourne. Elle ne peut pas mieux faire« . Mais cela n’empêchera nullement Fannie d’accomplir jusqu’au bout la vengeance quelle a minutieusement préparée. Et Freddie, golden boy de Wall Street se retrouvera, pieds et poings liés dans le « basement » de la petite maison de Fannie, au New Jersey. La crise des subprimes n’est pas que théorique, elle a laissé sur le carreau de nombreuses personnes et Fannie veut sa revanche, une toute petite revanche somme toute, elle la veut vraiment et elle a un Smith & Wesson.

Ses lecteurs savent que Marcus Malte est un très grand styliste. Il signe une nouvelle impeccable mais implacable partition littéraire. Un duo Andante pour vengeance et désespoir. Silence, contrepoint, break, appogiature. Dans ce récit, le rythme, le son des mots font aussi sens que les mots eux-mêmes. Les sentiments, la désespérance affleurent la page, atteignant le lecteur au plus profond comme dans un morceau de Coltrane où chaque instrument va, de la petite note de piano, des ballets sur la caisse claire, le souffle caverneux de la clarinette basse au chorus de saxophone, bâtir un thème, une mélodie, une œuvre, une émotion.

Ce récit est accompagné d’une autre courte histoire, déjà publiée dans la trop tôt défunte collection « Noir Urbain » chez Autrement. « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas » *. Une variation sur le même thème. On quitte les Etats-Unis pour le sud de la France. Mais la fin des chantiers navals de La Seyne/mer a créé une désolation similaire que le ressac des bords de la méditerranée n’arrivera pas à contenir. Longtemps un de mes textes préférés de Marcus Malte enfin réédité.


* le titre initial était : »Plage des Sablettes, souvenirs d’épaves ».
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